Buick et bas coutures -27- Jour de gloire

C’est en ce lundi matin, lendemain des courses de chevaux d’Auch, que ma mère va connaître son jour de gloire.

Quand je me lève, ma grand-mère est dans la cuisine et prépare mon petit déjeuner. Je trouve qu’elle fait une drôle de tête, mais comme elle est souvent grognon, je n’y prête pas attention. Je suis en train de déjeuner quand ma mère sort de sa chambre et nous rejoint. Sans même lui dire bonjour, ma grand-mère pousse vers elle le journal du jour, la Dépêche, et dit sèchement.

– Tu as les honneurs de la presse ! Ma mère regarde le journal et son visage s’illumine.

– C’est moi en première page ! Les journalistes qui m’ont prise hier en photo m’ont trouvée tellement bien qu’ils m’ont mise en première page ! Tu as vu la légende ? Les courses hippiques d’Auch, un rendez-vous de l’élégance. Il faut aller en acheter plusieurs exemplaires pour les garder et en envoyer à Casablanca ! Ma grand-mère ne semble pas de cet avis.

– Non mais tu t’es vue. Tu montres tous tes dessous. En plus, ton mari est en train de tourner la manivelle de ta voiture qui est encore en panne. Tu es ridicule, c’est pour se moquer de toi qu’ils t’ont mise en première page tes journalistes !

– Qu’est-ce que c’est que cette histoire encore ? Il n’y a rien de ridicule sur cette photo. Je vois une femme élégante qui monte dans sa voiture américaine après avoir assisté aux courses de chevaux. Tu devrais au contraire être fière d’avoir une fille qui est remarquée dans une telle occasion ! Répond ma mère souriante en se servant une tasse de café.

– Les élégantes, comme tu dis, ne montrent pas leurs culottes jusqu’au nombril quand elles montent dans leur voiture. Insiste la grand-mère toujours aussi furieuse. Ma mère ne relève pas, elle demande

– Qu’est ce qu’ils disent dans l’article à l’intérieur du journal?

– Tu n’as qu’à lire, comme cela tu pourras juger par toi-même ! Ma mère arrête son petit déjeuner pour aller à la page qui relate l’évènement de la veille. Elle le lit des yeux tranquillement puis regrette qu’on y parle surtout des résultats des courses. Après avoir lu l’article en entier, elle nous fait la lecture du passage qui la concerne.

– Ce grand jour de courses hippiques est l’occasion pour toutes les jolies femmes de la région de s’afficher dans leurs plus belles toilettes. Notre cliché en première page montre une de ces élégantes trahie par son imposante Cadillac au moment du départ.

– Trahie par son imposante Cadillac ! Tu vois bien que la photo montre que ta voiture est en panne, ils ont bien fait attention de prendre ton mari qui tourne la manivelle, répond ma grand-mère.

– Et alors, on a bien le droit de démarrer à la manivelle si ça nous chante ! C’est vrai qu’ils n’avaient pas besoin d’écrire que je suis trahie par ma Cadillac. Mais ce n’est pas grave, je suis vraiment contente d’être en première page. En plus ils ont confondu la Buick avec une Cadillac, c’est vrai qu’ici, ils n’en voient pas tous les jours des américaines. Et elle part dans la salle de bains sans laisser à ma grand-mère le temps de répliquer.

Ma grand-mère va s’enfermer dans sa chambre en me laissant seul. J’en profite pour regarder le journal. Nous sommes effectivement en première page, sur une très belle photo en noir et blanc qui montre notre voiture prise de trois-quarts avant. Mon père est penché à l’avant et tourne la manivelle, il ne s’est visiblement pas aperçu que nous étions photographiés. Ma mère a conservé la position qu’elle avait quand les journalistes sont arrivés. Comme elle était en train de se remaquiller dans le rétroviseur extérieur, sa jambe droite est sortie alors que la gauche est dans la voiture. Elle sourit aux photographes, son tube de rouge à lèvres à la main, et on voit vraiment toute sa culotte jusqu’à la taille. Bien sur, on voit aussi les longues jarretelles de dentelle tendues à craquer.

Plus tard dans la matinée, je suis dans le jardin, mon père s’est lancé dans un grand démontage du moteur pour essayer de voir ce qui ne va pas et il a remis la batterie à charger. Vers onze heures, ma mère descend et sort dans la rue sans s’occuper de nous. Elle a la Dépêche à la main et va montrer sa photo aux voisins. Elle revient un quart d’heure plus tard radieuse, et va voir mon père pour lui dire qu’ils l’ont trouvée superbe. Elle ajoute.

– Il n’y a vraiment que toi et maman pour trouver à redire à cette photo. Tu n’es pas content de nous voir en première page de journal ?

– Je m’en serais passé ! Répond mon père sans arrêter son travail de mécanicien.

– Alors qu’est-ce qu’elle a cette voiture ? Il faut que tu la fasses démarrer, j’en ai besoin pour aller en ville cet après-midi, je vais prendre le thé avec Alice Puech, on se connaissait bien quand nous étions jeunes, et maintenant on se voit à peine une fois par an. Puis venant vers moi.

– Ne te salis pas, tu vas venir avec moi, il y aura aussi son fils Jean-Claude qui est à peine plus âgé que toi. Et elle rentre dans la maison.

On déjeune, personne ne fait davantage allusion à la photo du journal et après le café mon père retourne s’occuper de la voiture pendant que ma mère va se préparer. Une bonne heure plus tard, elle sort de sa chambre et me dit que nous allons y aller. Elle porte une robe rose et des escarpins blancs. Nous descendons, mon père travaille toujours sous le capot.

– Tu n’as pas encore terminé ? Il faut que j’y aille moi, dépêche-toi un peu.

– Il ne me reste plus qu’à remonter la batterie, mais je ne te garantis rien. Mon père remonte la batterie, met le contact, tire le starter, pompe quelques coups sur l’accélérateur et prend la manivelle, qu’il commence à tourner.

Ma mère se met au volant et essaye de l’aider en pompant sur l’accélérateur. Au bout d’un long moment, le moteur commence à émettre quelques signes de démarrage et part. Ma mère le fait ronfler abondement. Je monte à mon tour, et découvre que sa robe est remontée à mi-cuisses découvrant dix bons centimètres de jarretelles blanches. Elle n’a pas mis de jupon.

Elle sort la voiture en marche arrière et nous partons. Le moteur ne tourne toujours pas très rond et la voiture hoquette beaucoup, mais ma mère arrive à ne pas caler au stop du bout de la rue et rentre dans le centre d’Auch. Il n’y a pas beaucoup de monde et elle trouve une place facilement, juste en bas de l’appartement de madame Puech. Elle arrête le moteur, et prend tout son temps pour retoucher son maquillage avant de descendre.

Nous prenons le thé avec Alice Puech et son fils, je m’ennuie profondément. C’est madame Puech qui dit enfin.

– Je vous ai vus dans le journal de ce matin. Je sens ma mère soulagée, elle avait bien regardé dans la pièce en entrant mais la Dépêche ne paraissait pas être dans le salon et elle devait être déçue.

– Ah tu as vu la photo ! Figure-toi qu’hier, quand nous repartions des courses deux journalistes de la Dépêche nous ont demandé d’attendre pour qu’ils puissent faire une photo de moi. Ils me trouvaient très élégante et voulaient me mettre dans le journal. D’ailleurs ils ont tenu parole, et en première page ma chère !

– Mais vous étiez en panne ? Ils disent dans l’article que tu as été trahie par ta Cadillac et on voit bien ton mari en train d’essayer de la faire démarrer à la manivelle. Ma mère se trémousse sur son siège, elle décroise et recroise ses jambes très haut, découvrant largement ses jarretelles de côté.

– Non, c’est juste la batterie qui nous a joué un mauvais tour. Je ne sais pas pourquoi, mais elle ne s’était pas assez chargée en allant à l’hippodrome.

– Ah bon ?

– Oui, nous avons eu un peu de mal à démarrer devant la maison, c’est pour ça que la batterie s’est vidée. Un kilomètre ça ne suffit pas pour bien la recharger. Et elle continue à se trémousser sur sa chaise en me lançant des regards en coin.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai envie de la contredire, elle m’énerve avec sa robe rose qui n’arrête pas de remonter, maintenant je vois sa culotte blanche et Jean-Claude n’en perd pas une miette. En plus je suis en train de la prendre en flagrant délit de mensonge. Je ne peux pas m’empêcher de dire.

– On n’a même pas fait un kilomètre, à peine deux cent mètres. Le reste du temps on t’a poussée avec papa.

– Nous n’avons fait que deux cent mètres après que les jeunes nous ont aidés à démarrer ? C’est possible tu dois avoir raison. C’est bien pour cela que la batterie ne pouvait pas s’être rechargée. Je ne dis rien de plus, c’est madame Puech qui prend la relève.

– Vous êtes allés de chez vous jusqu’aux courses en poussant la voiture ? Mais c’est drôlement long, vous auriez du la laisser et finir à pied ! Ma mère sourit et lui demande d’aller chercher la Dépêche, ce qu’Alice Puech s’empresse de faire. Ma mère lui montre la photo.

– Tu as vu les talons que j’avais hier. Douze centimètres de haut et fins comme des aiguilles. Regarde, on voit très bien mon pied droit. Et tu aurais voulu que je fasse un kilomètre à pied avec ces chaussures ? Je voudrais bien t’y voir.

Madame Puech reconnait que ce ne doit effectivement pas être facile de marcher avec des chaussures comme ça, mais que ce ne doit pas être plus facile de pousser une voiture perchée sur ces échasses.

– Mais quand il faut pousser la voiture, je me mets au volant, bien sûr ! Tu penses bien qu’avec mes talons hauts je ne peux pas pousser une voiture. D’ailleurs hier en repartant du champ de course je suis aussi restée au volant pendant qu’on me poussait ! Et là, elle se rend compte qu’elle s’est elle-même trahie en racontant qu’il avait aussi fallu pousser pour arriver à repartir de l’hippodrome et ajoute.

– Oui, finalement nous avons préféré pousser la voiture en repartant. Mon mari n’arrivait pas à démarrer à la manivelle et comme le parking était presque vide j’ai demandé de l’aide à des gens qui partaient, plutôt que de continuer à attendre que le moteur démarre tout seul.

– Qu’est-ce que tu es patiente d’attendre comme ça dans ta voiture pendant que ton mari essaye de la mettre en marche !

– Je trouve toujours un raccord de maquillage à faire, et puis j’aime bien regarder les gens qui marchent alors que je suis confortablement installée dans ma grosse décapotable.

– Oui, après tout, si tu aimes ça ! Qu’est-ce que tu faisais quand les journalistes t’ont photographié, tu montais dans la voiture ?

– Non, j’étais en train de me faire un raccord de maquillage en me regardant dans le rétroviseur extérieur. Mon mari a horreur que je lui dérègle le rétroviseur central. C’est pour ça qu’on a l’impression que je suis en train de monter dans l’auto sur la photo. D’ailleurs c’est ce que vont penser les gens, une jeune femme élégante qui monte dans sa grosse américaine décapotable après une journée aux courses.

– Mais tu avais enlevé ta jupe ? On dirait que tu ne portes qu’un jupon et que tu l’as complètement retroussé au- dessus de la taille ?

– Pas du tout, j’avais une jupe blanche à pois assortie à mon boléro. Regarde, on le voit bien là sur la photo. J’adore ce nouvel ensemble que je me suis fais faire par la couturière de la gare. On n’en voit pas la jupe sur la photo du journal parce-que je l’avais relevée au-dessus du dossier de mon siège pour ne pas la froisser. Et comme j’avais un peu chaud en attendant que la voiture démarre, j’avais aussi relevé mon jupon. Il est très léger, mais au mois d’août il fait chaud quand même! C’est pour cela que sur la photo on le distingue mal. Regarde, il est remonté au-dessus de ma taille, mais on voit bien qu’il est assorti à la dentelle de ma culotte, tu la vois sur les bords des jambes, c’est une très jolie dentelle. Et en plus tu peux constater que mes jarretelles sont assorties, elles aussi. En plus ça ne se voit pas, mais mon soutien gorge aussi était assorti. J’ai payé cette parure une petite fortune. Mais finalement, tu as raison, on a réellement l’impression que je suis juste en train de monter dans ma voiture. Dit-elle en détaillant la photo de la Dépêche, et elle rajoute pour faire bon poids.

– Tu as remarqué comme on voit bien mes bas aussi ? J’étais la seule femme à en porter, à croire que les femmes ne savent pas s’habiller dans cette ville. D’ailleurs je n’ai aucun mérite, j’en porte tous les jours. Comment les trouves-tu ? Et elle se lève, retrousse sa robe jusqu’à sa culotte et fait lentement deux tours sur elle-même pour faire admirer ses bas. Jean-Claude regarde la scène la bouche ouverte, je me dis qu’il n’a jamais vu ça !

– Ils sont très fins en effet, mais je ne savais pas qu’on faisait encore des bas à coutures de nos jours. Ils ne sont pas un peu trop petits quand même ? Dit Alice Puech pendant que ma mère se rassoit sans se préoccuper de redescendre la robe qu’elle a relevée.

– Des bas comme ça, on n’en fait plus. Ce sont des bas que j’ai trouvé chez madame Soubiran il y a déjà plusieurs années et je lui ai acheté tout le stock qui lui restait. Aujourd’hui on ne trouve plus que des bas épais et sans coutures. Est-ce que tu te rends compte que c’est du nylon à dix deniers, s’ils étaient plus longs ils fileraient tout de suite.

– C’est vrai qu’ils sont très fins, tu n’aurais pas du rallonger tes jarretelles ? Sur la photo, on a l’impression qu’elles vont lâcher. C’est quand même dommage que vous soyez restée en panne hier, tu as du enrager de voir passer tous ces gens pendant que tu étais dans cette belle voiture qui ne voulait pas partir. Et Jean-Claude de rajouter en me regardant.

– Qu’est-ce que tu as du avoir honte ! Vous êtes restée comme sur la photo pendant tout le temps madame ? Cette fois ma mère commence à s’énerver, elle décroise et recroise ses jambes découvrant définitivement sa culotte et répond.

– Mais c’est idiot enfin, pourquoi voudriez vous tous que j’ai honte parce que ma voiture ne veut pas démarrer ? Je devrais passer mon temps à avoir honte alors ! Tu as eu honte toi hier après midi ? Dit-elle en me prenant à témoin.

– C’était drôlement gênant quand même, il y avait plein de monde qui passait et les gens n’arrêtaient pas de nous regarder ! J’aurais préféré que la voiture démarre bien, d’ailleurs toi aussi un moment tu as eu honte quand papa a commencé à bricoler sous le capot. J’ai bien vu que tu essayais de te cacher derrière ton grand chapeau. Elle m’a cherché, elle m’a trouvé !

Elle se tortille encore plus sur sa chaise, et finit par s’emporter.

– Je vis vraiment dans une famille d’imbéciles. Depuis ce matin on dirait que je me suis promenée en maillot de bain Place de l’église, alors que je suis simplement en photo à la première page du journal en train de monter dans ma voiture. En plus tu as vu dans la Dépêche, ils ont écrit que je suis une élégante qui repart dans sa grosse Cadillac. Tu devrais être très fier au contraire, qu’est-ce que c’est que ces histoires de honte ? Tu es idiot mon pauvre petit. En tous cas moi je suis très fière d’être dans le journal et à la première page en plus. Toi aussi, tu serais fier, n’est-ce pas Jean-Claude?

Alice Puech n’est pas méchante et change de sujet en ne laissant pas à son fils le temps de répondre. Au contraire elle complimente ma mère sur son chapeau qu’elle trouve très seyant et lui dit que c’est rare aujourd’hui de trouver des jeunes femmes qui s’habillent bien tous les jours. La conversation peut continuer sur d’autres sujets et arrive enfin l’heure de prendre congé. Madame Puech doit aller faire quelques commissions et descend avec nous. Heureusement Jean-Claude ne vient pas.

En arrivant sur le trottoir, elle voit la Buick et nous raccompagne jusqu’à la voiture. Ma mère monte en retroussant sa robe pour être à l’aise. Madame Puech s’émerveille qu’une femme conduise une aussi grosse voiture dans les petites rues du centre ville ce qui flatte visiblement ma mère. Elle tente un dernier au-revoir mais de toute évidence madame Puech veut la voir partir et elle se résout à mettre le contact et à tirer sur le démarreur en pompant nerveusement sur l’accélérateur.

Ma mère enchaîne les coups de démarreur sans lui laisser le temps de souffler, à force de pomper sur la pédale d’accélérateur sa robe rose est remontée à la taille et on voit sa culotte qui s’agite au rythme de l’accélérateur. Les derniers soubresauts de la batterie arrivent bientôt et elle relâche enfin le bouton du démarreur, le moteur n’a pas voulu démarrer. Alice Puech s’inquiète.

– Elle est de nouveau en panne ? Comment vas-tu faire pour rentrer, vous en avez pour un bon kilomètre et tes talons sont bien hauts, ceux-là aussi !

Ma mère répond qu’elle pourrait essayer de démarrer avec la manivelle, mais elle craint que ce ne soit aussi long qu’hier et qu’il vaudrait mieux qu’elle trouve de l’aide pour la pousser. Madame Puech toujours serviable va dans un café situé un peu plus loin dans la rue et revient avec quatre hommes qui vont nous pousser.

Avec leur force la voiture démarre rapidement. Ma mère fait un dernier signe de la main et roule tout doucement vers la place de l’église. A ma surprise, elle se gare en montant à moitié sur le trottoir en face du marchand de journaux, obligeant les passants à se serrer entre les magasins et ma portière pour passer. Elle me demande d’aller acheter dix exemplaires de la dépêche d’aujourd’hui.

J’achète les dix numéros sous l’œil suspicieux du marchand qui se demande bien ce que je vais en faire. Quand je reviens à la voiture, ma mère est en train de discuter en riant fort avec deux couples qui se sont arrêtés à la hauteur de sa portière. Je monte et je m’aperçois que si le contact est toujours mis, le moteur a calé. Ma mère poursuit sa conversation qui de toute évidence porte sur le journal du jour.

– Vous voyez, j’en ai acheté dix, comme cela j’aurai des souvenirs et je pourrai en envoyer aux amis. Allez, il faut que je vous quitte.

Et elle tire sur le bouton du démarreur qui n’émet que quelques gémissements lamentables. Elle s’excite très fort sur l’accélérateur et tire à nouveau sans succès sur le démarreur. Devant les deux couples qui sont restés à la regarder faire, elle ouvre sa portière, descend et me demande de lui donner la manivelle. Ses amis lui disent qu’ils vont la pousser et elle relève sa robe au-dessus de sa taille avant de se rasseoir. En la voyant faire, une des deux femmes dit.

– Je comprends mieux la photo dans la dépêche, tu t’assois toujours comme ça quand tu montes dans ta voiture ? En plus avec cette portière qui s’ouvre comme sur les vieilles tractions les messieurs se rincent l’œil ma vieille !

– Ecoute, je voudrais t’y voir à conduire cette grosse voiture gênée par ta robe étroite, je suis bien plus à l’aise comme ça et j’ai une culotte et des bas en plus, alors il n’y a vraiment pas grand chose à voir !

Les amis se mettent à l’arrière, nous dégagent du trottoir et poussent la voiture qui démarre au bout de quelques dizaines de mètres. Ma mère continue en donnant quelques coups de klaxon et en remerciant de la main.

Elle termine son jour de gloire en tournant pendant une bonne demi-heure dans la ville et en klaxonnant chaque fois qu’elle croise une vague connaissance. Enfin vers six heures du soir, elle se résigne à rentrer. Mes grands-parents et mon père sont en train de faire la causette sur le trottoir devant la maison. Ma mère se gare à leur hauteur et en faisant ronfler le moteur, et sans raison apparente, elle dit à ma grand-mère.

– Alice Puech a trouvé que mes jarretelles étaient trop tendues. C’est parce-qu’elles sont neuves, je pensais qu’elles se détendraient en route mais c’est un ensemble de premier choix, elles n’ont pas bougé, je les avais pourtant réglées le plus long possible. Vous voyez, celles-ci qui sont plus anciennes ne sont pas tendues comme les neuves, elles vont très bien avec mes bas. Et s’adressant à mon père.

– Elle marche parfaitement cette voiture. Je ne sais pas ce que tu as fabriqué hier pour qu’elle démarre aussi mal ! Bon, je la rentre dans l’allée. Mon père regarde ostensiblement la robe retroussée jusqu’au nombril qui ne le trompe pas et répond.

– Je n’en suis pas aussi certain que tu le dis. Demain j’irai voir le garagiste pour qu’il jette un coup d’œil au moteur !

– Comme tu voudras, mais je te signale que j’en ai besoin demain après-midi pour aller chez la couturière. Et elle rentre dans l’allée du garage.

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