Jethro Tull – This Was

L’éclosion de la musique dite pop dans la seconde moitié des années soixante était surtout basée sur des instruments traditionnels, guitares, basses, orgues, batteries. Une innovation fut l’apparition d’instruments moins évidents comme le violon de Flock où dans le cas qui nous concerne la flûte traversière. La flûte était exploitée dans le folk et le jazz, Herbie Mann en est une incarnation connue. Qui aurait pensé qu’un groupe mené par un flutiste, Ian Anderson en l’occurence, allait devenir l’un des plus populaires? Pas grand monde jusqu’à l’apparition de Jethro Tull et de son premier album en 1968. Il fallut admettre que cet instrument passait très bien et que le public en redemandait. Ce premier album est pourtant assez unique dans la discographie, enregistré pour le label anglais Island, c’est le seul qui concerne Mick Abrahams, guitariste de talent. Il est aussi le seul qui fait appel à des relents de jazz assez marqués. Il fut un bon succès dès sa sortie et le single « A Song For Jeffrey » connut lui aussi une certaine notoriété. Le contenu est est assez varié et les ambiances qui mélangent la pop et le jazz sont parfois assez insolites. Ian Anderson se pose comme un instrumentiste de premier plan, un instrument qu’il pratiquait depuis peu de temps, ayant fait ses classes comme guitariste. De ce point de vue, « Serenade To A Cuckoo » est significatif. Cet album est le point de départ d’une carrière jalonnée de succès avec ses hauts et ses bas, mais toujours honnête. Mick Abrahams tentera de lancer Bloodwin Pig avant de se perdre dans la nuit, en ressortant de temps en temps pour jouer avec Anderson. On peut aimer Jethro Tull pour l’ensemble de sa carrière, mais on peut aussi, un peu, regretter que la magnificience des débuts.
L’album proposé ici en écoute est celui proposé pour les 40 ans de sa publication. Il contient un tas de bonus, mais seuls le 9 premiers titres sont ceux de l’édition originale.

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La belle aux bas dormants

Sous ce titre qui fait rêver se cache un très beau documentaire. L’émission phare de l’ORTF Chefs-d’oeuvre en péril n’est plus d’actualité, mais elle aurait très bien pu y figurer si elle avait perduré jusqu’à nos jours. Oh, ce chef-d’oeuvre est d’un genre bien particulier qui ne fait plus guère déplacer les foules aujourd’hui, une métier à tricoter en ligne. Et pourtant, plus que n’importe quel studio de Hollywood, elle arrive à fabriquer du rêve et du plaisir. Cette dame élégante qui passe dans la rue sous votre regard admiratif, peut-être porte-t-elle des bas, de vrais bas, avec une vraie couture? Je devine le trouble en vous, le trouble à les admirer. Peut-être est-ce vous jolie dame? Je devine en vous la fierté et le plaisir d’en porter, car la femme qui en porte n’est pas tout à fait comme les autres. Vous le savez et moi j’en suis sûr. Dans notre monde moderne, uniforme, cette vision d’élégance n’est pas une aberration spatio-temporelle qui nous ramènerait vers une image du passé, mais un fait bien réel, bien du présent. Pour en arriver là, il a fallu quand même se tourner vers hier, sauver la belle ouvrage de jadis qui menaçait ruine, là-bas, dans un coin du Gard. Un passionné a sauvé un métier à tricoter de la ferraille, Monsieur Riquet, dont nous avons déjà parlé. Un métier qui de fil en fil nous tisse de beaux bas à couture qui feront la joie des connaisseuses et des connaisseurs.
Un autre passionné, Claude Vittiglio, journaliste et cinéaste averti, s’est rendu sur les lieux pour réaliser un documentaire splendide. C’est un peu comme regarder une de ces vieilles locomotives à vapeur, ces machines qui ont encore une âme, dont on peut tâter le pouls et apprécier le caractère. Oui c’est là, l’antre de la fée un peu mystérieuse, qui fait aller sa baguette magique, la belle aux bas dormants…

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Moody Blues – Bye Bye Bird

Ceux qui avaient un âge raisonnable en 1965, c’est à dire plus d’une dizaine d’années et qui écoutaient Salut les Copains se souviennent d’un disque au succès inattendu et typiquement français interprété par les Moody Blues, alors dans leur première époque, « Bye Bye Bird ». Le titre est une reprise du fameux Sonny Boy Williamson ll, un des rois incontestés de l’harmonica. La version des Moody Blues se veut une démonstration de virtuosité à l’harmonica, et c’est ma foi assez vrai. A l’origine le titre est destiné au remplissage du premier album et pas du tout prévu comme un hit potentiel. Les coulisses du showbiz étaient parfois sinueuses et imprévues, le disque dans une édition typiquement française devient un super hit. Nous allons nous attarder un moment sur cette merveille à travers un clip filmé par la télévision allemande. L’harmonica est tenu par Denny Laine, compositeur et guitariste du groupe, qu’il quittera peu après pour joindre sa destinée à celle de Paul Mc Cartney au sein de Wings. Il y a va à fond la caisse, se trompe et s’en excuse, mais cela reste un moment d’anthologie rien que de la technique. Bien sûr on retrouvera les Moody Blues, deux ans après dans « Night In White Satin », mais c’est une autre histoire. On peut parfois regretter cette première époque.