Jarretelles et bas sur fond de soldes

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L’aventure commence à l’aurore disait Brel dans une de ses chansons. Au risque de le traiter de menteur, pour moi elle commence plutôt l’après-midi. Vous connaissez le décor, un grand magasin dans lequel j’aime flâner. C’est une connerie, mais dans ces lieux, cela sent toujours bon. Un petit relent agréable du rayon parfumerie qui semble hanter tout le magasin de ses effluves invisibles. Je suis de bonne humeur, bonne table à midi, suivi d’un petit café bien serré, comme si je dansais un slow entreprenant avec une belle dame. C’est les soldes et leur euphorie dépensière. Bien des gens se donnent l’illusion que tout peut s’acheter avec quelques pièces. Pour en revenir à Brel, imaginons que dans un couplet de « Ces Gens-Là », il avait consacré un couplet aux soldes, attention c’est à double sens:

Et puis il y a la fille,

Qui court tous les soldes

Qui cherche les bonnes affaires

Mais qui n’a pas la beauté

Pour animer ses rêves

Et qu’elle cherche le prince

Qui lui offrira tout ça

En échange d’un désir

Qui sera mort demain

Parti vers d’autres ailleurs

De possibles meilleurs

Faut vous dire Monsieur

Que chez gens-là

On aimerait bien, monsieur, on aimerait bien

On scrute

Vous reconnaissez-vous dans la chanson de Brel? Je ne bois pas, je ne vais pas à l’église, j’vais pas faire des affaires avec ma petite auto. J’aimerais pas avoir l’air du tout. Je n’ai pas la moustache du père et je ne suis pas mort d’une glissade. Le seule couplet qui pourrait me concerner de loin est celui de Frida, je crois qu’on a tous eu une Frida. Le charme des chansons de Brel ou Brassens, c’est de ne concerner que les autres, pas vrai?

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Après cette intermède en musique sans son, revenons à nos soldes. Je fais modestement partie de cette foule fiévreuse qui a bien compris que les panneaux « sale » n’indiquent pas l’état des lieux, mais un de ces anglicismes qu’on veut nous imposer pour nous désigner les soldes. Comme si le modeste effort de traduction nous rapportait 50% de rabais supplémentaire. Les soldes peuvent quand même avoir du bon. Comme cette anecdote qui m’est arrivée récemment. Dans une autre vente, un autre endroit, une autre année, je me suis acheté une flopée de t-shirts, à quelque chose comme deux euros pièce. S’il n’y a pas au moins une dizaine de collègues de travail qui ne m’ont pas félicité pour leur originalité, que le grand croc me crique. Comme quoi, pas besoin de se pavaner en Lacoste pour intéresser la foule. Ce Boss, un rien l’habille! J’ai mon modeste achat à la main, pas même soldé, l’envie de ne pas faire comme les autres. Je prends la queue, aucune allusion érotique, je patiente. Devant moi un couple, la quarantaine. Madame est bien mise, un jupe, des collants opaques, une veste de bel effet. Monsieur est classique, bien fringué, une tête de séducteur alimentée par une circulation sanguine qui commence à avoir des ratés, le cheveu rare et bien entretenu. Madame tient sur son bras gauche à l’aide de la main droite, une pile d’achats assez conséquente.  A voir, il s’agit plutôt de lingerie, ce qui mine de rien, suscite mon intérêt, vous pensez bien. J’ai beau scruter attentivement, je remarque rien de spécial dans le tas, mais attendons la suite. C’est son tour de passer à la caisse, elle pose sa pile sur le comptoir, C’est le cas de le dire, le défilé de lingerie peut commencer, grâce à la vendeuse qui saisit les pièces une à une pour les plier et les comptabiliser. J’avais un doute, vite dissipé. La belle a prévu quelques soirées chaudes pour compenser la température extérieure plutôt frisquette. Elle a choisi d’être coquine. Six ou six culottes et strings pas très sages. Quelques trucs destinés à soutenir ce qui nous classe dans les mammifères, style de même acabit. Et je les attendais, de quoi se faire encore plus désirable en portant des bas, une guêpière mauve, deux porte-jarretelles, l’un rose, comme c’est mignon, l’autre d’un noir plus conventionnel. C’est de la lingerie minimaliste, mais je pense qu’elle ne va pas aller au bureau avec ça. Et puis, disons que c’est le geste qui compte. Pas la moindre paire de bas, mais elle ne doit pas être à son coup d’essai, il doit bien y avoir un tiroir à quelque part qui ne contient pas que des images pieuses.  Monsieur, bien que ne pipant mot, doit avoir une paire de mains virtuelles qui applaudit très fort et réclame des bis. Sortant les mains de ses fouilles, dans lesquelles il avait peut-être discrètement entamé un petit billard de poche, il sort fièrement sa carte de crédit, c’est sa tournée. Quant au Boss, il jubile du spectacle de cette femelle écureuil qui a fait provision de noisettes pour l’hiver, tout en ayant envie du jouer du casse-noisette sur un air de Tchaikovsky.

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Même après-midi, autre lieu. Le second café me tourneboule l’esprit. C’est ma petite drogue, mon petit plaisir. Je dois en avoir bu quelques trains, composés d’un tas de wagons-citernes. On le dit mauvais pour la santé. Bah, ma mère qui franchit la barre des 90, n’a bu que cela dans sa vie. Imaginez les derricks en Arabie-Saoudite qui produisent du café, eh bien pour elle, c’était juste suffisant. Un bar anonyme, là où je pose mes fesses au hasard des places libres. Le café commandé, toujours bien serré, j’ausculte la foule avoisinante tel un toubib qui trouve des morpions en se demandant ce qu’ils peuvent foutre là. Sur ma droite, un peu plus loin, deux femmes entretiennent le feu de leur conversation. Probablement deux frangines, avec ce petit air de façonné dans le même moule. La plus jolie, je la vois de profil, assise sur sa chaise avec sa jupe grise un peu serrée. Ah, si elle ne porte pas des bas jarretières, que le grand cric me croque avec sa trique. Il y a des évidences que l’on ne peut pas nier, genre on trouve sa femme au lit avec le voisin « Mais non chéri, c’est pas ce que tu crois¨. Le spectacle me plaît et j’ai les yeux rivés… sur le spectacle. La frangine prend cela à son compte, visiblement j’ai l’air de l’intéresser. Elle ne me quitte pas des yeux en esquissant un léger sourire, je dirais marchand. Bien sûr, avec la distance, elle ne peut deviner que mon intérêt se porte 80 centimètres plus à gauche et 78,2 centimètres plus bas. Eh non ma belle, les femmes inconnues en pantalons ne m’intéressent pas trop. Sauf si elles me font savoir qu’elles ont une collection pas possible de porte-jarretelles à la maison. Je peux éventuellement visiter, uniquement sur invitation naturellement, on est gentleman et on le reste. Tant pis, le spectacle fut quand même des plus agréables. Et qui sait, la prochaine fois, il y aura à la même place une dame assise avec un bout de jarretelle qui me fera coucou du fond de son antre.

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Nylon Jazz Cool

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Pour moi, la musique qui symbolise le plus une paire de bas nylon sur les jambes d’une dame, c’est le jazz et aussi  le rock and roll.  Si j’ai trempé dans le rock and roll très vite, je suis né avec, le jazz a mis plus longtemps à s’imposer dans mon esprit et surtout dans mes goûts. Le jour où j’ai enfin compris que sans le jazz, le rock and roll n’existerait pas. De même que si les races  blanches et noires ne s’étaient pas mélangées, le jazz n’existerait peut-être pas, du moins il aurait mis plus de temps à naître.  Ce qu’il y a de merveilleux dans la musique quand on s’y intéresse d’un peu plus près que la simple écoute, on y trouve des physionomies qui sont l’équivalent d’un croisement de race, comme un enfant qui aurait la peau chocolat à la suite d’un mélange entre un couple noir et blanc. Quand on écoute de la musique celtique, il est évident que certaines chansons ont des influences arabes, pas partout mais ça existe. Ces peuples qui furent des grands navigateurs ont sans doute mélangé la musique par musiciens interposés lors de rencontres fortuites et culturelles. Pour moi, il n’y a pas de musique supérieure à une autre, elles ont toutes leurs charmes.  La seule chose que je permets, c’est d’en apprécier certaines plus que d’autres.

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Le décor étant posé, revenons au jazz. Ce qui peut m’épater le plus dans cette musique, c’est la grande part d’improvisation qu’elle peut avoir. C’est aussi une musique très coup de coeur, j’aime ou n’aime pas, sans détester. Je considère Sydney Bechet comme quelque chose d’aimable, sans lui dénigrer ses qualités de musiciens. De même, quand je vois des jeunes d’aujourd’hui s’intéresser au jazz rétro, ils sont d’abord attirés par les grosses ficelles, Glenn Miller, Benny Goodman, musiques que je considère assez légères, pas inintéressantes, mais qui s’écoutent avec une certaine facilité. C’est unh début qui peut être suivi de belles trouvailles. Il en va tout autre pour le tout premier disque de jazz que j’ai possédé au début des années 70. Si vous avez le courage de l’écouter, allez-y, il s’agit d’un disque de Archie Shepp avec Philly Joe Jones, « The Lowlands », enregistré par ailleurs en live à Paris. C’est du free jazz, complètement déjanté, pas mélodieux pour u sou. Je me suis dit que si le jazz avait pu accoucher d’un « bordel » pareil, la base devait être une étude intéressante. Plus étrange encore, quand j’ai écouté cette musique, j’ai vu défiler dans mon esprit des images de ghettos, de misère. Quand j’ai pris la peine de lire les notes de la pochette, il était mentionné que la musique faisait allusion à cela. Comme quoi la musique peut parler à l’esprit. Petit à petit, j’ai remonté le temps et j’ai découvert des noms comme John Coltrane, Charlie Parker, Charles Mingus, Chet Baker, Miles Davis, qui font partie de ce que j’écoute maintenant, quand j’écoute du jazz.

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Quand je disais plus haut que le jazz est pour moi une vision de jambes en nylon, je suis assez près de la vérité, du moins celle qui m’est propre. Quand j’écoute le saxo de Coltrane ou Parker, la trompette de Baker, la basse de Mingus, je vois volontiers un défilé de jambes en nylon. Des jarretelles qui pointent sous l’épaisseur d’une jupe, des coutures qui montent droit vers les brouillards vaporeux d’un culotte cachée dans l’ombre d’une robe. Des talons qui martèlent la nuit d’une rue aux pavés mouillés, luisants de la lueur d’un réverbère. Des talons qui vont à la rencontre d’une main fiévreuse qui cherchera la bosse d’une jarretelle qu’elle sait présente. Comme Ferrat chantait: « Le jazz ouvert dans la nuit et sa trompette qui nous suit dans une rue de Paris, c’est beau la vie ».

Je vous propose une petite vidéo avec une musique de fond jazzy, que j’ai mise en notes.

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Des souvenirs de bas qui crissent et de disques qui grattent

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Des souvenirs, il m’en reste comme autant de feuilles accrochées aux branches des arbres. Sûrement quelques unes sont tombées sur l’herbe et ont été emportées par le vent. C’est marrant comme les souvenirs  peuvent prendre un malin  plaisir à revenir faire un tour dans l’esprit. Vous est-il arrivé de rêver d’une personne dont vous aviez complètement oublié l’existence pendant des dizaines d’années? Rencontrer une personne que vous avez l’impression d’avoir déjà vue à quelque part, mais dont on ne peut plus très bien situer en quelles circonstances?

Il en va ainsi pour tout ce qui peut me rappeler une vision de jambes en nylon. Existe-t-il une hiérarchie inconsciente dans le classement de ces souvenirs, qui fait qu’un petit émoi en surclasse un bien plus important? Je n’en sais rien, mais je le constate parfois. En voici quelques uns, oubliés, ressurgis, qu’importe l’intensité des frissons qu’ils me procurèrent. La seule chose dont je suis sûr, c’est que je les ai vécus. Et pour mon plus grand plaisir, je peux leur coller un souvenir musical

Quand j’avais une douzaine d’années, j’avais un peu d’argent de poche, mes parents n’étaient pas radins, mais pas spécialement ce que l’on pourrait classer dans la catégorie fortunés. Une bonne partie de mon argent de poche partait dans l’achat de disques. En ville,  il y avait un grand magasin assez bien achalandé au niveau musique. On y trouvait les tubes du moment et surtout ce  qui m’intéressait un peu plus, les choses un peu moins visibles, que je trouvais souvent plus intéressantes. Le rayon était tenu par deux vendeuses, certainement plus âgées que moi, mais pas encore des dames. Quand je pense que maintenant, il est quasiment impossible de mettre la main sur une vendeuse dans un grand magasin, au sens figuré bien sûr, je me dis que ces deux-là avaient la belle vie. Deux vendeuses pour un petit rayon, les patrons étaient certainement plus paternalistes, on avait pas encore inventé le stress. La particularité des rayons de disques dans les années 60, c’est qu’on pouvait écouter les disques moyennant de se mettre aux oreilles deux trucs qui ressemblaient à des cornettes de téléphone sans le micro. Je ne me privais pas de ce plaisir, qui m’était en quelque sorte accordé par les vendeuses. Il y avait une bonne raison à cela. Comme ces demoiselles sur le coup de 16 heures avaient une petite soif, elles m’envoyaient à l’étage en dessous, au rayon alimentation acheter des boissons. C’était strictement interdit de consommer des boissons. pendant le travail, aussi je devais être aussi discret que possible en leur apportant la marchandise. La récompense était un beau sourire et champ libre pour écouter ce que je voulais. L’une d’elles, la plus sympathique, m’intéressait plus particulièrement. La bonne raison, elle portait toujours des jupes et bien sûr des bas. Elle semblait résister à l’invasion des collants. Sur mon tabouret de bar, les écouteurs à l’oreille, j’avais tout loisir d’observer. Selon l’étroitesse de la jupe, je voyais les bosses de ses jarretelles dans une sorte de spectacle avec des haut et des bas et des bas, si je puis dire. Je ne sais pas si elle était dupe de mes regards, mais je crois que quand elle se baissait en cherchant je ne sais trop quoi dans les petites armoires en bas du comptoir en forme de fer à cheval, j’avais souvent l’occasion de voir une ou l’autre de ses jarretelles, toujours blanches, c’était une habitude chez elle. Même que quelquefois elle s’accroupissait face à moi, j’avais alors un vision dans son entrejambe, avec à la clef une petite culotte, elle aussi blanche. Vous comprenez pourquoi aujourd’hui j’ai une sacrée collection des disques, heureusement qu’elle était pas au rayon des aspirateurs. Ah vous collectionnez les aspirateurs? Ben oui, il y en a qui collectionnent les timbres, alors! Là, je rigole un peu, mais je dois quand même préciser que une ou deux  belles pièces de ma collection, c’est elle qui me les a vendues, car j’achetais aussi. J’ai profité de ce petit jeu pendant des mois, puis un jour elle est partie, remplacée par une collègue qui n’avait jamais soif. L’autre était toujours là, mais elle ne semblait plus avoir soif. Sait-on jamais, peut-être qu’un jour la miss aux jarretelles blanches va passer par ici? Elle devrait se reconnaître, se rappeler, en éventuellement me dire si ce jeu était involontaire ou bien calculé. Il est vrai que j’étais bien jeune, mais je paraissais plus âgé, un petit ami possible? Je n’ai jamais envisagé la chose sous cet angle là, car pour moi c’était déjà une vieille…

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Elle pouvait bien ressembler un peu à cela

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Ces deux-là, c’est elle qui me les a vendus, je les ai toujours!

Quand je suis parti faire mon voyage cet automne, je suis tombé par hasard sur une vieille connaissance. Mes parents étaient assez liés, et moi par la force des choses,  avec une famille du village à côté. C’était presque ce que l’on peut encore classer dans le genre famille nombreuse. L’ambiance était assez décontractée, un brin anarchiste. Il n’y avait que des garçons, rien que des garçons, dont le plus jeune avait quand même quatre ans de plus que moi. Ils sont encore aujourd’hui d’excellents copains, du moins ceux qui restent. J’aimais bien aller chez eux, le père m’avait à la bonne et il faisait tout pour que je meure pas de faim, ni de soif. C’était à la bonne franquette, la vaisselle n’était pas en argent, mais généreusement remplie de cochonailles et autres plats campagnards. Le fils ainé était fiancé avec une dame, ben oui à l’époque on n’envisageait pas un partenariat avec un membre du même sexe, assez jolie, mais plutôt grassouillette. Vous l’avez deviné, la dame que j’ai revue lors de mon voyage.  Un jour alors que je traînais chez eux, ils se sont ramenés dans ce qui servait de salon. Il y avait une sorte de canapé sur lequel ils s’assirent, je devrais dire s’allongèrent. Monsieur entreprit, sous mon nez, de prouver à Madame combien il l’a trouvait sympathique. Malgré une légère protestation de sa part concernant le spectacle qui pouvait choquer mes jeunes yeux, vite balayé par un « il doit bien avoir aussi une copine », ils commencèrent leur petite entrevue rapprochée. Monsieur roula quelques galoches à sa belle, tout en ayant la main qui avait tendance à s’insérer sous ses jupes, comme Cousteau explorant un récif corallien.  Si le spectacle n’alla pas au-delà, les jarretelles de la future mariée m’apparurent dans toute sa splendeur, noires avec de longs élastiques. Je me souviens très bien qu’au moment où ils sont venus, je lisais un Lucky Luke, tout en écoutant « Salut les Copains ».  J’ai oublié le titre de l’album, mais pas la chanson qui passait à la radio. encore moins le spectacle. Quand j’ai revu la dame récemment, veuve et retraitée, j’ai eu un sourire amusé: « Ah Josiane, comment vas-tu depuis le temps? ».

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A Salut les Copains, on passait ce disque quand ils sont arrivés, le conseil ne s’adressait pas à moi…

Sautons quelques années, les collants avaient envahi la vie quotidienne. Il y avait quand même un ou deux résistantes. Ce jour-là, j’ai eu un de mes derniers beaux spectacles dans le genre. J’attendais le train dans le hall de la gare de la ville voisine. J’avais dépensé un peu d’argent pour m’acheter mon traditionnel disque du samedi, cette fois-ci un album, « Ball » d’Iron Butterfly. Deux copines se sont amenées, plutôt mignonnes, tout à fait de mon âge.  Elles étaient en pantalons, mais mon oeil aperçut quelque chose de splendide. Une avait visiblement un porte-jarretelles sous ses pantalons, il n’y avait aucun doute. Quatre bosses sous un pantalon gris au bon endroit,  c’était assurément pas des piqûres de guêpes. Comble de bonheur, j’avais l’air de l’intéresser. Elle entreprit alors, avec la complicité de sa copine, de me le faire savoir avec des ruses indirectes, mais bien féminines. A l’époque, il y avait encore dans quelques gares, de ces petits appareils de cinéma où pour une petite pièce on pouvait voir un film genre Charlot ou Laurel et Hardy de trois minutes. Elles mirent une pièce dans l’appareil et les commentaires fusèrent. Je  ne sais pas quel était le film, mais je compris assez vite qu’ils s’adressaient indirectement à moi, j’étais le héros, en mieux,  qui défilait sur l’écran. Je dois avouer que j’étais encore assez timide en ces temps mémorables.  Quand j’y pense  maintenant, j’ai l’impression figurée d’avoir perdu quelques kilos, mais bref. Pour finir, la conversation s’est engagée genre: « Tu habites chez tes parents?; c’est ta soeur?; tu vas encore à l’école? ».
Un peu pressé par le temps, je devais absolument aller donner un coup de main à la préparation d’une soirée villageoise, je suis parti. Nous avons convenu de nous revoir quelques jours plus tard. Je lui ai fait promettre une chose, c’est de venir habillée exactement comme elle était ce fameux jour, sans faire allusion directement au porte-jarretelles sous le pantalon. Mais comme en disant cela, j’avais les yeux fixés sur les bosses de ses jarretelles, je pense qu’elle avait compris. Hélas, le destin en décida autrement, je ne l’ai jamais revue. Un deuil dans ma famille m’empêcha d’aller au rendez-vous. Comme je n’avais pas d’adresse précise où elle habitait, j’allais quand même pas sonner à toutes les portes, non?

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La chanson qui m’avait fait acheter le disque avant la rencontre

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Le bas fantaisie n’est pas une invention d’aujourd’hui

On nous écrit ou comment en finir avec la fin du monde

J’imagine sans me tromper que vous avez tous lus le fameux récit « Buick et bas coutures » qui est un point fort de mon blog, en plus d’être une histoire authentique. Son auteur, Loudstart, m’a envoyé récemment une charmante lettre dans laquelle, il nous parle de SA fin du monde et surtout comme il l’a vécue, surtout avec plus d’humour que de peur. Voilà je vous la propose telle qu’il me l’a envoyée, merci à lui!

Les abeilles l’avaient prédit, qu’elle c…ruche je fis en les croyant. N’écoutant que mon espoir, voilà deux ans je m’installais à Bugarach et me préparais à faire partie des rares survivants de l’apocalypse annoncée. Mais d’apocalypse que nenni et mes espoirs envolés.

Eh oui ! Je m’étais raconté que de retour sur une planète dévastée, je pourrais contribuer modestement à redonner de la joie de vivre aux survivants. Pour cela, j’ai consacré ces deux ans à répertorier les métiers à tisser le nylon à plat encore en état de marche dans notre monde, persuadé que leur solidité leur permettrait de subir les tremblements et échauffement de notre vieille planète frappée par une météorite ou quelque démoniaque catastrophe.

N’imaginons pas un instant que les fabuleuses machines gavées de puces de silicium capable d’effectuer des milliards de milliards d’opérations par seconde, des terra flops comment disent les informaticiens qui n’ont jamais baissé les yeux vers une jambe gainée de nylon, puissent survivre à quelques degrés de chaleur supplémentaire, alors que les prodiges de technologie que sont les métiers à plat, en sont capables eux, enfin c’était mon hypothèse.

Alors il en reste de ces métiers, surtout en Angleterre, mais aussi en France (merci l’Arsoie et Cervin), en Italie, et aux Etats-Unis. Il s’agit quand même du top dix des nations et c’est rassurant quelque part de voir qu’on n’est pas au top sans raisons sérieuses. Ces merveilleuses machines doivent contribuer à notre redressement productif, il n’y a pas que des haut-fourneaux que diable. Certes, on imagine mal notre ministre du redressement productif arborant un porte-jarretelles et des bas avec une marinière et une cafetière, mais cela eût été courageux !

Dans l’attente de la fin du monde, je m’étais donc nommé commissaire au plan de la reconstruction de la terre (tant qu’à faire) et la ligne directrice de ce plan n’était autre que le bas couture. Celle-ci n’est-elle pas en elle-même une ligne directrice ?

 Le vrai bas couture, celui fabriqué à plat avec ses diminutions sur le mollet, ses renforts simples ou fantaisie au talon, son revers généreux et son œillet donnant l’élasticité indispensable au dit revers. Cette merveille de l’invention humaine qui, par quelques grammes, sublime les jambes des femmes.

Bien, je vous éviterai les fastidieuses étapes de ce plan, les emplois créés autour des métiers pour fabriquer les doux objets, les emplois induits dans l’industrie de la lingerie pour produire de quoi les attacher puis pour réaliser des parures assorties à ces ceintures, serre-tailles, bustiers et autres guêpières (Ah non, plus de guêpières, ça me fait trop penser à ces abeilles qui nous ont annoncé n’importe quoi !). J’imaginais la revitalisation d’une célèbre marque du massif central sauvée in-extrémis par un géant du luxe. J’imaginais la reconquête du savoir faire des porte-jarretelles confortables, pas comme ceux produits dans des pays à bas taux de main-d’œuvre qui découragent les femmes de porter des bas, juste par leur inconfort.

J’imaginais les industriels de la chaussure mettant au point de nouveaux modèles à talons symétriques aux renforts des bas, talons à l’assise confortable pour assortir à des renforts «Havana», talons élancés pour les «french heels» ou encore des talons vertigineux à porter avec des renforts «cubains».

Bref, j’imaginais.

Et surtout, j’imaginais une nouvelle planète ou on ne croiserait que des gens heureux de vivre, de marcher, d’aller au travail, de sortir, de vivre tout bêtement, car comment ne pas être empli de joie de vivre quand on croise des femmes parées de vrais bas coutures ? Vous imaginez aussi, j’en suis sûr.

Alors, plus d’espoir de fin du monde, plus d’espoir de gens joyeux, et toujours des journaux télévisés ou radiodiffusés qui nous égrènent leur lot quotidien de catastrophes et remplissent nos trottoirs d’hommes à la mine grise et de femmes en collants opaques, gais comme des cortèges funéraires.

A moins que… Vous n’êtes pas sans avoir remarqué que nos informateurs ont toujours sous la main leur lot d’experts en tous genre pour nous expliquer ce qu’ils n’avaient pas prévu ou nous annoncer ce que nous aurons oublié qu’il ne s’est pas passé quand ils viendront doctement nous expliquer le contraire de ce qu’ils avaient annoncé quand cela ne s’est pas produit. D’accord, avec des phrases comme celle-là je ne suis pas prêt d’avoir le Goncourt, et tant qu’à faire je préfèrerais le Femina (on ne change pas comme ça !)

Alors pour 2013, imaginons que des experts viennent nous apprendre que le collant est mauvais pour la santé, qu’il est fait de fibres élastomères inavouables, qu’il comprime la jambe et entrave la circulation du sang et de l’air, et que si les femmes veulent garder leurs jambes de 20 ans jusqu’à la fin du monde elles doivent porter des bas nylons fabriqué à plat qui ni ne compriment, ni n’étouffent. Alors peut-être, imaginons.

Voilà cher Boss,  ce que m’a inspiré cette longue retraite, et si je ne devais garder qu’un souvenir de 2012, ce serait la découverte du boson de Higgs. Cette particule élémentaire (pas de celles de Houellebecq) qui ouvre un nouveau champ d’avancées aux scientifiques, imaginée en 1964 par une équipe de physiciens sans doute inspirés par les Frogs, les Turtles, les Stones ou simplement les Beatles. A une époque ou en baissant le nez on pouvait voir de fins plis sur les chevilles des élégantes et où les hommes  pouvaient imaginer l’avenir autrement que comme une succession de catastrophes annoncées.

 A bientôt cher ami et continuez votre super travail qui nous réjouit les yeux et l’esprit.

 PS. J’avais emporté quelques boites de vieilles photos à Bugarach, si vous vous souvenez, dans Buick et bas coutures après l’été 60 (voir « l’aéroport ») nous avions acheté une 4cv. Je vous joint une photo de cette merveilleuse petite voiture avec ses portières suicides (voir l’explication de cette appellation dans le premier chapitre du récit). Là encore ce sont des experts aveugles qui décrétèrent ce sens d’ouverture dangereux et nous privèrent de ces belles descentes !

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Avis à notre aimable clientèle.

Le récit « Buick Et Bas Coutures » fera probablement l’objet d’une édition en livre dans le courant de cette année. Pour pimenter sa présentation, des photos originales en couleurs feront partie de l’édition avec une dame qui jouera le rôle de la mère de l’auteur. Il ne s’agira pas d’une édition quelconque, mais d’un véritable livre, et pour ceux qui ont oublié de quoi a l’air un livre, avec des pages et une couverture. Il sera disponible sur la Toile et très probablement sur Amazon. Cette année, parmi mes projets,  j’ai l’intention de m’établir un peu comme éditeur, tout en restant dans le style de mon blog, fétichiste et nylon. Cela ne changera en rien ma présence sur mon blog qui continuera d’exister. Pour l’instant, je suis en train de mettre en forme le texte original, de corriger les éventuelles coquilles et de choisir les extraits qui feront l’objet d’une mise en scène. C’est du travail, le texte fait 118 pages et plus de 63000 mots, mais j’attaque d’un coeur vaillant, 20 pages sont déjà en forme.

Pour les photographies, je suis à la recherche auprès d’un collectionneur sur Paris et banlieue d’une Peugeot décapotable années 50 avec une calandre en dents de requin. Je suis disposé à la louer à un prix raisonnable. Il pourra lui-même conduire son véhicule et nous le laisser à disposition dans des endroits divers pour les séances. Une journée devrait suffire. Me contacter via le mail. Merci d’avance.

Vous serez tenus au courant de l’évolution de l’avancement des travaux.

2012 en bilan

Revenons un instant sur l’année passée avec les statistiques que nous envoie notre cher hébergeur, à part ça on est pas surveillés!

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Bon si je comprends bien, le Liechtenstein c’est moins porteur que le bas nylon

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Bien, bien… la petite encyclopédie est une bonne trouvaille, cette année vous aurez droit à l’art de porter les chaussettes, je pourrai enfin servir de modèle!

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Vive la France, la Belgique et le Canada, grands amateurs de nylon

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Merci à tous ces fidèles, je constate avec satisfaction que les dames sont majoritaires, bisous à elles, Miss Legs, Cassiopée, Sandra. Et santé aux messieurs, Daniel qui n’en loupe pas une et Valmont qui en plus de s’occuper de son excellent blog, trouve encore le temps de venir faire un petit coucou.

Et c’est reparti pour un tour avec quelques surprises et nouveautés cette année, oui, oui!