Nos disques mythiques (9)

Les Sorrows ont une carrière plutôt brève, tout se joue pour le meilleur entre 1965 et 1967. Ils furent heureusement assez vite récupérés par l’histoire qui les encensa une dizaine d’année plus tard, en laissant quelques regrets. Il est de bon ton aujourd’hui d’acclamer tout ce qui a pu enregistrer le moindre disque dans les années 60, le plus souvent d’obscures créations qui méritent de le rester. Et puis il y a les autres, ceux qui proposèrent du matériel créatif, mais qui eurent de la peine à s’imposer au premier plan. Les Sorrows c’est un peu cela, à peine un peu plus.
Ils viennent de Coventry et cherchent à Londres de quoi faire fortune. Ils réussissent à se faire signer pour le compte des disques Piccadilly, une sous-marque de Pye. Leur musique est plutôt remuante, ils sont habillés de noir sur les photos et se donnent un petit air de méchants. Ils enregistrent deux disques qui passent complètement inaperçus. Pour le troisième, les choses bougent. Ils ont la chance de rencontrer un compositeur producteur de talent, Miki Dallon. Ils enregistrent une de ses compositions « Take A Heart »  aussi enregistrée par Boys Blues.  C’est assurément le truc qu’il faut pour briser la glace. Le titre est très original, l’intro avec la batterie et la guitare basse qui suggèrent un battement de coeur. Le tempo est plutôt calme, rompu au milieu du disque par un solo de guitare explosif. Bien que pas très commercial, le disque réussit quand même à se hisser au milieu des charts, leur offrant une mise en lumière bienvenue. Cela encourage la maison de disques à publier leur unique et très rare album. En France, l’accueil est plutôt bon, les titres sont édités sous la forme habituelle en 4 titres, reprenant les deux titres du 45 tours anglais précédent pour compléter. Un peu plus tard sortira aussi l’album, identique avec un lettrage plus visible. Ils sont bien épaulés par le magazine Disco Revue qui publie quelques éloges sur le groupe suite à leur passage à Paris au fameux club, La Locomotive. Le phénomène ne gagnera jamais les grandes foules, mais sera bien suivi par les plus branchés qui achèteront leurs disques et qui nous permettent aujourd’hui de s’en procurer une copie avec parfois bien de la peine. Avec le temps et la réputation acquise plus tard, cela en fait un groupe où toutes les pièces originales ont valeur de pièce de collection avec un prix en rapport.
Cette publication, magnifiée par « Take A Heart », rappelle que 1965 fut un grand cru dans l’histoire de la musique, une année de transition entre un certain passé et un avenir prometteur. Les Sorrows avaient un potentiel certain d’excellents musiciens, potentiel certainement mal exploité par manque de réussite commerciale. Pour s’en persuader, il suffit d’écouter le disque suivant « You Got What I Want« , qui ne sortira jamais en France bien qu’il existe un second 4 titres postérieur, encore plus difficile à dénicher.
Leur fameux titre fut aussi enregistré en allemand et en italien. La version italienne connut un bon succès en Italie et leur permit de démarrer une seconde carrière assez fructueuse, mais moins intéressante. Elle se poursuivit jusque à la fin des années 60. En 1966, Don Fardon, le chanteur, quitte le groupe et entame un carrière qui sera ponctuée par un hit international en 1969, « Indian Reservation« . En 2012, une réincarnation du groupe est remontée sur scène.

Teenage Letter

Baby

We Should Get Along Fine

Pour la tv allemande en live