Le Boss enquête

Prenez garde un oeil vous surveille, vous en voulez une preuve, eh bien la voici…

On croit toujours être bien caché derrière l’écran de sa bécane, anonyme parmi les anonymes, c’est souvent un impression un peu galvaudée.

Imaginons une dame un peu exhibitionniste qui habiterait à l’année dans un certain bled, qui aime bien faire sous l’oeil de la caméra de son mari, quelques coquineries en public. Alors le couple part se promener dans les rues et madame se prête bien volontiers au petit jeu, madame porte des bas et elle le montre, assez discrètement admettons.  Certains que ces petits films mis en ligne n’iront pas plus loin qu’une simple curiosité de la part des « clients » qu’elle attire, le couple est confiant. Il est vrai que ce sera probablement le cas, ou du moins cela devrait l’être. C’est sûr, il n’y a pas son nom, ni son adresse, encore moins son numéro de téléphone sur la pellicule.

Imaginons toujours, que parmi les visiteurs, il y a un personnage attiré par ses charmes et qu’il n’est pas simplement un contemplateur. Cela peut aller du simple dragueur à quelqu’un de nettement moins recommandable. La Toile est un moyen redoutable d’investigation. Ah si Sherlock Holmes avait connu ça, son sens de la déduction en aurait été aiguisé, je suis sûr qu’il ne serait même pas sorti de chez lui pour démasquer les filous. Quoique l’on fasse sur la Toile, si on y met pas certaines formes, on risque de se trouver chocolat. Le moindre truc laissé au hasard peut être fatal. Il y en a toujours un à qui cela dit quelque chose, à qui cela n’échappe pas.

Imaginons encore que je suis ce personnage peu recommandable, Oui j’en vois qui rigolent au bout de la ligne, spécialement ceux qui me connaissent. Le Boss, c’est bien connu d’eux, est une personne paisible, très courtois avec les dames et aimable avec les messieurs. C’est ben vrrrai, disait la paysanne avec qui j’ai gardé les vaches. Mais, imaginons…

Je regarde la vidéo de la dame, mmmhhh je lui ferais bien un brin de causette. Je réfléchis à haute écriture. Tiens, tiens, ça me rappelle quelque chose, je crois que je connais l’endroit. Je n’en suis pas vraiment sûr, mais je vais mener ma petite enquête. Alors voyons ce film, oui cette scène ça pourrait être à cet endroit là, vérifions, hop un petit coup de Google Street. Je tape sur le clavier le nom de l’endroit, ah m…, il n’y a que la rue principale de visible. Bah, avec les photos qui existent, je dois pouvoir m’en sortir, fouillons, fouillons. Non c’est pas ça, voyons plus loin, ah oui là ça ressemble, c’est même presque sûr. Soyons en certain, une autre tentative avec une autre scène du film.Pas ça, ni ça non plus, ah là, ça y est c’est certain! A nous deux la belle!

Tout ce qui précède n’est pas que le fait de mon imagination. Cette dame existe bien, là preuve on la voit sur la vidéo. Par un des plus grand des hasards, l’endroit où elle se promène m’a rappelé quelque chose, le décor avant tout. Je ne suis même jamais allé dans l’endroit même. Par rapport à ce qui est visible sur le film, j’ai cherché par comparaison avec ce que je trouvais sur la Toile et j’ai obtenu la certitude que j’avais bien deviné. Ceci même en très peu de temps. C’est là et pas ailleurs, un endroit en Italie à des centaines de kilomètres de chez moi. Vous me permettrez de ne pas le situer plus précisément. Mais rassurez-vous, la dame n’était qu’une touriste de passage. Mais si elle habitait réellement là, un autre que moi aurait pu, avec de mauvaises intentions, arriver à la même conclusion que moi. Comme quoi la prudence s’impose, il n’y a pas que des anges ont une connexion sur la Toile.

Là, je vais être quand même gentil, je vous apporte les preuves qui m’ont mené au bon endroit.

En haut une photo que j’ai tirée de Google Images, en dessous un extrait du film avec la dame qui marche dans la rue. Vous remarquerez que les points que j’ai cerclés en rouge correspondent sur les images. Il y a bien sûr une différence d’éclairage, mais c’est identique. Bien sûr, des détails peuvent avoir changé, les photos sont prises à des époque différentes.

Même exercice avec un autre pause. En observant les coulées sur la montage et l’arrête en haut de la montagne,  en tenant compte d’un éclairage différent, on constate que c’est pareil. On pourrait aussi observer le mur semblable, la joint en ciment se trouve juste entre les jambes de la dame sur la photo du bas.

Oui, il y a une preuve que je n’ai pas apportée, je vois venir les curieux, celle que la dame porte bien des bas. D’abord l’indice et ensuite la preuve. Ah les enquêtes du Boss, quel suspense, mais la vérité éclate!!!

Nylon paparazzi (13)

Pour comprendre l’histoire, on peut se référer aux livres, c’est une bonne méthode. Consulter les journaux d’une époque est encore plus riche d’enseignements. Si Max Gallo vous affirme que le prix d’un café au bistrot en 1900 était de 1 franc, vous serez bien obligé de le croire. Dans son cas, je crois qu’il s’agit d’un explorateur de l’histoire auquel on peut faire confiance. Mais ce n’est pas toujours le cas, il peut y avoir de la part d’un historien un manque de rigueur. En consultant les journaux, on peut tirer des renseignements précis, mais ils ne sont qu’une parcelle de l’histoire ou des événements qui se produisent à un moment donné. Si le prix du kilo de café dans une publicité est affiché à la vente à 10 frs, on est sûr de son fait. Il se vendait bien à ce prix là. Contrairement à l’historien, ce prix ne vous dira pas que juste à ce moment là, le café était une denrée rare suite à une récolte désastreuse. L’historien, lui, pourra vous l’expliquer et le souligner. Le journal a ceci de plaisant que vous vous plongez dans une journée du monde en lisant ce qui s’est produit la veille ou juste avant. On y tâte une ambiance, le reflet d’un époque. C’est très intéressant de voir comme le monde était vu des dizaine d’années en arrière. On se plaint toujours que la vie est chère, mais en y regardant de plus près, on constate que ce n’est pas toujours vrai. Savez-vous par exemple, qu’une boite d’ananas coûte aujourd’hui environ la moitié du prix qu’elle coûtait en 1920. Non seulement elle coûte moins, mais on gagne dix fois plus en salaire moyen aujourd’hui. Quand j’étais jeune, là ou j’habite, une voiture de petite cylindrée s’achetait avec le salaire d’une année, maintenant on peut se l’offrir avec deux ou trois mois de salaire. Une télévision en couleurs, c’est dix fois moins cher qu’il y a un peu plus de 40 ans. Alors vous voyez, tout n’est pas si cher que cela.

Ce petit laïus était juste pour vous inviter à une petite exploration à travers quelques publicités concernant une chose qui nous intéresse vachement plus, la lingerie. Je suis remonté aussi loin  que possible dans l’exploration d’annonces concernant le sujet. J’ai seulement sélectionné celles qui nous montraient au moins une illustration. Première constatation, elles sont très rares avant la première guerre mondiale, quasiment inexistantes avec images. Quand elles apparaissent ce sont des dessins, jamais de photos. Pour les photos, il fallait aller dans des trucs beaucoup plus coquins. Elles ont malgré tout la saveur de jadis, je crois que bien des messieurs s’attardaient en rêvant sur ces atours qui ne s’exposaient à leur vue que d’une manière abstraite. Dans une première série nous allons nous attarder sur 1921, c’est là que j’en ai trouvé. Pour comparaison, sachez qu’une chambre avec pension se négociait aux environs de 150 francs le mois dans les annonces de ce même journal. Vous comprendrez assez vite que se faire belle, n’était pas forcément à la portée de toutes les bourses, sans jeu de mots. Votre porte-jarretelles aujourd’hui, mesdames, pour un article début de gamme, ne vous coûtera pas bien plus cher qu’une pizza! Les photos sont cliquables pour mieux voir les détails.

Sautons une quarantaine d’années, cette année là un repas standard au restaurant coûtait environ 3 francs. On voit tout de suite une différence dans la présentation, c’est un peu plus suggestif. On est pas encore dans la photo érotique de boulevard, mais on commence à montrer des visages et la présentation se veut plus femme libérée. Eh oui, on est obligé de porter des bas. Il n’y a rien d’autre à se mettre sur la jambe, mais on peut le faire avec un minimum de fantaisie ou de confort. En dessous, deux chroniques avec des conseils adressés directement aux dames.  Un chat est un chat et une jarretelle, une jarretelle. Quelle époque bénie!!!

Cinébas au Texas

Les films qui se veulent presque des documentaires, tout en étant de la fiction, sont plutôt rares  quand ils avoisinent ce que l’on pourrait considérer comme un pur chef d’oeuvre. Si « American Graffiti » est plus les souvenirs de son réalisateur George Lucas, « The Last Picture Show (La Dernière Séance) » est tiré d’un roman de Larry McMurtry au même titre, dont l’auteur est aussi scénariste du film.

Nous sommes en 1951, dans une petite ville du Texas, Anarene.  Des événements s’y déroulent comme partout ailleurs, mais il ne s’y passe absolument rien. C’est une ville moribonde, agonisante par l’exode de ses habitants, attirés par les promesses des grandes ville. C’est la montagne de Ferrat, transposée dix ans avant dans une plaine du Texas. Par rapport à « American Graffiti », l’action se déroule une décennie plus tôt. Ici point de jeunes qui se défoulent sur des airs de rock and roll.  Ce n’est pas encore la révolution des idoles.

Nous faisons connaissance d’une bande d’adolescents entrant dans la vie d’adulte, qui expérimentent les rares plaisirs que l’endroit peut leur donner. Comble de malheur, le seul cinéma de l’endroit va fermer ses portes, ce qui donne le titre au film. Parmi les autres distractions possibles, il y a le football, conduire des bagnoles, faire les 400 coups et avant tout, les filles. Nous sommes à une époque où le sexe consiste surtout à connaître la chose par le bouche à oreille ou le ouïe dire. Pour une grande part, le recherche de ce plaisir encore inconnu pour les jeunes personnages du l’histoire, tant les garçons que les filles, accapare les pensées. On tire des plans sur la comète, on jalonne le terrain, quitte à faire un flop. Le garçons draguent et les filles se laissent draguer ou non. Nous suivons tous les petits faits et gestes des habitants de la ville, qu’ils soient l’aboutissement d’une conquête du sexe opposé ou le reflet de la vie de tous les jours. C’est en cela que le film est documentaire, mais on devine bien que tous les faits pourraient être réels et même qu’ils se sont produits dans un endroit qui pourrait s’appeler n’importe où. L’action du film est plutôt lente, mais même s’il n’y a pas un mort toutes les trois minutes, on suit avec intérêt les personnages, on se glisse même dans leur peau.

La reconstitution des décors, des habits, des attitudes, est très fidèle au contexte du début des années 50. Je n’ai pas vu d’anachronismes. Et puisque que nous sommes à un âge ou le collant n’était pas encore une torture pour la libido masculine, il y a des scènes en nylon, dont un  striptease du plus bel effet dans une piscine couverte.

Sorti en 1971, réalisé par Peter Bogdanovich en noir et blanc, le générique nous dévoile des noms d’acteurs plutôt débutants, mais en passe de devenir célèbres comme Jeff Bridges, Cybill Sheperd, Timothy Bottoms et pour les déjà confirmés, Ellen Burstyn, Cloris Leachman, Ben Johnson. Très bien accueilli en Amérique lors de sa sortie, on parle tout de suite de chef d’oeuvre, il est plus boudé en Europe. Mais c’est incontestablement un grand film, le genre qui traverse les saisons sans prendre une ride.