Bas d’automne, bas d’hiver

Cette histoire je ne l’ai jamais racontée nulle part, même pas à moi-même, car je ne l’ai pas inventée. Et pourtant elle était enfouie parmi tant d’autres dans un coin de ma mémoire. Bizarre comme les souvenirs peuvent rejaillir à partir d’une image. Ils sont là entre la 3757ème cellule au fond du couloir à gauche et le carrefour qui conduit au souvenirs oubliés.
Nous sommes en automne 1998, au mois d’octobre. Dans nos régions on ne parle pas tellement d’été indien, mais souvent c’est une saison propice au beau temps, parfois sur de longues périodes. Les journées raccourcissent et il fait vite frais une fois le soleil caché, mais quand il brille alors bingo! Mais venons aux faits.
Une grande surface quelconque, dans un lieu quelconque, c’est samedi, jour des petites folies, celles que l’on se permet une fois par semaine. Un bon gigot en prévision du dimanche. Une tourte avec tellement de crème dessus que le Mont Blanc ressemble à un décor pour le prochain film avec Gulliver. Une ou deux bonnes bouteilles pour faire descendre le tout, Château Buscard AOC, Côtes de St Avent 1er cru. Tous les spécialistes en vin savent très bien que ces bouteilles n’existent pas, mais on peut rêver non? Au milieu de tout ce joyeux micmac, votre serviteur. Oh lui, il est là pour diverses raisons qui n’ont rein avoir avec la bouffe. Ce sera plutôt le rayon informatique ou la librairie, ce lieu où les affamés de savoir et de culture viennent puiser l’encre séchée qui apaisera leur soif de connaissance. J’ai une folle envie de monter à l’étage, là se trouve ce qui m’intéresse. Pour venir en aide à tous les flemmards des temps modernes, les escaliers roulants avalent la foule nonchalante. J’y suis! Je regarde une dame devant moi avec trois enfants devant elle. Je baisse presque machinalement les yeux pour regarder ses jambes avec le voile brillant qui lui sert de protection. Arrivé à la hauteur de ses pieds, je remarque un empiècement aux talons. En général, ce genre de signe ne trompe pas, il y a une chance certaine que cet attribut appartienne à une véritable paire de bas plutôt qu’un collant. Je cherche un peu plus haut une preuve tangible. La jupe de la dame n’est pas trop serrée, de plus elle est immobile sur sa marche. Serait-ce l’escalier qui mène au paradis? Arrivé en haut, elle est bien obligée de remuer son popotin pour rejoindre le sol immobile devant elle. Et là bingo seconde, un relief apparaît et disparaît au gré de ses mouvements. Madame porte des bas! Je la suis un moment me régalant du spectacle. Je dois dire que je suis plutôt étonné, je n’aurais pas misé un penny sur elle. Une dame assez jolie, la trentaine, moderne, qui fait plutôt mère de famille bien rangée avec les trois gosses qui papillonnent autour d’elle. Elle entre dans un supermarché et je la laisse filer, tout en me promettant de la guetter à la sortie. M’enfilant dans un magasin en face, je patiente discrètement en attendant son retour. Elle finit par arriver derrière une caisse et se met à la file. Je fume une cibiche, l’air de rien, tout en matant. Par le devant, alors qu’elle remplit son chariot, le spectacle devient encore plus visible. Un des gosses, trois ans au garrot s’accroche à la jupe, c’est encore de son âge. Mais oui mon petit, vas-y, tire moi cette jupe et je t’achèterai des bonbons. Mais non rien à faire. Mon lutin est sans doute en train de faire la sieste. Je l’envie quand même ce petit fripon par procuration, il peut mettre ses mains là ou je voudrais mettre les miennes. Les achats sont finis, direction le parking. Je profite des dernières lueurs de ces jarretelles invisibles pour me remplir le tiroir à fantasmes. Elle entasse sa petite famille dans une grosse voiture genre camionnette. Je remarque un détail, il y a des panneaux publicitaires sur la voiture genre Jean Gobe-Detas, oeufs et volailles fraiches, tel 1 9 9 1 9 9 ce qui devrait nous donner 2 oeufs frais en cas de non réponse. Vous pensez pas que j’allais mettre le vrai nom. La voiture part, j’ai presque envie d’agiter mon mouchoir pour la saluer. L’histoire est finie? Ben non, pas tout à fait.


Entrée en scène des lutins, un bon et un mauvais. Le mauvais ne me concerne pas du tout. Il concerne une personne proche, ma mère. Il lui a tendu un croche pied et elle s’est cassé un os à la hanche. Malgré un âge avancé, elle est encore très alerte. Opérée le jour même, le lendemain elle marche déjà en s’aidant d’un support. Après un bref passage à l’hôpital, elle va séjourner dans une maison pour personne âgées qui aide à la convalescence, en attendant de voler à nouveau de ses propres ailes. Elle est située dans un autre quartier de la ville. Ces faits se produisent trois ou quatre mois après mon fameux après-midi. Je lui rends de temps en temps une petite visite. Un jour où j’ai parqué ma voiture un peu plus loin, je remonte la rue pour me rendre vers ma mère, et que vois-je? Une certaine voiture avec un panneau publicitaire qui vante les charmes d’un commerce de volailles. Ben oui, la même que celle aperçue dans le parking. A mon avis, ils sont en livraison où ils habitent là, bien qu’aucun poulailler ne figure dans les environs. Un pur hasard où le lutin aurait-il fini sa longue sieste? Je rejoins ma mère et nous allons boire un jus dans le salon de la maison où elle séjourne. Il y a justement une fenêtre qui donne sur la rue en plein sur les places de parcs où est rangée la bagnole. Je peux donc inspecter les lieux. Au bout d’une demi-heure, je vois  une dame qui sort d’une maison avec trois enfants. Ils se dirigent vers la voiture et  montent dedans. Je suis trop loin pour la reconnaître, mais cela a bien l’air d’être elle. Comme le monde est petit. Par le plus grands des hasards, je retrouve une ancienne « connaissance », une amatrice de bas en plus. Evidemment ma découverte ne m’avance pas beaucoup, je ne vais pas aller sonner à sa porte pour lui demander si elle porte toujours des bas. Pour autant qu’elle habite bien là, ce qui est encore incertain. Tout se confirmera quelques jours plus tard lors d’une autre visite. J’ai une petite manie, j’adore le thé fumé. Il y a justement un tea room en bas de la rue qui en propose, chose assez rare. Comme ma mère le déteste et puis les routes sont enneigées, je décide d’aller le boire seul après ma visite. C’est un endroit plutôt sympathique, très lieu de rendez-vous de charmantes vieilles rombières, qui viennent rompre leur solitude. Je m’assieds à une table et à ma grande surprise, j’aperçois une certaine dame que j’avais rencontrée quelques temps auparavant dans d’autres circonstances, juste en face de moi. Elle discute avec la patronne et ont l’air de bien se connaître. Ca papote, moi je me tais, mais j’observe. Elle est en jupe avec des bottes et des bas couleur chair comme l’autre fois. Des bas? Ben je crois que oui, d’après les quelques regards que j’ai pu glisser sous sa jupe assez courte. Il y avait bien une lisière de bas la-dessous et même un bout de jarretelle blanche sur le côté. Merci petit lutin, d’avoir encore une fois entendu mon appel. Qu’êtes-vous devenue chère Madame? Je n’en sais rien, le commerce n’existe plus, les enfants doivent être grands maintenant. Et peut-être portez-vous des bas, j’ose l’espérer.

Pour terminer une petite vidéo d’un musicien qui se nomme Martijn Hoover, c’est un Hollandais. Il a publié une vidéo pas piquée des hannetons, qui allie excellentes images en nylons et musique classieuse. Ses inspirations vont de Captain Beefheart à Howlin’ Wolf et la musique psychédélique. Le titre de la chanson est prédestiné « A Fool For Your Stockings » des fameux ZZ Top, très amateurs de bas semble-t-il. Ambiance géniale pour revisiter ce classique fétichiste.

16 réflexions sur “Bas d’automne, bas d’hiver

  1. Je me suis retrouvé dans votre histoire, comme hier, comme avant-hier, des jolies jambes croisées au hasard de courses, de visite chez des personnes.

    Et le bonheur de les recroiser ensuite !!!

    Oh oui ! merci

    • Merci Gentleman W,

      Je sais que nous avons un peu des aventures communes, autres lieux, autres dates, mais nous les partageons pour j’espère le plus grand plaisir de tous

      Amitiés

    • Merci Léo,

      je ne connais pas son adresse, mais lui connaît la mienne. J’aime le répéter, toutes ces histoires étalées sur le temps font en fait une moyenne assez basse. J’ai sans doute un poil de chance de plus que les autres, mais je crois aussi être un bon observateur, je me promène souvent en solitaire et je ne suis distrait par rien. Par exemple, dans une grande foule, il n’est pas rare de faire une ou deux observations. Mathématiquement, sur cent femmes observées, il doit bien y en avoir une ou deux qui portent des bas. La visibilité de la chose est aussi affaire de chance. L’attitude de la femme est souvent révélatrice, il n’y a pas de règle, juste avoir le nez et un hasard qui fait bien les choses.
      Amitiés.

  2. Bonjour.

    On a plus de chance de croiser des amoureuses des bas nylon et des porte-jarretelles dans certains restaurants, bars, magasins de luxe que dans un super marché.
    J’ai eu le bonheur de faire connaissance de l’une d’elle dans un bar. Chaque samedi c’était le bonheur un sourire, quelques paroles et une vue sur des coutures que j’aurais suivie jusqu’au bout du monde.
    Amitiés.

    • Bonsoir Benoît,

      Belle anecdote que vous nous racontez là. J’abonde dans votre sens, on trouve un peu plus facilement ce genre de femmes dans certains milieux qui côtoient le luxe. C’est pour cela que j’avais dit dans mon récit que je ne misais pas un penny sur elle. Mais elle était là et bien là.

      Amitiés

    • Bonsoir Cassiopée,

      Merci de votre message. Oui, vive les petits lutins qui nous aident parfois à nous offrir de charmants spectacles, je les adore!

      Amicalement

    • Merci Isa,

      Eh bien, je vais continuer de vous offrir de temps en temps un peu d’humour et quelques histoires du cru. Il doit bien y en avoir une ou deux que j’ai oubliées, comme celle-ci. Je vais manger un tas de poisson, c’est bon pour les neurones à mémoire. Et puis, il y a celles qui vont arriver, j’en suis sûr…

      Amicalement

  3. Bonjour, voilà une belle histoire qui valait le détour … Merci pour votre compliment à propos de mon pseudo qui sait révéler en un mot un peu, beaucoup sur moi … Belle semaine à vous !

    • Bonsoir Dentelle,

      Merci à vous de votre gentil passage. En effet, votre pseudo est je dirais, délicat. Il évoque la douceur et le charme, toutes ces choses qui font une image de la femme comme je l’aime et surtout comme je l’imagine. Je vais d’ailleurs aller vous rendre une petite visite, je crois que cela s’impose.

      Belle semaine à vous aussi

  4. Délicieux, j’adore vous lire, et vous avez le chic pour me faire sourire, certaines de vos expressions sont fabuleuses, je vous imagine très bien… en retrait, à observer et espérer. Jj’ai le même à la maison c’est son « sport » favoris… repérer, imaginer, entrevoir, apercevoir, profiter de la féminité de certaine femme… mais toujours avec respect 😉 ! J’adore lui servir d’alibi pour permettre certains angles de vue, un petit coup de pouce ;)… car tout le monde n’a pas la chance d’avoir le même lutin que vous !!
    Doux Baisers M. Le Boss !!

    • Merci Miss Legs

      Ah ces sportifs, toujours à refaire le match! Je suis sûr que nous sommes deux fanatiques supporters de ces gambettes féminines. Les alibis? J’ai une ou deux fois joué ce jeu avec des copines, le spectacle est délicieux, regarder ceux qui regardent. J’ai une ou deux anecdotes là-dessus, il faudra que les raconte, une c’est déjà plus ou moins fait.
      Merci beaucoup pour votre appréciation sur mes expressions. Il est vrai que je me nourris pas mal à l’argot et aux expressions du langage populaire. Le parler snob, c’est vite chiant. Au lieu de dire je me suis acheté des chaussures, je préfère dire j’ai craqué pour des boîtes à nougats ou des pompes funèbres pour des souliers noirs.

      Doux baisers à vous

  5. Voici une belle histoire encore, pleine d’émotions comme la vie sait nous en réserver parfois, vous devriez faire un livre de souvenirs, sorte de « Mémoire d’un pêcheur solitaire » (sourire)… Car vos savez portez haut (en couleurs), les histoires de bas… La première photo est divine… Amitiés.

    • Merci mon cher Valmont,

      C’est un joli compliment que vous me faites là. Un livre pourquoi pas? Reste plus qu’à trouver un éditeur. Le plus difficile de la chose. Mais peut-être que mon petit lutin est déjà sur une piste…

      Amitiés à vous

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s