La veuve soyeuse – 3

Avertissement: l’histoire que vous aurez le plaisir de lire ci-après, enfin j’espère, est complètement sortie de mon imagination. Toute ressemblance avec des personnages ayant existé est purement fortuite. Mais qui sait?  Elle figure en plusieurs épisodes.

Résumé – Deux amies d’enfance, Nicole et Claudine, se retrouvent à la mort de l’homme dont elles ont été l’épouse lors de ses deux mariages. Le défunt, grand amateur de lingerie et de bas, avait trouvé avec sa seconde femme une parfaite répondante à ses désirs. Elle initie et conseille l’ancienne épouse sur la manière de se rendre plus désirable avec des sous-vêtements plus aguicheurs.

Lire les deux premières parties

Claudine voulut s’éclipser pendant que Nicole se changeait, mais cette dernière lui demanda de rester. Bien qu’elles n’aient jamais touché aux amours saphiques, elles avaient quelquefois partagé leur intimité quand elles essayaient les habits chassés dans les boutiques de leur adolescence. Nicole détacha ses bas, ainsi que son porte-jarretelles. Elle enfila l’autre avec mille précautions, tandis que Claudine sortait de sa pochette une paire de bas à coutures en voile fin noir. Elle aida Nicole à attacher les bas en constatant sa maladresse. Une fois terminé, elle ne put s’empêcher d’aller se mirer dans le grand miroir de l’armoire. Elle fit deux ou trois tours en souriant toute étonnée du résultat.
– Ces bas me donnent des jambes parfaites.
– Tu es superbe ! Ils sont fabriqués à l’ancienne avec les diminutions. Jadis les bas étaient tous tissés de cette manière. Il n’est pas étonnant de voir ces jambes au galbe parfait sur les vieilles photos. Le tissage des bas moderne ressemble à des tuyaux de fourneau en nylon, comme si les jambes étaient une parfaite ligne droite.
– La sensation en les frottant l’un contre l’autre est tout autre, ils crissent, ce petit effet sonore est charmant. Bon si tu permets, je vais les mettre demain et les laisser pour ce soir. Je te dirai pour le porte-jarretelles, mais j’ai déjà l’impression d’être plus à l’aise.
– Attends encore un moment et tu auras complètement oublié que tu en portes un.
– Pour une fois que j’en ai un, il faut déjà que je l’oublie, sourit Nicole.
– C’est Philippe qui ne manquerait pas de te le rappeler.

– Je suis sûr que le changement lui plairait, dommage qu’il n’est pas venu, il aurait pu m’apercevoir une fois en tenue de grande parade !
Nicole se rhabilla complètement et elles regagnèrent le salon. L’heure était déjà bien avancée, mais elles n’avaient pas vraiment sommeil. De plus, rien ne pressait, les funérailles étaient prévues en début d’après-midi. Avant le début de la cérémonie, elles avaient prévu de faire une dernière visite à Gérard avant que l’on referme le cercueil. Aucun office religieux n’était prévu, le défunt avait toujours été un parfait athée. On se rendrait directement sur les lieux de l’ensevelissement. Devant une tasse de thé, la conversation se poursuivit.
– Toi qui porte toujours des bas, tu n’as pas été victime de gestes non sollicités ?
La question de Nicole n’était pas tout à fait innocente. Depuis un moment, elle ne savait pas trop pourquoi, sa vision d’elle dans le miroir, lui avait ouvert des horizons.
– Tu sais, pas plus que si j’avais porté des collants. Quand nous sommes dans le métro aux heures de pointe, si on homme a envie de te peloter, il va le faire de toute manière. L’histoire la plus bizarre qui m’est arrivée s’est déroulée ici dans la maison. J’avais mis mon linge à sécher dans la buanderie. Nous y avons accès un jour par semaine, moi c’est le jeudi. Je suis allé le chercher pour le remonter à l’appartement. Machinalement, j’ai tout mis dans la corbeille. Quand j’ai enfilé l’un deux qui faisait partie du lot, je me suis aperçue que les clips qui servent à régler la longueur des élastiques avaient été bougés. Pour celui-là, qui a plutôt les élastiques longs, il est toujours réglé pour les avoir le plus court possible. Quelqu’un les as bougés.
– Tu es sûre ?
– Certaine! De plus, le séchoir est fermé à clef, mais chaque locataire possède une clef.
– As-tu une idée sur la personne qui a fait ça ?
– Si je procède par élimination, pendant la journée de jeudi, il n’y a que le voisin du dessous et le couple de concierges qui sont présents toute la journée. Les autres travaillent et ne rentrent que le soir. Comme je suis remontée du séchoir vers six heures, cela s’est produit avant.  Je soupçonnerais plutôt le mari de la concierge, c’est le mieux placé pour voir les allées et venues. Je lui ai toujours trouvé un air bizarre. Quand je rentre, il sort toujours pour me saluer et ne perd jamais l’occasion de me regarder monter les escaliers, car comme tu l’as vu, nous n’avons pas d’ascenseur, la maison n’a que deux étages.
– Tu penses qu’il se fait mousser avec ta lingerie quand sa femme n’est pas là ?
– C’est une possibilité, pas une certitude. Mais je suis sûr qu’il est le plus intéressé par la chose. Je n’imagine pas sa femme, une grosse mémé avec trois mentons, lui faire ce genre de plaisir. Enfin passons, cela me gêne un peu, mais depuis je garde ma lingerie à sécher dans l’appartement. C’est bien fait pour lui.
Tard dans la nuit, elles décidèrent d’aller se coucher. En se déshabillant, Nicole ne put s’empêcher de regarder le nouvel effet de la lingerie sur son corps. Elle se trouvait tout simplement désirable. Elle était à la fois satisfaite et intriguée de ce qui lui semblait un nouveau pouvoir. De plus, elle devait s’avouer que depuis qu’elle avait enfilé le porte-jarretelles de son amie, elle n’avait senti aucun inconfort à le porter, contrairement à celui qu’elle avait cru bien d’acheter pour venir. Ce crissement qui accompagnait chaque croisement de jambes semblait lui rappeler qu’elle était un peu plus femme qu’avant. Décidément elle était conquise, elle en avait la certitude.

La nuit se passa, comme on passe une mauvaise nuit quand on sait que le jour qui vient n’est pas chargé de promesses agréables. Claudine resta éveillée presque continuellement. Elle ressassa les souvenirs de la vie avec son mari. Elle avait bien la sensation que sa vie n’était pas finie, mais que le temps pour en construire une nouvelle serait pénible et hasardeux. Sa seule certitude, elle avait la nette impression qu’aucun homme ne serait l’égal du précédent. Sa seule consolation, ils avaient bien profité des moments passés ensemble. Il ne lui restait plus qu’à effacer son désir de n’en  avoir pas connu plus. Il manquait celui qui aurait pu les lui procurer, parti accomplir son destin vers un ailleurs qu’il ne tarderait pas à découvrir, tout en croyant qu’il n’existait pas. Toutes ces pensées allaient, revenaient, se mélangeaient. Les rares moments où elle s’assoupissait, elle avait un sursaut qui la ramenait vers la réalité. Nicole, elle, n’eut pas autant de peine à trouver le sommeil. Il fut léger, presque sans interruption. L’homme qu’elle avait connu était un plus lointain souvenir, une croix qu’elle avait faite sur un moment de sa vie. De mari, il était devenu un ami que l’on avait du plaisir à revoir. Elle était quand même un peu triste, mais cette tristesse était toute relative. Elle avait bien conscience que la femme à qui elle avait laissé la place, fut ce que l’on pouvait admettre comme un changement profitable. Elle le découvrit même avec une certaine satisfaction, une sorte de pardon qui lui permit de mettre ses remords en berne et de ne pas regarder trop en arrière.

Suite

11 réflexions sur “La veuve soyeuse – 3

  1. Ressemblances fortuites, n’est-ce pas ? Alors, je suis certaines que nous sommes plusieurs de vos commentatrices chez qui votre récit a fait « fortuitement » resurgir quelques réminiscences 😉
    Votre évocation du match PJ-pourri/PJ-chéri et les illustrations que vous avez choisies m’enchantent et si j’étais un homme je comprendrais fort bien le concierge !
    Ceci étant, ne sous-estimez pas les mémés tri-mentonées, je crois savoir que certaines ne se démontent pas à l’heure de se parer (et c’est tant mieux).
    Amicalement

    • Merci Cassiopée,

      Bien qu’il s’agisse pour moi d’un récit imaginaire, vous pensez que certaines situations ne sont pas complètement étrangères à ma culture « nylonesque ». Que cela provoque quelques réminiscences ne fait aucun doute et prouve que ce sont de fidèles amatrices de vrais bas. Je connais le problème PJ pourri-chéri depuis longtemps. Le pourri fut, hélas, le seul moyen de s’en procurer. au rayon lingerie pendant de nombreuses années. Cela en a sans doute découragé plus d’une et c’est bien dommage. Quand j’ai offert cet article à mes conquêtes croyez bien que je suis pas tombé dans le piège. J’ai même fait la leçon à certaines propriétaires de magasins sur la médiocrité de leurs articles. Il y 20 ans, Paris était pratiquement le seul point de chute où je pouvais trouver des articles convenables, de même que des bas qui en étaient vraiment, je pense notamment aux bas coutures de Gerbe que l’on trouvait aux Galeries Lafayette.
      A priori je ne sous-estime personne. Je me rappelle d’une « mémé » que je voyais souvent dans la ville voisine. Elle était une des rares à porter toujours des bas que l’on devinaient facilement sous ses jupes grâce aux fameuses bosses des jarretelles. Agée mais toujours élégante. Dans mon récit, j’ai pensé assez étroitement à une certaine concierge, une veuve qui n’a que des restes, même pas beaux. Elle peut se promener en guêpière dans les corridors, je risque pas d’en faire un récit. Mais j’ai autant de chances que cela arrive que de ramasser un météorite sur le tournant de la cafetière.

      Amitiés et à bientôt

  2. Ce n’est pas fortuit car ici c’est le phamphlet de défense du droit à porter des bas nylon pour toutes les femmes.

    De découvrir aujourd’hui, à tous âges cette finesse exceptionnelle comme seconde peau de vie, de féminité pour soi.

    • Merci Gentleman W,

      Ah le droit de porter des bas, comme j’aimerais que plus de femmes profitent de cette liberté. On ne peut que les inciter, mais je crois que nous avons quand même quelques lectrices réceptrices.

      Amitiés

  3. Ooooohhh que j’aime les photos (le texte aussi bien sûr !), elles sont savoureuses à souhait, j’adore j’adore … Merci encore pour cette belle lecture, et oui on a le droit d’être belle à tout âge de la vie. J’attends la suite avec impatience … Merci aussi pour votre sublime jeu de mots chez moi quand vous faites allusion à la « laine fraîche » … j’avoue, j’ai beaucoup aimé ! Bonne journée à vous … et à bientôt.

    • Merci Dentelle,

      Ravi que cela vous plaise. La suite viendra, ne vous en faites pas, elle est déjà écrite. Vous avez raison on peut être belle à tout âge de la vie, il suffit parfois de faire un petit effort.
      De rien pour le jeu de mots. Je crois qu’il convient très bien à votre démarche. J’essaye, dans la mesure du possible, de faire des interventions sur les forums de manière originale. Et puis, les jeux de mots et moi, on est copains. C’est une manière de faire rire ou sourire.
      Bonne semaine à vous.

  4. Tout comme Cassiopée des souvenirs me reviennent en tête ;))… sûrement les mêmes ma beauté !!! hâte d’en construire de nouveaux !!

    Quant au regard dans le miroir, après avoir enfilé lingerie et bas, c’est un passage obligé, pour vérifier mais aussi admirer… pourquoi croyez-vous que l’on passe autant de temps à les choisir nos petits dessous et fin deniers !!!
    Et concernant ce fameux « pouvoir » sur lequel vous avez mis le doigt…enfin façon de parler ;)…. je dois dire que vous lisez dans les pensées des femmes, oui un pouvoir de séduction qu’il est bon de posséder !
    Plein de bisous Boss !!!

  5. Oups petite précision : Je suis fan du second cliché, il est somptueux, les autres aussi (que je connaissais, Linda je crois ?) mais le n°2 est vraiment de toute beauté !!!! Merci !!!
    Bisoussssss

    • Merci Miss legs,

      Je sais que les dames passent pas mal de temps à se faire belles. Dans le genre pas pressé je suis là, je sais bien que c’est pour nous qu’elles le font. Je crois que je me débrouille pas trop mal pour lire dans les pensées des femmes, l’expérience ou l’habitude, comme vous préférez. Parfois je rigole tout seul, car si j’arrive à sonder le fond de l’âme, je ne remarque pas que le voisin a changé de voiture ou repeint sa maison en vert. C’est dire si je suis curieux en la matière.
      Pour Linda je ne sais pas, j’ai trouvé ces photos sur un site américain sans autre mention. En effet la no 2 est soufflante, tout ce que j’aime avoir à portée des yeux.
      Plein de bisous de la part du Boss….

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