Lily Paname – La dernière chanteuse des rues

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Un livre assez étonnant sans prétention littéraire, les mémoires de celle qui fut la dernière chanteuse des rues. Le métier de chanteur des rues fut extrêmement populaire et pratiqué quand les jukeboxes et les phonographes n’existaient pas ou étaient une denrée rare. Le métier consistait surtout à chanter dans la rue, avoir une voix qui portait et à vendre des « formats », c’est à dire des feuilles  qui comprenaient la partition et les paroles des chansons chantées. C’était un moyen pour les compositeurs de faire rentrer l’argent, car les chanteurs devient se fournir après des éditions musicales et vendre des pièces agrées par eux. Pour une grande part les chansons devenaient populaires à travers la rue, peu de gens avaient un poste de radio à la maison. Le public ne considérait de loin pas les chanteurs comme des mendiants, au contraire ils étaient très friands de ce genre de spectacle. En général, les exécutants étaient au moins deux, un qui chantait et un qui vendait les formats. Un scène de chanteurs de rue a été immortalisée dans le film de Renoir, « La Chienne » en 1931. Au moment où l’amant trompé (Michel Simon) tue sa maîtresse (Janie Marèze) et l’arrivée du souteneur (Georges Flamant) qui découvre le meurtre, un groupe de chanteurs joue au pied de l’immeuble où a lieu le crime. La caméra montre à plusieurs reprises le bas de l’immeuble avec le départ ou l’arrivée des protagonistes. Ce n’était pas un moyen de faire fortune, mais les plus débrouillards arrivaient quand même à subsister correctement. Le métier perdurera jusqu’à l’après-guerre, remplacé peu à peu par l’évolution considérable des médias et surtout l’emprise du microsillon vers le milieu des années cinquante. Lily Panam alias Lily Lian fut une de ces chanteuses. Elle est née en 1917 et commence toute petite à amuser la galerie en chantant les airs populaires de son enfance, douée d’une belle voix. Dans les années trente, elle s’établit dans son rôle de chanteuse. Elle nous raconte à sa manière ce que fut sa carrière, ses hauts et ses bas. Elle nous parle de sa rencontre avec Edith Piaf, qui exerçait le même métier. Elle fut pendant deux ans, la maîtresse pour la galerie de Vincent Scotto, qui adorait paraître entouré de belles femmes. Au fil des pages, on se fait une bonne idée du Paris d’alors. Des noms connus croisent quelquefois sa route, Maurice Chevalier, Fréhel, Yves Montand à ses débuts, Tino Rossi qui la snobait, Jean Lumière qui fut adorable avec elle. Obligée de se recycler vu la disparition du métier, elle tenta une carrière de chanteuse version traditionnelle, mais ne parvint pas à se glisser de manière sûre dans le monde du showbiz. Elle dut attendre la fin des années soixante pour enregistrer enfin un vrai disque composé des chansons qui résument un peu tout son répertoire. Elle vécut surtout en chantant dans les fêtes et bals où il était assez fréquent qu’on la demande. Elle raconte comment elle chaperonna un jeune chanteur mineur et débutant qui enregistra sous le nom de Pascal Régent un disque en 1965. Par la suite il devint plus connu comme compositeur et animateur sous le nom de Pascal Sevran. N’étant pas ingrat, il lui donna l’occasion de se produire dans une de ses émissions en la présentant justement comme dernière chanteuse des rues. Son livre lui est d’ailleurs dédié. Sorti en 1981, le livre ne fut pas un succès de librairie. Mais il n’est pas besoin de le savoir pour le lire avec un certain plaisir et surtout se replonger dans une époque à jamais révolue. Aujourd’hui, elle vit toujours et marche allégrement vers le siècle d’une vie dédiée à la chanson…

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Un certain Pascal Sevran
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Les Renegades – Une Cadillac sur la route du succès

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Le marché anglais devint vite saturé après l’explosion des Beatles. Il y avait cent fois plus de groupes que de maisons de disques pour leur signer un contrat. Certains décidèrent de s’expatrier sur le continent et le marché local avide de signer de véritables anglais avec l’accent et tout le barda d’amplificateurs et de guitares. Pour d’aucuns juste le fait d’être un citoyen britannique était un gage de garantie. Si pas mal d’entre eux obtinrent un contrat, la plupart durent se contenter de labels secondaires, avec peu de possibilités et pour une misère sur le plan financier. Il y en a quand même une poignée qui firent nettement mieux.
Les Renegades viennent de Birmingham, la ville qui pouvait prétendre à une troisième ou quatrième sur la scène musicale après Londres ou Liverpool. Selon la légende, ils enregistrent comme musiciens de studio pour un budget label un album de reprises de hits. Ce fait est probable, mais en fait pas confirmé par aucun des membres qui sont Denys Gibson, lead guitar; Kim Browm, rythmn guitar, chant; Ian Mallet, basse; Graham Johnson, drums.
En 1964, lors d’une tournée en Finlande, ils sont signés par le label Scandia. Ils adoptent la tenue des Nordistes de la guerre de sécession. Ils mettent en boîte un maquillage beat et ralenti du fameux « Brand New Cadillac » de Vince Taylor dont il s’attribuent la paternité au niveau du copyright sous le titre raccourci de « Cadillac ». Le disque sera une véritable bombe dans tous les pays nordiques où tous les groupes le mettent à leur répertoire, notamment les Shamrocks pour la Suède, ainsi que les Hep Stars avec Benny Anderson futur Abba. Par le jeu des licences, l’Italie les consacre au rang de stars en entendant leur hit. Ils débarquent dans le pays pour recenter leur carrière et enregistrent une version en italien de leur succès. A partir de là, ils travailleront dans les deux pays avec une préférence de plus en plus marquée pour l’Italie. Si les disques suivants n’eurent pas autant de succès, il n’en reste pas moins que leur discographie contient quelques très bons titres. On ne peut taire leur cover de « Thirteenth Woman » une vieillerie de Bill Haley transformée en monstre rugissant dans une ambiance de garage punk. Les Fuzztones s’en inspirèrent sur un de leurs albums. Ils canalisèrent aussi une reprise du fabuleux « Take A Heart » des Sorrows dans une version excellente, mais assez différente. En 1966, ils participent au festival de San Remo avec les Yardbirds. Pour les uns comme pour les autres on peut se demander ce qu’ils foutaient là, mais passons. On peut encore souligner le fait qu’ils étaient aussi capables de composer d’excellentes chansons comme « Things Will Turn Out Right Tomorrow » ou « Matelot » Un grande partie du répertoire de leur époque glorieuse est de fabrication maison. Ils resteront un nom en Italie jusqu’à la fin des sixties, avec des changements de personnel, enregistrant des disques moins intéressants et souvent en italien. Finalement séparés, Kim Brown participa à diverses aventures musicales, la plus connue étant un groupe de revival, Kim and the Cadillacs, eh oui, ceci toujours en Italie. Aujourd’hui il vit entre la Finlande et l’Italie, comme par le passé, il chante encore tout en ayant produit Guido Toffoletti, un des grands noms du blues en Italie.
Les Renegades eurent la chance d’enregistrer un disque qui devint quasi unanimement un titre d’anthologie pour musique où l’on recherche le truc qui accroche pour en faire un hit. Les groupes issus de la Beatlemania s’évertuèrent à trouver ce truc. Certains y parvinrent d’autres non. Ce fut le cas des Renegades et il leur a juste manqué un peu de chance pour en faire un hit mondial. Ils avaient tout pour cela, une petite touche de génie qui les fit plus que de simples interprètes. A en juger par les prix que mettent certains collectionneurs pour se procurer leurs plus belles pièces, la magie semble encore opérer.
Ian Mallet est décédé le 26 octobre 2007
Kim Brown est décédé le 11 octobre 2011

Très joli clip des Renegades pour la télévision finlandaise. Malheureusement le son est un peu faible. Il faut regarder les attitudes dans le public c’est délectable.

Ecouter les Renegades gratuitement et télécharger sur MusicMe.

Bobby Troup en route pour la 66

Bobby Troup est ne en 1918 en Pennsylvanie. Il se destine à une carrière de musicien en potassant les touches de son piano. Dès ses premières intrusions dans la musique au début des années 40, ce sera surtout comme compositeur qu’il sera remarqué. En 1941, il obtient un succès local avec une chanson qui s’appelle « Daddy ». Elle obtiendra un no1 national avec la version Sammy Kaye et elle figurera aussi au répertoire de Glenn Miller. La même année, Frank Sinatra mettra dans son répertoire une autre de ses chansons « Snootie Little Cutie ». Appelé par les obligations militaires, bien que blanc, il devient capitaine dans une unité de soldats entièrement noire. Dans une Amérique où le problème raciste n’est pas encore résolu, il se démarque par une sorte d’anticonformisme et organise son groupe de manière à rendre la vie plus agréable. Ses hommes construisent un night club, un terrain de basket et même un parcours de golf. Les activités musicales et sportives qu’il organise font que bientôt tous les blancs du camp viennent se distraire avec les noirs. Tout au long de sa carrièreil ne fera pas de différence entre les races, ses compositions s’adresseront tant à l’un qu’à l’autre.
En 1946, il marque un grand coup en composant sa plus célèbre chanson, « Route 66 ». Il semble que c’est sa première femme Cynthia qui lui suggère le titre. Cette chanson va devenir une institution dans la vie américaine qui prise les déplacements en voiture. Cette fameuse route va de Chicago à Los Angeles sur près de 3000 km. La chanson narre les principales villes et étapes que l’on peut rencontrer tout au long. C’est Nat King Cole qui la crée la même année. Depuis les versions ne se comptent plus, tout le monde la veut à son répertoire ou presque. Pour la génération suivante, ce sera surtout la version des Rolling Stones, à leurs débuts, qui entrera dans leurs oreilles. Bobby enregistre aussi ses propres disques, mais il seront loin d’atteindre la notoriété de ses compositions, comme pas mal d’autres compositeurs, Burt Bacharach par exemple. Qu’à cela ne tienne, en 1955, il produit le célèbre « Cry Me A River » enregistré par Julie London qui sera sa future femme cinq ans plus tard. En 1956 il est pressenti pour composer la musique d’un film qui va enflammer les teenagers qui s’adonnent au rock and roll « The Girl Can’t Help iT ». Cette comédie réalisée par Frank Tashlin est surtout intéressante par la présence de la pulpeuse Jayne Mansfield. Plus encore le film voit défiler quelques vedettes d’alors, mais surtout Little Richard, qui interprète le générique, mais aussi Eddie Cochran, Gene Vincent et ses Blue Caps, Fats Domino, les Platters et les Treniers. On retrouve également Julie London et son tube et aussi un certain Nino Tempo, qui va devenir une assez grande vedette plus tard. Même si le film n’est sans doute pas un chef d’oeuvre inoubliable, c’est un bon document sur l’époque.
Le compositeur continuera d’apporter ses contributions au fil des ans, Miles Davis en autres, et pour les musiques de séries tv. Mais c’est plutôt comme acteur qu’il réussira le mieux. On le verra dans la série Dragnet, on l’apercevra dans M.A.S.H. et plus tard dans la célébre série « Emergency » au début des seventies avec sa femme Julie. Il est décédé une année avant sa femme en 1999.
Bobby Troup fut et reste un personnage à part dans le monde de la musique. Tout le monde connaît au moins une de ses chansons, mais le personnage se cache un peu derrière elle. Ses propres interprétations n’ont pas vraiment trouvé grâce auprès du public et c’est un peu dommage. Mais s’établir comme un compositeur renommé, n’est pas rien. C’est même indispensable à la survie de la musique.

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