Des limbes de mémoire en nylon

Dans le fond de cette mémoire qui nous joue parfois des tours, c’est justement au détour d’un tour qu’elle nous joue, que les images s’attrapent à condition qu’on appâte, nos pas avec un hameçon, mais avec une jarretelle. Pas moyen d’attraper du poisson, mais une vision de nylon, ça c’est plus sûr. Combien j’en ai qui sont encore enfouies dans limbes de ce qui me sert de mémoire? Je n’en sais fichtre rien. Oh je pourrais vous en aligner avec des si ou des mais, raconter ma petite histoire et ne rien vous dévoiler du tout. Bien la proie guette. Je sais que vous allez le lire jusqu’au bout ce texte. Je mis en guise d’appât une jarretelle, pour être plus sûr que vous allez mordre. Je vous vois sous la surface d’un lac qui se plie en vaguelettes comme un bas posé sur le dossier d’une chaise, je vous vois en train de tourner autour, mmmh… que ça a l’air appétissant n’est-ce pas? Alors mordez et vous connaîtrez la suite.


Cette histoire je l’ai déjà racontée en un autre endroit, mais je vais vous la faire en la tirant un peu plus longue. C’est le soir, la fin de l’heure de pointe dans une petite ville où il ne se passe pas grand chose. Une bonne partie des badauds à déjà regagné, qui son domicile, qui son rendez-vous. Il ne reste pas grand monde, quelques attardés, pas forcément du mental, mais de l’aiguille qui pointe l’heure tardive dans ses petits sauts à chaque minute. Votre serviteur est là, bien sûr, car sinon l’histoire ne saurait avoir un semblant de témoignage. Par ailleurs je peux vous certifier, qu’aucun artifice, ni animal de laboratoire n’a été utilisé pour ce récit. Une demoiselle, banale dans son apparence, fait les cinquante pas, pas assez d’énergie pour en faire cent. Je ne bouge pas, j’observe, c’est bien moins fatiguant. Elle attendait peut-être la copine qui vient à sa rencontre. Un charmant petit bout de femme, qui va effectuer une danse à laquelle je me m’entendais pas. Sitôt près de sa copine, elle tourbillonne sur elle-même. Vous pensez que je ne regarde pas ses cheveux qui volent au vent et vous avez raison. Je m’attarde plutôt sur ses jambes, visibles sous sa jupe à peine en dessus des genoux. Je suis environ à quatre mètres d’elle, pas eu le temps de sortir mon mètre pour mesurer la distance exacte et vous vous voudrez bien m’en excuser. Je peux quand même distinguer que ses jambes sont divisées à l’arrière, en deux parties à peu près égales par la grâce de ce qui paraît être des coutures. Des coutures, bing, bang, que voilà une chose charmante. Allez soyons fous, imaginons même des bas. Le vrai fans de bas a toujours ce doute qui lui tonitrue la pensée. Bas, collant, une chance sur deux, impair, rouge et manque, c’est comme à la roulette! Une paire de bas sur le 17, pour espérer en gagner 36 et éventuellement faire sauter la banque et voir le voile noir recouvrir la table. Ici le voile n’est pas tellement noir, mais plutôt couleur claire. Je contemple le spectacle, la farandole, en imaginant trouver une réponse à ma question fatidique, celle que je me poserai toujours, jusqu’au moment où elle viendra ou pas. La copine à l’air de s’extasier devant le spectacle, ce n’est rien à côté de moi, mais dans un élan explicatif, la danseuse mime une scène qui ne laisse pas trop de doutes. Je n’entends pas tellement les paroles, mais les gestes sont éloquents. La voilà qui semble enfiler un bas de manière suggérée et l’accrocher à une jarretelle, tout en se tournant encore une fois pour montrer le spectacle, on pourrait dire le résultat. J’imagine la copine peu au courant du port des bas, ce qui a valu cette petite explication. D’un autre côté, avis d’un spécialiste, je pense qu’elle n’a pas fait cela pour dire qu’elle portait des collants. Impossible d’en savoir plus, car rien d’autre ne transparaîtra, ni dans le conversation, ni dans le monde visible. Les rayons X peut-être? Mais je n’ai pas l’appareil pour et j’ignore si cela marche. Tant pis, la pendule peut continuer à tourner, j’en ai rien à fiche, mais j’aurais bien voulu que le temps s’arrête.

Dans mes fréquentations d’enfance, j’allais souvent chez un copain et sa petite soeur qui habitaient presque de l’autre côté du village. L’avantage chez lui, c’est que ses parents possédaient une petite maison individuelle avec un grand bout de terrain autour, une sorte de verger. Si bien que nous pouvions jouer à toutes sortes de jeux sans faire gaffe à quoi que ce soit.  Un jour la fille d’une des soeurs à sa mère débarqua chez lui pour passer quelques jours de vacances. C’était une pratique assez courante alors, les parents n’avaient pas toujours le moyen de payer des vacances à leurs rejetons. On s’arrangeait quelquefois en invitant l’un chez l’autre, surtout si ils habitaient assez loin, histoire de faire découvrir de nouveaux horizons à la marmaille. Cette cousine était déjà une petite demoiselle avec ses trois ou quatre ans de plus que moi. Elle débarqua sous mes yeux de la plus belle manière, un petite jupe et ce qui me frémir de plaisir, ben oui je frémissais déjà de plaisir, un paire de bas habillant ses jambes. A l’époque où se déroule l’histoire, il n’y avait aucun doute, le porte-jarretelles ou la gaine faisait partie de la garde-robe, le collant était encore un peu de la science-fiction. Vous vous doutez bien que j’aurais voulu en voir plus, une lisière, un bout de jarretelle, tous ces spectacles charmants qui tournaient déjà dans ma tête. Evidemment il ne suffisait pas de demander pour être exaucé, mais user de ruse. Je lui tendis une grosse une grosse ficelle,  mais alors bien grosse,  allait-elle l’attraper? Mon copain devait sans doute avoir quelques petits battements de coeur pour la cousine, car il essaya de l’épater. Sur un pommier ou un prunier, enfin un arbre, il faisait quelques acrobaties qui n’étaient pas sans rappeler celles d’un singe. La cousine se foutait bien de lui, en lui affirmant qu’elle pouvait faire bien mieux. Elle devait d’ailleurs nous tenir pour quantité négligeable à ses yeux. Elle avait sûrement dans le bled où elle habitait quelque chose qui devait ressembler à un prince plus ou moins charmant. Je saisis la baballe au bond en lui disant que je voulais bien voir. Je me foutais complètement de ses acrobaties, mais comme elle était en jupe, je pensais qu’une fois sur l’arbre hé hé hé, j’aurais une vue qui devait foutre un lever de soleil sur les Alpes, parmi les spectacles apocalyptiques.
– Pas avec les bas, fut le réponse.
La douche fut plutôt froide pour mon enthousiasme. Mais la patience est un art qui trouve parfois sa récompense… avec de la patience! Un peu plus tard, le lendemain ou après, alors qu’il pleuvait comme vache qui pisse, expression bien campagnarde et qui convient bien au décor, nous jouions à l’intérieur. Je crois que c’était au Monopoly et là je suis sûr c’était dans le salon. D’où j’étais assis, en bout de table, je pouvais voir dans la chambre où dormait mon copain et sa soeur. Il faut préciser que la venue de la cousine avait un peu perturbé l’ordonnance des lieux. Le copain avait cédé son plumard à la visiteuse qui dormait avec la frangine. Quand je dis que je voyais la chambre, ce n’est pas tout à fait exact. En vérité la porte était entrebâillée sur une quarantaine de centimètres. Le bord du lit était visible par cette ouverture avec la cousine assise dessus. Elle se leva juste dans mon angle de vision en me tournant le dos, soulevant sa jupe pour contrôler sans doute, que ses jarretelles n’allaient pas se faire la malle d’un instant à l’autre. Elle fit, disons le tour du propriétaire, m’offrant un joli spectacle sur ses jarretelles arrières. Un joli porte-jarretelles tout blanc, comme il existait tant à l’époque, juste destiné à tenir des bas. Mais en fin de compte on ne lui demandait rien d’autre, sinon de l’admirer l’oeil pétillant. Eh oui chère cousine, vous m’avez offert sans que je vous le demande, ce qui vous m’avez refusé sans le savoir. Je vous ai revue bien  des années après, une fois, mais je le regrette un peu, vous n’aviez plus pour moi, le même charme que le souvenir que j’avais gardé de vous. Vous avez certainement remplacé les bas par des collants, oui je sais, la vie continue…

Surf et plages de Californie pour se réchauffer

Le chauffage est à coin, training, pull, couverture sur les jambes, Le Boss se les gèle malgré tout. Dehors il doit faire -10, le tout accentué par un petit vent du nord qui souffle des glaçons. Alors pour se réchauffer allons faire un tour sur les plages de Californie avec le mouvement musical qui lui est associé, le surf!
Ce mouvement musical qui fera date dans l’histoire de la musique est la transition entre le rock and roll des années 50 et le déferlement de la Beatlemania à partir de 1963. Disons que il n’a pas comemncé à un date précise, ni fini de la même manière. Grosso-modo, il atteint le sommet de sa popularité entre 1961 et 1965. Le groupe phare de cette musique est bien sûr les Beach Boys, ce ne sont pas les plus puristes, et surtout ils ne furent pas les seuls. La paternité de cette musique revient en grande partie à Dick Dale (voir mon ancien article) Quand je dis cela, je veux surtout distinguer la manière de jouer cette musique, car elle est particulière. Basée principalement sur la réverbération par amplification du son de la guitare et jouée plutôt sur les cordes basses, Fender de préférence. Cela donne ce son qui fait parfois pout pout ou pip pip, reconnaissable entre mille. Dick Dale est certainement un des génies de la guitare du 20ème siècle, pas seulement comme interprète mais comme créateur. Si certains disques de surf peuvent ne pas sonner comme ceux Dale, c’est que le surf est aussi lié à un état d’esprit et à un sport très ancien qui consiste à glisser sur l’eau à l’aide d’une planche. Musicalement le surf est étroitement lié à un style de voitures trafiquées que les Américains appellent le hot rod (piston chaud), qui peut aussi avoir une connotation sexuelle. Planches ou bagnoles, une manière de vivre sous le soleil de Californie. Voyons à travers quelques clips quelques étapes essentielles de cette musique dans ses années de gloire. Soleil et musique, on a bien besoin…

Commençons par le Boss, pas moi l’autre,  et deux de ses titres célèbres dont le fameux « Misirlou »

Les premiers viennent en suite, les Beach Boys

Un des premiers hits, the Regents – Barbara Ann, que l’on peut classer dans l’esprit surf. Repris 4 ans plus tard avec succès par les Beach Boys.

En 1961, un des premiers titres qui placent le style hot rod sur orbite c’est le fameux « Stick Shift » des Duals. C’est probablement un des rares titres de ce genre enregistré pas des Noirs.

Les Trashmen trouvent le roi du surf, face B de leur fameux « Surfin Bird », titre d’appel pour le surf, mais en réalité l’un des premiers disques authentiques de punk.

Pour une bonne part, le surf est instrumental. Une des plus fameuses réussites de 1963, « Pipeline », terme de surfeur qui désigne une vague qui forme un tube quand elle roule sur elle-même et dans lequel ils adorent se glisser. Créé par les Chantays, des jeunes tout juste sortis de l’école.

Même style, même année, un titre rival « Wipe Out, moquerie destinée au surfeur éjecté de sa planche. C’est joué par les Surfaris.

Tout le monde se met au surf. Les Tokens qui eurent un hit monstrueux avec la version anglaise du « Lion Est Mort Ce Soir », interprètent une Suzie qui a l’air d’aimer les voitures.

Les Ventures, le plus populaire groupe instrumental au monde surfisent leur hit de 1960 en version 1964. Un arrangement intelligent qui réécrit presque le titre.

Les Anglais sont plus réfractaires à ce style. Mais ici et là une exception, les Dakotas, accompagnateurs de Billy J Kramer mettent en boîte « The Cruel Sea », qui sera rebaptisé « Cruel Surf » pour les Américains. A noter que c’est la face B du single des Ventures que je vous ai proposé précédemment.

Les chanteuse de surf sont plus rares, mais on peut quand même repêcher Annette Funicello, vedette des studios Disney

Pure pépite de pur surf instrumental « Movin » par les Astronauts. Tous les ingrédients du son surf sont la-dedans.

Un hit de bonne facture dont le titre est significatif « California Sun » par les Rivieras. Repris en France par les Chaussettes Noires sans Eddy Mitchell.

Comme toutes les musiques le surf a ses nostalgiques. Dans les années 80, un très bon groupe de revival Jon & Nightriders dans « Dept Charge »

Sous l’oeil attentif de Nokie Edwards, lead guitar des Ventures, une toute jeune japonaise joue « Walk Don’t Run »