Buick et bas coutures -17- Achat en Belgique

L’été 1959 arrive et nous voilà de retour en France pour deux mois et demi. Au cours de cet été, mes parents sont invités à passer quelques jours chez les parents de Georgette dans le sud de la Belgique. Ils doivent y retrouver l’ensemble de la famille Delfoix pour une dizaine de jours. Comme je ne suis pas du voyage, je n’en connais que l’épisode du retour à Auch.

Tout commence par un télégramme qui arrive chez mes grands-parents dans l’après-midi du jour prévu pour le retour de mes parents. Ma grand-mère nous en lit le texte pour le moins concis.

– Voyage sans problème, sommes à Montélimar, arrivons demain. Personne ne commente le télégramme et la fin de la journée se déroule comme tous les jours.

Le lendemain, dans l’après-midi alors que nous attendons l’arrivée de mes parents, c’est le télégraphiste qui revient avec un nouveau message tout aussi lapidaire.

– Passons la nuit à Narbonne, à demain.

Mon grand-père sort une carte Michelin, regarde le trajet entre Montélimar et Narbonne et nous annonce qu’ils n’ont parcouru que deux cent cinquante kilomètres dans la journée et en conclut que la voiture a du « faire des siennes ». Il ajoute qu’entre Narbonne et Auch il leur reste un peu plus que deux cent kilomètres et qu’ils devraient arriver pour le déjeuner si tout se passe bien.

Mais la journée du lendemain avance sans que nous ne voyions la moindre Buick se profiler au bout de l’avenue. L’inquiétude commence à gagner la famille et ce n’est que vers sept heures du soir, alors que mes grands-parents discutent devant la maison avec les voisins d’à coté que la grosse auto apparaît enfin au bout de la rue. De toute évidence la belle américaine n’est pas au mieux de sa forme car elle avance lentement en cahotant et une légère vapeur blanche s’échappe des fentes du capot. Mon père finit enfin par l’échouer le long du trottoir où elle cale sans lui laisser le temps de couper le contact, de la vapeur continue à sortir du capot.

Les deux cent derniers kilomètres n’ont pas du être une sinécure, et le maquillage outrancier de ma mère dénonce les nombreux incidents qui ont du émailler le voyage. Souriante, elle ouvre sa portière et, en descendant, nous fait découvrir un énorme jupon noir composé d’innombrables couches superposées de taffetas, de nylon et de dentelles. Une fois debout, sa large robe rouge est maintenue pratiquement à l’horizontale par l’immense jupon.

– Ouf, je ne suis pas fâchée d’arriver ! Annonce ma mère en faisant bouffer ostensiblement son nouveau jupon. Mon grand-père demande à mon père qui a ouvert le capot pour faire refroidir le moteur ce qui leur est arrivé.

– C’est la voiture, nous avons passé le voyage de garage en garage, elle chauffait et l’essence se désamorçait sans arrêt. Nous avons du nous faire dépanner une bonne dizaine de fois entre Montélimar et ici. Je crois que si nous n’avions pas eu les bagages nous aurions fini à pied. Nous étions à l’entrée d’Auch à cinq heures de l’après-midi mais la voiture a calé trois fois et à chaque fois il nous a fallut laisser le moteur refroidir pendant une demi-heure avant qu’il ne veuille bien redémarrer.

– C’est normal avec cette chaleur. Vers Toulouse il faisait plus de trente degrés ! Se contente d’affirmer ma mère qui continue à arranger son jupon noir. Finalement c’est ma grand-mère qui consent à remarquer l’objet.

– Tu t’es acheté ça en Belgique? Demande-t-elle à ma mère. Ravie qu’on l’interroge enfin sur cet échafaudage de dentelles, elle répond.

– C’est la mère de Georgette qui est une excellente couturière qui me l’a fait sur mesure. Il est magnifique, n’est-ce pas ? La voisine constate qu’en effet il est impressionnant mais s’inquiète de l’aspect pratique de la chose.

– Vous devez avoir eu chaud dans la voiture, et pour s’asseoir ce ne doit pas être évident. Il doit vous remonter sous le menton !

– Pas du tout, il est très léger et comme le jupon intérieur est en tulle amidonné, il ne colle pas du tout aux jambes, je suis vraiment très à l’aise dedans.

Et pour démontrer la justesse de ses propos ma mère s’assoit sur le banc du trottoir. Effectivement le grand jupon se déploie en corolle autour des jambes sans reposer dessus. On voit toutes ses jambes et ses jarretelles roses qui se confondent, en haut, avec une culotte de la même couleur.

– En effet, il laisse vos jambes largement aérées ! Sourit la voisine visiblement amusée par le spectacle.

Ma mère se relève toute fière de son effet et annonce qu’elle est un peu fatiguée et qu’elle va aller se rafraîchir avant le dîner. Elle rentre dans le jardin dans une envolée de dentelles pendant que mon père décharge la voiture après avoir recapoté et fermé le capot sur le moteur qui fume encore doucement.

Ahuri, je me demande si elle porte ce jupon depuis trois jours, en prévision des arrivées successivement programmées à la maison et je me dis que les mécaniciens qui sont venus les dépanner ont du bien rigoler en la voyant dans cet accoutrement.

A suivre

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Bucik et bas coutures -18- Histoires de bonnes

C’est également pendant cet été 59 que mes parents décident que nous ne ramènerions plus de bonnes au Maroc. Nous prendrons une domestique marocaine sur place. Au cours de ces deux dernières années, nous avons eu deux bonnes très différentes de caractère, notamment dans leur comportement vis à vis de ma mère et de sa voiture.

La première, Lise, a vécu l’acquisition de la Buick décapotable avec nous, la seconde, Amélie, a découvert la famille et la voiture à la fin de l’été 58. Les réactions de ces deux jeunes femmes, n’ont pas du tout été les mêmes.

Lise, avait été enthousiaste lors de l’achat de la Buick et si comme moi, elle avait rapidement déchanté, elle avait toujours accepté avec philosophie les inconvénients liés au fonctionnement aléatoire du vieux moteur de la belle américaine. J’ai le sentiment qu’elle aimait bien se montrer dans la Buick, surtout quand il arrivait qu’elle soit seule avec mon père et moi.

Elle venait me chercher chaque jour à la sortie de l’école primaire à onze heures et demi et à cinq heures et demi. Le mardi matin et le vendredi après-midi, ma mère ne travaillait pas et les horaires de mon père lui permettaient de passer nous prendre. L’école n’était qu’à dix minutes à pied de l’appartement, mais cela nous évitait cette marche.

Comme mon père terminait ses cours une demi-heure avant la fin de nos classes, la Buick était généralement garée devant la sortie de l’école et Lise était déjà assise à la place du passager quand nous sortions. C’était une jeune femme naturellement coquette, mais j’avais remarqué que ces jours-là elle faisait toujours un effort particulier de toilette et de maquillage. Je pense qu’elle était contente d’être vue dans cette belle voiture.

Quand il nous arrivait d’avoir du mal pour repartir et que mon père devait utiliser la manivelle ou bricoler sous le capot, Lise procédait toujours de la même façon. Elle pivotait sur son siège en repliant sa jambe gauche sur la banquette et, tournant ainsi le dos au trottoir, elle bavardait avec moi en me faisant raconter ce que j’avais appris en classe. Comme cela, elle ne restait pas sans rien faire sous les regards des autres parents en attendant que mon père réussisse à mettre la voiture en marche.

Un vendredi soir, j’étais déjà sorti de l’école et en attendant mon père qui n’arrivait pas, Lise bavardait avec une autre jeune femme qui, à un moment, lui dit.

– J’ai comme l’impression qu’on vous a oubliés aujourd’hui, voulez-vous que je vous dépose ? Lise répondit tout naturellement.

– Vous êtes très aimable, merci, mais la Buick doit juste être tombée en panne, on va attendre, elle finira bien par arriver. La jeune femme enchaîna.

– C’est vrai que je vous ai déjà vu plusieurs fois avoir du mal pour démarrer quand vous repartez d’ici, elle est belle mais capricieuse votre voiture.

– C’est le moins que l’on puisse dire, on sait quand on monte dedans mais on ne sait jamais quand on part. Heureusement qu’il y a la manivelle, sinon j’aurais des mollets de coureur cycliste à force de la pousser ! S’amusa Lise, et elle ajouta.

– Tenez, la voilà qui arrive, cela n’aura pas duré bien longtemps. Et elle salua la jeune femme en me faisant passer vers le siège arrière avant de s’asseoir à l’avant.

De fait, Lise n’était pas vraiment gênée par les aléas de démarrage, elle n’hésitait pas non plus à profiter de la Buick pour descendre en ville avec mon père ou en revenir quand l’occasion s’en présentait. Je ne l’ai vue s’énerver qu’une seule fois durant les six mois qu’elle resta avec nous après l’acquisition de la Buick.

Un jour qu’elle devait m’emmener en ville pour faire quelques courses, elle avait profité du fait que mon père descendait aussi acheter du matériel de pêche pour ne pas prendre le bus à l’aller, pour le retour, nous prendrions le bus car mon père en avait pour moins longtemps que nous. Après avoir fait nos achats, nous retournions tranquillement pour prendre le bus quand, en arrivant dans la rue où nous nous étions garés, je vois que notre voiture est toujours là. Le capot est basculé vers la rue et mon père penché dans le moteur depuis le trottoir. Lise me dit.

– Chic, la Buick n’a pas voulu démarrer, nous ne serons pas obligés de rentrer en bus ! Et nous rejoignons la voiture.

– On a de la chance, que vous ne soyez pas déjà reparti ! Dit-elle à mon père en me faisant monter.

– Vous rentrerez peut-être plus vite en bus, elle ne veut rien savoir. Répond mon père affairé à farfouiller dans le moteur.

– Oh, ça ne fait rien, je préfère être bien assise au soleil à regarder les gens passer sur le trottoir, qu’entassée dans un bus ! Dit Lise en s’installant confortablement le bras à la portière.

Mon père bricole encore un moment sous le capot puis il remonte pour tirer sur le démarreur sans succès pendant plusieurs minutes, jusqu’à vider la batterie. Comme d’habitude, il sort avec la manivelle. Au bout d’un moment, Lise pivote sur son siège pour se tourner vers moi et s’occupe à déballer les chaussettes et les slips qu’elle m’a achetés. Pendant ce temps, mon père regarde à nouveau dans le moteur et après quelques instants, il vient vers nous et dit.

– Lise, il faudrait que vous m’aidiez en pompant sur l’accélérateur, l’essence n’arrive pas assez au carburateur. Et il retourne vers la manivelle.

En soupirant, Lise se glisse derrière le volant et se met à donner des coups d’accélérateur. Bientôt je l’entends parler à voix basse.

– Démarre s’il te plait, soit gentille ! Démarre, je t’en prie, j’ai l’air d’une gourde à m’agiter comme ça devant tout le monde.

Enfin le moteur démarre et mon père revient à sa place. Hélas, peu habituée à cette manœuvre, Lise lâche sans doute trop tôt l’accélérateur et le moteur cale.

– Nous n’avons plus qu’à recommencer dit-il en redescendant. Georgette se remet au volant et recommence à pomper en s’adressant de nouveau à la voiture.

– Ce n’est pas possible ! Démarre, mais démarre donc ! On est ridicules, tout le monde nous regarde. Enfin le moteur repart et cette fois-ci, Georgette fait bien attention de garder son pied gauche sur l’accélérateur pour faire ronfler le moteur tout en se tortillant pour revenir de son coté pendant que mon père s’assoit. La voiture ne cale pas et nous repartons. Mon père lui dit.

– Si vous ne m’aviez pas rejoint, il aurait fallut que je demande de l’aide pour qu’on me pousse.

– Tout est bien qui finit bien, vous n’avez pas eu besoin de demander de l’aide et je ne suis pas obligée de revenir en bus. Répond Lise, souriante.

– En bus vous seriez déjà rentrés, on a mis près d’une heure pour arriver à démarrer ! Ajoute mon père.

– Cela m’est bien égal, je préfère quand même être assise dans une Buick, même si à un moment j’ai pensé qu’elle ne voudrait jamais démarrer. J’en ai même un peu mal à la jambe droite d’avoir pompé comme ça si longtemps. Enfin, c’est tout de même plus agréable de rouler en décapotable ! Conclut Lise.

Cet incident ne l’empêcha pas de continuer à profiter de la voiture chaque fois que l’occasion s’en présenta.

Le Maroc avait décidément plût à Lise, qui y resta à la fin de l’année scolaire pour chercher du travail. Nous avons su très vite qu’elle avait trouvé une place de vendeuse dans un magasin de Rabat et peut-être que plus tard, elle trouva aussi un mari avec une décapotable.

Pour Amélie ce fut tout autre chose. Elle prit la Buick en grippe dès les premiers jours et évita de monter dedans chaque fois qu’elle le put. En plus elle s’entendait beaucoup moins bien avec ma mère que Lise. Pourtant, elle était gentille, et quand mes parents sortaient sans nous, elle avait pris l’habitude de venir avec moi leur dire au-revoir par la fenêtre où elle restait le temps que la voiture démarre.

Je me souviens d’un dimanche où ma mère était particulièrement bien habillée avec une robe noire, rebrodée de motifs rouges et un chapeau, noir également, avec une plume rouge assortie à sa robe. La Buick ne voulait rien savoir et cela faisait déjà un bon moment que mon père tournait la manivelle. A un moment Amélie lâcha un sincère « la pauvre ! » Surpris, je lui demandais pourquoi elle disait cela ?

– C’est pour ta maman qui est si élégante dans sa belle voiture. Je continuais, toujours surpris.

– Pourquoi tu dis qu’elle est pauvre ? Amélie me rassura.

– Je ne dis pas qu’elle est pauvre, comme si elle n’avait pas d’argent. Je dis « la pauvre » parce qu’elle s’est habillée de façon très élégante pour sortir et sa belle voiture ne veux pas démarrer devant l’immeuble. Je poursuivais.

– Ah bon ! C’est à cause de ça ?

– Bien sur. Tu crois qu’elle est contente de rester à attendre en se faisant secouer sur son siège ? Tu sais ce n’est pas parce-qu’elle sourit qu’elle est contente. Et puis elle à relevé sa robe et les gens peuvent tout voir depuis les fenêtres. On voit sa culotte jusqu’à la taille ! C’est à cause de tout cela que je dis « la pauvre ».

Je me dis qu’elle était bien gentille de plaindre ma mère, mais toujours est-il que son année avec nous fut émaillée de petites anecdotes et accrochages.

Une fois, cela se passe un jeudi après-midi. Ma mère a décidé que nous avions besoin de chaussures neuves mon père et moi. Nous sommes prêts à partir, Amélie finit la vaisselle dans la cuisine, quand ma mère lui demande ce qu’elle compte faire de son après-midi. Amélie répond qu’elle va aussi aller en ville. Avenante, ma mère lui propose de l’emmener avec nous. Amélie visiblement peu séduite par la proposition décline l’offre en expliquant qu’elle a encore des choses à terminer et qu’elle prendra le bus plus tard.

Nous voilà partis, jusqu’à la voiture seulement car celle-ci ne veut pas démarrer. Mon père s’échine sur la manivelle quand Amélie qui n’a pas du regarder par la fenêtre, apparaît sur le trottoir. Elle est prise au piège, ma mère l’appelle et lui dit de monter pour profiter du confort de la voiture. Confortable, sans doute, mais pour l’instant nous restons devant l’immeuble.

Quand le bus arrive, je vois Amélie le regarder s’arrêter un peu plus loin avec envie, mais il est trop tard et sans doute n’ose-t-elle rien dire. Finalement, mon père nous annonce qu’il faut pousser. Bien énervée, ma mère se glisse au volant les jambes à l’air et nous voilà trois à pousser. La voiture réussit à démarrer et nous pouvons enfin descendre en ville.

Pour Amélie ce n’est malheureusement pas finit car toujours prévenante ma mère lui fixe rendez-vous à 17 heures pour « profiter » de la voiture. Je passe sur les courses où, ma mère, toujours énervée fait un étalage plus qu’habituel de ses dessous dans les magasins de chaussures à ma grande gêne.

Nous retrouvons Amélie au retour, elle nous attend depuis un bon quart d’heure car nous sommes en retard. Nous nous installons, mais il est impossible de faire repartir la voiture et Amélie en est de nouveau quitte pour pousser dans les rues de Casablanca avant de pouvoir profiter du confort de la belle voiture pour rentrer.

Une autre fois, cela se déroule un dimanche matin de printemps. Dans le cadre des activités du CAF, un repas traditionnel marocain est offert par quelque autorité marocaine aux membres de cet estimable club. Il va de soi que du fait de la haute tenue de cet évènement, les familles françaises invitées se doivent de montrer leur importance. Nous irons donc avec Amélie bien que cette perspective ne la réjouisse pas particulièrement, mais c’est l’occasion de montrer que nous entretenons une bonne.

Pendant les préparatifs du départ, je suis dans le salon-salle à manger de l’appartement en train de finir un devoir. Par la fenêtre ouverte on entend mon père qui s’échine sur le trottoir à tourner la manivelle de la voiture qui est en panne depuis la veille au soir. En attendant des nouvelles de la mécanique, ma mère est installée dans l’un des fauteuils du salon, elle agite élégamment les mains pour faire sécher la nouvelle couche de vernis à ongles qu’elle y a mis pour passer le temps.

C’est lors d’un passage d’Amélie dans son champ de vision que se produit l’incident.

– Amélie, ma fille, vous n’allez tout de même pas sortir comme ça ? En entendant cela, je lève le nez de mon devoir et découvre la situation.

Amélie est très bien habillée, elle a même fait l’effort, rare pour elle, de se maquiller très légèrement. En revanche, on ne peut pas en dire autant de ma mère. Elle a mis sa courte robe noire des grands jours qu’elle ne peut pas tirer plus loin qu’à mi-cuisses et de toute évidence elle ne porte dessous aucun jupon qui pourrait venir à son secours. En conséquence elle a ses quatre jarretelles à l’air et on voit distinctement sa culotte blanche.

– Qu’est-ce que j’ai madame ? Demande poliment Amélie.

– D’abord, on ne va pas à la plage, vous allez mettre des talons ! Effectivement, comme à son habitude, Amélie porte des chaussures plates.

– Et ensuite vous n’allez pas aller à ce déjeuner avec cette jupe large qui vous tombe sur les chevilles ! Je me fais la remarque que ce n’est pas le cas de la robe de ma mère qui aurait plutôt tendance à lui remonter au nombril qu’à lui tomber sur les chevilles.

Amélie reste interloquée quelques instants mais évite la discussion et retourne dans la chambre. Pendant ce temps, les bruits de manivelle ayant cessé sur le trottoir, ma mère va à la fenêtre prendre des nouvelles du départ. Apres un bref échange qui se résume à une affirmation de mon père.

– Il faudra prendre le bus. Qui reçoit une réponse claire.

– Pas question, débrouille-toi ! Elle retourne dans son fauteuil.

Comme elle ne peut pas retenir sa robe à cause de ses ongles qui n’ont pas fini de sécher, celle ci remonte naturellement en haut des cuisses. Amélie revient, elle a mis des talons mais elle a gardé sa jupe longue ce qui provoque la colère de ma mère, sans doute déjà fort agacée par la mise en route laborieuse de la Buick et la perspective de devoir aller au CAF en autobus.

– Amélie enfin ! Je vous ai demandé de mettre une robe plus habillée. Mettez autre chose que cette jupe de bohémienne. Cette fois, Amélie tient tête et tente d’argumenter.

– Mais madame, c’est un repas traditionnel marocain. Il va falloir s’asseoir sur des poufs au ras du sol et avec une jupe étroite c’est difficile. Dans ces repas on a les genoux sous le menton, ce n’est vraiment pas pratique.

– Et alors ma fille, on ne vous a donc jamais appris à vous habiller dans votre campagne ? Allez tout de suite vous changer.

Amélie reste figée et regarde dans la direction de la culotte de ma mère. Sans se démonter, celle ci décroise puis recroise ostensiblement les jambes faisant encore plus remonter sa robe et découvrant toute sa culotte en regardant Amélie d’un air exaspéré.

– Vous avez vu ma robe, est-ce que vous pensez que c’est l’idéal pour s’asseoir sur un pouf ?

– Non, madame, on voit tous vos dessous. Répond la bonne toujours rebelle.

– Je sais, pourtant je l’ai mise parce que je n’irai pas à une telle journée habillée comme une souillon et tant pis si on voit ma culotte ! Alors vous en faites autant.

A cours d’argument devant cette évidente mauvaise foi, Amélie retourne dans sa chambre troquer sa confortable jupe contre un tailleur étroit qui la mettra au supplice pendant toute la journée. Une fois de plus ma mère a gagné.

A la fin de son séjour, Amélie ne resta pas au Maroc et se paya un billet d’avion pour Toulouse alors qu’elle aurait pu remonter en voiture avec nous. Sans doute que ce long voyage dans cette Buick qu’elle détestait et avec une patronne qu’elle avait de plus en plus de mal à supporter aurait été de trop. Mon père l’accompagna seul à l’aéroport et nous n’eûmes plus jamais de ses nouvelles.

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Buick et bas coutures -19- Tranche de vie

Une fois par mois j’étais de corvée de coiffeur. Encore petit, ma mère m’accompagnait et restait avec moi à feuilleter des revues pendant la séance. Bien sûr, assise sur une chaise, elle montrait toujours plus ou moins ses dessous, et quelques fois plutôt plus que moins.

Un jour de cette fin d’année 59, alors qu’elle porte une courte robe de lainage rose, nous entrons dans le salon. Le coiffeur termine un client et nous nous asseyons tous les deux. En attendant, je constate très vite que le client regarde fixement la glace dans notre direction. Je jette un coup d’œil vers ma mère absorbée dans la lecture d’un magazine et je vois que sa robe et son jupon sont remontés à mi-cuisses découvrant cinq bons centimètres de sa jarretelle sur le dessus de sa jambe. J’imagine que c’est cela que le client peut voir dans la glace.

A ce moment, deux jeunes entrent dans le salon. Sans doute deux frères, le plus jeune de mon âge accompagné de son grand frère.

A peine entrés, le plus grand louche sur ma mère et va s’installer sur une chaise située le plus en face d’elle possible, avec son petit frère à côté. Je ne sais plus où me mettre car je vois le grand qui fait des signes au plus petit en souriant et tous les deux ne lâchent plus des yeux les jambes de ma mère toujours absorbée par la lecture de sa revue. Je n’arrive même pas à faire semblant de lire une bande dessinée tellement je sens leurs regards. Enfin le coiffeur, qui a pris tout son temps, finit de coiffer son client.

Arrive mon tour de m’installer sur le fauteuil du coiffeur et là je découvre ce que le client voyait réellement. Ce n’est pas seulement les jarretelles qui sont visibles. Ma mère a les jambes croisées très haut et on a une vue parfaite sur sa culotte blanche. Comme elle balance doucement son pied en lisant, la culotte a un mouvement régulier sur son ventre, elle plisse en cadence vers la droite puis vers la gauche. J’ai chaud soudainement et je vois dans la glace que je suis tout rouge. A un moment elle décroise et recroise tranquillement ses jambes faisant remonter un peu plus sa robe, mais elle ne fait rien pour la tirer sur ses cuisses.

Le coiffeur termine enfin avec moi, je descends du fauteuil et ma mère décroise ses jambes. Au lieu de se lever tout de suite elle prend son porte-monnaie dans son sac donnant ainsi une autre vue de ses dessous aux deux jeunes. Enfin elle se lève, paye, et nous quittons le salon de coiffure. Ce n’est qu’une petite tranche de vie quotidienne, il va encore falloir repartir en Buick en espérant que ma mère ne sera pas en train de tourner la manivelle quand les jeunes sortiront du salon !

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Buick et bas coutures -20- L’abat-jour

Un jour des vacances de Pâques 1960, je vois ma mère affairée à coudre un jupon blanc sur une sorte de cône en fil de fer et je me demande bien ce qu’elle fabrique. Un peu plus tard en repassant dans la salle à manger, je constate que la chose prend forme. Elle n’a gardé que le nylon du jupon en découpant la dentelle et elle le coud sur les six branches verticales de la structure métallique, alors que le haut et le bas sont déjà fixés aux deux cercles métalliques du cône. J’identifie immédiatement l’objet comme étant un abat-jour et je souris intérieurement car je trouve assez drôle de faire un abat-jour avec un jupon.

Le lendemain après midi, elle reprend son ouvrage et y superpose un jupon neuf très large, en nylon blanc lui aussi, bordé d’une grande dentelle très travaillée. Elle est en train de le coudre sur l’anneau du haut de l’abat-jour, à environ dix centimètres sous l’élastique de la taille de telle sorte que le bas de la dentelle arrive juste sous le cercle inférieur de l’abat-jour. Intrigué, je n’ose pas lui demander ce qu’elle veut faire mais je reste à traîner dans l’appartement. Une petite heure plus tard je suis renseigné en la voyant enfiler laborieusement ce que je prenais pour un abat-jour.

Cela lui fait un jupon très évasé dont elle semble particulièrement satisfaite, car après avoir mis une paire de talons aiguilles, elle virevolte toute souriante devant sa glace en faisant s’écarter le jupon du dessus de celui de dessous, cousu aux montants métalliques. Je trouve cet assemblage original et je me dis en même temps que l’avantage de l’armature métallique, est que ce jupon ne risquera pas de remonter au-dessus de sa culotte, même par vent violent.

C’est le samedi soir suivant que je découvre les inconvénients de la construction. Mes parents sont de sortie et ma mère en profite pour étrenner son nouveau jupon qu’elle a mis sous une robe noire, large et légère. Le grand anneau inférieur fait beaucoup gonfler la robe qui est presque tendue malgré sa largeur, ce qui est sans doute l’effet recherché, mais en même temps il fait remonter la robe. Je vois les revers foncés de ses bas quand elle se déplace dans l’appartement pour finir de se préparer, l’ensemble balance d’un bord sur l’autre laissant carrément apparaître ses jambes au-dessus des bas. Je me dis qu’heureusement je reste à la maison.

Comme d’habitude, au moment du départ je vais à la fenêtre pour dire au revoir. Mes parents se dirigent vers la voiture qui est garée en épi sous la fenêtre. Si les mouvements de la robe amplifiés par la structure métallique et les très hauts talons sont du plus bel effet, en revanche, ils ont pour résultat de découvrir à tour de rôle les jarretelles blanches. Mon père ouvre la portière à ma mère qui, comme à son habitude, relève sa robe en s’asseyant.

Je ne pense pas qu’elle avait imaginé ce qui allait se passer, mais un abat-jour c’est rigide et le jupon, appuyé sur le siège d’un côté, se dresse bien en l’air au-dessus de ses jambes de l’autre. Le résultat est qu’il forme un cône dont le cercle du haut s’appuie sur l’élastique du porte-jarretelles et on voit l’intégralité de sa culotte de nylon blanc bordée de dentelle. Elle n’a pas l’air de s’apercevoir du spectacle qu’elle donne car pendant que mon père tire sur le démarreur elle remonte sa robe et arrange consciencieusement la dentelle du jupon du dessus pour qu’elle s’arrête juste à la limite du grand anneau de l’abat-jour. Au moment ou la voiture démarre, elle est en train de finir de positionner sa robe à la limite de la dentelle de jupon.

Je ne revois plus ce jupon pendant quelque temps et finit par l’oublier jusqu’à ce qu’un dimanche de mai, je croise ma mère qui déambule dans l’appartement en robe verte très évasée. Aucun doute n’est possible, le haut des bas noirs très visible trahit la présence de l’abat-jour sous la robe. Mais cette fois je suis moi aussi de la partie car nous allons au restaurant sur la corniche puis nous irons faire un tour au CAF.

Nous partons et en allant à la voiture je me retrouve quelques mètres derrière ma mère et constate que, comme avec la robe noire, le balancement de l’abat-jour découvre plusieurs centimètres de jambes au-dessus de ses bas à chaque pas. Elle qui trouve ces bas si chics, elle a vraiment tout fait pour qu’on puisse les admirer. D’abord les fines sandales vertes à talons aiguilles et à lanières qui mettent en valeur les grands renforts noirs des talons des bas, les coutures qui affinent le mollet et pour finir les deux tons de noir, plus foncé puis très noir des larges hauts sur lesquels s’agrippent les longues jarretelles blanches.

On monte en voiture et pendant que mon père effectue la mise en route, elle recommence son manège de réglage de la dentelle sur le bord de l’abat-jour puis de la robe à la limite de la dentelle. On part sans difficulté particulière et on se gare sur la corniche. A sa descente, un couple sur le trottoir la regarde puis éclate de rire.

Au restaurant, les choses se compliquent. Ma mère ne peut pas s’asseoir, son jupon ne passe pas entre la chaise et la table. Tout le restaurant nous regarde, la robe verte qui flotte au-dessus des bas l’a fait tout de suite repérer et ses premiers efforts pour tenter de rentrer sous la table ont fini d’attirer l’attention des autres clients. Mon père très gêné essaie de venir à son aide mais il reste désarmé les mains sur le dossier de la chaise sans trop savoir quoi faire. Finalement elle remonte l’anneau du haut de son jupon au maximum au-dessus de sa taille, s’assoit en ayant gagné ainsi une vingtaine de centimètres et demande à mon père de l’aider à repousser sa chaise au maximum pour coller le bas de l’abat-jour contre le bord de la table.

Elle arrive à tenir ainsi pendant tout le repas avec le haut du jupon au-dessus du bord de la table. A aucun moment, ni elle, ni mon père ne font la moindre allusion à cette situation pour le moins inconfortable pour déjeuner. A la fin du repas, je sors pour prendre l’air et quelques temps plus tard je les vois arriver, bien sur à chaque pas le balancement de l’ensemble découvre les jarretelles blanches sur ses cuisses. On repart et heureusement, personne n’est sur le parking du CAF pour la voir descendre à l’arrivée.

J’évite soigneusement tout l’après-midi de rentrer à l’intérieur jusqu’au moment ou un copain y va. Quand il revient, je le vois chuchoter avec deux ou trois autres gamins et ils décident qu’ils veulent rentrer pour jouer aux cartes. Tous les autres y vont et je suis bien obligé d’en faire autant. En rentrant, le copain qui est venu nous chercher montre de la tête la direction de ma mère.

Le spectacle me fait frissonner, elle est assise sur un canapé et bien sûr l’abat-jour découvre tous ses dessous, jarretelles, culotte et haut du porte-jarretelles. Je suis obligé de m’installer à une table pour jouer aux cartes et, évidemment, les gamins ont choisi l’endroit d’où la vue sur ma mère est la meilleure. Pendant une bonne heure, nous jouons en la voyant croiser et décroiser ses jambes. Enfin l’heure du départ arrive et par chance la voiture démarre bien, car je craignais qu’elle soit en plus obligée de pousser dans cette tenue.

Malgré l’épisode du restaurant dont je pensais qu’il lui avait enlevé l’envie de porter ce jupon, ma mère le remet dès le samedi soir suivant pour aller au cinéma avec la même robe noire que la première fois. Comme je ne suis pas du voyage, je ne sais pas s’il lui a fallu s’asseoir à table dans un restaurant avant la séance.

C’est deux ou trois dimanches plus tard que l’abat-jour réapparaît sous une robe blanche à pois noirs. Mon père est parti à la pêche avec les Delfoix et elle décide d’aller faire un tour sur la corniche l’après midi. Dès le départ les choses ont mal tourné. Comme il fait beau, je l’aide à baisser la capote puis elle s’installe dans la voiture et arrange la dentelle du jupon qui vient frôler le volant, elle met le contact et pompe quelques coups sur l’accélérateur pour faire venir l’essence, enfin elle entreprend de tirer sur le bouton du démarreur.

Là elle s’aperçoit que le jupon appuie sur le volant et qu’elle ne peut pas atteindre le démarreur. Je me dis ravi qu’elle va être obligée de se changer, mais c’est mal la connaître. Sans se démonter, elle m’explique que son jupon la gêne et que je dois tirer moi-même le bouton du démarreur. Je ne sais pas ce qui me prend mais j’ose lui demander pourquoi elle ne change pas de jupon et dans ma lancée j’ajoute qu’en plus on « lui voit tout » quand elle s’assoit. La réponse est cinglante « occupe-toi de tes affaires ».

Puis elle me demande de tirer le démarreur ce que je fais, une fois, deux fois, trois fois sans succès. Elle pompe plusieurs fois et me demande de tirer bien plus longtemps pour que la voiture démarre. Je tire un moment qui me paraît trop long sans que le moteur ne tousse et j’arrête et de nouveau. Elle me dit que ce n’est pas assez long et me demande de recommencer jusqu’à ce qu’elle me dise d’arrêter. Je tire à nouveau et pendant ce temps elle pompe de plus en plus fort sur l’accélérateur quand enfin le moteur démarre.

Nous partons vers la corniche où elle se gare le long du trottoir, et nous marchons le long du grand boulevard. Je m’aperçois que la plus-part des autres promeneurs regarde davantage ma mère que la mer, ses jambes plus exactement qui doivent apparaître au-dessus de ses bas à chaque pas, et je prends mon mal en patience.

Au moment de repartir, il faut que nous recommencions le manège du démarreur. Elle est très énervée et pompe comme une folle sur l’accélérateur. De nouveau elle me dit que je ne donne pas des coups assez longs, qu’il faut que j’attende qu’elle me dise d’arrêter. Et je tire, je tire, le moteur tousse mais ne part pas, j’entends le rythme du démarreur qui ralentit au fur et à mesure que la batterie se vide, je lui demande si je dois continue et elle me dit de ne surtout pas arrêter tout en pompant de plus en plus nerveusement. Je tire jusqu’à ce que la batterie rende l’âme sans qu’elle ne me demande d’arrêter.

Comme d’habitude elle se penche pour prendre la manivelle mais là encore le jupon l’empêche de se baisser et je dois la lui passer. Elle descend, va à l’avant de la voiture et je la vois qui a du mal alors que cela ne lui pose jamais de problème. Elle s’arrête très vite et vient vers ma portière pour me demander de l’aider. Je comprends en allant vers la manivelle. Quand elle se penche en avant pour la tourner, le cercle du bas de l’abat-jour se prend dedans et elle ne peut rien faire. Elle m’explique qu’il faut que je tire l’anneau du bas de son jupon vers l’arrière pour qu’elle puisse tourner la manivelle. Je prends délicatement le jupon et pendant qu’elle se met en position je tire l’anneau d’une dizaine de centimètres. Elle s’énerve car la manivelle se prend encore dans le jupon et me demande de tirer jusqu’à ce que l’anneau vienne toucher ses genoux.

Alors, cramoisi, je tire le jupon qui remonte vers le haut en découvrant sa culotte blanche à volants de dentelle. Je ne peux pas faire semblant de ne pas voir cette grande culotte qui, en plus, plisse de tous les côtés pendant que ma mère tourne la manivelle, je suis mort de honte car il y a beaucoup de monde qui passe et j’entends les gens rire.

Très vite un petit attroupement se crée, et un monsieur vient proposer ses services. Ma mère accepte et lui explique qu’avec son jupon elle n’arrive pas à tourner la manivelle comme il faut. Malgré tous ses efforts, le monsieur n’arrive pas non plus à faire démarrer le moteur, il doit y avoir un problème dit-il et il ouvre le capot pour regarder. Surpris, il s’étonne de trouver un si petit moteur sous ce grand capot.

– C’est quoi ce moteur ? Ce n’est pas celui de cette voiture, on vous a roulé ! Ma mère paraît tout d’un coup très gênée et répond.

– Oh, moi je n’y connais rien !

Après avoir un peu trifouillé dans le moteur, il demande à ma mère d’essayer au démarreur, elle doit lui expliquer qu’avec ce jupon elle ne peut pas atteindre le démarreur quand elle est assise dans la voiture. Une grosse dame demande comment elle a fait pour venir jusqu’ici et ajoute à la cantonade.

– C’est pas possible un accoutrement pareil ! Ma mère ne répond pas aux rires provoqués par cette réflexion et indique au monsieur serviable le bouton du démarreur. Celui-ci s’étonne que ce ne soit pas la clef de contact qui fasse aussi démarreur et ma mère lui répond que sur les voitures américaines c’est comme ça. Il tire sur le bouton et n’obtient que quelques hoquets.

– Elle est vide votre batterie, comment vous avez fait sans pouvoir atteindre le démarreur ? C’est mon fils qui le tire lui répond-t-elle. Et de nouveau la dame intervient.

– En plus il faut être deux pour démarrer. Ah ben ! C’est une aventure pour aller vous promener. Et vous avez vu ? Votre jupon, il met votre robe à l’horizontale on voit au-dessus de vos bas ma pauvre dame !

Ma mère lui lance un regard furieux mais se contente de hausser les épaules et dit au monsieur qui ne sait plus trop quoi faire que le plus simple serait de la pousser. Il acquiesce et se tournant vers le petit groupe demande qu’on l’aide pendant que ma mère va s’installer au volant en retroussant sa robe jusqu’à la taille. Trois ou quatre personnes vont à l’arrière et commencent à pousser, mais elle accroche le volant avec son jupon et a du mal à braquer, si bien qu’un autre monsieur lui dit de descendre, qu’il va le faire. Les voilà partis en poussant pendant que je reste sur le trottoir avec ma mère et les autres personnes.

On les voit s’éloigner dans la voiture quand enfin un nuage de fumée bleue indique qu’elle a démarré. Comme ils sont assez loin, ils montent tous les quatre dans la voiture, vont faire demi-tour plus loin et reviennent le long du trottoir. Le conducteur descend et dit à ma mère.

– Voilà vous pouvez y aller, elle n’est pas bien vaillante votre voiture, non seulement le moteur est trop petit, mais en plus il a l’air drôlement fatigué !

Sans répondre, ma mère fait un grand sourire, remercie et s’installe aussitôt au volant, je constate avec tout le monde qu’on voit la totalité de sa culotte, et, rouge de confusion, je fais le tour pour monter. Alors la dame moqueuse part dans un grand rire et dit.

– Votre jupon il est comme votre voiture, il reste le capot levé pour qu’on voie bien le moteur ! Vous avez une belle culotte à dentelles et on en profite bien, c’est les messieurs qui sont contents.

Enfin un espace se dégage dans la circulation pour traverser le boulevard et ma mère peut démarrer sous les éclats de rires provoqués par les réflexions de la dame. Toujours très énervée, ma mère manque de caler et dit.

– Qu’elle espèce d’idiote cette grosse bonne femme, elle est habillée comme une boniche en plus. Puis elle se concentre sur sa conduite malaisée à cause du jupon qui se prend toujours dans le volant.

En rentrant, les Delfoix et mon père sont en train de décharger les affaires de pêche, elle les embrasse et on rentre tous à la maison pour boire un verre. Ils s’installent dans les fauteuils du salon, sauf ma mère qui s’est mise sur le divan plus pratique avec le grand jupon. Jacques Delfoix lui dit.

– On a une vue plongeante avec ton jupon. Très à l’aise ma mère lui dit en riant qu’il n’a qu’à regarder autre part si ça ne lui plait pas, et la conversation continue sur d’autres sujets.

Après le départ des Delfoix, mon père va faire sa toilette et quand il revient, il trouve ma mère en train de me faire réciter une leçon toujours assise sur le canapé. Comme on finissait, je vais dans la chambre, et j’entends mon père.

– Je t’ai déjà dit qu’il est ridicule ce jupon, tu as entendu Jacques, tu ne peux même pas t’asseoir avec ce machin là, tu ne te rappelles pas le cirque l’autre soir au cinéma? La réponse fuse.

– Moi, il me plait et je m’en débrouille très bien, ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à pas regarder.

Mon père n’insiste pas et elle reprend la lecture de son magazine. Je ne saurais jamais quel a été ce cirque au cinéma mais j’imagine que dans les fauteuils plutôt étroits d’un cinéma elle a dû avoir du mal à trouver sa place !

C’est en partant en vacances pour Auch que les choses vont encore se compliquer. Le matin du départ ma mère porte une légère robe bleu clair sur le jupon abat-jour. Mon père lui dit qu’elle ne peut quand même pas voyager dans cet accoutrement, mais elle se fâche tout de suite.

– Tu vois bien que je ne peux pas faire rentrer ce jupon dans le coffre, je vais le bousiller !

– Eh bien laisse le ici, tu le retrouveras en rentrant. Essaie mon père, mais ma mère est remontée, elle annonce sur un ton plus que cassant.

– Ah non, j’ai bien l’intention de le porter cet été, tu ne m’empêcheras pas de l’emmener. Mon père cède déjà.

– Met le sur la banquette arrière, tu ne vas tout de même pas faire tout le voyage dans ce jupon.

– D’accord tant qu’on est dans la voiture, mais je le mettrai dès qu’on descendra, je n’ai aucune envie de me le faire voler. Dit-elle toujours agacée.

– Si tu crois que quelqu’un va te voler un truc aussi ridicule ! Explose mon père lui aussi en colère. Il n’en faut pas plus à ma mère pour en profiter.

– Très bien puisque tu me trouves ridicule je ne quitterai pas mon jupon et je ferai comme si tu n’étais pas avec moi ! Et elle tourne les talons pour terminer ses préparatifs.

Ainsi nous partons pour la France avec ma mère dans son abat-jour. Sur le ferry entre Tanger et Algésiras, tout le monde à vue sur sa culotte et ses jarretelles bleues ciel pendant qu’elle se prélasse sur un transat avec le jupon en corolle. Mon père n’a plus fait de remarque depuis le matin, s’efforçant au contraire d’être aimable pour amadouer ma mère qui fait ostensiblement la tête.

Pendant tout le voyage, elle cèdera quand même en partie. Le jupon est finalement avec moi sur la banquette arrière la plupart du temps, mais elle le remet chaque fois que nous nous arrêtons et que nous laissons la Buick. Elle l’enlève quand nous repartons pour le poser derrière sans se préoccuper des regards ahuris des espagnols qui voient cette femme mettre ou enlever son jupon sans la moindre gêne à côté de sa voiture.

Avec son jupon abat-jour elle fera sensation à Auch durant l’été !

 
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Buick et bas coutures -21- L’aéroport

Nous approchons de cette fin d’année scolaire 1960 et les finances familiales ne s’améliorent toujours pas. Pourtant mes parents ont décidé que nous avons besoin d’une seconde voiture plus petite que la Buick. Comme elle est destinée à ma mère, le choix se porte sur une quatre chevaux, idéale comme voiture de ville. En réalité je pense que c’est la solution pour conserver la grosse américaine poussive et capricieuse sans rester privés de sorties à cause de ses innombrables pannes.

Pour acheter cette nouvelle voiture il faut trouver de l’argent et mes parents décident de ne pas aller en vacances en France, j’irai seul à Auch en avion. Pendant l’été mon père donnera des cours de rattrapage dans une institution spécialisée.

C’est ainsi que je reviens à l’aéroport de Casablanca-Anfa par une après-midi de septembre après deux mois passés à Auch. En me rapprochant j’aperçois très vite mes parents derrière les grandes baies vitrées du hall.

Ma mère porte un tailleur avec une jupe rouge droite et une veste courte assortie, un chapeau noir étroit avec une longue plume rouge assortie au tailleur. Je réponds de la main aux signes qu’elle me fait derrière la vitre. J’avance avec la file des passagers pour me diriger vers le poste de douane puis vers la zone de récupération des bagages. Un dernier petit signe de la main et mes parents se retournent pour venir me rejoindre.

Je ressens un véritable choc et je me demande si je vais arriver à continuer à marcher. Ma mère s’éloigne, de dos la stricte jupe droite du tailleur rouge se présente sous une nouvelle apparence. Elle est intégralement fendue jusqu’à hauteur de la fermeture éclair qui descend depuis sa taille, à la limite de la veste rouge. Seul un jupon blanc cache ses jambes, mais sa large dentelle dans le bas laisse voir la peau plus claire des jambes au-dessus du haut foncé des bas noirs à coutures. Une paire de sandales aux talons démesurés aussi rouges que le tailleur parachève le tableau.

Nous nous retrouvons, nous nous embrassons, et ma mère décide d’aller prendre un rafraîchissement au bar de l’aéroport avant de rentrer, parce que ce voyage a du me fatiguer. Une orangeade me fera certainement le plus grand bien.

Ce bar est une sorte de salon assez cossu qui donne directement sur le hall de l’aérogare avec des tables basses et des chauffeuses autour. Nous choisissons une de ces tables et prenons place dans les chauffeuses pour commander. En s’asseyant, ma mère a retroussé sa jupe d’une quinzaine de centimètres, à peu près la hauteur de la fermeture éclair, pour ne s’asseoir que sur son jupon, le reste de la jupe étant complètement fendu, il ne risque pas de se froisser.

Elle dévoile ainsi largement la superbe dentelle de son jupon et comme ses jambes sont croisées haut à cause de la chauffeuse basse et des immenses talons, on voit ses jambes légèrement bronzées très au-dessus des bas noirs, juste striées par de longues jarretelles de dentelle blanche.

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Pendant que nous buvons nos rafraîchissements, je m’aperçois que les voyageurs en partance, surtout les hommes, viennent régulièrement piétiner à portée de regard de notre table, mais ma mère ne semble pas s’en rendre compte, pas plus que mon père d’ailleurs, qui attend tranquillement que tout cela se passe sans dire grand chose. Il n’est pas loin de quatre heures de l’après midi quand elle décide qu’il est temps de rentrer à l’appartement.

Nous sortons de l’aérogare et je vois tout de suite la grosse américaine décapotée qui brille de tous ses chromes. Elle est mal garée, avec deux roues sur le trottoir à moins de cinquante mètres de l’entrée, en dehors des places de parking normales. Ma mère m’explique qu’ils ont failli arriver en retard et que s’ils étaient allés se garer jusqu’au parking elle avait peur que je ne la voie pas à me descente d’avion et que je m’inquiète.

Mon père lui ouvre sa porte et elle s’installe en relevant sa jupe bien plus haut qu’au bar. Quand elle monte, je vois qu’elle porte une grande culotte blanche avec la même dentelle que son jupon et ses jarretelles, elle s’est visiblement offert un nouvel ensemble complet de lingerie. Je me faufile sur la banquette arrière pendant que mon père va ranger les bagages dans le coffre avant de revenir fermer la portière de ma mère.

Pendant que mon père fait le tour pour regagner sa place, ma mère sort un paquet de cigarettes de son sac et un long fume cigarette nacré. Je découvre ce nouvel objet et je me demande ce qu’il lui a prit d’acheter un truc pareil. Elle glisse la cigarette dans le fume cigarette et l’allume avec un briquet doré visiblement neuf lui aussi pendant que mon père donne des coups d’accélérateur pour faire venir l’essence avant de tirer sur le démarreur. Les cours de rattrapage ont du améliorer sensiblement ses moyens et elle s’est fait quelques cadeaux.

Hélas, quand mon père tire sur le gros bouton blanc au milieu du tableau de bord, je comprends immédiatement pourquoi ils ont failli être en retard.

Le démarreur émet le son habituel caractéristique de la batterie déchargée. Les gens sur le trottoir regardent soudain dans notre direction, intrigués par les sons graves et syncopés qui sortent de l’avant de la voiture. Indifférente ma mère continue de tirer sur sa cigarette le coude à la portière.

Mon père insiste encore quelques instants, mais les sons émis par le démarreur se font de plus en plus graves et éloignés les uns des autres. Finalement, il abandonne et demande à ma mère de lui passer la manivelle. Elle se penche en relevant son jupon jusqu’à la taille pour l’attraper et la passe à mon père en laissant retomber le jupon sans le retirer vers ses genoux. Pendant qu’il descend, elle s’avance sur la banquette et en lève sa veste rouge. En soutien-gorge en dentelle blanche elle se tourne vers moi.

– Alors tu es content de nous retrouver et de rentrer à la maison ? La Buick doit te changer de la vielle Citroën de Papi! Me dit-elle avec un grand sourire.

Je me sens obligé de répondre que, oui bien sûr, je suis assommé par la tenue de ma mère, je ne peux pas penser à autre chose que son soutien-gorge est à l’air et qu’il est assorti aux autres dentelles de ses dessous. A l’avant mon père tourne la manivelle sans succès et je sens l’énervement gagner ma mère qui se retourne vers l’avant et ouvre sa portière. Elle sort une jambe, farfouille dans son sac à main et en tire un tube de rouge à lèvres qu’elle s’applique à mettre sur ses lèvres en se regardant dans le rétroviseur extérieur. Les gens sur le trottoir affichent un air stupéfait, elle est en soutien-gorge, ses jupes sont retroussées jusqu’à la taille et la longue plume de son chapeau s’agite au rythme de la manivelle !

Mon père continue à s’acharner, mais visiblement la grosse Buick, n’est pas du tout décidée à démarrer. Après le rouge à lèvres, ma mère a eu le temps de se repoudrer le nez puis de renforcer son rose à joue et le noir de ses paupières quand, ayant remballé tout son matériel, elle rentre sa jambe droite, referme sa portière et enfile une nouvelle cigarette dans le long tube de nacre. C’est le moment que choisi mon père pour abandonner. Il revient du coté passager et tend la manivelle à ma mère par-dessus la portière en disant qu’il va falloir pousser.

Elle lui dit de venir s’asseoir fumer une cigarette le temps de se reposer un peu, qu’elle-même veut finir la cigarette qu’elle vient d’allumer. Mon père revient docilement s’asseoir derrière le volant et allume une cigarette. Nous voilà tous les trois dans notre décapotable en panne, à cheval sur le trottoir près de l’entrée de l’aérogare. Ma mère tient son fume cigarette dans la main gauche et, dans la droite, la manivelle qu’elle n’a pas reposée devant ses pieds. Cela fait bizarre, car comme elle a toujours le coude à la portière elle tient la manivelle en l’air comme si elle voulait la faire admirer aux gens sur le trottoir.

Mes parents finissent leurs cigarettes, il va falloir pousser et ma mère pose enfin la manivelle devant elle comme si elle acceptait l’évidence que la voiture ne partira pas par ce moyen là. Elle qui déteste pousser avec ses hauts talons, elle n’a plus le choix, ouvre sa portière et descend en me demandant de venir l’aider.

Mon père à l’extérieur prêt à sauter quand la voiture prendra de la vitesse, ma mère toujours en soutien-gorge et moi arc-boutés sur le coffre nous poussons, bientôt aidés par des personnes compatissant à nos difficultés et sans doute amusées par la jupe fendue du tailleur qui doit s’ouvrir largement dans l’exercice. Nous tournons plusieurs fois autour du rond-point devant l’entrée de l’aérogare sans le moindre signe de démarrage du moteur.

Au bout de trois ou quatre tours, mon père se range de nouveau à moitié sur le trottoir devant l’entrée, remercie les gens qui nous aidaient et indique qu’il va essayer de voir ce qui ne va pas. Il va du coté droit et fait basculer le capot sur sa charnière gauche. Sans remonter dans la voiture, ma mère récupère sa veste rouge, l’enfile, prend son sac à main et m’entraîne vers le bar de l’aéroport en disant à mon père que tout cela nous a donné soif.

C’est comme ça que j’ai droit à une deuxième tournée d’orangeade. Je m’aperçois tout de suite qu’elle est énervée car cette fois elle a retroussé sa jupe jusqu’à la taille et croisé ses jambes tellement haut que je peux voir le triangle de sa culotte blanche par-dessous ses cuisses. Elle fume une nouvelle cigarette, regarde sans arrêt dans la direction de l’entrée, puis après un long moment elle décide qu’il est temps de rentrer, comme si cela ne dépendait que de son bon vouloir.

Quand nous sortons, mon père est en train de faire un nouvel essai à la manivelle avec des gens autour qui regardent ou donnent des conseils. Sans même adresser la parole à qui que ce soit, ma mère ouvre sa portière, enlève sa veste qu’elle lance sèchement sur la banquette arrière, remonte sa jupe et son jupon jusqu’à la taille et me laisse passer derrière sans refermer sa portière. Elle se glisse au milieu de la banquette et étend ses bras le long du dossier les genoux haut croisés au-dessus du tableau de bord à cause de ses talons qui sont posés sur le tunnel de transmission.

Elle attend en pianotant sur le dossier sans rien dire tant que mon père tourne la manivelle, mais quand il revient ouvrir le capot, elle explose et lui demande s’il va encore bricoler longtemps dans le moteur. Comme il ne répond pas, elle se met à se tortiller sur son siège pour enlever son jupon qui va rejoindre la veste rouge et replie ses jambes pour coincer ses genoux sous son menton. Elle allume sa énième cigarette de l’après midi et la fume d’un air méprisant en ignorant totalement les gens autour d’elle.

A la fin de sa cigarette, elle se tourne vers moi et me fait descendre pendant qu’elle range ses affaires dans son sac. Elle descend à son tour, et dit à mon père que nous sommes fatigués et que nous rentrons en taxi. Elle me prend par la main et nous nous dirigeons vers la station de taxi. C’est en entendant les rires des gens qu’elle, et moi aussi d’ailleurs, réalisons que sa veste et son jupon sont restés dans la voiture, et qu’avec sa jupe encore retroussée, elle marche en culotte soutien-gorge et porte-jarretelles vers les taxis. Sans s’arrêter de marcher, elle se contorsionne un peu pour faire redescendre sa jupe. Nous nous engouffrons dans un taxi à qui elle donne l’adresse de notre appartement en pestant car la plume de son chapeau frotte contre le toit du taxi.

Ce n’est qu’une fois partis qu’elle me dit plus détendue.

– C’est moins confortable que la Buick, mais je pense que tu es fatigué et que tu n’as plus tellement envie d’attendre que papa ait fini de régler le moteur.

Finalement elle a raison, mon père ne rentre que vers huit heures du soir après avoir dû appeler un dépanneur depuis l’aéroport. Il rapporte le jupon de nylon blanc et la veste rouge. Pour ma part, je suis déçu car en arrivant j’ai demandé où était la nouvelle quatre chevaux, mais celle-ci ne sera achetée que plus tard quand mon père aura été payé de ses cours du mois de septembre.

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Jimi Hendrix – 40 ans

Avant la guitare était belle, avec Hendrix elle devint merveilleuse. En trois mots, c’est l’impression qu’il me laisse. Il a fait le grand saut, 40 ans déjà, une paye. Je n’ai jamais été un nécrophage. Je ne me suis pas précipité pour acheter ses disques à l’annonce de sa mort, je les avais déjà. Je me souviens de ce jour, je ne fus pas autrement étonné, je dirais presque que je le savais déjà, que je l’attendais. Il faisait partie de ces icônes qui vivaient à cent à l’heure, qui brûlaient la chandelle par les deux bouts. On expérimentait toutes sortes de choses, on cultivait les utopies du monde meilleur. Il y avait les charismatiques visionnaires des tranches de vies qu’ils nous distillaient au fil de sillons de leur labeur semés sur les galettes vinyliques, Jim Morrison bien sûr, le poète maudit. Jimi Hendrix ne parlait pas tant, il donnait la parole à sa guitare, comme elle causait bien. Il savait parler certes, mais rien que pour dire des banalités comme vous et moi. Il avait besoin de ses cordes pour aller dans une autre dimension et on le suivait, fidèlement, aveuglément. Sa vie de star on l’a racontée, de quoi en remplir des bibliothèques, je ne vais pas le faire ici. Peu importe comment il a vécu, il a vécu. Trop peu de temps, c’est sûr. J’ai égoïstement prolongé mon séjour ici rien que pour le plaisir de l’écouter au fil de toutes ces années passées sans lui. Sa guitare parle, parle toujours grâce à la magie de la technique, sa guitare parle, écoutons là. Elle raconte de si belles choses…

Buick et bas coutures -22- Ma première communion

Après les vacances de Pâques, le mois de mai se profile avec, en prime, ma première communion et cela ne m’enchante pas, j’ai horreur à l’idée de me déguiser dans cette espèce de machin blanc qu’on m’a fait essayer la semaine dernière

Je suis en train de finir de me laver quand ma mère sort de sa chambre et me demande de venir m’habiller. Elle porte un nouveau jupon blanc large et très fin sur une grande culotte en nylon rose, bordée d’une dentelle froncée à volants. Un porte-jarretelles, rose lui aussi, tente comme d’habitude de retenir les courts bas noirs. L’ensemble est complété d’un soutien-gorge rose également bordé de dentelle. Elle a déjà enfilé ses escarpins blancs.


Pendant que je mets un slip et un tricot de peau, elle sort le truc blanc, ça s’appelle une aube je crois, et commence à me l’enfiler.

– Eh, je ne suis pas habillé ! Sa réponse me glace.

– Avec ce beau temps tu auras trop chaud si tu mets un short et une chemise. Je me regarde dans la glace, on voit mon slip au travers du machin blanc.

– Mais c’est transparent !

– Et alors, tu n’es pas tout nu dessous, non ? Tu es très bien comme çà. Le ton n’appelle pas de réplique, c’est fichu, tout le monde va se moquer de moi. Et elle retourne dans sa chambre mettre sa robe et son chapeau.

Quand elle ressort, je comprends que la transparence de mon aube ne lui pose pas de problème. Elle porte une robe d’une seule épaisseur de mousseline blanche aussi transparente que son jupon et la superposition des deux ne cache rien de ses dessous roses. On voit les longues jarretelles et les revers plus foncés des bas, la grande culotte qui fait des plis quand elle marche et le soutien gorge, lui, n’est couvert que par la légère mousseline de la robe. Les volants froncés de sa culotte soulèvent la mousseline et le jupon d’un bon centimètre, sauf aux endroits où les jarretelles les plaquent conte ses jambes.

Elle arrange sa grande capeline blanche devant la glace et me dit « quel vent dehors, je vais m’envoler ! » ; et nous voilà partis. Personne sur le trottoir, c’est déjà ça, nous rejoignons la Buick que nous décapotons pour profiter du soleil. Le vent est effectivement fort et ses jupes tournoient autour d’elle. Ma mère entame la procédure de mise en route. Elle pompe régulièrement sur l’accélérateur en tirant longuement sur le démarreur. Je vois nettement à travers la robe et le jupon les jarretelles roses qui se tendent et se détendent au rythme des pressions sur l’accélérateur. Enfin après un long moment le moteur asthmatique commence à tousser et part enfin.

Je passe sur la cérémonie au cours de laquelle je dois sucer une hostie, ça dure une éternité et enfin nous ressortons. Sur le parvis de l’église des groupes se forment qui continuent à discuter alors que je commence à descendre les marches. Deux copains s’approchent de moi et en riant me disent.

– Eh, tu as oublié de mettre ton pantalon ! Et en se retournant, il y en a un qui ajoute.

– Ta mère aussi, on lui voit tout !

Je me retourne aussi, bien obligé pour ne pas me sentir encore plus ridicule, et découvre avec horreur que le vent ne s’est pas calmé. Ma mère discute en haut des marches en tenant sa capeline à deux mains pour qu’elle ne s’envole pas, laissant ainsi une totale liberté à sa robe et à son jupon qui remontent régulièrement au-dessus de sa taille.

Pétrifié, je ne trouve rien à répondre et reste figé devant ce spectacle. Enfin elle dit au revoir aux gens avec qui elle discute et descend vers nous avec sa robe et son jupon qui volent autour de sa taille.

– On y va, il faut qu’on soit chez les Delfoix pour récupérer ton père et aller manger sur la Corniche. En marchant vers la voiture je tente.


– On ne va pas se changer ?

– Mais non tu es très bien, c’est un jour de communion, tu verras que tu ne seras pas tout seul habillé comme ça ! J’ose.

-Le vent est fort, ce n’est pas pratique avec ta robe ! Et elle me répond en riant.

– C’est sûr, je passe mon temps en culotte !

Cette fois ci, le départ est plus laborieux, elle vide sa batterie sans arriver à démarrer. Comme d’habitude elle prend la manivelle et descend de la voiture. Au bout de quelques essais son chapeau s’envole et elle est obligée de lui courir après sur le trottoir sous les rires des groupes qui discutent encore. Très digne elle ramasse la capeline et revient vers la voiture sans se soucier un instant de ses jupes qui volent. Elle me donne son chapeau à tenir et retourne à la manivelle. Pendant qu’elle tourne, je vois régulièrement la robe et le jupon qui s’élèvent au-dessus du capot de la voiture et j’imagine le spectacle qu’ont les gens devant l’église. Enfin la voiture démarre et elle revient s’asseoir dans une envolée de mousseline et de nylon.

C’est fini pour l’église mais pas pour la journée car après avoir récupéré mon père chez les Delfoix nous allons manger sur la corniche et je suis toujours en communiant. Déjà pour aller jusqu’au restaurant depuis l’endroit où nous nous sommes garés tout le monde nous a regardé au passage. Sûrement davantage ma mère dont les jupes volent encore plus haut si c’est possible car le vent est plus fort au bord de la mer, mais certainement moi aussi dans mon aube transparente. Seul mon père ne semble pas s’apercevoir de quoi que ce soit, pourtant à plusieurs reprises, je le vois repousser la robe de ma mère qui lui vole dans la figure. Elle bien sur n’y peut rien : elle tient le bras de mon père d’un côté et son autre main retient la capeline blanche qui ne demande qu’à s’envoler. Il lui faudrait deux autres bras pour ses jupes ! Elle en rajoute en s’adressant à mon père.

– Quel vent, je me promène en culotte mon chéri. Mon père ne répond rien.

Dans le restaurant nous faisons aussi sensation en allant nous asseoir avec nos transparences.

Le repas se termine et nous revoilà dehors sur la corniche. Pas question de rentrer, c’est le moment où il y a le plus de monde pour se faire admirer et nous marchons lentement sur le grand trottoir devant les gens assis sur les bancs. Ma mère retient toujours son chapeau d’une main et donne l’autre bras à mon père. Elle s’arrête régulièrement pour admirer la mer ou dire trois mots à une vague connaissance. Le vent ne s’est pas calmé et elle se retrouve en dessous l’essentiel du temps, lorsque la robe ou le jupon redescendent un peu d’un coté c’est pour mieux s’envoler de l’autre. Je vois mon père les attraper et tenter de les rabattre sans arrêt. Ma mère recommence.

-Cela ne sert à rien mon chéri, avec ce vent je passerai la journée en culotte. Prends en ton parti !

Enfin vers cinq heures de l’après midi nous rejoignons la voiture et mon calvaire va s’achever. Du moins c’est ce que je crois car bien sûr la Buick refuse à nouveau de démarrer. Après quelques coups de démarreur qui vident rapidement la batterie déjà mise à mal devant l’église, mon père s’échine sur la manivelle. Contrairement à son habitude, ma mère ne reste pas assise à se remaquiller, elle descend et regarde mon père essayer de démarrer. Elle tient maintenant son chapeau à deux mains et on voit en permanence sa culotte bordée de dentelles et ses longues jarretelles roses.

Mon père n’arrive pas à faire partir le moteur avec la manivelle, il ouvre le capot pour essayer de voir ce qu’il peut faire et ma mère fait mine de s’y intéresser en se penchant régulièrement vers le moteur depuis le trottoir.

Le temps passe, mon père continue à alterner les essais de manivelle et les bricolages dans le moteur quand enfin il rabaisse le capot est indique qu’il faut pousser la voiture. Ma mère revient vers moi, bascule son dossier vers l’avant pour que je puisse descendre et me demande de venir l’aider pendant que mon père va se mettre du côté du conducteur.

Tant bien que mal, on dégage la voiture du trottoir et on commence à pousser. Mais ma mère et d’une bien faible utilité car elle ne pousse que d’une main, l’autre retenant son chapeau, et en plus ses hauts talons ne lui permettent pas de prendre de la vitesse. Au bout d’une trentaine de mètres elle s’arrête carrément de pousser et appelle des gens sur le trottoir.

– S’il vous plait, notre voiture est en panne est-ce que vous pouvez nous aider?


Dévoués trois personnes viennent se mettre à coté de moi, toujours dans mon costume de communiant et nous poussons la voiture qui finit par partir. Mon père roule encore un peu en faisant ronfler le moteur pendant que nos aides repartent. Je me retourne, ma mère est restée loin derrière et attend tranquillement que nous revenions la chercher les jupes en l’air. Heureusement le boulevard très large permet à mon père de reculer sans gêner la circulation et on peut revenir vers elle.

Depuis le bord du trottoir elle nous fait signe de la main en souriant, ne se préoccupant toujours pas de son jupon qui vole. Quand nous nous arrêtons à sa hauteur, elle ouvre sa portière, mais au lieu de s’asseoir, elle commence par baisser sa vitre sans se presser, regarde, avec un grand sourire, les gens sur le trottoir et enfin, s’assoit en culotte la robe et le jupon se trouvant plaqués par le vent sur sa figure. Elle se dégage de ce fatras de mousseline et de nylon en oubliant de les ramener sur ses jambes puis, pendant que mon père démarre, elle fait des signes d’adieu aux passants que nous ne connaissons même pas.

Mon père roule doucement sur le boulevard, je me rends compte qu’il a un problème car dès qu’il passe la troisième, la voiture hoquette et ralentit, et même en seconde à trente à l’heure nous sommes souvent secoués par les soubresauts du moteur. Au bout de la corniche, il faut tourner à gauche pour prendre la côte d’Anfa, seul chemin pour rentrer à l’appartement. La voiture hoquette de plus belle et il est obligé de passer la première pour pouvoir continuer. C’est dans cette situation inquiétante que ma mère, qui s’était surtout montrée à sa portière tant que nous étions sur la corniche, dit.

– Quel temps magnifique, je n’ai vraiment pas envie de rentrer, allons faire un tour en ville. Mon père lui répond que la voiture va tomber en panne et qu’il vaudrait mieux qu’on rentre, mais cela ne fait ni chaud ni froid à ma mère qui lui dit fataliste.

– On verra bien ! Je tente alors un.

– Je préfère rentrer, je suis fatigué. Repris par mon père qui est lui aussi fatigué, il est parti à la pêche à cinq heures du matin, mais cela laisse ma mère indifférente, elle se contente de nous traiter de « petites natures ».

Nous continuons ainsi à avancer en cahotant dans la côte, je garde l’espoir qu’en haut ma mère redeviendra raisonnable et qu’elle acceptera de rentrer plutôt que de tourner vers le centre de Casablanca. Hélas, je sais que lorsqu’elle a décidé quelque chose on ne la fait plus changer d’avis, mais voyant la voiture ralentir de plus en plus je me dis qu’on n’arrivera peut-être même pas au sommet et que la question ne se posera plus. A quelques dizaines de mètres du sommet ce qui devait arriver arrive, mon père gare la voiture le long du trottoir alors que celle-ci est en train de caler dans d’ultimes hoquets.

– Avec ce beau temps c’est normal qu’elle chauffe un peu. Annonce calmement ma mère et elle ajoute.

– On va la pousser jusqu’en haut, elle refroidira dans la descente. Et la voilà qui descend.

Sans un mot mon père sort à son tour et je comprends que je dois faire de même si je ne veux pas être rappelé à l’ordre par ma mère déjà en place à l’arrière de la voiture. Tous les trois nous commençons à pousser lentement. Tenant toujours sa capeline d’une main, ma mère est de peu d’utilité. Heureusement une voiture arrive et s’arrête à notre hauteur. La passagère demande si nous avons besoin d’aide et ma mère lui répond que la voiture chauffe un peu et qu’il faut la pousser jusqu’en haut de la côte. L’autre voiture fait une marche arrière et se gare derrière nous, le couple et deux enfants descendent pour nous aider. Le monsieur dit à mon père de se mettre au volant pour démarrer mais ma mère déclare aussitôt que ce n’est pas la peine car la Buick ne pourra repartir qu’en prenant beaucoup de vitesse dans la descente.

– Ah bon, ça vous arrive souvent ? S’étonne le monsieur, et ma mère sans sourciller répond.

– C’est que ces grosses américaines c’est lourd dans les côtes. La dame s’en mêle en continuant à pousser.

– Nous n’avons pas ce genre de problème avec notre Dauphine, je n’aimerais pas avoir une voiture qui tombe en panne dans les côtes. Ma mère ne dit rien ou plutôt, change de sujet en se plaignant du vent qui l’oblige à tenir son chapeau.

– Il n’y a pas que votre capeline qui s’envole sourit la dame, vos jupes s’envolent aussi! Ma mère rit de bon cœur.

-Vous deviez voir tous mes dessous, je n’aurais pas mis de jupe aujourd’hui cela aurait été pareil ! Nous arrivons en haut et nous remercions ces gens aimables qui redescendent à pied vers leur voiture.

Ma mère fait remarquer que nous ne sommes pas dans la bonne direction et qu’il faut reculer un peu pour tourner à gauche vers le centre, là nous sommes dans la direction pour rentrer à l’appartement. Mon père lui demande si cela ne lui suffit pas comme ça, qu’il est déjà six heures et qu’on va encore tomber en panne si on va en ville.

Ma mère ne veut rien entendre, déjà elle m’appelle à l’avant pour que je l’aide à faire reculer la voiture. Mon père découragé redescend et se met à pousser avec nous. C’est juste à ce moment là que la Dauphine qui nous a aidés arrive et s’arrête, la passagère ouvre sa portière pour demander ce qui se passe et ma mère lui explique que nous reculons pour tourner à gauche car elle veut aller faire un tour en ville.

– Eh bien vous n’êtes pas rendus, vous avez du courage, et dans un rire elle ajoute faites bien attention à votre capeline, il y a encore tout qui s’envole ! Et ils s’éloignent. Nous finissons notre manœuvre et nous remontons dans la voiture. Mon père lui laisse prendre de la vitesse dans la descente avant d’embrayer pour faire démarrer le moteur.

Nous voilà repartis toujours aussi cahotants vers le centre qui n’est pas très loin. Une fois en ville ma mère peut de nouveau se montrer à la portière de sa décapotable et se faire admirer des nombreux promeneurs qui profitent de cette fin de dimanche après midi.

En ville il y a des petites rues et des feux rouges, si c’est très pratique pour se montrer, c’est moins amusant avec notre voiture de plus en plus poussive qui finit par caler à un feu rouge en bloquant le passage de la petite rue pavée où nous sommes. Mon père donne deux coups de démarreur qui déchargent tout de suite la batterie et se tourne vers ma mère alors que derrière les premiers coups de klaxon se font entendre.

– Voilà, tu es contente ! Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Elle ouvre sa portière en disant.

– On va la pousser juste après le feu, tu pourras te garer sur la droite pour dégager le passage.

Et je me retrouve de nouveau en communiant transparent en train de pousser cette saleté de voiture avec ma mère qui continue à s’envoler même si le vent est moins fort qu’au bord de la mer. Il n’y a qu’une vingtaine de mètres ce qui est finalement vite fait et nous permet de libérer le passage. Mon père va lever le capot, mais ma mère descend lui donner la manivelle sans lui laisser le temps d’ouvrir le capot. Elle se rassoit en laissant sa portière grande ouverte.

Mon père tourne la manivelle pendant que ma mère commence une séance de maquillage en se regardant dans le rétroviseur extérieur. Les tours de manivelle continuent sans aucun succès, pas le moindre toussotement, seuls les bords de la capeline battent comme des ailes de mouette au rythme de la manivelle. Finalement mon père ouvre le capot.

Ma mère rentre sa jambe, retrousse sa robe, enlève son jupon qu’elle jette sur le siège arrière et descend. Je me rends compte alors que le jupon était quand même utile car la robe ne cache plus rien de ses dessous roses, elle l’aurait enlevée cela serait pareil ! Elle s’adresse à mon père sur un ton aimable.

– Tu ne vas pas faire de la mécanique en pleine rue, on n’a qu’à pousser. Et elle me demande de descendre. Mon père se dépêche de terminer son bricolage, pendant que les piétons affichent de grands sourires en voyant ma mère dans sa robe transparente. Les gens sont moins policés que sur la corniche et les quolibets fusent dans le genre.

– D’où ils sortent ceux là, tu as vu le tableau ? Ou encore.

– Elle met un chapeau pour cacher sa tête et elle montre ses fesses ! Il y a même un groupe de jeunes qui s’arrête, la regarde et l’un d’entre eux lui dit.

– Où vous les avez trouvés vos bas, ça existe plus des trucs pareils, vous avez des rallonges pour vos jarretelles ? Et votre culotte, c’est quelque chose, géniales ces dentèles qui soulèvent la robe ! Et tout le groupe repart dans un grand éclat de rire.

Ma mère regarde mon père en souriant et lui demande s’il a entendu comme sa culotte a du succès ? Il referme le capot sans répondre et nous pouvons pousser, mais le rond-point où nous entrons est pavé, ce qui fait sans arrêt trébucher ma mère qui s’arrête au bout de quelques mètres.

– C’est impossible de marcher sur ces pavés ! Dit-elle à mon père qui commence à s’énerver et répond.

– C’est toi qui as voulu venir alors maintenant pousse ! La réponse ne lui plait pas du tout, elle va sur le trottoir et aborde des passants pour leur demander de nous aider à pousser, ce que font bien volontiers quatre jeunes marocains. On pousse la voiture autour du rond-point avec ma mère comme spectatrice, mais la Buick ne veut plus rien savoir. Après un dernier tour, mon père nous demande de l’aider à se garer dans une des rues qui part du rond-point, remercie les jeunes Marocains, récupère ses cigarettes et le sac à main de ma mère et je l’aide à remettre la capote pour qu’il ferme la voiture qui repartira demain derrière une dépanneuse.

Quand nous revenons vers ma mère, elle est en grande conversation avec des voisins de notre immeuble qui passaient par-là et qu’elle a arrêtés. Elle nous dit.

– Les Azoulay se proposent de nous ramener, c’est gentil non ? Mon père leur dit bonjour et les remercie, il y a leur fils et leur fille à l’arrière de leur 403, ma mère monte devant et mon père et moi nous serrons à l’arrière. Ma mère parle beaucoup, elle raconte ma communion et s’étend sur le démarrage de la Buick sur la corniche.

– Figurez vous que je suis restée près d’une heure sur la corniche avec mes jupes au-dessus de la tête. Tout Casablanca m’a vue en culotte aujourd’hui !

Bien sûr on rentre sans encombre et en arrivant, mon père leur propose de venir prendre l’apéritif pour les remercier, ce qu’ils acceptent. En allant vers l’appartement, la fille Azoulay me dit.

– Elle ne va pas bien ta mère, on lui voit tout à travers sa robe. Et le fils ajoute.

– Toi aussi on voit tout à travers ta robe de communiant.

Je trouve que l’apéritif dure longtemps car ma mère rit encore trop fort à tout propos et n’arrête pas de jouer avec sa robe en découvrant encore ses dessous devant les deux autres enfants. Je sais que demain tout le collège sera au courant de ma communion et de nos accoutrements à ma mère et à moi.

 

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