Lily Paname – La dernière chanteuse des rues

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Un livre assez étonnant sans prétention littéraire, les mémoires de celle qui fut la dernière chanteuse des rues. Le métier de chanteur des rues fut extrêmement populaire et pratiqué quand les jukeboxes et les phonographes n’existaient pas ou étaient une denrée rare. Le métier consistait surtout à chanter dans la rue, avoir une voix qui portait et à vendre des « formats », c’est à dire des feuilles  qui comprenaient la partition et les paroles des chansons chantées. C’était un moyen pour les compositeurs de faire rentrer l’argent, car les chanteurs devient se fournir après des éditions musicales et vendre des pièces agrées par eux. Pour une grande part les chansons devenaient populaires à travers la rue, peu de gens avaient un poste de radio à la maison. Le public ne considérait de loin pas les chanteurs comme des mendiants, au contraire ils étaient très friands de ce genre de spectacle. En général, les exécutants étaient au moins deux, un qui chantait et un qui vendait les formats. Un scène de chanteurs de rue a été immortalisée dans le film de Renoir, « La Chienne » en 1931. Au moment où l’amant trompé (Michel Simon) tue sa maîtresse (Janie Marèze) et l’arrivée du souteneur (Georges Flamant) qui découvre le meurtre, un groupe de chanteurs joue au pied de l’immeuble où a lieu le crime. La caméra montre à plusieurs reprises le bas de l’immeuble avec le départ ou l’arrivée des protagonistes. Ce n’était pas un moyen de faire fortune, mais les plus débrouillards arrivaient quand même à subsister correctement. Le métier perdurera jusqu’à l’après-guerre, remplacé peu à peu par l’évolution considérable des médias et surtout l’emprise du microsillon vers le milieu des années cinquante. Lily Panam alias Lily Lian fut une de ces chanteuses. Elle est née en 1917 et commence toute petite à amuser la galerie en chantant les airs populaires de son enfance, douée d’une belle voix. Dans les années trente, elle s’établit dans son rôle de chanteuse. Elle nous raconte à sa manière ce que fut sa carrière, ses hauts et ses bas. Elle nous parle de sa rencontre avec Edith Piaf, qui exerçait le même métier. Elle fut pendant deux ans, la maîtresse pour la galerie de Vincent Scotto, qui adorait paraître entouré de belles femmes. Au fil des pages, on se fait une bonne idée du Paris d’alors. Des noms connus croisent quelquefois sa route, Maurice Chevalier, Fréhel, Yves Montand à ses débuts, Tino Rossi qui la snobait, Jean Lumière qui fut adorable avec elle. Obligée de se recycler vu la disparition du métier, elle tenta une carrière de chanteuse version traditionnelle, mais ne parvint pas à se glisser de manière sûre dans le monde du showbiz. Elle dut attendre la fin des années soixante pour enregistrer enfin un vrai disque composé des chansons qui résument un peu tout son répertoire. Elle vécut surtout en chantant dans les fêtes et bals où il était assez fréquent qu’on la demande. Elle raconte comment elle chaperonna un jeune chanteur mineur et débutant qui enregistra sous le nom de Pascal Régent un disque en 1965. Par la suite il devint plus connu comme compositeur et animateur sous le nom de Pascal Sevran. N’étant pas ingrat, il lui donna l’occasion de se produire dans une de ses émissions en la présentant justement comme dernière chanteuse des rues. Son livre lui est d’ailleurs dédié. Sorti en 1981, le livre ne fut pas un succès de librairie. Mais il n’est pas besoin de le savoir pour le lire avec un certain plaisir et surtout se replonger dans une époque à jamais révolue. Aujourd’hui, elle vit toujours et marche allégrement vers le siècle d’une vie dédiée à la chanson…

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Un certain Pascal Sevran
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Les Renegades – Une Cadillac sur la route du succès

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Le marché anglais devint vite saturé après l’explosion des Beatles. Il y avait cent fois plus de groupes que de maisons de disques pour leur signer un contrat. Certains décidèrent de s’expatrier sur le continent et le marché local avide de signer de véritables anglais avec l’accent et tout le barda d’amplificateurs et de guitares. Pour d’aucuns juste le fait d’être un citoyen britannique était un gage de garantie. Si pas mal d’entre eux obtinrent un contrat, la plupart durent se contenter de labels secondaires, avec peu de possibilités et pour une misère sur le plan financier. Il y en a quand même une poignée qui firent nettement mieux.
Les Renegades viennent de Birmingham, la ville qui pouvait prétendre à une troisième ou quatrième sur la scène musicale après Londres ou Liverpool. Selon la légende, ils enregistrent comme musiciens de studio pour un budget label un album de reprises de hits. Ce fait est probable, mais en fait pas confirmé par aucun des membres qui sont Denys Gibson, lead guitar; Kim Browm, rythmn guitar, chant; Ian Mallet, basse; Graham Johnson, drums.
En 1964, lors d’une tournée en Finlande, ils sont signés par le label Scandia. Ils adoptent la tenue des Nordistes de la guerre de sécession. Ils mettent en boîte un maquillage beat et ralenti du fameux « Brand New Cadillac » de Vince Taylor dont il s’attribuent la paternité au niveau du copyright sous le titre raccourci de « Cadillac ». Le disque sera une véritable bombe dans tous les pays nordiques où tous les groupes le mettent à leur répertoire, notamment les Shamrocks pour la Suède, ainsi que les Hep Stars avec Benny Anderson futur Abba. Par le jeu des licences, l’Italie les consacre au rang de stars en entendant leur hit. Ils débarquent dans le pays pour recenter leur carrière et enregistrent une version en italien de leur succès. A partir de là, ils travailleront dans les deux pays avec une préférence de plus en plus marquée pour l’Italie. Si les disques suivants n’eurent pas autant de succès, il n’en reste pas moins que leur discographie contient quelques très bons titres. On ne peut taire leur cover de « Thirteenth Woman » une vieillerie de Bill Haley transformée en monstre rugissant dans une ambiance de garage punk. Les Fuzztones s’en inspirèrent sur un de leurs albums. Ils canalisèrent aussi une reprise du fabuleux « Take A Heart » des Sorrows dans une version excellente, mais assez différente. En 1966, ils participent au festival de San Remo avec les Yardbirds. Pour les uns comme pour les autres on peut se demander ce qu’ils foutaient là, mais passons. On peut encore souligner le fait qu’ils étaient aussi capables de composer d’excellentes chansons comme « Things Will Turn Out Right Tomorrow » ou « Matelot » Un grande partie du répertoire de leur époque glorieuse est de fabrication maison. Ils resteront un nom en Italie jusqu’à la fin des sixties, avec des changements de personnel, enregistrant des disques moins intéressants et souvent en italien. Finalement séparés, Kim Brown participa à diverses aventures musicales, la plus connue étant un groupe de revival, Kim and the Cadillacs, eh oui, ceci toujours en Italie. Aujourd’hui il vit entre la Finlande et l’Italie, comme par le passé, il chante encore tout en ayant produit Guido Toffoletti, un des grands noms du blues en Italie.
Les Renegades eurent la chance d’enregistrer un disque qui devint quasi unanimement un titre d’anthologie pour musique où l’on recherche le truc qui accroche pour en faire un hit. Les groupes issus de la Beatlemania s’évertuèrent à trouver ce truc. Certains y parvinrent d’autres non. Ce fut le cas des Renegades et il leur a juste manqué un peu de chance pour en faire un hit mondial. Ils avaient tout pour cela, une petite touche de génie qui les fit plus que de simples interprètes. A en juger par les prix que mettent certains collectionneurs pour se procurer leurs plus belles pièces, la magie semble encore opérer.
Ian Mallet est décédé le 26 octobre 2007
Kim Brown est décédé le 11 octobre 2011

Très joli clip des Renegades pour la télévision finlandaise. Malheureusement le son est un peu faible. Il faut regarder les attitudes dans le public c’est délectable.

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Bobby Troup en route pour la 66

Bobby Troup est ne en 1918 en Pennsylvanie. Il se destine à une carrière de musicien en potassant les touches de son piano. Dès ses premières intrusions dans la musique au début des années 40, ce sera surtout comme compositeur qu’il sera remarqué. En 1941, il obtient un succès local avec une chanson qui s’appelle « Daddy ». Elle obtiendra un no1 national avec la version Sammy Kaye et elle figurera aussi au répertoire de Glenn Miller. La même année, Frank Sinatra mettra dans son répertoire une autre de ses chansons « Snootie Little Cutie ». Appelé par les obligations militaires, bien que blanc, il devient capitaine dans une unité de soldats entièrement noire. Dans une Amérique où le problème raciste n’est pas encore résolu, il se démarque par une sorte d’anticonformisme et organise son groupe de manière à rendre la vie plus agréable. Ses hommes construisent un night club, un terrain de basket et même un parcours de golf. Les activités musicales et sportives qu’il organise font que bientôt tous les blancs du camp viennent se distraire avec les noirs. Tout au long de sa carrièreil ne fera pas de différence entre les races, ses compositions s’adresseront tant à l’un qu’à l’autre.
En 1946, il marque un grand coup en composant sa plus célèbre chanson, « Route 66 ». Il semble que c’est sa première femme Cynthia qui lui suggère le titre. Cette chanson va devenir une institution dans la vie américaine qui prise les déplacements en voiture. Cette fameuse route va de Chicago à Los Angeles sur près de 3000 km. La chanson narre les principales villes et étapes que l’on peut rencontrer tout au long. C’est Nat King Cole qui la crée la même année. Depuis les versions ne se comptent plus, tout le monde la veut à son répertoire ou presque. Pour la génération suivante, ce sera surtout la version des Rolling Stones, à leurs débuts, qui entrera dans leurs oreilles. Bobby enregistre aussi ses propres disques, mais il seront loin d’atteindre la notoriété de ses compositions, comme pas mal d’autres compositeurs, Burt Bacharach par exemple. Qu’à cela ne tienne, en 1955, il produit le célèbre « Cry Me A River » enregistré par Julie London qui sera sa future femme cinq ans plus tard. En 1956 il est pressenti pour composer la musique d’un film qui va enflammer les teenagers qui s’adonnent au rock and roll « The Girl Can’t Help iT ». Cette comédie réalisée par Frank Tashlin est surtout intéressante par la présence de la pulpeuse Jayne Mansfield. Plus encore le film voit défiler quelques vedettes d’alors, mais surtout Little Richard, qui interprète le générique, mais aussi Eddie Cochran, Gene Vincent et ses Blue Caps, Fats Domino, les Platters et les Treniers. On retrouve également Julie London et son tube et aussi un certain Nino Tempo, qui va devenir une assez grande vedette plus tard. Même si le film n’est sans doute pas un chef d’oeuvre inoubliable, c’est un bon document sur l’époque.
Le compositeur continuera d’apporter ses contributions au fil des ans, Miles Davis en autres, et pour les musiques de séries tv. Mais c’est plutôt comme acteur qu’il réussira le mieux. On le verra dans la série Dragnet, on l’apercevra dans M.A.S.H. et plus tard dans la célébre série « Emergency » au début des seventies avec sa femme Julie. Il est décédé une année avant sa femme en 1999.
Bobby Troup fut et reste un personnage à part dans le monde de la musique. Tout le monde connaît au moins une de ses chansons, mais le personnage se cache un peu derrière elle. Ses propres interprétations n’ont pas vraiment trouvé grâce auprès du public et c’est un peu dommage. Mais s’établir comme un compositeur renommé, n’est pas rien. C’est même indispensable à la survie de la musique.

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Des bas pour un débat onirique

Ah oui tiens, il faudrait que je parle de bas aujourd’hui. Je sais, j’ai un blog où en principe je dois en parler. Mais voilà c’est l’été, peu d’occasions d’admirer cet accessoire sur les jambes de ces si jolies dames. Je pourrais aller faire la revue des blogs voisins et mettre des commentaires avec des yeux en bouton de jarretelle et une langue qui pend sur le clavier de l’ordinateur, mais non je préfère faire travailler mes méninges pour pondre une prose inédite. J’en ai pourtant vu une hier, mais elle avait tellement un jupe à ras des fesses que ce ne pouvait être que des collants. Des collants, beurk! C’est comme si j’avais vu mon propriétaire venir me rappeler avec son sourire de faux-cul, que j’avais oublié de payer le dernier terme. Je suis un puriste voyez-vous, pas tellement pour payer mes termes à la date d’échéance, ça non faut pas exagérer, mais savoir qu’une dame porte des bas, alors je me sens directement concerné au plus haut point.
Mais comment le savoir, là est la question, toute la question. Soit on le sait car on est directement impliqué dans l’intimité de la dame, sa femme qui se fait belle pour vous, remarquez elle est peut être moche, mais si elle met des bas, elle est forcément belle. Soit c’est une maîtresse, qui joue son rôle à la perfection, c’est à dire que vous trouvez chez elle tout ce qu’on ne trouve pas chez sa femme, porter des bas par exemple pour ne citer qu’un cas pris au hasard, tout à fait au hasard. Soit on ne sait rien de la chose et dans ce cas, c’est plus sérieux, il faut savoir.
Les spécialistes de cette chasse un peu particulière ont tous leur trucs et une arme redoutable, leurs yeux. Ils regardent passer les dames, scrutent d’un oeil attentif la partie de cette dame qui se trouve environ entre le sol et 1,20 m au-dessus. On pourrait dire que l’exercice a quatre niveaux de difficultés. Premier cas, très difficile, il faut imaginer, quand rien ne le laisse voir, que la dame est une porteuse de bas. Rien qu’à son allure, son style d’habillement, son air charmeur ou conquérant. Exercice réservé aux professionnels, si l’on peut dire. Deuxième cas, plus facile en comptant sur la chance. Ils observent le dandinement de la dame, la robe peut se soulever et laisser voir une partie de jambe plus sombre, une lisière de bas probablement, signe très positif que la dame n’est pas une de ces encollantées de malheur, dans leur esprit bien sûr, pas dans le mien. Troisième cas encore un peu plus facile, la jupe est fendue très haut, si la couleur est uniforme tout au long de la fente, perdu! Gagné, si ce que l’on aperçoit est identique à la constatation finale précédente. Quatrième et dernier cas le plus facile, la jupe est plutôt serrée et les bosses des jarretelles ou des attaches sont visibles en relief sans que l’on aie besoin de lunettes adaptés à la vision en trois dimensions. Ou encore la dame porte des vrais bas à couture qui se distinguent par des détails précis, les spécialistes connaissent. Il existe encore des solutions, mais beaucoup plus risquées comme demander à la dame ce qu’elle porte en dessous. Statistiquement c’est la baffe assurée dans le 99% des cas, et vous ne saurez pas le fin mot de l’histoire. Il y a aussi d’autres possibilités, mais qui font appel à de l’aide extérieure. Un grand père qui suit une dame en essuyant ses lunettes. Un monsieur qui suit une dame en lisant le journal, incliné à 45 degrés, mais un trou est visible dans son journal, c’est en plus probablement un timide. Un monsieur qui se baisse pour lacer son soulier, alors qu’il n’a pas de lacet. Il faut donc prêter attention si vous voyez cela. Mais ce sont là des techniques bien hasardeuses. Reste encore l’espoir, que la dame aie oublié de mettre une jupe. Mais je crois savoir que c’est extrêmement rare.
Eh bien, maintenant que l’on sait, quelle attitude adopter? Si j’étais dans votre cas, je ne ferais rien. Juste me contenter du spectacle est suffisant. Les trucs du style, vous habitez chez vos parents, sont archi-connus. L’invitation à boire un café, pas très bonne si la dame n’a pas l’habitude de boire du café, cela risque de la rendre nerveuse. J’ose imaginer que nous n’êtes pas un de ces idiots qui lient le port du bas à la femme facile. Liez plutôt cela à l’élégance, cette élégance que vous appréciez, mais que vous n’appliquez pas. Il y a mille raisons pour qu’une femme porte des bas, en général connues d’elle seule, comme il y en a mille pour ne pas en porter. Alors si elle le fait, foutez-lui la paix! Régalez-vous en silence du spectacle qu’elle veut bien vous offrir, consciemment ou pas, c’est son affaire. Imaginez seulement que si à chaque fois elle se fait harceler, le spectacle risque de disparaître à jamais. C’est ça que vous voulez? Moi,non!
Voici deux images qui illustrent mes propos. La première ne révèle rien, on ne sait pas, on ne saura pas. La seconde représente, à peu près, les trois autres cas que j’ai analysés. nylon3-1
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Voilà et dire qu’au début, je ne savais pas quoi écrire. Enfin j’espère, selon la formule consacrée, que vous avez eu autant de plaisir à lire ces lignes, que j’en ai eu à les écrire. Et rappelez-vous Messieurs, on est pas des légionnaires qui rentrent de six mois de biribi. Du tact que diable! Quant à vous Mesdames, qui passez par ici, vous savez maintenant que si par hasard vous me croisez dans la rue vos jambes gainées de bas, vous avez rien à craindre de moi. Pour autant que ma muette et tranquille admiration ne vous fasse pas peur.

Billie Holiday – L’ange noir

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Billie Holiday, Eleonora Fagan est née en 1915. Il existe beaucoup de controverses à propos de son enfance. Elle serait née à Philadelphie de parents très jeunes, sa mère, Sadie Fagan, a 18 ans lorsqu’elle accouche. Quant à son père on est pas très sûr de qui il s’agit dans la réalité, probablement un certain Clarence Holiday dont elle gardera le nom de famille. Ce qui est plus sûr, c’est qu’elle connut une enfance plutôt misérable, à Baltimore principalement. Elle est placée dans une école disciplinaire à 10 ans. Deux ans après, elle suit sa mère à New York. Après une histoire d’enlèvement dont elle aurait été victime, elle s’adonne à la prostitution, elle est encore très jeune, dans le quartier de Harlem. Elle passe un bref séjour en prison pour racolage. Il y a tout dans les débuts de sa vie pour en faire une chanteuse de blues, pour autant que le blues serve d’inspiration et d’état d’âme dans une carrière de chanteuse, ce qui semble être son cas.
Justement elle chante, mais dans des endroits qui ne sont pas encore les grands lieux qui l’ accueilleront plus tard. Sa principale source d’inspiration est une autre grande chanteuse noire, Bessie Smith, qui est une vedette à l’époque. La chance lui sourit assez vite. le grand producteur John Hammond, la remarque et lui fait enregistrer ses premières chansons. C’est comme chanteuse dans l’orchestre de Benny Goodman qu’elle fait ses deux premiers enregistrements, qui est alors plus connu comme musicien de session, mais il commence à mettre en place l’orchestre qui fera sa gloire. Elle ne commence réellement sa carrière de chanteuse soliste en 1936 pour le label Brunswick. L’orchestre qui l’accompagne est celui de Teddy Wilson avec qui elle entamera une fructueuse collaboration. C’est surtout par sa facilité d’improvisation qu’elle se distingue et elle arrive à se glisser à fond dans ses interprétations.
Elle impressionne les auditeurs qui font d’elle une chanteuse de premier plan. Elle fréquente alors le gratin du jazz de cette fin des années 30. Elle se fait à elle-même quelques infidélités et on la retrouve avec Count Basie et Artie Shaw. Elle compose aussi, assez peu il est vrai, mais « Billie’s Blues » est bien d’elle. Un nom que l’on retrouve fréquemment lié à son nom est celui de Lester Young, une légende du saxophone en devenir. C’est lui qui lui colle le surnom de Lady Day. Alors qu’elle est sous contrat avec Columbia, on lui propose une chanson « Strange Fruit », qu’elle désire enregistrer. Son label trouve la chanson inappropriée pour diverses raisons qui feraient bien rire maintenant. Il lui est toutefois autorisé de l’enregistrer pour le compte des disques Commodore qui va devenir son nouveau point de chute. Cette chanson va devenir une des plus connues de son répertoire avec son interprétation débordante de sensualité. Nous sommes en 1939 et tout va presque bien pour elle. Elle s’est établie comme une vedette connue et une des premières noires à être accompagnée par un orchestre blanc. On la verra un peu au cinéma. Son répertoire s’étoffe de chansons qui vont rester dans les annales et ça continue au fil des ans. En 1944, elle signe avec Decca qui va continuer de faire d’elle une artiste qui aligne les réussites discographiques en commençant par « Don’t Explain ». Toutes les chansons qu’elle grave dans la cire resteront des classiques qui vaudront par son interprétation personnelle. Mais la dame à ses démons. Elle s’est mariée en 1941, mais passe plus de temps avec un rival dealer que son mari. Elle ne crache pas dans la bouteille et consomme régulièrement des stupéfiants. Elle est arrêtée pour ces faits en 1947, jugée, et condamnée à la prison dont elle ne ressortira qu’en 1948. Elle réussit assez bien à relancer sa carrière et se produit la même année au Carnegie Hall. Elle replonge l’année suivante où elle est de nouveau arrêtée. Au tournant des années 50, à force d’abus, sa santé commence à décliner et sa voix suivra. Divorcée, elle se remarie en 1952. Le reste de sa carrière sera une alternative de périodes fastes et moins fastes. Ses derniers vrais enregistrements se feront pour le compte de Verve, le reste ne sera que des enregistrements pris en direct. En 1956, sa biographie est publiée. C’est une mise en forme d’une série d’entretiens qu’elle a eus avec William Dufty. De plus en plus atteinte dans sa santé, elle tourne encore régulièrement, mais devient peu à peu une ombre. Elle meurt le 17 juillet 1959 d’une cirrhose du foie.
L’histoire de la musique contemporaine compte beaucoup d’artistes, mais peu de divas. Elle en est incontestablement une, parmi les plus brillantes. La vie ne lui a pas fait trop de cadeaux, à une exception près, sa voix. Ce cadeau elle l’a partagé avec le monde entier. Il reste présent pour notre plus grand plaisr et c’est à nous de savoir en profiter.

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Dave Brubeck 1959 – Et un hit, un! »

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La carrière de Dave Brubeck est prolifique, nous n’allons pas la détailler ici, mais plutôt nous arrêter sur un point précis, sans doute le plus connu. Le jazz en général est une musique qui a ses inconditionnels. Les ventes d’un disque du genre ne peuvent pas rivaliser avec la plus mauvaise vente d’un succès des Beatles. En 1959, Brubeck enregistre son album « Time Out » en quartet. Les membres de la session sont Dave Brubeck, piano; Paul Desmond, saxophone ténor; Joe Morello, batterie; Gene Wright, contrebasse. Le concept de l’album, il y en a un, est d’utiliser des mesures et tempos changeants qui ne sont habituellement pas utilisées en jazz.
Les titres de l’album sont les suivants:
Blue Rondo A La Turk / Strange Meadow Lark / Take Five / Three To Get Ready / Kathy’s Waltz / Everybody’s Jumpin / Pick Up Sticks.
A part le premier qui est inspiré d’une sonate de Mozart et « Three To Get Ready » d’un thème de Haydn, les compositions sont de Brubeck, excepté « Take Five » de Paul Desmond. A sa sortie l’album est accueilli plutôt fraîchement par les critiques. Il va pourtant devenir l’une des meilleures ventes d’albums de jazz, toutes époques confondues. Il sera bien aidé par un titre de l’album, « Take Five » qui va devenir un standard que l’on entend autant dans les boîtes de nuit, qu’en musique de fond dans les centres commerciaux. C’est le genre de titre qui séduit toutes les classes d’âge. Il s’en fera même des versions vocales, et pas seulement pour ce titre là. Claude Nougaro, charmé, transformera le « Rondo » en « A Bout De Souffle », il mentionne d’ailleurs Brubeck dans la chanson. Il fait une chanson avec un truc presque inchantable. Il ne s’arrête pas là, car « Three To Get Ready » devient « Le Jazz Et La Java », un de ses titres les plus connus, qui illustre bien le mélange voulu des styles dans les morceaux de l’album. Même les yéyés, Richard Anthony en l’occurence, fera du titre phare « Ne Boude Pas » qu’il poussera même à l’enregistrer en anglais.
En enregistrant cet album, Brubeck a sans doute laissé quelques plumes auprès des puristes, mais il a gagné le coeur de millions de fans qui n’étaient pas spécialement destinés à s’intéresser à un disque de jazz, certes en version plutôt accessible, reconnaissons-le quand même.

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L’ après-guerre de Jacques Helian

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Après la dure période de l’occupation, où l’on risquait une descente de la gestapo pour avoir écouté du jazz, il ne se passait pas grand chose pour les amoureux de musique. Tous les artistes qui cartonnaient avant 1940 avaient dû plus ou moins mettre leur carrière en berne. Tout restait à recréer. Pour certains, comme Edith Piaf ou Charles Trenet, tout allait redémarrer assez vite et ils créeront même quelques unes de leurs plus célèbres chansons. Il y avait, si l’on peut dire, de la place. Le plus célèbre orchestre français d’avant-guerre, celui de Ray Ventura tenta bien sûr le coup, en revenant d’un exil un peu forcé. Celui qui réussit le mieux son coup, reste Jacques Helian.
Ce n’est pas à proprement parler un débutant. Né en 1912, il fit partie, entre-autres, de l’orchestre de Ray Ventura. Jouant du saxophone et de la clarinette, il a fait ses classes avec son beau-frère, le futur grand chef d’orchestre Raymond Legrand et père de Michel Legrand. En 1939, il est soldat et fait plus tard prisonnier. Libéré en 1943, il monte son propre orchestre, qui fera ses débuts à la radio. Très vite, il enregistre des airs qui vont devenir célèbres comme « Fleur De Paris ». Parmi les faits les plus évidents, son orchestre voit défiler son lot de futures personnages très populaires comme Zappy Max ou Ginette Garcin. Le style de Jacques Hélian importe dans une certaine mesure le swing des USA, mais son répertoire est aussi teinté de musiques plus exotiques ou romantiques à la manière latine. Les chansons humoristiques ne sont pas absentes non plus. Il est vrai que dans le contexte de l’époque, on regarde moins à la perfection du style, les puristes ne sont pas légion. On veut surtout s’amuser, et l’orchestre répond tout à fait à cette demande. Il créa néanmoins deux chansons qui resteront très célèbres. L’une est le fameux « C’est Si Bon » reprise par une pléiade d’artistes. L’autre fait partie d’un domaine plus proche de la chanson scout, qui n’a pas chanté ou entendu quelques couplets de « Etoile Des Neiges », qui lui rapporta d’ailleurs un disque d’or. Pendant une dizaine d’années, il fut immensément populaire, surtout à travers la radio, très écoutée. Peu de personnes possédaient de quoi écouter les 78 tours, qui étaient la panacée des années 40. Il apparut aussi dans quelques films. Son étoile pâlira peu à peu, remplacée par des musiques plus dirigées vers les artistes solistes et l’émergence de la chanson française traditionnelle. Il meurt en 1986.
En résumé, Jacques Hélian fut une passerelle entre une musique qui avait usé à doses modérées le swing cher à certains et une musique populaire de bon aloi. Il est plus une référence pour les passionnés de chansons légères que comme un importateur du jazz
en France.

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