Les pages blanches du nylon

La pire angoisse de l’écrivain, c’est la page blanche. Surtout quand on traite un sujet que l’on croit avoir tournicoté dans tous les sens. Moi qui parle souvent ici d’un sujet qui tourne autour de jambes, de bas, de porte-jarretelles et autre accessoires destinés à séduire le pauvre hère toujours à la recherche de sa fortune, j’en sais quelque chose. Ouf, j’ai toujours une guerre d’avance, des sujets, des récits, qui ne demandent qu’un certain développement, ou qui sont prêts à être publiés. Au cas où je serais en panne de moteur cérébral, je peux toujours pallier en attendant la dépanneuse. Allez vite un petit poste pour satisfaire les visiteurs avides de nouvelles et d’images, il est là, il ne demande qu’un clic sur le rectangle bleu où il est écrit le mots le plus cher aux écrivains en mal de reconnaissance, PUBLIER! Voilà c’est fait! J’ai heureusement une grande chance, mon vécu. Vous pensez bien chers lecteurs, que dans ma vie très aventureuse qui consiste  à habiter un petit village depuis une éternité, l’exploration des villes voisines, villes tentaculaires de 20000 habitants, me donnent tout de suite des allures de Indiana Jones. Alors les aventures viennent, l’ennemi me guette, il est là, tapi dans l’ombre, vais-je pouvoir accomplir ma mission? Les plus futés d’entre vous doivent s’imaginer que l’ennemi doit porter des robes avec des jambes revêtues de nylon et la mission consistera à savoir si c’est des bas ou des collants. Eh bien vous avez parfaitement raison. Parmi toutes ces aventures glorieuses, quand la page blanche pointe le bout de son pif, j’essaye de m’en remémorer une ou deux et de les mettre en forme. Forcément j’en oublie, mais parfois un petit déclic vient à mon secours. Ce sera l’exercice pour aujourd’hui, avec en ouverture une anecdote où je fais figure d’arroseur arrosé.

Comme beaucoup d’hommes de ma génération, j’ai été un jour soldat. J’étais dans la logistique, un endroit assez peinard où l’on compte plutôt les obus que de se les envoyer sur la gueule. De retour de mission où j’avais conduit un élévateur à fourche pour aller charger des caisses de matériel sur un train dans un bled voisin, me voilà reparti à l’aventure à une vitesse d’au moins 30 à l’heure dans les belles campagnes verdoyantes. Il a fallu que je tombe en panne avec ce foutu véhicule en pleine cambrousse. Bruit bizarres et moteur qui toussote. Mes connaissances en mécaniques se résument à peu près à savoir qu’il faut de l’essence pour que le moteur tourne. Malgré tout, en soulevant le capot, je crois avoir remarqué qu’une courroie de transmission avait rendue l’âme. Dans les poches du soldat, il y a un tas de trucs pas toujours utiles, à l’exception d’un tire-bouchon. Hélas, aucune pièce de rechange pour mon problème. L’avantage du militaire, c’est qu’il trouve assez facilement de l’aide. Pas eu besoin de la demander, un automobiliste s’arrête et me demande aimablement si j’ai des problèmes. Coup de pot. il l’air de s’y connaître. Il diagnostique le même problème que moi, la courroie fait cruellement défaut et le moteur risque de chauffer si je repars en l’état. Comme il m’a l’air pressé, il m’indique comment faire avec une ou deux possibilités pour réparer provisoirement. Une ficelle, un gros élastique, mieux, un bas ferait l’affaire. Bon sûr mais c’est bon sang! Au revoir et merci! Me voilà bien avancé, où vais-je trouver cela en plein désert? Ce n’est pas tout à fait le désert, une ferme se trouve  un peu plus loin à 500 mètres environ, pourvu qu’elle soit habitée. J’y vais de ce pas tout en pensant que trouver un  bas ne sera pas chose facile. J’arrive dans la cour de la ferme et un chien  se met à aboyer, sans toutefois avoir l’air de vouloir bouffer de la cuisine militaire. Il doit sans doute remplacer le carillon de la porte, car une femme plutôt jolie,  se pointe dans la cour et se dirige vers moi.  Une chose me fait plaisir, elle est en robe et ses jambes ne sont pas nues, je suis bien tombé . Je lui adresse mon plus beau sourire de troupier, celui approuvé à la convention sur le désarmement en 1946.
– Bonjour madame, j’ai un problème, vous n’auriez pas par hasard des bas?
Elle me regarde l’air ahurie et je me demande si elle ne vas pas aller chercher sa ouinchester et faire un trou dans mon bel uniforme. Le journal local a du publier un article où il est question d’un satyre habillé en soldat qui erre dans les campagnes. Avant de me retrouver mort au champ de bataille, j’imagine que ma demande mérite plus d’explications et je rentre dans les détails, pendant qu’elle semble se détendre.
– Je n’ai que des collants, cela pourrait vous aider?
– Oh c’est à peu près la même chose je réponds, sans toutefois lui avouer le peu de sympathie que j’éprouve pour cet ustensile.
Rassurée, elle me fait entrer dans la cuisine et m’offre un café accompagné d’un verre de gnôle faite maison. Elle se tire et revient avec une paire de collants froissés qu’elle me refile. Je lui demande combien je lui dois, mais visiblement c’est gratuit. Je la remercie et je vais retrouver mon cher véhicule, qui arrivera à bon port place grâce à un collant de paysanne et un aimable automobiliste qui m’a filé le bon tuyau. Au service d’entretien,  vu de la réparation provisoire faite, le mécano  de service m’a dit:
– T’es un mec démerde toi!

Laissons les histoires de bas qui tournent en collants et passons à une petite boutique de lingerie où j’avais pris quelques habitudes, rapport à ma copine de l’époque qui portait des bas. Je lui en offrais de temps en temps une paire ou deux et les jours de fête le présentoir décoratif qui va avec. L’avantage de ce choix, c’est qu’il permet de choisir selon ses propres goûts, qui correspondaient assez bien à ceux de ma copine. Le patronne des lieux me connaissait et m’accueillait toujours avec le sourire. Je l’avais aussi un peu orientée vers un choix un peu plus ciblé en matière de porte-jarretelles, car elle n’avait que des choses peu fonctionnelles quand on veut porter des bas confortablement. Quand je suis entré dans la boutique, il y avait une cliente qui visiblement était intéressée par une guêpière.. J’assiste, l’air de rien, à la discussion. Il vaut mieux avoir l’air de rien que l’air con, n’est-ce pas?  La cliente qui ne peut ignorer ma présence, se tourne vers moi et engage la conversation…
– Vous pensez que cela plaira à mon copain?
Cette fois, j’ai plus l’air con que l’air de rien, un peu surpris par cette question. Il faut que je vous décrive le fond de ma pensée à ce moment. La cliente est à peu près de mon âge, il y a bien longtemps qu’elle a laissé ses bas au fond du tiroir, pour autant qu’elle en aie porté une fois. Elle a peut-être allumé un mec plus jeune et veut se faire désirable ou donner réponse à une demande coquine. La guêpière sur laquelle elle semble porter son choix, ne me paraît pas trop folichonne. D’un mélange de gris et noir, elle me fait plus penser à une gaine « all in one » comme disent les British. Il n’y a aucune fantaisie, ni le moindre surplus de dentelle. A mon avis, un légionnaire en permission après deux ans de désert pourrait s’en contenter, mais un fougueux amant branché fétiche va trouver cela un peu tarte. Il ne faut toutefois jamais préjuger l’avis d’autrui, mais allez savoir.  Sans lui dire le fond de ma pensée, je lui donne un avis personnel. Elle semble me faire confiance et elle se fait montrer d’autres modèles, nettement plus coquins. Si j’étais à votre place, je choisirais celle-là, je lui conseille. Un article en noir, agrémenté de décorations roses du plus bel effet avec des rubans de même couleur qui cachent les jarretelles.  Elle file au fond du magasin dans la cabine d’essayage. Pendant ce temps, la patronne s’occupe de moi et me fait la revue des bas qu’elle a en stock tout en discutant avec moi. La cliente sort de la cabine et ouarrff…  elle a passé la guêpière à l’endroit ou cela se met, tout en laissant ses jeans, faut quand même pas trop rêver. Elle nous demande notre avis, la mien est très favorable. La patronne contrôle un peu l’ajustement, que je voudrais être à sa place, manière de montrer qu’elle s’intéresse à sa clientèle. Elle se décide pour ce modèle et repart dans la cabine. Pour n’en pas perdre une miette, je fais un peu traîner ma visite dans les lieux, je suis bien difficile ce jour-là sur le choix des bas que je vais acheter. Au retour de la cliente, je m’en méfiais, elle demande aussi à voir des bas. Comme nous sommes devenus plus intimes, je me permets de lui conseiller des bas à coutures, ce qu’elle semble approuver. Il n’y a malheureusement que des bas avec fausse couture, mais ils sont fort jolis. Elle en achète une paire, ainsi que des bas avec la lisière en dentelle. C’est d’ailleurs à cette époque que l’on a commencé de voir les premiers de manière assez visible dans les magasins. La cliente paye ses achats, me gratifie d’un merci monsieur accompagné de son plus charmant sourire et s’en va vers son destin coquin. Certes, j’aurais pu l’inviter à boire un café, mais avec tout ça, je n’avais pas encore fait mes achats et puis quelqu’un m’attendait. J’aurais difficilement pu justifier un retard en expliquant que j’avais aidé une cliente à choisir une guêpière. Ce quelqu’un aurait sans doute porté des collants toute la soirée, rien que pour me faire enrager. Bien des années, après je me demande toujours si je n’ai pas rêvé cette histoire. Mais non le pv que j’ai ramassé pour stationnement prolongé ce jour-là est bien réel. Moi qui suis si ponctuel, il a bien fallu un cas de force majeure pour que je le ramasse. Et imaginez l’excuse pour le faire sauter…

Une parenthèse dans le répertoire

On connaît très bien certains artistes pour nous avoir offert des succès dans un style précis. On imagine pas Edith Piaf chantant « Be Bop A Lula » et pourtant elle aurait pu le faire.  Voici quelques prises plutôt étonnantes avec commentaire d’usage.

The Seekers – Groupe australien, trois mecs une nana. Ils connaissent avec un style folk à tendance variété, un monstre succès à travers le monde vers le milieu des sixties. Les voilà qui se transforment en rockers en changeant leurs guitares sèches et contrebasses pour adopter du matériel bien électrique. Ils revisitent les fameux instrumental « Walk Don’t Run » de Johnny Smith via la version au succès international, enregistrée en 1960 par les Ventures. Pffff….

Les Beatles – Les Beatles ont-ils chanté une chanson de Mikis Theodorakis? La réponse est oui. La quelle? Eh bien « The Honeymoon Song », l’une de ses premières compositions à accéder à la notoriété bien avant la fameux « Zorba Le Grec ». La version Beatles enregistrée pour la BBC figura longtemps dans la discographie pirate de ces derniers, 30 ans après elle fut officialisée.

France Gall – Tout le monde la connaît, inutile de présenter. Rappelons simplement qu’elle a fait globalement deux carrières, celle de chanteuse yéyé, puis vers 1973 elle a relancé sa carrière sous la houlette de son mari, Michel Berger, un ex yéyé. A ses débuts, elle percera dans le monde du succès avec quelques titres sur mesure qui lui composera principalement Serge Gainsbourg. Le plus étonnant, c’est que vers l’âge de 16 ans, elle est presque une chanteuse de jazz qui n’a rien de ridicule. Un beau témoignage, une chanson écrite par son papa et Alain Goraguer « Jazz A Gogo ». Je ne suis pas loin de penser que c’est l’un de ses meilleurs disques, vocalement un must très étonnant. On aimerait presque la revoir dans ce genre…

Christophe – Il explosa avec son Aline en 1965, un tube parmi les tubes. Pourtant une année avant il avait déjà enregistré un disque sur le label Golf Drouot. A quelque part il est un chanteur de blues, il en connaît un rayon dans cette musique et l’adore, mais n’a jamais vraiment exploré ce style dans sa discographie. Dans ce fameux premier disque, il y a pourtant un titre qui s’en approche de près. La chanson s’appelle « Reviens Sophie », un vision bluesy plutôt moderne pour 1964. Il m’a fallu de patientes recherches pour mettre enfin la main sur une copie. La jeu en valait la chandelle, alors on écoute…

Johnny & Co

J’en ris encore en vous proposant une chanson très connue dont je parlais juste avant « Be Bop A Lula ». Un trio d’enfer l’interprète, Johnny Hallyday, chanson très normale dans son répertoire, une peu moins dans celui de Michel Sardou et alors pas du tout dans celui de Mireille Mathieu. Eh ben oui cela existe, la preuve…