Sur l’écran de mon cinéma… Marilyn!

Ah Marilyn que n’a-t-on pas dit sur elle? Tout et surtout rien…

La mort de Marilyn, je n’en ai aucun souvenir. Personne n’en a parlé à la maison. Aucun événement de la vie locale pour me repérer. Il faut bien se dire que les jeunes olibrius de mon âge n’avaient vu aucun de ses films. Ils étaient réservés à une classe d’âge plus mûre. Nous étions condamnés aux aventures de Tarzan et aux documentaires sur la culture des champignons atomiques qui commençaient à pousser ici et là. En 1962, Marilyn, j’en avais rien à cirer. Je connaissais à peine le nom de Brigitte Bardot, c’était plus dans notre actualité proche. Et puis des vedettes féminines, il y en avait des tas. Toutes autant prétendantes les unes que les autres au titre de la plus belle,  susurré  par la voix de miroir.
Ce qui est plus certain pour moi, c’est qu’elle a commencé de me taper dans l’oeil quand la mode des posters a remplacé la tapisserie. Je crois que ce phénomène a fait beaucoup plus pour son passage à la postérité que ses films. On représentait sur ce grand format surtout les vivants, mais aussi les disparus. Pour les choisir, il fallait avoir la gueule, belle ou moche, mais une gueule. Evidemment, elle ne pouvait pas passer à côté parmi les élus. Son visage angélique et son corps était bien dans les goûts du temps. Point la silhouette de ces mannequins faméliques qui font les canons de la mode d’aujourd’hui avec leurs démarches d’insectes fuyant un nuage d’insecticide. Non, elle avait ce charme de l’Amérique puritaine d’alors où tout était suggestion, le sexe encore plus que le reste. Ses déhanchements étaient un appel à la sensualité, quel homme ne rêvait pas d’elle? Mais, elle, à quoi rêvait-elle?
Sans doute de devenir une actrice, elle en fut une, sûrement pas dans le registre où elle se voyait. Fragile, dans un Hollywood qui fait ce qui lui plait, elle n’avait pas la force de demander à être autre chose qu’une poupée de pellicule. S’imaginait-elle en sex symbol pour les années futures et même un brin d’éternité? Difficile à dire, mais on sait qu’elle en est devenu un. Un de ceux qui sont au panthéon des plus incontournables.
Cinquante ans après, il a toujours le visage de cette femme à la beauté exquise, qui aura toujours 36 ans, éternellement!

Un journal du 6 août 1962