Nylon paparazzi (2)

Suite des petites investigation historiques concernant des histoires ou l’on parle de bas nylons.

En novembre 1963, dans un journal local américain publié à Eugene dans l’Oregon, on pouvait lire dans une rubrique conseil tenue par Abigail Von Buren les propos suivants, plutôt marrants, émanant d’une lectrice:

Cher Abby,

Mon mari s’est abîmé le dos dans un accident il y a environ six ans. Il a porté une bande de soutien dorsal jusqu’à ce qu’il essaye un de mes vieux corsets. Je pensais qu’il plaisantait, mais ce n’était pas le cas. Il l’a porté un jour pour aller travailler et il a affirmé qu’avec, il ne s’était jamais senti aussi bien. Quand j’ai vu que c’était sérieux, je lui en ai acheté un neuf. C’était il y a deux ans et il a continué de porter le corset. Le pire dans tout cela c’est qu’il a commencé à porter des bas nylons en disant que cela aidait à tenir le corset en bas. Lors d’un examen  médical le docteur a été étonné de découvrir ces sous-vêtements. Quand je lui ai posé la question sur ce qu’il en pensait, il m’a dit que ce n’était pas ses affaires de juger les vêtements que ses patients portaient. Dois-je continuer à m’inquiéter de cela?  –  GRAND ISLAND

Chère Grand,

Il y a des corsets, sans jarretelles, pour des questions orthopédiques et qui apporteront le confort que votre mari souhaite. Et pour les bas nylons, c’est là où il a pris son pied!

L’histoire suivante me fut racontée par un collègue de travail qui vécut la guerre 39-45. Juste après celle-ci. Comme il avait de la famille en Suisse, il lui arrivait de passer la frontière en train, habitant juste de l’autre côté,  pour aller leur rendre visite. Pour les petits cadeaux, le choix était vite fait, c’était de bas nylons. Comme les Américains avaient participé à la libération de la France, ils avaient bien sûr amené avec eux tout un attirail de marchandise, des bas par exemple,  ils ne perdaient pas le côté business si cher à leur ego. Bien sûr, le nylon avait été inventé juste avant la guerre et sa commercialisation en Europe retardée pour faits d’armes. Les bas étaient vraiment recherchés. La Suisse était logée à la même enseigne, le bas nylon était une denrée plutôt rare et sans doute pas la priorité dans les échanges commerciaux quand ils existaient. Alors le collègue avait pris l’habitude d’importer en douce des bas, un peu plus faciles à trouver sur territoire français moyennant quelques bonnes adresses. L’importation de l’article n’était pas interdite en Suisse, mais soumise aux droits de douane comme objet de luxe. Bon une paire ou deux ça passait, surtout si on était une dame. Mais plus il fallait raquer et c’était autant un manque à gagner dans ce petit commerce ou dans le prix des cadeaux. Sa combine était de mettre autour de la taille une bonne vingtaine de paires de bas qu’il faisait tenir en s’enroulant s’enroulant le ventre dans une large bande de tissu. Les pochettes de bas étant plutôt minces, il n’augmentait pas trop son tour de taille de manière visible, juste un petit manque de confort personnel. De plus il gardait son manteau, ce qui n’étonnait personne, les trains étaient peu ou pas chauffés par mesure d’économie. Les yeux pétillants, il me racontait qu’avec quelques paires de bas, on pouvait passer un moment avec une dame aux moeurs accueillantes, une putaine comme il disait, sans débourser un sou de plus. Il ne s’est jamais fait attraper et je le crois bien volontiers, il était plutôt du genre malin.

Etes-vous un bon nylon paparazzi?

Dans quel film trouvons-nous cette scène?

A qui appartiennent ces jambes, passablement photographiées à l’époque, la présence de coutures n’y est sans doute pas étrangère?

Savez-vous sur quel album de hard rock se trouve cette photo? Pour vous aider signalons que cela a un rapport avec ACDC, mais je reconnais que ce n’est pas facile, chercher du côté des membres et de leur pédigrée.

Et bien sûr quelques pubs d’époque

Sans doute le seul cas où une marque de bas s’identifie à un groupe de rock.

Nylon paparazzi (1)

Si les bas ne forment plus une actualité quotidienne, il n’en va pas de même à des époques où cet accessoire vestimentaire faisait parfois la une des journaux, du moins les pages magazines. On remarquait moins une dame qui en portait, facile elles en portaient toutes, ce qui n’empêchait pas quelques regards de remonter le long des jambes. Alors me transformant en paparazzi, je suis parti à la découverte d’anciens faits qui se rapportent à une « histoire avec des bas » croisant des personnages connus ou inconnus. D’une part, j’y retrouve ma passion pour l’histoire petite et grande, ces deux qui font la paire de… bas nylon. En voici une première livraison.

En mars 1956, un rumeur circule  dans les milieux mondains mettant en lumière deux personnes publiques. L’une est l’actrice Grace Kelly et l’autre Margaret Trumann, fille unique de Harry, président des Etats-Unis. Les faits sont liés au futurs mariages de ces deux personnes, l’une va devenir une princesse, vous connaissez l’histoire. L’autre la femme de l’éditeur du New York Times et écrivain à succès, chanteuse lyrique et animatrice.  Un fabricant californien de lingerie, Willys De Mond, profite de l’occasion pour se faire un peu de pub. Il affirme qu’il a offert comme cadeau à Miss Trumann trois paires de bas de soie sertis de diamants à $ 650  la paire, et pour Miss Kelly, le même article mais avec des perles à (seulement) à 150 la paire. Les deux intéressées démentent les faits. Miss Trumann affirme qu’elle n’acceptera pas le bas, du moins pas comme un cadeau. Une de ses intimes souligne que Margaret portera des bas le jour de son mariage comme n’importe qu’elle autre femme. Grace Kelly affirme n’avoir jamais rien reçu. faits corroborés par une amie.
La polémique n’est pas bien grande, assez cependant pour que la presse de l’époque s’intéresse à cette histoire. Quand à ces dames, les bas faisaient partie de leur garde-robe, c’est certain et absolument conventionnel. A quelle époque ont-elles remisé cet accessoire pour porter des collants? Ca l’histoire, la grande ou la petite, ne le dit pas.
A suivre

LES PROTAGONISTES

Et vous, êtes-vous un bon nylon paparazzi?

Savez-vous dans quel film apparaît cette scène?

Savez-vous à quel objet usuel appartient  cet extrait photographique? Ce n’est pas ce que vous pensez au premier coup d’oeil… 

Savez-vous qui chante cette chanson et le titre?

mp32

ET QUELQUES PUBS D’EPOQUE…

Cinébas, la suite…

Suite d’un précédent article, avec quelques films ou les bas sont mis à l’honneur…

Ah Les Belles Bacchantes – France 1954 – Réalisé par Jean Loubignac. Avec: Robert Dhéry – Raymond Bussières – Louis De Funès – Colette Brosset – Jacqueline Maillan – Jacques Legras – Francis Blanche – Michel Serrault  etc…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce film faisait preuve d’une certaine légèreté à l’époque où il est sorti. Alors que montrer le bout d’un sein était presque indécent, les femmes y sont très déshabillées. Le film repose en grande partie sur les fameux Branquignols de Robert Dhéry qui tiennent différents et parfois plusieurs rôles. L’histoire se passe lors du montage d’une revue où tout va un peu de travers. C’est avant tout un film comique, avec pas mal de situations cocasses. Ce genre d’humour peut paraître un peu démodé, mais on rit quand même.

Un commissaire peu futé, (Louis de Funès) mène une enquête sur cette revue qu’il soupçonne d’être une atteinte au bonnes moeurs. Il se mélange parmi le personnel afin d’observer. Il en aura pour son argent. L’histoire est un prétexte pour enchaîner des défilés de robes sans robes, des crêpages de chignons où les robes sont les premières victimes, un striptease belle époque, un sur une corde raide. Bref tout amateur de nylon y trouvera son compte en dessous  version années 50. Un film plaisant sans trop de prétention, qui en vaut bien d’autres.

La Femme qui Pleure Au Chapeau Rouge – France 2010 – Réalisateur Jean-Daniel Verhaege.  Avec: Thierry Frémont – Amira Casar – Judith Davis – Ariane Ascaride – Pascal Elso etc…

Un  téléfilm qui retrace la vie sentimentale de Picaso dans les années 30. On y découvre un artiste bien plus hésitant sur le choix d’une femme que celui d’un pinceau. Thierry Frémont est étonnant et je pense assez fidèle au modèle. Puisque nous sommes à une époque ou les bas font partie de la garde-robe des dames, on y trouve quelques scènes. Mais en dehors de cela, cela peut aussi se regarder sans crainte, c’est plutôt bien réussi et constitue un bon spectacle, si toutefois on espère pas y trouver un musée dédié à sa peinture.


L’intégralité de ce film est visible gratuitement en streaming ici:

http://www.videoscourtesclic.com/film/drame/regarder-films-gratuit-streaming-la-femme-qui-pleure-au-chapeau-rouge

Un extrait

Le Train – France 1973 – Réalisateur Pierre Granier-Deferre. Avec Jean-Louis Trintignant – Romy Schneider – Maurice Biraud – Régine etc…

Juin 40, c’est l’exode. Les Allemands envahissent la France. La panique gagne les populations du nord qui tentent de fuir par tous les moyens devant l’incertitude des jours à venir. Des trains sans horaires précis avancent kilomètre par kilomètre en direction du sud. Un modeste réparateur  de radio (Jean-Louis Trntignant) et sa famille font partie de ces fuyards. De gens qui ne se connaissaient ni d’Eve ni d’Adam sont obligés de vivre en commun pendant quelques jours dans des wagons bondés, lors d’arrêts imprévus, allant vers un destin peu souriant. Très intéressante étude  sur les comportements humains, l’égoïsme, l’amertume, l’héroïsme ou la connerie. Une riche juive Allemande (Romy Schneider) fait partie du convoi, elle a plus que les autres de bonne raisons de fuir. Elle aura une aventure avec le réparateur. Au long du film, les amateurs de train à vapeur seront comblés lorsqu’il défile dans de magnifiques paysages. Les amateurs de bas ne resteront pas sur leur faim, quelques scènes au cours du film.
Excellent film, presque un documentaire, ce drame se regarde tout en découvrant un page sombre l’histoire de France, le tout soutenu par une magnifique musique de Philippe Sarde.


L’intégralité de ce film est visible gratuitement en streaming ici:

http://www.videoscourtesclic.com/film/anciens/regarder-films-gratuit-streaming-le-train

Quelques photos du film sur la bande sonore

Nos disques mythiques (3)

Chronologiquement c’est le deuxième disque des Kinks paru en France et le premier qui leur est entièrement consacré pour les quatre titres. En 1964, les Kinks forment un groupe très prometteur et un des nombreux qui part à l’assaut de la forteresse Beatles avec des atouts certains pour la prendre. Ce ne sera finalement pas le cas, mais il leur restera quand même la satisfaction d’être un des actes majeurs de la scène anglaise pour les sixtes. Derrière cela, l’atout principal est Ray Davies (guitare rythmique, chant), un extraordinaire et habile compositeur qui sait trouver le truc qui fera le hit. A ses côtés son frère Dave (guitare solo, chant), Pete Quaife (basse), disparu récemment et Mick Avory (batterie), c’est la composition standard de l’heure d’or. Les deux frères tiennent la vedette reléguant un peu les autres en arrière plan. L’alchimie est toutefois parfaite musicalement, pas toujours sur le plan relationnel. Après un démarrage en trombe avec leur troisième 45 tours anglais « You Really Got Me », ils sortent « All Day And All Of The Night ». Par rapport au précédent, ce n’est pas complètement différent, mais la mélodie accroche complètement. Paroles simplistes, plus tard Davies se fera plus poète, cela n’empêchera pas le succès de se renouveler. En France sa publication est magnifiée par une très belle pochette, photo empruntée à l’album anglais contemporain, montrant les Kinks en habits 19ème siècle en contre-jour. A noter que la suite des pochettes de leurs disques, les membres  toujours élégants, sera une des plus belles publiés par une maison de disques pour un artiste. Le fan français est immédiatement attiré par ce disque qui sera ici une grosse vente et à ma connaissance le seul réédité vers 1967, logo différent, même pochette.  La face B du simple anglais figure ici « I Gotta Move » un de ces titres dont Davies à le secret. Un riff simple mais ravageur. Les deux titres restants sont extraits de l’album anglais, « I’m A Lover Not A Fighter », emprunté à Lazy Lester, plein de punch et « Long Tall Shorty » de Don Covay, qui n’est pas sans rappeler le fameux « High Heel Sneakers ».
Par la suite, bien de leurs succès peuvent prétendre à leur part de d’immortalité. Mais celui-ci pour beaucoup fut le détonateur qui les brancha, l’oreille attentive, sur les futures publications. Ajoutons qu’ils ne furent pas déçus, tout le jour et toute la nuit.

Le hit en live

Le même version studio

I Gotta Move en live

I’m A Lover Not A Fighter en live

Long Tall Shorty en live

Bonus rare clip tv française 1965 avec un titre qui ne figure pas dans la discographie

On The Beach – Summer Fun

Si je suis un admirateur  de surf, il ne viendrait jamais à l’idée de monter sur une planche pour chevaucher des vagues beaucoup plus hautes que moi. Par contre écouter du surf, ça je peux le faire sans aucun risque. Cette musique m’a toujours attirée pour le son que ces fameuses guitares reproduisent. On appelle cela la réverbération et ça se joue plutôt sur les cordes basses.  Son aquatique, c’est normal on est dans l’eau. Dick Dale est bien sûr le roi incontesté et pour une grande part le créateur de cette musique. Comme les vacances approchent, pas besoin de se gêner pour aller faire un petit tour du côté de la Californie ou même Hawaï. Rêvons avec Dick Dale et quelques autres à ces plages et ces chevaliers modernes qui se promènent sur  ces vagues comme moi dans mon salon.

Paris – Nylon 77

 Une série d’anecdotes qui se déroulèrent à Paris en 1977. Au fil du récit, je vous emmène dans un ou deux lieux qui rappelleront sans doute quelque chose à ceux qui connurent le Paris de cette époque. Toute ressemblance avec des personnages ayant existé est bien sûr tout à fait volontaire

Vers le milieu  des années 70, j’ai commencé à séjourner à Paris d’une manière assez régulière. Pour moi, ce n’était pas tellement le fait d’aller tester si les Parisiennes portaient des bas ou des collants, mais bien celui de compléter ma collection de disques avec quelques pièces qui lui manquaient cruellement pour être parfaite, ou du moins je me l’imaginais. Il n’y avait pas tellement de solutions, le marché du disque de collection était balbutiant. L’une d’elles, une des seules d’ailleurs, était d’aller farfouiller aux puces de Saint-Ouen. Sans trouver toujours mon bonheur, j’ai quand même mis la main sur quelques pièces intéressants. Le prix que je payais alors me fait bien rigoler maintenant, car pour le même disque je devrais payer 10 fois plus aujourd’hui. J’avais emmené avec moi un copain qui était aussi un peu collectionneur, mais dans une moindre mesure, lui ne recherchait pas spécialement des pièces rares. La chasse aux disques nous occupaient pour une partie de notre temps, pour le reste on jouait un peu les touristes. Au cours de ces pérégrinations, alors que le collant était presque une norme incontournable,  j’ai redécouvert quelques paires de bas, que quelques dames avaient remis dans leur tenue vestimentaire et surtout sur leurs jambes. Le soir notre quartier général était Pigalle, pas tellement pour dire bonjour aux dames qui faisaient les cent pas sur les trottoirs, mais pour les salles de jeu. Une de ces salles portait le nom de Minuit Chansons. Cet endroit de Pigalle, qui n’existe plus, dont René Fallet parle dans son roman éponyme de 1949, était un de ces lieux où l’on pouvait écouter des chansons quand les boîtes à musique étaient un luxe. Avec le temps, sa destination première avait fait place à des flippers et les premiers jeux vidéos, très simplistes quand on connaît ceux d’aujourd’hui. J’ai encore la photo des lieux en mémoire et surtout les deux pépés, pipe au bec, qui étaient chargés de faire de la monnaie en pièces de cent balles, nourritures principale des appareils. Notre hôtel étant situé dans un autre quartier, nous prenions le métro pour nous rendre sur les lieux. Un soir, alors que nous nous rendions dans notre port d’attache  assis dans le métro, un couple monta dans la rame. Je n’y prêtais pas spécialement attention, d’autant plus que je tournais le dos. Ils s’assirent derrière nous. Le métro repartit, le couple papotait en allemand. Un bruit attira mon attention, celui d’un crissement que je comparais à celui du nylon de bonne facture quand on croise le jambes. Je me retournai, mine de rien,  je constatai que les jambes de la dame étaient gainées de noir et que c’était bien quand elle les bougeait que le bruit se produisait.  J’en arrivai à le déduction que seuls des vrais bas pouvaient produire cette mélodie si chère à mes oreilles. A la station Pigalle, je vis avec satisfaction que le coule s’apprêtait à descendre. Je traînai un peu les pieds pour que le couple me dépasse. La chose faite, je vis que la dame portait des bas à couture qui me semblaient authentiques. En montant les escaliers pour sortir, placé trois ou quatre marches derrière, le doute ne fut plus permis, je vis distinctement la lisière de ses bas. Ainsi donc dans ce monde de sauvages, il existait encore des dames qui portaient des bas, chose rarissime et spectacle d’autant plus merveilleux. Cela me rendit d’une humeur facétieuse. Un peu plus tard, cette humeur badine s’exprima à sa manière, au détriment d’un clochard qui y trouva quand même son compte. Je vais vous raconter cette anecdote, juste pour le fun. Une de ces pauvres cloches, comme on dit à Paris, plié à l’équerre promenait son regard sur le trottoir. Visiblement, il cherchait quelque objet qui aurait pu lui donner un début de richesse perdu par un passant Je mis le copain dans la confidence et le petit scénario se déroula comme prévu. Comme il y avait foule, je précédai le clochard de quelques mètres. Je lâchai une pièce de cent balles en posant le pied dessus. Quand il arrivait à ma hauteur, je partais, il trouvait et ramassait la pièce avant que quelqu’un d’autre l’aperçoive. Je dois bien avoir posé dix pièces de cette manière. Et le pauvre hère croyait avoir trouvé le début du filon qui le menait à l’Eldorado. Ah si nous avions eu une caméra digitale, c’était bon pour vidéo gag. Enfin c’est comme dans La Fontaine, tout chercheur d’or vit aux dépends de celui qui le sème, enfin quelque chose comme ça.

Du nylon! Du nylon! Oui je sais vous êtes venus ici pour cela. Eh bien en voici! Le seconde histoire, pendant le  même séjour, se déroula un autre soir. Nous étions dans notre fief, Minuit Chansons.  Voici une dame qui entre dans la salle, seule, et qui commence à tournicoter autour des appareils.  A première vue, elle ne craint rien, je crois bien que c’est le genre à dire si elle se fait aborder: c’est 200 francs! Elle est si l’on peut dire en tenue de travail. Je précise. En ces temps de disette, les hommes rêvaient tellement de voir des bas sur les jambes des femmes, que pas mal de prostituées arboraient cet accessoire sans hésiter. C’est peut-être de là que vient cet amalgame malfaisant, bas = femme facile. Rétablissons une certaine vérité. Les hommes allaient passer un moment avec ces dames, car ils en avaient marre de bouffer du collant. Ce qu’on ne trouve pas à la maison, on le cherche ailleurs, c’est bien connu. Cette gente dame, qui était tout sauf bien roulée, une rouquine plutôt grassouillette, portait visiblement des bas sous sa robe d’un rouge pétant. Les bosses de ses jarretelles étaient très visibles. Faisait-elle sa pause syndicale, prospectait-elle le terrain, afin de remplir son bas, c’est le cas de le dire, je n’en sais rien. Elle est partie au bout d’un moment et se perdit dans la nuit.
La troisième vision eut lieu lors d’un concert, ou juste après. J’avais repéré sur une affiche qu’un certain Clifton Chenier se produisait au Palace. Le Palace, c’est bien lui, mais il n’était pas encore le lieu mythique qu’il est devenu depuis. C’était un théâtre presque à l’abandon qui jonglait entre théâtre et concerts. A l’affiche, un chanteur cajun qui lorgne du côté de la France à sa manière. Il chante dans la langue de sa Louisianne natale,  base de français déformé par quelques lustres d’américanisme forcé. Et en plus, il s’accompagne au piano à bretelles. Il est étiqueté comme bluesman, c’est en partie vrai, mais ses chansons font surtout partie d’un folk  importé par la tradition francophone. A l’issue du concert, nous sommes quelques uns en file derrière une table où l’on vend des disques de l’artiste.  Devant moi à côté de la file, j’aperçois une fille qui porte des bas à couture et des bottes. Je suis un peu étonné du spectacle, mais je m’en réjouis. Sa jupe en velours côtelé ne laisse apparaître aucune bosse qui pourrait me confirmer que c’est bien des bas. En arrivant à sa hauteur, je remarque les petites piqûres de la diminution, donc ce sont bien des vrais bas. Une fois les disques achetés, j’aimerais bien compléter par un autographe de Chenier, mais où est-il? Par bonheur, le bassiste de l’orchestre erre par là. Je me souviens toujours de son nom Joe Brouchet, on lui pose la question et il nous demande de le suivre. Ils nous emmène dans un  dédale de petites rues vers un hôtel caché dans un coin. On pénètre et dans le hall, Chenier est assis dans le hall entouré d’une nuée de filles qui lui font des sourires. A mon avis c’est un chaud lapin, mais ces filles sont sans doute des professionnelles en attente d’un choix de la part de l’artiste, il ne va pas quand même s’envoyer tout ça. Il nous signe nos disques, l’air étonné car il ne semble pas connaître les séditions, et nous serre la pince. Au revoir Mister Chenier, j’ai passé une excellente soirée musicale teintée d’un soupçon de nylon.

Mes visions coquines eurent une suite inattendue, dans le train sur le chemin du retour. En me rendant au bar, vous voulez que j’aille où, je tombe sur un copain d’enfance. Sa mère fut une de mes profs à ma première année d’école,  il rentrait lui aussi d’un séjour à Paris, avec femme, papa et maman. Je savais  que c’était un allumé du bigoudi farceur, même un peu homo sur les bords. Il me raconte son séjour à Paris qui consiste en tournées enchaînées de tous les lieux dits légers, une floppée de boutiques de lingerie. Etant pour le moment seul dans le compartiment, il ouvre une valise pour me montrer les achats. Il y a cinq ou six porte-jarretelles, deux ou trois guêpières assez peu conventionnelles et des emballages de bas à perte de vue mélangés a des culottes plutôt coquines. Ah il doit pas s’ennuyer pendant les longues nuit d’hiver. Je file au bar au bar avec lui et il me présente sa femme que je connais pas vraiment. Elle est bien sûr en robe avec des bas noirs. Des bas? Mmmmh c’est presque sûr. Sa mère me fait un accueil chaleureux. Si elle savait qu’elle fut un de mes premiers éveils en matière de nylon, avec ses bas qu’elle portait parfois avec des coutures.
– Ah mon petit… comment vas-tu?  Passons le tutoiement, mais je ne suis pas petit, j’ai une tête de plus qu’elle.
– Alors Paris, c’est bien?
– C’est une ville assommante!
A mon avis, fils et belle-fille doivent penser autrement

Nos disques mythiques (2)

Voici un disque, un titre, connu de tous les amateurs branché sixties et même s’il ne le sont pas, ils le connaissent sûrement  Il a pourtant aussi sa petite histoire particulière, encore une fois rattaché à une spécificité française.

1965 – Sous le nom un peu étrange de Them (eux) se cache un combo d’origine irlandaise emmenés par le chanteur Van Morrison. Venus tenter leur chance en Angleterre, ils sont signés par Decca. Le groupe se caractérise par une musique plutôt violente, soulignée par la voix railleuse de Van Morrison. Ils mélangent le blues avec parfois une teinte de jazz. Avec leur second 45 tours « Baby Please Don’t Go » / « Gloria »,  ils décrochent un premier tube en Angleterre avec la face A, sur laquelle l’effort promotionnel est fait. C’est la reprise plutôt déjantée d’un titre de Big Joe Williams, bluesman adulé. La composition de Van Morrison « Gloria » est mise en face B. Decca France publie le succès en reprenant la formule du EP 4 titres anglais qui comprend justement le succès. Par un de ces mystères propres au showbiz, dans le reste du monde c’est la face B qui semble connaître la faveur des programmateurs. Dans de nombreux pays, le prénom de la jeune fille devient un succès. C’est le cas de la France et ils sont un peu embêtés. Le disque publié il n’y a pas si longtemps ne contient pas le titre magique, seulement le succès anglais. Alors il mettent sur le marché un autre EP qui contient cette fois « Gloria » et pour la bonne mesure on remet le succès et le nouveau simple  anglais « Heres Comes The Night » / « All For Myself ». Le premier deviendra la meilleure réussite au niveau classements en Angleterre, tandis que le second, une autre composition de Morrison, est un des titres au vocaux ravageurs dont il a le secret.
Nous pouvons constater que parfois les producteurs se plantent admirablement. Un titre qui fut à l’origine une face B est devenu un des plus grands classique des sixties et il fut quasiment au répertoire de tous les groupes de l’époque, même les Doors s’y collèrent. Les Shadows Of Knight en firent un succès personnel qui monta dans le top ten américain. dans un version un peu plus sage que celle des Them.
Si le groupe ne survécut pas longtemps au raz-de-marée engendré, cela permit à Van Morrison de devenir une star adulée avec une musique assez différente.
Pour le fan français et même étranger, ce disque est un incontournable souvenir dans cette édition et il figure dans nos disques mythiques sans aucun problème.

Gloria, en playback pour la TV française

Baby Please Don’t Go, playback pour la tv anglaise

Here Comes The Night

All For Myself sur un… tourne-disque