De la liberté aux lamentations des privés de porte-jarretelles

Et dans la foule ce n’était que lamentations

J’ai toujours considéré une femme qui portait des bas comme une déesse. Je ne sais pas ce qu’il en est chez mes collègues masculins, dont j’imagine certains considérant cela comme un dû et d’autres plus romantiques, comme une faveur. A notre époque quand même un peu barbare dans la relation du couple, il y a un certain nombre de choses qui ne sont pas acquises d’avance, voir sa femme porter des bas en est une. Bien qu’elles ne courent pas les rues au sens figuré, il y a quand même quelques inconditionnelles et pas mal d’occasionnelles. Par plaisir personnel, par goût de l’élégance, et la fine connaisseuse qui sait tout le pouvoir que peut conférer à sa personne cet accessoire relégué à une semi-invisibilité publique, la face cachée étant la plus excitante. Pour celui qui devine ou qui connaît le côté caché de l’iceberg, gageons que s’il est lui-même un iceberg, il ne tardera pas à fondre. Nous parlons là de ces cas où la femme est disons, convertie. Mais restent les autres, certainement les plus nombreuses, qui ne se prêtent pas volontiers au petit jeu de la sensualité, et que l’on aimerait bien voir changer de cap.
Un truc que je lis souvent dans les forums dédiés, concerne les lamentations du mec qui n’arrive pas à persuader sa femme de porter des bas. Je n’ai pas de recette miracle, mais j’ai toujours réussi a avoir ce plaisir avec les différentes femmes qui ont partagé un moment de ma vie. Mais voyons un peu l’histoire.

Me myself and stockings

Chaque fois que je suis parti vers une conquête féminine, enfin draguer pour parler basique, j’ai toujours essayé d’en savoir plus sur l’attitude de la dame envers sa féminité. Car pour moi porter des bas est une attitude féminine, un symbole en la matière. A mon goût, une femme qui n’est pas féminine ne m’intéresse pas. Bien sûr la féminité ne s’arrête à ce seul critère, je ne suis pas, non plus, loin s’en faut, un des ces penseurs rétrogrades qui considèrent que la place de la femme est à la maison derrière ses fourneaux. Entre les deux, il doit y avoir un moyen de s’entendre. De nos jours, une femme qui revêt une paire de bas, le fait très certainement par goût personnel avant tout, pas par obligation. Je les ai quelquefois entendu me confier que c’était un moyen de retrouver leur féminité. De là, à penser qu’elles ont l’impression à quelque part de l’avoir un peu perdue, c’est une possibilité qui n’a de fondement que les critères auxquels elles sont sensibles.

La liberté ne tient qu’à un fil de nylon, prélude au désastre

Ceux qui ont vécu l’époque de la mutation entre bas et collants, à partir de 1965, se rappellent certainement les critères qui tentaient d’imposer le port des collants. On y parlait surtout de liberté, avec un arrière plan l’apparition de la mini jupe. L’argument de marketing n’était pas absent. Vous avez envie de porter une mini jupe, comme Twiggy, Sandie Shaw ou les demoiselles qui s’affichent à Carnaby Street? Alors il vous faut des collants, car les bas, malheureusement, ne sont plus adaptés à cette nouvelle tenue. Un argument fallacieux, dans une pub de journal, mettait même en cause la gent masculine au prétexte que apercevoir une jarretelle c’était laid dans la pensée des garçons. A voir le nombre de fureteurs qui cherchent sur la Toile, le moindre bout de lisière de bas visible, il y a de quoi se marrer. Ou alors le monde masculin à bien changé, ce dont je doute moins que l’argumentaire de la pub. Ce qui a encore accéléré le mouvement de la disparition du bas c’est que les balbutiements de la génération Woodstock, ont érigé le mot liberté en commandement. Non seulement, elles ont bien vite enlevé les collants, mais le soutien-gorge aussi, jeté aux orties selon l’expression qui a fait fortune. Tout cela le temps d’une saison, d’une mode, dans le meilleur des mondes possibles. Le rêve une fois estompé, il a fallu recomposer la vie quotidienne. Des cendres de la liberté, la femme a certainement gagné un droit, celui de porter des pantalons en toutes circonstances, fait qui n’était pas toujours acquis et parfois mal vu. Nombre d’entre elles n’ont plus porté que cet accessoire de manière presque continue, la jupe mini ou pas, étant réservée aux grandes occasions, avec un collant vite enfilé. Cet intervalle a mis à mal tous les fabricants de lingerie, au point qu’il n’était presque plus possible de trouver une paire de bas. J’avais une tante qui s’en plaignait, c’est dire. Seul un coin de rayon dans certains magasins permettaient encore de s’en procurer, pour certaines dames majoritairement plutôt âgées qui étaient réfractaires au collant.

Les années pas très folles

A partir de 1970, on peut clamer la mort du bas, comme faisant partie intégrante de la garde robe féminine. Dire que cette mutation n’engendra pas une nostalgie est peu dire. Elle fut même presque immédiate. Les moeurs étant plus libérales, on vit fleurir tout une panoplie de revues qui osaient enfin montrer des femmes en bas et porte-jarretelles sans êtres condamnés à être vendues presque sous le manteau comme le fameux Paris-Hollywood. L’une d’entre elles, Eclats De Rire sous-titré Sexy Humour existait depuis quelques années, mais il devint assez en vogue au début des années 70. On pouvait faire croire au libraire que l’humour était notre passion, alors qu’il venait en second plan.

Suivront des magazines qui se branchèrent un peu plus sur la lingerie, alors qu’ils voulaient surtout présenter des nus au départ. Eh oui, les femmes nues étaient presque lassantes, on les préférait à peine plus habillées. Les deux plus connus Lui et Playboy furent les magazines de l’homme dit moderne, mais aussi des femmes conscientes d’ajouter parfois un plus à leur charmes. De son côté, le cinéma n’était pas en reste. Des films comme Percy ou le très coquin Malizia devinrent presque des films pour voyeurs branchés anti-nudité. Surtout dans le deuxième, les références au porte-jarretelles sont, non seulement nombreuses, mais visibles.

Les amateurs de bas et de fine lingerie durent se contenter de ce peu pendant quelques années, si d’aventure sa femme le traitait d’obsédé, quand il abordait le sujet. On peut admettre que les prostituées furent parmi les seules à entretenir la flamme. En bonnes professionnelles, elles savaient bien ce qui faisait plaisir au client. Il est assez probable que le cliché bas=femme facile trouve ses origines à cette époque, cliché qui est un peu vrai, mais uniquement dans le contexte de l’époque. De là, à en faire une règle qui a la vie dure, il n’y a qu’une image qu’on a de la peine à effacer.

No Future et portant

Un mouvement musical a donné un coup d’accélérateur à la renaissance du bas, le punk. Il se voulait le contrepied de la pensée hippie, le futur que l’on envisageait fait d’amour et de paix, devient le No Future. Pourtant certaines demoiselles commencent à porter des bas, un peu par dérision, mais de manière très affichée, ne cachant rien de leur jarretelles qui tiennent le plus souvent des bas déchirés pas toujours très glamour. Dans les magazines de vente par correspondance, on remarque un retour de la lingerie un peu plus érotique, le porte-jarretelles faisant une ou deux apparitions, ainsi que dans les rayons dédiés des grandes surfaces. Mais il s’agit là d’une lingerie plus décorative que fonctionnelle et qui sera peut-être, plus un malheur qu’un bienfait. Les quelques dames ou demoiselles qui osent se lancer, trouveront un manque de confort certain et encore faut-il trouver une paire de bas, chose assez facile en ville, mais plus improbable à la campagne. Mais c’est certain, on commence petit à petit à redécouvrir le pouvoir de séduction lié à la parure.

L’aurore du néo nylon

Une sorte de folklore érotique commence à envahir les médias de manière omniprésente au cours des années 80. Des revues musicales comme Rock et Folk, posent ouvertement la question bas ou collants? aux vedettes qu’il interrogent dans Descente de police, rubrique menée par Thierry Ardisson. Certaines disent oui, d’autres non. Cette période est aussi une forte redécouverte du rock and roll, principalement engendrée par le succès des Stray Cats. Le look des années 50 est revisité, même s’il a toujours été entretenu par une minorité, bien sûr les dames ressortent les crinolines, les jupes serrées et il est assez fréquent que les authentiques bas se cachent dessous. C’est aussi l’apparition à la télévision des premières émissions coquines. Les fameuses Sexy Folies cartonneront tard dans la soirée. L’animateur du moment, Fabrice, a les yeux en bouton de jarretelle en découvrant les charmes des invitées. D’autres suivront.

La chanteuse Lio, qui s’avoue un inconditionnelle des bas, elle semble avoir viré depuis, s’affiche en bas et porte-jarretelles sur son album Pop Model. Ici et là le port des bas, devient de plus en plus visible. A travers les films, les clips vidéo, les pochettes de disques, les revues et même les chansons qui leur sont consacrées comme « A Fool For Your Stockings » de ZZ Top, sans oublier leur fameux clip de Gimme All You Lovin’ le bas est presque roi, un roitelet serait plus juste.

L’avenir ou ce qu’il en reste


Force est de constater que le mouvement ira crescendo au cours du temps qui passe. Les lamentations des abstinents bien malgré eux, se feront plus discrètes. En charge pour eux de convertir l’autre moitié, parfois irréductible. Mais on est persuasif ou pas, tout est dans la manière de présenter la chose. L’avènement du bas sur la toile, que j’ai raconté plus loin, n’est pas le moindre des atouts dans cette redécouverte. Le signe, certainement le plus encourageant, c’est la manque de complexes des nouvelles arrivées. De jeunes demoiselles, autour de la vingtaine, peut-être conçues après que papa et maman aient regardé Sexy Folies ou dansé sur les Stray Cats, s’y mettent carrément. Elles qui ne cherchent pas à retrouver une féminité perdue, mais plutôt à s’en créer une, n’hésitent pas a enfiler guêpières, porte-jarretelles et arborent même des attitudes qui les font sortir tout droit d’un film des années 40 ou 50. On cherche les vrais bas à couture d’époque, les authentiques porte-jarretelles au design rétro, conçu pour celles qui portaient des bas par obligation, quand il n’existait pratiquement rien d’autre. Même la vieille gaine, chère aux dames qui voulaient perdre des centimètres en apparence, est un must chez certaines. Quand il ne s’agit pas du corset ou autre serre-taille, assez prisé par le mouvement gothique.
Il y a des icônes derrière cela, la plus connue est Dita Von Teese. Soyons francs, elle n’a rien inventé, elle a réinventé, sinon repris à son compte de vieux clichés d’une époque qui devient floue dans la mémoire des plus âgés. L’époque est d’autant plus propice que l’on peut enlever ses bas dans une émission de télévision en suscitant l’admiration, comme elle l’a fait. Qui se souvient de cette speakerine, censurée parce qu’on voyait ses genoux? On les virerait plutôt maintenant pour des raisons contraires. Mais pour Dita, ça marche, les imitatrices accourent, qui en blog, qui en site. Mais qui s’en plaindrait, pas nous les nostalgiques, quand on sait que ces demoiselles arborent un porte-jarretelles et bas, juste pour faire comme Dita qui montre les siens dans les circuits burlesques, nouveau nom pour une nostalgie des temps modernes, qui en sera peut-être une nouvelle dans les temps futurs. L’avenir est assuré? Je n’en sais rien, c’est possible. Mais pour l’instant, les lamentations se font plus rares, ça c’est une certitude.