Un pélerinage au Show Room Cervin

Paris étale ses rues sans idées géométriques précises. Les réverbères repoussent la nuit pour mieux la noircir là où ils ne règnent pas. C’est l’heure de pointe et pourtant tout est calme. Un carrefour, quelques personnes, juste des ombres qui passent sous la pluie fine. Une petite pente, premiers contreforts de Montmartre, quelques pas, voici les lieux. Une affiche collée à une vitrine m’affirme que je suis arrivé au bon endroit. J’y vois la fille, poupée couchée sur papier dans une invite toute fétichiste, identique à celle pliée en quatre au fond de ma poche, invitation à venir ici. C’est fermé, mais il y a du monde à l’intérieur. A travers la vitre, je vois pour la première fois le maître des lieux, Monsieur Riquet, bien comme je l’imaginais. Il est à quelque part un personnage qui force mon admiration.  On m’ouvre complaisamment la porte en me souhaitant le bonsoir. On s’informe de ma personne. Un modeste semblant de notoriété m’a précédé, on semble me connaître et surtout m’apprécier, j’en suis flatté. La glace fond , très vite. L’eau qui en coule va m’entraîner au long d’un long fleuve dont les berges sont en nylon. Quelques mains habiles l’ont cueilli pour en faire des bas, parures indispensables en ces lieux magiques.

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Me voici au paradis, je rêve!

J’y retrouve dans un premier temps, une vieille connaissance, mon ami Claude, le photographe et saxophoniste jazzy. Un ami que je n’avais jamais vu auparavant et pourtant notre premier contact remonte a presque dix ans, grandeur et décadence d’Internet. Il fallait bien que cela se concrétise une fois, l’occasion était trop belle pour ne pas partager ensemble nos diverses passions, dont les plus fortes justifient notre présence en ces lieux. Merci à lui. C’est maintenant une sorte de sosie épicurien et nous aurons bien souvent l’occasion au long des ces soirées, d’installer une belle complicité. Merci pour elle. Voici Serge Massal, le manager, l’homme pour qui la technique n’a pas de secrets. Il m’emmène très aimablement à la découverte des lieux, Des mannequins qui n’ont qu’une jambe, mais non nulle cruauté, ils ont le coeur en bakelite. Ils attendent le commentaire du guide et l’écoute du visiteur. Ici ou là, il souligne un petit détail dont la réalisation a fait appel au savoir d’un autre âge. Savoir, dont juste quelques uns se rappellent. Oui, Cervin c’est aussi cela. Dans cette France qui est capable d’envoyer des trains presque aussi vite que des avions, on avait failli perdre une page de la bible de la mode, juste avant l’ouverture du  premier sceau de l’apocalypse, le collant. L’art d’un raffinement d’élégance, qui pendant des décennies vit tant de regards complaisants errer sur les jambes féminines, je parle bien sûr du bas diminué. Ici il existe, il renaît, il paraît, mais ne disparaît pas de la panoplie de celles qui l’ont adopté. Tiens justement en voici une, quelle belle démarche, quel spectacle, ces coutures qui montent à l’assaut dune paire de jambes au galbe parfait. Sans doute mes yeux doivent pétiller d’un éclat vif, ce n’est pas le champagne, pas encore, bientôt. Imaginons la rencontre des deux, quand l’heure se fera plus vieille, velours à l’intérieur en mille gouttelettes de nectar doré, nylon à l’extérieur en mille teintes qui s’irisent dans la lumière ambiante. Les anges passent. Que de réjouissances à venir…


Ce soir ils ne sont pas que sur un présentoir

Si le Show Room est un lieu magique, cela ne tient pas seulement aux kilomètres de nylon tissé qui ornent les présentoirs. On y vient aussi pour la musique, déjà quelques accords montent des pianos qui ne semblent faits que pour le meilleur boogie woogie. Diable, Jean-Pierre Bertrand connaît la musique, la sienne. Diable, lui convient bien, c’est ce que semble penser l’instrument sous ses doigts au jeu infernal. On m’avait prévenu, il envoûte les amateurs, dont je suis bien évidemment. J’en oublie presque le reste. Le buffet, soigneusement présenté, nous offre ses petites merveilles. On y grignote ces petites choses qui ravissent le palais, pas forcément la ligne. Mais pour l’instant la seule ligne qui a de l’importance, c’est celle du train qui m’a amené ici, peu importe qu’on l’aie entendu siffler ou qu’il sifflas trois fois, je suis là! Nylon ou musique, je suis les deux, le crissement de l’un ne va pas sans les accords de l’autre. Si le gosier réclame sa part, il sera satisfait. Quelques bouteilles aux étiquettes prestigieuses, alignés comme des soldats à la parade, n’attendent que les ordres de l’adjudant Tire-Bouchon pour révéler qu’ils sont de première classe. Pour les amateurs de breuvages venus d’Ecosse, il y a de quoi faire frémir les palais les plus exigeants. Mais le roi reste sans doute le champagne, celui des fêtes et des festins, lui qui sait si bien rapprocher les moments de plénitude pour les conjuguer à la puissance dix. Le fête commence pour les uns, se poursuit pour les autres, la fin, c’est plus tard beaucoup plus tard, on espère jamais, Cervin toujours.


Une Pénélope moderne est passée par là

Ils attendent vos jambes Mesdames! Ne les décevez pas!

Tout d’abord, première rencontre, féminine celle-là. Celle à qui je dois un peu, même beaucoup, ma présence ici, Miss Nylon. Rencontre enfin dirais-je, depuis quelques mois nous échangions une correspondance de bon ton entre amateurs de belles choses, celle qui relève le défi de l’élégance et celui qui admire. Entre défenseurs de la même cause, nous étions faits pour nous rencontrer, eh bien c’est arrivé. Il y a parfois loin entre passer du virtuel au réel. C’est une sorte de risque qui n’est pas toujours donné gagnant. Je crois que je peux dire sans rougir que nous avons très bien concrétisé notre rencontre, une belle poursuite à la recherche d’un idéal partagé.

Les salles se sont emplies d’une foule où je découvre petit à petit des inconnus que je connaissais, un peu. Les autoroutes de monde moderne, celles où l’on se déplace presque à la vitesse de la lumière aux hasards des carrefours codés de l’informatique, ont soulevé un voile du mystère. Pour certains, je n’existe que par les mots, leur regard est bien incapable de me matérialiser à travers mes mots. Quelquefois il me semble que ces mots arrivent à toucher quelques personnes. Le défilé peut commencer, parfois avec des jambes en nylon qui viennent à ma rencontre, parfois plus masculines, mais toutes avec la même sympathie. Merci de vous être approchés de moi, pour un mot gentil ou un sourire, les deux vont droit dans ma lumière.

Jolie Dame, le menu est-il à votre convenance?

Au Speak Easy, Jean-Pierre Bertrand, difficile de l’avoir net, il bouge tellement!

La vague humaine gagne en amplitude. Je m’imprègne d’elle. Elle arrive au rivage de mon regard en vaguelettes chaudes et caressantes. Je m’imagine un moulin à vent dont les pales seraient des jambes nylonées, poussées par une brise légère. Dans la  préférence de la ronde de mes yeux, je m’attarde sur celle-ci ou celle-là, jusque au moment où aspirée par les nues, elle est remplacée par une autre.  Ce moulin m’est bien utile , il sert à filer  le  nylon de ma toile mentale, alors araignée bien paisible et pacifique, j’attends qu’ils viennent se poser. Je découvre le visage de quelques fidèles visiteurs, amis bloggeurs, qui viennent à moi, l’air ravi. Je suis particulièrement flatté par les visiteuses. Elles ont deviné que j’abordais ma passion pour le nylon avec un regard plus admiratif que lubrique, heureusement nous sommes quelques uns à la faire. Chose merveilleuse, elles n’ont aucune gêne à parler de bas, porte-jarretelles et autres accessoires qui n’ont plus tellement de secrets pour elles. Parmi toutes ces aimables représentantes du féminisme préservé, je citerai en autres,  Miss Legs, Sandrine, Ghislaine. J’ai malheureusement oublié le nom de certaines, qu’elles me pardonnent, mais rien ne les empêchent de se rappeler à mon bon souvenir. Pour les messieurs, il y a bien sûr l’incontournable Gentleman W et quelques autres dont j’ai fait la connaissance sur les lieux. Le sympathique rocker belge Patrick Ouchene, qui excelle en géographie et plus spécialement dans la musique rétro, encore plus quand elle parle de bas nylon. Jean-Marc, l’ami des clopes fumées sur le trottoir devant l’entrée, mais aussi et surtout un formidable agent publicitaire pour moi. Merci l’ami! Et puis aussi le pianiste diabolique, Jean-Pierre Bertrand, avec qui j’ai partagé avec bonheur mes connaissances musicales mêlées aux siennes, de quoi refaire le monde. Mais rendez-vous est déjà pris pour un plus tard et je m’en réjouis déjà.

Du rêve à la réalité

Merci à ces aimables personnes qui ont bien voulu poser sous mon oeil inquisiteur

Et puis il y a aussi quelques dames ou demoiselles qui ont fait partie de mon voyage, elle se reconnaîtront, et si je ne parle pas d’elles ici plus en détail, c’est que j’en parlerai plus longuement par la suite, ici même. Juste un détail, elles portent des bas nylon et le font savoir…
Paris, tes soirs et tes bas nylons me collent à la peau. J’emporte avec moi dans ce train qui file à grande vitesse, une valise pleine de souvenirs, une montagne de souvenirs.  La pluie de mon âme qui érodera  le roc de cette  forteresse, entraînera vers la mer des songes, les grains de sable de ces reliques  merveilleuses. Assis sur la rive paisible, je vous reverrai tous, Cervin, Sodibas, et son équipe formidable, les amies, les amis, anciens et nouveaux, les musiciens, tous ceux qui étaient là, qui m’ont accueilli comme si si j’étais plus qu’un simple passant, une ombre sortie de la nuit pour y retourner. Mais qui sait, nous nous reverrons peut-être au delà de mes rêves. En tout cas,  moi qui ne prie guère, je joins mes mains en espérant serrer les vôtres à nouveau.

Jean-Pierre Bertrand qui joue plus vite que son ombre

Jeter une bouteille musicale à la mer (3)

Pour changer nous allons explorer un peu le rockabilly, qui lui aussi recèle aussi des trésors qui ne sont pas forcément connus de tous. Artistes parfois très obscurs, cela ne veut pas dire que c’est nul, loin de là. Alors partons sous le charmes des bananes et des crinolines, ma foi, une bien belle époque. J’en profite pour suggérer un rocker à banane qui bien sûr roule incognito dans sa voiture très moderne, voici le résultat… une voiture bananelisée

Dale Wright – USA Rockabilly – fifties seconde moitié

Un looser qui enregistra un disque assez humoristique

Jimmy Dee & Offbeats – USA Rockabilly – fifties seconde moitié

Cette chanson « Henrietta » est bien plus connue par la reprise que firent les Trashmen en 1963, dans un style plus garage.

Exotisme. John Forgety, Credence Clearwater Revival, l’a aussi mise à son répertoire, ainsi que Sir Douglas du fameux Quintet.

Sonny Burgess – USA Rockabilly – fifties seconde moitié

Le chanteur type de série b de la fameuse équipe de Sun Records, pas tellement par son talent, mais par la peine qu’il eut à concrétiser. Presley, Orbison, Lee Lewis, Cash firent beaucoup mieux. Il est toutefois au rang de légende aujourd’hui.

Janis Martin – USA Rockabilly – fifties seconde moitié

Les puristes la connaissent, mais pas le grand public. Une rivale possible, le succès en moins, de la fameuse Wanda Jackson

Glen Glenn – USA Rockabilly – fifties seconde moitié

Un parmi les bons, relativement peu connu et c’est dommage.

Billy Lee Riley – USA Rockabilly – fifties seconde moitié

Grande figure des disques Sun, d’origine indienne, exceptionnel instrumentiste, il ne rencontra jamais vraiment la gloire. Deux de ses titres, au moins, arrivèrent quand même à se hisser au rang de classiques, les voici…

Charlie Gracie – USA Rockabilly – fifties seconde moitié

Entre rock and roll et balades, il a toujours un peu hésité, c’est pourtant son côté rock dont on se rappelle le plus.

Conway Twitty – USA Rockabilly – fifties seconde moitié

Très connu par des succès autres, il a pourtant quelquefois effleuré le rockabilly, témoin cet excellent titre

Chan Romero – USA Rockabilly – fifties seconde moitié

Au moins connu pour un titre qui l’a rendu populaire « Hippy Hippy Shake », sa discographie recèle des choses très intéressantes

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Et bien sûr, l’éternel

The Rio Rockers – USA Rockabilly – fifties seconde moitié

Du rockabilly aux intonations latines, un titre qui déménage bien

Wee Willie Harris – GB Rockabilly – fifties seconde moitié

L’Angleterre suivit très vite le rock and roll importé des States. Par contre elle hésita beaucoup plus longtemps à produire des artistes locaux dignes de concurrence les autres. On se souvient de Tommy Steele, le premier qui devint une idole. A sa suite les roitelets, exemple Wee Willy Harris, dont le style comme celui de son rival, rappelle assez Bill Haley.

INSPIRATIONS

D’autres, bien plus tard, sont encore sous le charme et les mettent à leur répertoire. Rien ne se perd…

Les Trashmen pionniers du garage-punk racontent à leur manière l’histoire d’Henrietta, un son beaucoup plus garage

La reprise du hit de Chan Romero qui cartonna en 1963 dans la reprise des Swinging Blue Jeans

En attendant le Showroom Cervin

Très bientôt une visite aux portes ouvertes du Showroom Cervin avec votre serviteur comme guide. Je sais que certains que j’ai rencontrés en ces lieux magiques attendent quelques mots de ma part. Eh bien patience, c’est en préparation. Je ne vais pas, vous vous en doutez, juste mettre deux photos et trois lignes, cela mérite une visite plus approfondie, des mots pour le dire, des images pour le prouver. Si vous y étiez, vous vous y retrouverez d’une manière ou d’une autre. Pour les autres, ils découvriront les lieux et vous verrez c’est bien plus captivant qu’une visite au rayon lingerie d’une grande surface. Patience, patience… et si après ça ils ne vendent pas quelques paires de bas en plus, je commence une carrière de dictateur, c’est très à la mode ces derniers temps…

A bientôt

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Jeter une bouteille musicale à la mer -2-

THE ELECTRIC PRUNES – USA Psychédélique – sixties seconde moitié

Le mouvement psychédélique, à part être un mouvement musical à l’évolution significative, était aussi assez percutant au niveau des paroles, accessoirement dans le nom d’artiste choisi. Les Prunes Electriques en sont un bon exemple. Très populaires le temps de quelques albums encore prisés aujourd’hui, ils eurent la bonne idée de créer le premier album pop de musique religieuse « Mass In F Minor ». Des ambiances assez diverses au fil des titres, des sonorités fouillées, planantes, agressives. Leur titre phare « J’ai Trop Rêvé La Nuit Dernière », résume bien le tout. Larges extraits des 3 premiers albums.

THE LEATHER BOY –  USA Garage sixties – seconde moitié

Ca, c’est l’exemple type de l’artiste obscure qui réussit à avoir une sorte de petit culte quelques années plus tard, par quelques très branchés.  Du cuir, fétichisme sans doute présent, des motos. Martin Milan de son vrai nom a réussi d’enregistrer deux titres qui ne laissent pas indifférents quand on les découvre. On aime ou on aime pas, la question est là. Les voici quand même.

JAKE HOLMES – USA Folk progressif – sixties seconde moitié

Une chanson pop parmi les plus connues au monde et pourtant 99,9 % de ceux qui la connaissent sont bien incapables de dire le nom du créateur. Je veux parler de « Dazed And Confused » mis en lumière dans un premier temps par les Yardbirds, période Jimmy Page et ensuite Led Zeppelin. Chanteur plus qu’intéressant, il mérite une reconnaissance qui tend enfin  à se manifester. Ouf!

THE CASTAWAYS – USA Garage sixties – milieu sixties

Un groupe local du Minnesota, de très jeunes garçons, qui réussit une percée dans le hit parade national à une très bonne place.  Aussi vite disparus qu’apparus, il laissent juste une trace. Titre accrocheur à la sauce onctueuse, c’est toujours plaisant à écouter même bien des années après.

COUNT FIVE – USA Garage sixties – sixties seconde moitié

Sans avoir créé une révolution musicale, ils ont au moins fait un titre avant-gardiste pour 1966, au titre prometteur « Psychotic Reaction ». Pour une bande de jeunes entre  16 et 18 ans, c’est déjà pas si mal. Un must absolu et quelques autres titres très intéressants.

THE ESQUIRES – USA Garage sixties – sixties seconde moitié

Celle-là je l’ai cherchée sans trop penser la trouver sur YouTube, pourtant à l’instar de ma collection, elle y figurait.  Le type même de ballade qui vous colle à l’âme les soirs de cafard. Oh que j’aime écouter ça quand la pluie tombe au dehors.

INSPIRATIONS

D’autres, bien plus tard, sont encore sous le charme et les mettent à leur répertoire. Rien ne se perd…

Debbie Harry alias Blondie n’hésite pas à tomber sous le charme des Castaways

Space Lady fait une confiture de prunes électriques en rêvant trop la nuit passée

Les Cramps, qui d’autre, pouvait remettre « Psychotic Reaction » au répertoire?

Le visiteur du soir

Cet histoire est beaucoup plus récente, bien qu’elle date déjà d’une vingtaine d’années. Elle concerne une de mes copines que nous appellerons Estelle. Elle est sans doute celle qui avait le plus le mot romantisme à fleur de peau. Perçue plutôt comme une femme du genre meneuse et fonceuse, à côté d’une grande culture, elle maniait l’art de s’habiller avec un classe certaine. La moindre de ses robes venait des meilleures boutiques de la ville. Nous formions un couple depuis pas mal de temps, tout en gardant chacun notre indépendance. Nous avions l’habitude de nous réserver des soirées pour nous seuls, avec bonne cuisine et bonnes bouteilles pour démarrer la soirée. Elle habitait dans une maison complètement en dehors, nous pourrions presque dire, de la civilisation. Une ferme isolée, servant de haras, que nous partagions avec les très discrets propriétaires. Ce fameux jour, j’arrivai en début de soirée comme convenu. Après la galoche d’usage et une petite balade le long de ses cuisses pour voir si je sentais la bosse d’une jarretelle, je constatai que c’était bien le cas. Elle n’était pas une inconditionnelle du bas, parfois des bas coutures, mais elle en mettait pratiquement toujours pour nos soirées intimes. Par contre elle n’aimait que les guêpières, elle n’avait aucun porte-jarretelles dans sa collection de lingerie.

Bon vous imaginez que je n’allais pas appeler la police. D’autant plus que la femme de caractère que tout le monde connaissait, changeait du tout au tout en devenant câline et très branchée sur les ambiances feutrées. Pour le début de la soirée, elle portait une de ses robes amples, un peu style années cinquante et plutôt en dessous du genou avec des bas noirs. Nous avons mangé et discuté de choses et d’autres. La littérature et la philosophie revenaient assez souvent dans nos conversations. Quand nous passions au salon, elle s’éclipsait un moment et revenait dans une autre tenue, plus sensuelle. Elle avait un jupe serrée qui avait la particularité d’être fendue très haut sur le devant. Bien sûr pour moi c’était un régal, en même temps qu’une invitation. Cela ne cachait presque rien de la lisière de ses bas, à l’entrejambe. Je n’aurais presque rien de plus à raconter, si un événement imprévu n’avait troublé le cours de la soirée, sous la forme d’un coup de sonnette à la porte. Dans son entourage, il y avait un mec qui lui tournait autour depuis des années, espérant un signe d’invite de sa part, qu’il attend toujours. Ce mec était gentil, un peu balourd et toujours fringué aux soldes. Il nous rendait pas mal de services, en étant un très bon bricoleur. C’était sa manière à lui d’avoir ses entrées chez ma copine, mais cela s’arrêtait sur le seuil de la chambre à coucher. Vis à vis de moi, Estelle, m’avait clairement dit ce qu’il représentait pour elle, une bonne amitié, mais rien de plus. Alors je me foutais pas mal de la savoir dans les environs quand je n’étais pas là. Exception faite de ce soir là, car c’est lui qui était derrière la porte. Il avait décidé de s’inviter pour voir si par hasard un robinet n’était pas en train de fuir, on ne prend jamais assez de précautions. Estelle connut un moment de panique, car vous savez qu’elle était sa tenue à ce moment là. Pendant que je faisais entrer le bonhomme, elle gagna au pas de course la chambre à coucher. Elle résolut le problème en enfilant sous sa jupe une paire de leggins, qui cachait l’essentiel et revint nous tenir compagnie.

Même si ma copine portait des bas, elle ne l’aurait jamais dit ouvertement ou montré à un autre homme et lui aurait probablement tourné une baffe si d’aventure il lui avait posé la question. Nous avons prétexté une virée le lendemain et un coucher avancé, tu parles, pour qu’il n’installe pas sa toile de tente dans le salon. On lui a quand même offert un verre, tout au plus nous espérions que le visiteur n’aurait pas trop soif. Mais parfois il y a un petit lutin qui s’amuse à nous jouer des tours. Ce petit lutin arriva sous la forme d’une chatte, compagne attitrée de l’occupante des lieux. Paisible animal qui se réveillait après un bon petit roupillon, et qui se sentit soudain en manque de caresses avant de partir pour sa ballade nocturne, rendre visite aux souris des environs. D’autorité elle manifesta l’intention de sauter sur la table pour faire sa tournée et le fit. On dit que les chats retombent toujours sur leurs pattes, c’est sans doute vrai, mais ce que la demoiselle n’avait pas prévu, c’était l’encombrement sur la dite table. Entre les verres et les bouteilles, le cendrier et les reliefs du repas, la brave bête ne trouva pas une piste d’atterrissage à sa mesure et il y eut un mouvement de panique qui lui fit renverser un verre, celui qui était devant Estelle. Le contenu du verre alla généreusement se répandre sur ses jambes. Dans un réflexe pas du tout calculé, elle se leva et remonta sa jupe en la levant par les deux pans, avec l’espoir de minimiser les dégâts. Oui bien sûr il y avait les leggins, mais vous connaissez la particularité de ces derniers, c’est de bien coller au corps. Et ce qu’il y avait dessous devint plutôt visible, comme une carte de géographie en relief. Je pense que l’invité n’en perdit pas une miette, mais n’en souffla mot. Dignement, histoire de cacher sa gêne, Estelle opéra un retraite et revint un peu plus tard sans ses leggins et en arborant une robe plus traditionnelle, qui ne laissait rien soupçonner. On discuta de l’incident après le départ de notre invité. Au moment fatidique, tout se déroula très vite dans sa tête. Elle pensa qu’elle pouvait lever sa jupe et que les leggins assuraient un bon camouflage. Mais une fois la jupe levée, elle vit bien que tout devenait extrêmement visible. Elle réalisa que notre ami pouvait tout deviner sur ses secrets vestimentaires et elle en ressentit une certaine panique sur le moment. Je la rassurai et elle finit bien par admettre que peut-être il n’avait rien vu. Et que si c’était le cas, eh bien il savait qu’elle portait parfois des bas, que j’y étais sensible et que cela m’était destiné.

Le seul dégât consistait en une jupe qui avait une légère odeur de whisky. Quant à la chatte, elle ne fut même pas privée de pâtée et eût plus tard un joli toutou comme compagnon de jeu. Avec lequel elle s’entendait fort bien d’ailleurs.

Jeter une bouteille musicale à la mer – Introduction

Rêver d’une femme en crinoline et bas coutures en écoutant autre chose que du rock and roll, c’est possible.

Cette séries d’ articles se veut un peu ironique, mais ne le prenez pas mal, si vous faites partie des personnes concernées par cette ironie. C’est au contraire une antidote à un certain manque de connaissances musicales. Je connais bien le monde des collectionneurs, ceux qui font comme moi oeuvre d’encyclopédistes, ceux qui comme les scientifiques datent au carbone 14, l’évolution musicale de ce formidable 20ème siècle. On peut, c’est  certain, être un fan de Johnny Hallyday ou Claude François et n’aimer que cela, ce n’est pas une tare. Cela peut paraître un bon bagage tant que l’on est dans le même milieu. Mais une fois sorti de ce dernier, il y a beaucoup de vide. Tandis qu’avec les encyclopédistes, la discussion est sans fin, des nuits entières, des pages couvertes d’encre, des heures d’écoute, de plaisir. On fait toujours une nouvelle découverte. Il faut juste aimer la musique et une certaine envie d’en découvrir un peu plus. On va explorer différentes époques au gré des humeurs, différents styles. Je situerai vaguement l’époque, le style auquel on peut les rattacher, années 50, 60, etc, en précisant juste première ou seconde moitié. Il n’est pas très important de savoir que tel titre est sorti en 1967 ou en 1968 ou en 1974. Parfois vous trouverez une petite note exotique, une curiosité liée au sujet
Tous les artistes que je vais mettre en évidence, ne sont pour la plupart que des inconnus du grand public. Vous n’y retrouverez pas les Doors, Jefferson Airplane, Beatles et j’en passe. Sans m’attarder non plus sur les musiciens, quelquefois légendaires, qui ont fait partie de telle ou telle formation. Ayant enregistrés quelques disques dont le plus grand mérite est d’avoir été vendus à 100 exemplaires lors de leur publication, certains ont eu le plaisir de jouir d’une admiration tardive et se produisent aujourd’hui devant des foules plus que considérables. C’est un peu au travail des encyclopédistes qu’ils le doivent. Alors profitez de leur travail, si vous vous sentez une attirance pour l’un ou pour l’autre, approfondissez, et je suis sûr que vous trouverez des oreilles complaisantes pour vous écouter et des bouches pour vous répondre. Et parfois se noueront de véritables amitiés à travers vos rencontres. Que du bonheur…

J’ai choisi comme illustrations musicales, des clips extraits de YouTube, dans ce que j’ai pu trouver, en vérité pas mal de choses. Ces fameux encyclopédistes sont derrière cela sans aucun doute. Parfois, la qualité sonore est un peu légère, parfois excellente. Il se peut aussi qu’un clip présent au moment de la rédaction disparaisse, ma foi c’est le risque.

Suivez le guide

 

Jeter une bouteille musicale à la mer (1)

FLAT EARTH SOCIETY – USA Psychédélique – sixties seconde moitié

Un disque très étrange dans sa conception. C’est un disque cadeau 33 tours qui était remis en échange d’un certain nombre de bons trouvés sur des paquets de douceurs. Enregistré spécialement pour cette occasion et jamais commercialisé, il est très rare, mais on frise le chef d’oeuvre.
Exotisme: initialement probablement tiré à 250 exemplaires, pas tous distribués, cet album atteint des valeurs de plusieurs milliers de dollars pour une copie originale en bon état

Deux extraits assez différents

13TH FLOOR ELEVATORS – USA Psychédélique – sixties seconde moitié

The Psychedelic Sounds Of 13th Floor Elevators. Pour moi et pas mal d’autres, un album de référence en matière de musique psychédélique, le premier disque à porter cet intitulé. De plus le graphisme avec son oeil et sa pyramide est presque devenu une référence ésotérique. Des sons complètement innovateurs qui bousculent le ronronnement quotidien. Grands consommateurs de toutes sortes de substances, des drogués quoi. Les drogués existent toujours, mais ils ne servent plus guère à faire exploser les conventions musicales. Ce groupe. à part une certaine popularité au Texas entre 1965 et 1968, est devenu par la suite une énorme source d’inspiration pour les générations suivantes. Malgré tous les excès dans le groupe original qui enregistra le premier album, ils sont à une exception près tous encore en vie.  Le personnage central Roky Erickson,  est encore une sorte de star qui déplace les foules. Au fil des ans, il a sorti quelques albums, certains remarquables, malgré le fait d’avoir plusieurs fois frisé la folie.
Exotisme: le 45 trs édité à l’époque en France sur le label Riviera est une des pièces le plus cotées sur lr marché collector français. Il a un cotation officielle de 2000 euros

Extraits.





KALEIDOSCOPE – USA Psychédélique / Folk- sixties seconde moitié

Une certaine influence de la musique orientale et arabe dans leur musique. Le groupe comptait d’ailleurs un membre né en Turquie dans les rangs.
Exotisme: on peut très bien voir dans ce groupe un des premiers à faire de la world music, tant les influences sont diverses.

Extraits de deux albums.



THE FREEBORNE – USA Psychédélique – sixties seconde moitié

Un seul album très classieux ou l’on peut extraire ce titre. Joli petit délire.

HUMAN EXPRESSION – USA Garage sixties – sixties seconde moitié

Une ou deux perles pour une toute petite discographie.
Exotisme: le groupe aurait parait-il refusé d’enregistrer en première main le fameux « Born To Be Wild », qui fit la gloire de Steppenwolf.



THE GIRLS -USA Garage sixties – sixties seconde moitié

Une rareté très rare, un groupe de filles qui jouent du garage et qui composent , guitares, amplis et tout le barda et en plus elles sont mignonnes.


ARTISTES DIVERS – USA bubble gum – sixties seconde moitié

La musique dite bubble gum, a vu quelques groupes obtenir un franc succès. Pourtant en fouillant les albums, on pouvait découvrir des choses bien plus intéressantes, bien plus dans les propos de cette rubrique. Exemples




INSPIRATIONS

D’autres, bien plus tard, sont encore sous le charme et les mettent à leur répertoire. Rien ne se perd…

Reprise « Roller Coaster » des 13th Floor Elevators par Spaceman 3

Reprise de « Every Night » des Human Expression par Last Drive

Le maître himself, Roky Erickson,  a l’air en pleine forme en jouant ce que l’on peut considérer comme son hymne « You’re Gonna Miss Me ». Ici en Suède, 2010.

A suivre, très certainement…