La veuve soyeuse -2

Avertissement: l’histoire que vous aurez le plaisir de lire ci-après, enfin j’espère, est complètement sortie de mon imagination. Toute ressemblance avec des personnages ayant existé est purement fortuite. Mais qui sait? Elle figure en plusieurs épisodes.

Lire le début

Claudine, vêtue de noir, faisait les cent pas au bout du quai, attendant l’arrivée du train en ce jour d’avril plutôt frisquet. Elle guettait l’arrivée de Nicole qui allait venir pour l’enterrement de Gérard. Quand le train fut arrivé elles se jetèrent dans les bras l’une de l’autre, les larmes aux yeux. Les obsèques étaient prévues pour le lendemain au cimetière municipal. Elles se dirigèrent vers le domicile du couple, la chambre d’amis était toujours prête. De plus, leur présence mutuelle, renforçait le courage qu’il fallait bien trouver pour affronter cette épreuve. Après un léger repas, la soirée commença en évoquant les souvenirs.

Elles se remémorèrent leur passé commun. Les amies d’enfance qu’elles avaient été, puis la perte de vue au gré des aléas de la vie. Les retrouvailles, par le plus pur des hasards. Comment Nicole devint la première femme de Gérard et comment Claudine lui succéda. Aucune rivalité  n’existait entre elles. L’une, laissa la place à l’autre dans le plus parfaite entente. On resta même un trio d’amis qui se retrouvait de temps en temps. Nicole savait que la maladie de Gérard était sans retour. Elle en éprouvait du chagrin, mais aussi un certain soulagement. Elle se disait que si elle était restée sa femme, ce serait elle qui aurait dû affronter l’épreuve. Mais si elle ne perdait pas un mari, elle sentait le départ de Gérard comme un peu d’elle-même qui partait avec lui. Sa compassion envers Claudine n’était pas feinte, elle assumait la moitié de son deuil.

Quand la discussion fut bien lancée, Nicole se lança dans les confidences

– Tu sais pour venir aux obsèques de Gérard, j’ai mis des bas.

– Tu veux dire des collants?

-Non des vrais bas!

Pour prouver ses dires, Nicole se leva et retroussa sa jupe. Une paire de bas noirs assortis à un porte-jarretelles de même couleur luisaient sous le lumière du salon.

– Eh bien, si je m’attendais à ça, toi qui était toujours réfractaire au port des bas.

– Je sais que les bas ont été une des raisons pour lesquelles Gérard s’est intéressée à toi, tu en portais toujours.

– C’est vrai, il adorait promener ses mains sous ma jupe. Il m’avait même fait jurer de ne jamais porter de collants. J’ai tenu parole, d’ailleurs je n’avais pas à me forcer, j’en portais avant que l’on se marie.

– Ah ça, il me l’avait fait remarquer dès nos retrouvailles. Je me demande si tu ne faisais pas exprès, dit Nicole avec un air amusé

– Bien sûr, il est sans doute arrivé que par mégarde j’en montre un peu trop, mais tu sais bien que ce n’est qu’après m’avoir annoncée que tu quittais ton mari, que j’ai répondu à ses avances.

– Je sais que tu as pris la place avec ma bénédiction. J’en étais fort contente, je le savais entre de bonnes mains et pas dans celles d’une inconnue. Si je l’ai quitté, tu en connais les raisons. Je voulais retrouver ma liberté et je l’ai conservée, je ne vis que des aventures occasionnelles et jamais durables.

– Tu as quelqu’un en ce moment, toujours Philippe?

– Oui, mon homme d’affaires.  Il serait bien étonné de voir que pour venir à l’enterrement de mon ancien mari, je porte des bas. Il m’a demandé plusieurs fois d’en mettre, mais j’ai toujours refusé. C’est ma manière à moi de faire enrager les hommes.

– Tu as acheté ces dessous spécialement pour l’occasion?

– Oui, c’est une sorte de dernier cadeau à Gérard, lui qui n’a jamais eu l’occasion de me voir dans cette tenue. Il l’aurait tant voulu.

– Je pense que là où il est, s’il peut le voir, il en sera touché.

– Et toi, je suppose que tu portes aussi des bas en ce moment?

– Je ne porte rien d’autre, tu le sais bien. Même que moi aussi, j’ai décidé de faire un cadeau à ma manière pour Gérard.

– Ah oui?

– Tu verras demain matin, je ne t’en dis pas plus.

Nicole n’insista pas, un peu intriguée malgré tout de cette mystérieuse confidence. La soirée s’étira, aucune n’avait vraiment envie d’aller dormir. Une question toutefois brûlait les lèvres de Nicole, après quelques hésitations elle finit par la poser.

– Tu sais, avec ces bas et ce porte-jarretelles, je ne me sens pas très à l’aise, je n’ai pas l’habitude d’en porter, comment fais-tu pour en porter tout le temps?

– Ma chère, tu es une victime de la modernité, j’en suis sûre, affirma sentencieusement Claudine. Je parie que tu as acheté tes accessoires dans la première boutique venue, n’est-ce pas?

-En effet, dans une petite boutique de lingerie près de chez moi.

– Tout à l’heure quand tu as levé ta jupe, j’ai tout de suite remarqué que c’était du tout venant.

– Qu’entends-tu par-là?

– Les femmes ont porté des bas pendant des dizaines d’années. Crois-moi, la technique de fabrication était adaptée à la nécessité de porter des bas à longueur de journée. Maintenant, c’est plus des objets de décoration, de chambre à coucher, comme on dit. Les femmes qui se hasardent à s’aventurer avec ça dans la rue ne résistent pas longtemps. Les bas se détachent, la taille est sciée, la porte-jarretelles glisse, elles abandonnent bien vite.

Quelle-est la différence alors?

– Premièrement le porte-jarretelles doit épouser la forme des hanches, on peut s’en rendre compte en le posant à plat, il doit former un arc de cercle et non pas une ligne droite. C’est facile à repérer. Les jarretelles doivent être en métal et de préférence pas trop minces, ni courtes.

– Mais cela devient visible sous les jupes serrées?

– Libre à toi de porter de jupes amples ou des robes qui ne laissent rien deviner. Moi, je ne ressens aucune gêne si c’est le cas. Je n’ai jamais provoqué d’émeutes dans la rue si mes attaches étaient visibles, ce qui est assez souvent le cas.

– Je dois avoir l’air d’une nouille avec ces dessous pour une experte comme toi?

– Viens avec moi, je vais te donner un vrai porte-jarretelles, pas que je trouve que tu es ridicule, mais simplement pour que tu apprécies la différence, nous somme à peu près de la même taille.

– Elles se rendirent dans la chambre à coucher et Claudine fouilla dans ses tiroirs. Elle en ressortit un porte-jarretelles noir et le tendit à Nicole.

– Ah, il a six jarretelles?

– Oui c’est une sorte de sécurité, surtout si tu portes des bas à coutures, ils ne risquent pas d’avoir la couture de travers. Veux-tu aussi mettre des bas à coutures?

– Oui je veux bien essayer, d’ailleurs je trouve que c’est très élégant.

Suite partie 3

10 réflexions sur “La veuve soyeuse -2

  1. Belle histoire, bel hommage, et je suis sûr que l’attention fut appréciée d' »Où » que ce fut, je parierais gros d’ailleurs que cela s’est produit bien plus d’une fois dans la réalité aussi (sourire), amitiés.

  2. Peut être pour le film, s’agit t’il de « L’homme qui aimait les femmes » avec Charles Denner, magistral dans ce film ou il est souvent question de bas.

    • Bonsoir Daniel,

      Merci de votre visite. Non il ne s’agit pas du film de Truffaut, ni de Charles Denner, par ailleurs excellent excellent dans ce film tout aussi excellent. Mais c’est un film un peu plus ancien qui connut un bon succès en salles.et une joyeuse comédie

      Bien à vous et encore merci

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