Nos disques mythiques (6)

Printemps 1965 – La musique aborde une année de transition. On pourrait presque dire qu’il y a un avant et un après 65. On assiste à un début de révolution  sonore. On ne se contente pas de jouer de la musique au premier degré, on veut lui ajouter une nouvelle dimension en revisitant le son. L’amplification électrique des instruments permet déjà quelques fantaisies apparues ici et là, la chambre d’écho; le fuzz, effet de saturation de l’amplificateur qui donne un son de friture; le wah wah qui fera les beaux jours de Jimi Hendrix. Les possibilités sont là, d’autres s’ajouteront au hasard ou savamment calculées. Reste à trouver quelques courageux qui oseront maîtriser ces artifices et leur donner un côté accessible à l’oreille de l’auditeur. Les radios pirates ne seront pas en reste pour aider  la diffusion et le lancement de quelques trucs un peu moins conventionnels qui n’auraient sans doute jamais trouvé grâce chez un présentateur BCBG d’une radio nationale. Les rôles sont même inversés, les pirates décident ce qui peut devenir un hit et obligent les autres à relayer au risque de paraître dépassés en ignorant la chose.
Parmi ces quelques trucs qui méritent le détour, les radios matraquent  « For Your Love », le nouveau titre d’un groupe alors assez peu connu, les Yardbirds. Ils existent phonographiquement depuis plus d’un année et ont à leur actif deux 45 tours et un album qui ont surtout rencontré un succès d’estime. Une guitariste légendaire figure dans les rangs, un certain Eric Clapton. C’est un puriste du blues et à cette époque son ambition est surtout de jouer ce blues d’une manière justement très pure, à l’image de Robert Johnson dont il est un admirateur. Pressés par la maison de disques d’obtenir des résultats, le groupe pense adopter une optique plus commerciale. Il y ajustement un compositeur tout à fait inconnu qui cherche à placer ses chansons, Graham Gouldman. Une option est prise sur sa composition « For Your Love ». L’arrangeur du groupe, le bassiste Paul Samwell-Smith (futur producteur de Cat Stevens), décide de lui donner un traitement  spécial en faisant appel à un clavecin trafiqué. Le disque est mis en boîte avec la participation de Brian Auger au clavecin. Ce n’est pas au goût de Clapton qui les accuse de devenir commerciaux et décide de quitter le groupe. Jeff Beck fera ses débuts comme soliste et sera l’artisan de l’évolution  vers quelques sommets qui  font des Yardbirds l’un  des groupes reconnus comme ayant eu une influence majeure dans la musique des sixties. Quoiqu’il en soit ce disque sera le premier  hit international de ce fabuleux combo et la suite est une merveille de création.
Voyons à travers sa publication française son contenu et ce qu’il nous réserve. La France n’a pas toujours brillé dans la discographie du groupe, notamment au niveau des erreurs qu’elle contient, mais c’est une des plus belles au niveau visuel. Cet EP 4 titres contient bien évidemment le hit, c’est pour cela qu’il a été publié. Il reprend la face B du 45 tours anglais « Got To Hurry », un instrumental qui nous offre un bel exemple de Clapton et de ce que les Yardbirds sont capables de faire dans un studio. Au niveau de la recherche sonore, c’est une perle pour l’époque dont le producteur Giorgio Gemelsky s’est attribué l’écriture sous le pseudo de O. Rasputin. Pour les deux autres titres, le premier simple anglais est reproduit et nous montre un Eric Clapton débutant mais prometteur dans « I Wish You Would » de Billy Boy Arnold et « A Certain Girl » de « Ernie K Doe. Deux artistes noirs si chers à Clapton. Nul doute que le preneur du son ne se méfiat pas qu’il fixait pour l’éternité les débuts d’un guitariste légendaire. Enfin tout est un peu légendaire avec les Yardbirds.

L’enregistrement studio du hit monté en clip

En prime la même en live, un joli document filmé au Richmond Jazz Festival en 1965. Remarquez en passant vers le milieu du clip les attitudes de Chris Dreja, le guitariste rythmique chemise rayée, qui a l’air de vouloir sortir tout le jus de sa guitare et Jim Mc Carty, le batteur, qui a l’air de planer. C’est bien sûr Jeff Beck qui est à la guitare tout à droite.

Got To Hurry, la petite révolution sonore

A Certain Girl

I Wish You Would

Les pages blanches du nylon

La pire angoisse de l’écrivain, c’est la page blanche. Surtout quand on traite un sujet que l’on croit avoir tournicoté dans tous les sens. Moi qui parle souvent ici d’un sujet qui tourne autour de jambes, de bas, de porte-jarretelles et autre accessoires destinés à séduire le pauvre hère toujours à la recherche de sa fortune, j’en sais quelque chose. Ouf, j’ai toujours une guerre d’avance, des sujets, des récits, qui ne demandent qu’un certain développement, ou qui sont prêts à être publiés. Au cas où je serais en panne de moteur cérébral, je peux toujours pallier en attendant la dépanneuse. Allez vite un petit poste pour satisfaire les visiteurs avides de nouvelles et d’images, il est là, il ne demande qu’un clic sur le rectangle bleu où il est écrit le mots le plus cher aux écrivains en mal de reconnaissance, PUBLIER! Voilà c’est fait! J’ai heureusement une grande chance, mon vécu. Vous pensez bien chers lecteurs, que dans ma vie très aventureuse qui consiste  à habiter un petit village depuis une éternité, l’exploration des villes voisines, villes tentaculaires de 20000 habitants, me donnent tout de suite des allures de Indiana Jones. Alors les aventures viennent, l’ennemi me guette, il est là, tapi dans l’ombre, vais-je pouvoir accomplir ma mission? Les plus futés d’entre vous doivent s’imaginer que l’ennemi doit porter des robes avec des jambes revêtues de nylon et la mission consistera à savoir si c’est des bas ou des collants. Eh bien vous avez parfaitement raison. Parmi toutes ces aventures glorieuses, quand la page blanche pointe le bout de son pif, j’essaye de m’en remémorer une ou deux et de les mettre en forme. Forcément j’en oublie, mais parfois un petit déclic vient à mon secours. Ce sera l’exercice pour aujourd’hui, avec en ouverture une anecdote où je fais figure d’arroseur arrosé.

Comme beaucoup d’hommes de ma génération, j’ai été un jour soldat. J’étais dans la logistique, un endroit assez peinard où l’on compte plutôt les obus que de se les envoyer sur la gueule. De retour de mission où j’avais conduit un élévateur à fourche pour aller charger des caisses de matériel sur un train dans un bled voisin, me voilà reparti à l’aventure à une vitesse d’au moins 30 à l’heure dans les belles campagnes verdoyantes. Il a fallu que je tombe en panne avec ce foutu véhicule en pleine cambrousse. Bruit bizarres et moteur qui toussote. Mes connaissances en mécaniques se résument à peu près à savoir qu’il faut de l’essence pour que le moteur tourne. Malgré tout, en soulevant le capot, je crois avoir remarqué qu’une courroie de transmission avait rendue l’âme. Dans les poches du soldat, il y a un tas de trucs pas toujours utiles, à l’exception d’un tire-bouchon. Hélas, aucune pièce de rechange pour mon problème. L’avantage du militaire, c’est qu’il trouve assez facilement de l’aide. Pas eu besoin de la demander, un automobiliste s’arrête et me demande aimablement si j’ai des problèmes. Coup de pot. il l’air de s’y connaître. Il diagnostique le même problème que moi, la courroie fait cruellement défaut et le moteur risque de chauffer si je repars en l’état. Comme il m’a l’air pressé, il m’indique comment faire avec une ou deux possibilités pour réparer provisoirement. Une ficelle, un gros élastique, mieux, un bas ferait l’affaire. Bon sûr mais c’est bon sang! Au revoir et merci! Me voilà bien avancé, où vais-je trouver cela en plein désert? Ce n’est pas tout à fait le désert, une ferme se trouve  un peu plus loin à 500 mètres environ, pourvu qu’elle soit habitée. J’y vais de ce pas tout en pensant que trouver un  bas ne sera pas chose facile. J’arrive dans la cour de la ferme et un chien  se met à aboyer, sans toutefois avoir l’air de vouloir bouffer de la cuisine militaire. Il doit sans doute remplacer le carillon de la porte, car une femme plutôt jolie,  se pointe dans la cour et se dirige vers moi.  Une chose me fait plaisir, elle est en robe et ses jambes ne sont pas nues, je suis bien tombé . Je lui adresse mon plus beau sourire de troupier, celui approuvé à la convention sur le désarmement en 1946.
– Bonjour madame, j’ai un problème, vous n’auriez pas par hasard des bas?
Elle me regarde l’air ahurie et je me demande si elle ne vas pas aller chercher sa ouinchester et faire un trou dans mon bel uniforme. Le journal local a du publier un article où il est question d’un satyre habillé en soldat qui erre dans les campagnes. Avant de me retrouver mort au champ de bataille, j’imagine que ma demande mérite plus d’explications et je rentre dans les détails, pendant qu’elle semble se détendre.
– Je n’ai que des collants, cela pourrait vous aider?
– Oh c’est à peu près la même chose je réponds, sans toutefois lui avouer le peu de sympathie que j’éprouve pour cet ustensile.
Rassurée, elle me fait entrer dans la cuisine et m’offre un café accompagné d’un verre de gnôle faite maison. Elle se tire et revient avec une paire de collants froissés qu’elle me refile. Je lui demande combien je lui dois, mais visiblement c’est gratuit. Je la remercie et je vais retrouver mon cher véhicule, qui arrivera à bon port place grâce à un collant de paysanne et un aimable automobiliste qui m’a filé le bon tuyau. Au service d’entretien,  vu de la réparation provisoire faite, le mécano  de service m’a dit:
– T’es un mec démerde toi!

Laissons les histoires de bas qui tournent en collants et passons à une petite boutique de lingerie où j’avais pris quelques habitudes, rapport à ma copine de l’époque qui portait des bas. Je lui en offrais de temps en temps une paire ou deux et les jours de fête le présentoir décoratif qui va avec. L’avantage de ce choix, c’est qu’il permet de choisir selon ses propres goûts, qui correspondaient assez bien à ceux de ma copine. Le patronne des lieux me connaissait et m’accueillait toujours avec le sourire. Je l’avais aussi un peu orientée vers un choix un peu plus ciblé en matière de porte-jarretelles, car elle n’avait que des choses peu fonctionnelles quand on veut porter des bas confortablement. Quand je suis entré dans la boutique, il y avait une cliente qui visiblement était intéressée par une guêpière.. J’assiste, l’air de rien, à la discussion. Il vaut mieux avoir l’air de rien que l’air con, n’est-ce pas?  La cliente qui ne peut ignorer ma présence, se tourne vers moi et engage la conversation…
– Vous pensez que cela plaira à mon copain?
Cette fois, j’ai plus l’air con que l’air de rien, un peu surpris par cette question. Il faut que je vous décrive le fond de ma pensée à ce moment. La cliente est à peu près de mon âge, il y a bien longtemps qu’elle a laissé ses bas au fond du tiroir, pour autant qu’elle en aie porté une fois. Elle a peut-être allumé un mec plus jeune et veut se faire désirable ou donner réponse à une demande coquine. La guêpière sur laquelle elle semble porter son choix, ne me paraît pas trop folichonne. D’un mélange de gris et noir, elle me fait plus penser à une gaine « all in one » comme disent les British. Il n’y a aucune fantaisie, ni le moindre surplus de dentelle. A mon avis, un légionnaire en permission après deux ans de désert pourrait s’en contenter, mais un fougueux amant branché fétiche va trouver cela un peu tarte. Il ne faut toutefois jamais préjuger l’avis d’autrui, mais allez savoir.  Sans lui dire le fond de ma pensée, je lui donne un avis personnel. Elle semble me faire confiance et elle se fait montrer d’autres modèles, nettement plus coquins. Si j’étais à votre place, je choisirais celle-là, je lui conseille. Un article en noir, agrémenté de décorations roses du plus bel effet avec des rubans de même couleur qui cachent les jarretelles.  Elle file au fond du magasin dans la cabine d’essayage. Pendant ce temps, la patronne s’occupe de moi et me fait la revue des bas qu’elle a en stock tout en discutant avec moi. La cliente sort de la cabine et ouarrff…  elle a passé la guêpière à l’endroit ou cela se met, tout en laissant ses jeans, faut quand même pas trop rêver. Elle nous demande notre avis, la mien est très favorable. La patronne contrôle un peu l’ajustement, que je voudrais être à sa place, manière de montrer qu’elle s’intéresse à sa clientèle. Elle se décide pour ce modèle et repart dans la cabine. Pour n’en pas perdre une miette, je fais un peu traîner ma visite dans les lieux, je suis bien difficile ce jour-là sur le choix des bas que je vais acheter. Au retour de la cliente, je m’en méfiais, elle demande aussi à voir des bas. Comme nous sommes devenus plus intimes, je me permets de lui conseiller des bas à coutures, ce qu’elle semble approuver. Il n’y a malheureusement que des bas avec fausse couture, mais ils sont fort jolis. Elle en achète une paire, ainsi que des bas avec la lisière en dentelle. C’est d’ailleurs à cette époque que l’on a commencé de voir les premiers de manière assez visible dans les magasins. La cliente paye ses achats, me gratifie d’un merci monsieur accompagné de son plus charmant sourire et s’en va vers son destin coquin. Certes, j’aurais pu l’inviter à boire un café, mais avec tout ça, je n’avais pas encore fait mes achats et puis quelqu’un m’attendait. J’aurais difficilement pu justifier un retard en expliquant que j’avais aidé une cliente à choisir une guêpière. Ce quelqu’un aurait sans doute porté des collants toute la soirée, rien que pour me faire enrager. Bien des années, après je me demande toujours si je n’ai pas rêvé cette histoire. Mais non le pv que j’ai ramassé pour stationnement prolongé ce jour-là est bien réel. Moi qui suis si ponctuel, il a bien fallu un cas de force majeure pour que je le ramasse. Et imaginez l’excuse pour le faire sauter…

Une parenthèse dans le répertoire

On connaît très bien certains artistes pour nous avoir offert des succès dans un style précis. On imagine pas Edith Piaf chantant « Be Bop A Lula » et pourtant elle aurait pu le faire.  Voici quelques prises plutôt étonnantes avec commentaire d’usage.

The Seekers – Groupe australien, trois mecs une nana. Ils connaissent avec un style folk à tendance variété, un monstre succès à travers le monde vers le milieu des sixties. Les voilà qui se transforment en rockers en changeant leurs guitares sèches et contrebasses pour adopter du matériel bien électrique. Ils revisitent les fameux instrumental « Walk Don’t Run » de Johnny Smith via la version au succès international, enregistrée en 1960 par les Ventures. Pffff….

Les Beatles – Les Beatles ont-ils chanté une chanson de Mikis Theodorakis? La réponse est oui. La quelle? Eh bien « The Honeymoon Song », l’une de ses premières compositions à accéder à la notoriété bien avant la fameux « Zorba Le Grec ». La version Beatles enregistrée pour la BBC figura longtemps dans la discographie pirate de ces derniers, 30 ans après elle fut officialisée.

France Gall – Tout le monde la connaît, inutile de présenter. Rappelons simplement qu’elle a fait globalement deux carrières, celle de chanteuse yéyé, puis vers 1973 elle a relancé sa carrière sous la houlette de son mari, Michel Berger, un ex yéyé. A ses débuts, elle percera dans le monde du succès avec quelques titres sur mesure qui lui composera principalement Serge Gainsbourg. Le plus étonnant, c’est que vers l’âge de 16 ans, elle est presque une chanteuse de jazz qui n’a rien de ridicule. Un beau témoignage, une chanson écrite par son papa et Alain Goraguer « Jazz A Gogo ». Je ne suis pas loin de penser que c’est l’un de ses meilleurs disques, vocalement un must très étonnant. On aimerait presque la revoir dans ce genre…

Christophe – Il explosa avec son Aline en 1965, un tube parmi les tubes. Pourtant une année avant il avait déjà enregistré un disque sur le label Golf Drouot. A quelque part il est un chanteur de blues, il en connaît un rayon dans cette musique et l’adore, mais n’a jamais vraiment exploré ce style dans sa discographie. Dans ce fameux premier disque, il y a pourtant un titre qui s’en approche de près. La chanson s’appelle « Reviens Sophie », un vision bluesy plutôt moderne pour 1964. Il m’a fallu de patientes recherches pour mettre enfin la main sur une copie. La jeu en valait la chandelle, alors on écoute…

Johnny & Co

J’en ris encore en vous proposant une chanson très connue dont je parlais juste avant « Be Bop A Lula ». Un trio d’enfer l’interprète, Johnny Hallyday, chanson très normale dans son répertoire, une peu moins dans celui de Michel Sardou et alors pas du tout dans celui de Mireille Mathieu. Eh ben oui cela existe, la preuve…

Focus sur Nylon-Mode

Un vent nouveau de nylon souffle sur Nylon-Mode. Entreprise destinée à vous offrir de quoi habiller vos jambes, mais tout ce qui pourrait les rendre encore plus belles grâce à ces petites créations utiles ou futiles, mais combien indispensables. Tout cela figure en bonne place sur leur  site qui explore les tendances générales de la mode, mais propose aussi ses services de développement de projets.

Nylon-Mode

A leur initiative, une création fort utile pour ranger vos bas et collants, des boîtes glamour ou fetish qui n’en sont pas moins des écrins dignes d’accueillir vos préciosités en soie ou en nylon.

Détails et commandes en ligne

Une visite qui vous enchantera!

La veuve soyeuse -4-

Avertissement: l’histoire que vous aurez le plaisir de lire ci-après, enfin j’espère, est complètement sortie de mon imagination. Toute ressemblance avec des personnages ayant existé est purement fortuite. Mais qui sait?  Elle figure en plusieurs épisodes.

Résumé – Deux amies d’enfance, Nicole et Claudine, se retrouvent à la mort de l’homme dont elles ont été l’épouse lors de ses deux mariages. Le défunt, grand amateur de lingerie et de bas, avait trouvé avec sa seconde femme une parfaite répondante à ses désirs. Elle initie et conseille l’ancienne épouse sur la manière de se rendre plus désirable avec des sous-vêtements plus aguicheurs.

Lires les trois premières parties

Quand fut venu le moment de se lever à l’appel de Claudine, elle repensa à sa paire de bas. Après un passage prolongé dans la salle de bains, elle sortit de sa valise ce qu’elle avait prévu de mettre pour les funérailles, un tailleur sombre. La jupe était plutôt ajustée à sa silhouette et elle eut un moment d’hésitation. Les attaches du  porte-jarretelles de Claudine ne manqueraient pas d’être visibles.  D’un autre côté, elle n’osait pas décevoir son amie et ne pas le mettre. Finalement elle franchit le pas, elle l’enfila, ajusta ses bas en mettant la couture bien droite et finit de se vêtir. Elle eut finalement la même sensation que le soir précédent, elle se sentait désirable et belle. Ses jambes perchées sur ses talons hauts avaient le goût de l’élégance sobre et de bon ton.  Elle rejoignit Claudine qui était déjà prête et presque le reflet d’elle. On aurait dit deux sœurs ou de fausses jumelles. Elles se regardèrent en ayant la même sensation soulignée pas un sourire complice.

Comme prévu, elles se dirigèrent  vers le pavillon funéraire où Gérard reposait. Il avait été décidé que ce serait la dernière visite  et que Claudine  refermerait elle-même le cercueil en exigeant que plus personne ne l’ouvre. Le cimetière municipal était malgré tout, un des endroits les plus charmants de la ville. Le calme propre à ces lieux semblait multiplié par dix. Les sons étouffés de la ville s’arrêtaient à la porte dans une sorte de respect pour les locataires. Seuls les oiseaux avaient droit à la parole. Cela n’avait rien de vraiment triste, tout au plus un philosophe aurait trouvé que sous le soleil qui brillait, c’était presque gai. Malgré tout, on venait ici rarement pour le plaisir. Quelques rares personnes avaient l’air de chercher des réponses en interrogeant silencieusement une pierre tombale.

Le pavillon faisait une tache claire dans la verdure sombre des arbres pointés vers l’azur. Ils se balançaient, paresseusement poussés par une brise caressante. Il semblait les attendre tout en ayant l’air de leur dire que l’éternité pouvait patienter  encore un instant. Elles pénétrèrent dans la chambre où chacune redoutait à sa manière cette dernière rencontre, simplement parce que ce serait la dernière fois que leur regard se poserait sur un être qui avait compté dans leur vie.  Gérard, figé dans son linceul, avait la beauté de la mort quand elle vous apaise après de longues souffrances. Son visage semblait dire que le repos éternel prodiguait ses premiers effets de plénitude silencieuse. Instinctivement elles se donnèrent la main et s’approchèrent de la dépouille. Dans une communion muette elles fixèrent le visage de Gérard, tandis que des larmes perlèrent à leurs yeux. Pendant de longues minutes, le silence fut presque total, l’émotion était trop forte et qu’importe les paroles, elles seraient inutiles. Claudine fouilla dans son sac et en ressortit un bas qu’elle glissa autour des mains jointes de son mari.  Ses mains qui semblaient l’expression d’une prière silencieuse, la première qu’il fit depuis longtemps. Claudine regarda son amie avec un sourire triste.

– Je pense que sa dernière volonté aurait pu être celle-là. Jamais plus ses mains ne caresseront mes jambes, mais au moins il aura un semblant de la sensation qu’il aimait tant. Qui sait ce qu’il se passe réellement après la mort. Les Egyptiens mettaient bien à manger dans le tombeau des pharaons.

Claudine demanda l’aide de Nicole, ensemble elles refermèrent le cercueil lentement, comme si elles voulaient voir ce visage un instant de plus. Elles quittèrent la chambre et sortirent d’un pas lent.

Il était bientôt midi. Il fut décidé d’aller manger quelque chose dans un petit restaurant de quartier, pas très loin du cimetière. Quand elles pénétrèrent dans la salle, la clientèle essentiellement masculine, se tourna vers elles. Ils avaient l’air surpris de voir deux dames seules, élégantes, atterrir en ces lieux. Les regards allaient de haut en bas, s’attardant longuement sur les jambes. Seul le patron, un homme au dialogue facile et débonnaire, devinait qu’il s’agissait de deux dames en deuil. Son regard n’en fut pas moins scrutateur. Depuis les années qu’il était derrière son comptoir, il avait quelquefois une clientèle qui venait s’attabler dans son bistrot après une cérémonie funéraire. Son établissement avait d’ailleurs une très bonne réputation de quartier, on y mangeait une cuisine de marché toujours bien apprêtée par sa femme qui gouvernait derrière ses casseroles. Il s’approcha de la table.

– Ces dames désirent manger ? Aujourd’hui nous avons de la blanquette de veau. Ce n’est pas impossible que le commissaire Maigret vienne vous tenir compagnie. Il paraît qu’il enquête dans le quartier, glissa-t-il avec malice.

Après un échange de regards amusés, elles optèrent pour la proposition.

-Vous verrez, ma femme est une déesse de la blanquette. Je l’ai demandée en mariage juste après y avoir goûté.  C’est autre chose que ces machins d’Hambourg à la sciure. Et avec ça, je vous conseille un Fleurie que je fais venir moi-même du producteur. Oui ? C’est parfait !

Bien que l’appétit ne fût pas trop au rendez-vous, le repas tint ses promesses. Elles furent étonnées de finir la plat presque sans s’en apercevoir.

La cérémonie se déroula comme prévu. Aucune connaissance n’y assista

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Le folk américain et ses histoires vraies

Les USA ont très certainement un des folklores les plus riches au monde. A part quelques chansons indiennes qui font vraiment partie des racines historiques, son folklore est récent. Elaboré au fil de toutes les racines venues échouer sur les terres à conquérir, il enfanta ses légendes. Les principales réminiscences viennent de l’Europe  et de l’Afrique. Cela finira par aboutir à la musique dite moderne. Mais bien avant tout cela, les mélanges se firent peu à peu. Les Noirs apprennent les chansons des Blancs et vive-versa. Les instruments de musique ne sont pas en reste. Si un piano est quelque chose d’inconnu pour les Noirs, les Blancs ne sont pas moins étonnés à la découverte d’un banjo d’origine africaine. Les troubadours créent en toute liberté des chansons qui confinent à l’état d’âme, à l’aventure, aux faits observés. Au lieu d’un article journalistique, on résume le tout dans une chanson. Avant l’apparition de moyens techniques pour enregistrer le son, on se transmet oralement ces chansons qui connaîtront bien des évolutions et changements selon les interprètes. Un des faits les plus intéressants, c’est que certaines chansons sont basées sur des faits authentiques. Nous allons en voir quelques unes qui se classent dans cette optique. C’est du folk américain qui a force de témoignage.

Asheville Junction

Asheville est un petit bled en Caroline du Nord. Partie prenante dans la conquête de l’Ouest par le rail, l’endroit entra dans la mémoire de l’histoire grâce à un tunnel ferroviaire, celui de Swannanoa. La particularité de ce tunnel est d’avoir été construit par des gens de peine dans des conditions extrêmement pénibles. Long d’un peu plus de 500 mètres, il coûta de nombreuses vies. La chanson parle  cette histoire pas très rieuse à travers le chant d’un de ces ouvriers » je retourne au tunnel car c’est mon seul foyer ». Les prestigieux Hoyt Axton interprète ici une des plus belles version de ce folk, de sa très belle voix à la fois douce et puissante.

Tom Dooley

Toujours en Caroline du Nord, un nommé Tom Dula soldat confédéré,  est accusé d’avoir tué sa fiancée en 1866. A la suite d’un procès qui fut une sorte d’affaire Dreyfus de là-bas. Avec les pour et les contres concernant sa culpabilité, il fut pendu en 1868. Rebaptisé Tom Dooley pour la chanson, elle connut une renommée internationale via le succès du Kingston Trio en 1958. La version française respecte plus ou moins les paroles originales. Un tas de gens connaissent cette mélodie et ces paroles sans toujours savoir que c’est inspiré d’une histoire vraie.

John Henry

Un personnage très légendaire du folklore américain. A force d’avoir tellement brodé sur sa légende, on est plus très sûr qu’il a vraiment existé. Les historiens semblent se mettre d’accord sur la réalité d’un personnage qui aurait inspiré la légende. On retourne  vers la conquête des territoires par le chemin de fer au 19 siècle. Un esclave noir employé à la construction d’une ligne qui passe dans la montagne est doué d’une force colossale. Il se bat contre une machine qui creuse le rocher pour prouver qu’il est plus fort qu’elle. Il gagne la bataille, mais meurt peu après. Baptisé John Henry dans la chanson, elle connut une multitude de versions traitées dans tous les styles. Ici dans la version de Woody Guthrie, peut-être le plus grand chanteur de folk américain, dans une version très traditionnelle.

Rock Island Line

Le train est presque un éternel sujet de chanson pour les folksingers. Autre que les histoires locales, cette fois la chanson parle de la « Rock Island Line », une ligne de chemin de fer qui traverse en diagonale les USA de l’Illinois au Texas. Dans la chanson, c’est le train qu’il faut prendre une fois dans sa vie c’est le voyage à Venise des Ricains. Ici elle est interprétée pare Leadbelly, grand chanteur noir de folk et aussi connu comme meurtrier. Une version très pure dans son interprétation.

Billy The Kid

Bien sûr il ne saurait manquer parmi les personnages réels quelques criminels qui ont leur légende. Celle de Billy The Kid n’est pas la plus obscure. Particulièrement doué dans le maniement des armes, d’un caractère irascible, il tue plusieurs hommes en étant encore juvénile. Tué par son ami Pat Garrett devenu shérif, en 1881 à l’âge de 21 ans. Un livre écrit par Garrett forgera la légende de Billy The Kid. Nous retrouvons Woody Guthrie dans cette vielle chanson.

Santy Anno

C’est une chanson traditionnelle crée par des marins. Contrairement à certaines interprétations comme celle de Hugues Aufray (Santiano), elle  ne parle pas uniquement d’un bateau mais d’un politicien et général mexicain, Lopez de Santa Anna (1794 – 1876). Il fut un des artisans de la libération de la domination espagnole dans ce pays. Que les américains s’intéressent à lui pour en faire une des chansons les plus célèbres de leur folklore est surtout relié au fait que le Texas devint américain après  la bataille de Fort Alamo en 1836, perdue pas Santa Anna et annexé définitivement en 1945.   L’orthographe du titre est assez différente selon les versions. Il s’agit sûrement de la difficulté des anglophones de saisir les prononciations latines, surtout qu’elle fut uniquement transmise oralement pendant une petite éternité. Ici chantée par un groupe dans ce qui doit beaucoup ressembler à la version d’origine.