Promenade à la lisière des bas avec Achille Talon

Achille Talon vous connaissez? Mais oui, c’est ce héros de BD au verbe fleuri et au vocabulaire exhaustif, créé par le regretté Greg dans les années 60. Cas unique dans l’histoire du genre, l’auteur est autant un écrivain qu’un dessinateur, le texte presque plus important que l’image. Entouré de son irascible voisin Lefuneste, des ses parents, autre cas unique pour un héros dessiné, il va vers le verbe.  Son papa, Alambic,  grand consommateur de houblon mis en canettes, est le pendant modérateur du lyrisme filial.  Le grand penseur se devait d’avoir une dame dans ses pensées. Virgule de Guillemets remplit ce rôle, tantôt conquise, tantôt capricieuse. Au contraire des histoires qui finissent bien, il ne se marient pas et n’auront pas beaucoup d’enfants. Alors, essayant de me plonger dans l’Achille Talon dixit, après myself, San-Antonio, j’ai imaginé une nouvelle promenade à la lisière des bas en imaginant comment il aurait contemplé la chose.

Dans les superlatifs de la féminité en nylon, le regard acéré du connaisseur contemple de son oeil ruisselant, le bas qui charme le citoyen horripilé par l’horloge qui avance à l’heure du collant. Le contemplateur dans un soupir jouissif, s’attarde au croisement des fils allant sur les autoroutes de la futilité attirante des deniers sans demi-mesure. Issu des machines à tisser le joug de son acharnement béat, il part en exploration joyeuse aux confins de sa soyeuse obsession vestimentaire. Du pas assuré de l’explorateur qui méprise l’inconnu de son savoir glané dans les meilleures écoles du savoir inné, il jauge la lisère sereine comme l’obstacle ultime à conquérir. Tel le cosmonaute errant sur la planète lointaine cherchant un magasin de lingerie pour offrir un cadeau à sa maîtresse lors  son retour, il guette la félicité qui d’un revers de regard balaiera la poussière de ses préjugés. Il accueillera la jarretelle qui tient sa libido fixée sur la jambe de ses errements contemplatifs, comme la rédemption de sa soif après la traversée de son désert imaginatif. De l’hameçon accroché au fil de nylon, il ferrera les images qui iront frétiller dans l’épuisette de sa quête avide de plaisirs sensuels.