Nylon paparazzi (19)

29  050413-8

Prêts pour une nouvelle aventure dans les journaux d’époque qui parlent de nylon?

A l’évidence dès que le collant remplaça le bas, les articles de presse le mentionnant se font plus rares. Ce n’est pas qu’ils aient occupé la une avant, loin de là. On en faisait mention dans les publicités et les articles plus spécialement destinés aux lectrices. La presse quotidienne était plutôt orientée mâle, on mentionnait plus volontiers le dernier salon de l’automobile ou le fusil à trois coups pour les chasseurs. Ce n’était pas, à mon avis, la meilleure des idées. La femme, plus souvent reléguée au rôle de ménagère jusqu’à la fin des années 60, avait sans doute plus de temps de parcourir le journal son ménage une fois fini. Pendant que  la marmite à vapeur émettait son doux sifflement, promesses d’un dîner succulent, je la vois assez lire le journal. Ma mère le faisait et elle n’était pas la seule. Potentiellement la femme est plus compliquée, ouh. là n’allez pas y voir un Boss machiste et fier des poils de barbe qui poussent sur sa figure, celles qui me connaissent le savent bien. Mais non, mais non, quand je dis cela, je pense aux accessoires qui font partie de la panoplie du nécessaire féminin pour une femme qui accorde un tant soit peu d’attention à sa personne. Prenons comme exemple une femme en 1960. A part sa garde-robe standard, ce qui est usuel pour ne pas causer une émeute dans les rues, il y a des accessoires qui ne font pas partie de celle de l’homme. Je pense à la lingerie tout d’abord, un soutien-gorge, un porte-jarretelles, une gaine, une culotte, une combinaison, un jupon, assez courants à cette époque, et des bas. En comparaison pour l’homme, un slip et des chaussettes sont suffisants. Rien que le bas est un objet qui demande un renouvellement assez fréquent, il file, il se déchire, et puis admettons aussi que la qualité n’était pas toujours au top. Les autres accessoires ne sont pas non plus inusables. Je pense qu’un porte-jarretelles employé quotidiennement comme c’était le cas, devait marquer des signes de faiblesse au bout de 3 ou 4 mois. A côté de cela, il y a les produits de beauté, maquillage, soin de la peau, hygiène. Comme on le voit, et j’oublie volontairement ce qui peut servir à l’entretien du ménage, la femme est involontairement plus dépensière que son pendant masculin. Elle doit faire face à des achats qui font d’elle la ménagère et la belle qui essaie de plaire à son mari. Je me suis toujours étonné du manque de place qui lui est accordé dans les journaux, sans oublier le côté éditorial, l’affaire est surtout entre les mains masculines. On les tolère juste pour une rubrique mode, un recette de cuisine, très rarement elle commente les faits politiques. Si quelques hebdomadaires ou mensuels lui sont plus particulièrement dédiés, là encore le haut de la hiérarchie est rarement occupé par une femme.  Les chose ont changé depuis, sans que l’on arrive vraiment à une pleine reconnaissance de la vision féminine de la société, qui n’est pas forcément pire que la masculine, bien que certains aient encore de la peine à l’admettre. La vision réductrice de la femme dépensière a encore des beaux jours devant elle. J’ai profité de glisser un mot petit intermède sociologie dans cet article, tant il est visible quand on consulte les vieux journaux.

Nous disions donc que le mot bas avait peu à peu disparu de la presse pour des raisons de changement d’habitudes. Pourtant, et cela m’a fait bien marrer, j’ai trouvé sa mention assez fréquente dans des articles relatifs à des faits divers, hold-up, braquages, attaques à main armée et autres filouteries. Le bas est devenu un accessoire qui n’a plus rien de glamour, mais sert à cacher le visage. A partir de là, la situation peut prendre une tournure humoristique. On imagine les fabricants de bas espérant une hausse des attaques à visage masqué pour vendre la marchandise. Ou encore le flingue vendu avec cartouches et bas, le kit du parfait malfrat. Le perfectionniste qui met un bas sur son visage avec un porte-jarretelles autour du cou pour qu’il tienne en place. Les jumeaux qui adoptent le collant. Il faut quand même se méfier, dans notre société qui veut tout réglementer, l’interdiction de la fabrication des bas, accessoire prisé par les délinquants. Alors je lance un appel aux intéressés, changez vos habitudes, vous ne voudriez quand même que l’on interdise une si belle chose.

Bon assez ri, soyons sérieux. Un point qui n’a pas échappé à la presse, c’est le cinquantenaire de l’invention du nylon, en 1988. Bien qu’un commentateur se plante et parle de 40 ans. Quelques articles commémoratifs retracent son avènement, tout en vous rappelant que vous pouvez cliquer sur les images pour une meilleure lecture.

29  050413-1

29  050413-2

29  050413-3

Les plus anciens se rappellent sans doute un fait divers qui avait secoué l’Autriche en 1977. L’enlèvement d’un industriel, âgé de 74 ans, libéré contre rançon quatre jours plus tard. Cet industriel, Walter  Michael Palmers,  était une sorte de roi du bas nylon. Sa descendance existe toujours sous le nom de Palmers et est encore aujourd’hui un grand groupe qui domine les marchés de l’Est et l’Allemagne. Ici ils sont assez peu connus, toutefois ce sont eux qui ont racheté Lejaby en 2008, avec toutes les péripéties que l’on connaît ensuite.29  050413-4

J’en profite pour signaler concernant le même histoire, comment les erreurs peuvent parfois entacher la vérité historique. Lors du rachat de Lejaby, il en est fait mention dans la presse française, le Figaro, qui parle aussi à titre de rappel de l’enlèvement. Je cite:

Outre ses enseignes omniprésentes et sans guère de concurrence dans les villes autrichiennes et allemandes, la firme Palmers doit également sa notoriété à un fait divers survenu en 1977 : l’enlèvement de son PDG, Walter Michael Palmers, par un groupuscule proche de la Fraction armée rouge. La victime fut libérée après cent jours de détention, contre la somme astronomique de 31 millions de schillings (environ 2 millions d’euros), et ses ravisseurs arrêtés peu après. Un film documentaire* consacré à cette histoire est sorti en 2007 en Autriche.

Comme vous le remarquez, la durée de l’enlèvement de 4 jours passe à 100 jours, quant à la somme de la rançon, à ma connaissance, elle n’a jamais été précisément connue. Le premier article est seul proche de la vérité.

En 1974, il est sûr que le bas nylon n’était plus très coté en bourse. Témoin cette annonce commerciale concernant une liquidation. N’est-ce pas mesdames que vous rêvez d’acheter vos bas aujourd’hui pour ce prix là?

29  050413-5

1966 – Il n’y a pas que des clopes ou des bonbons dans les distributeurs automatiques, il y a aussi des bas. Voici ce qu’en dit la presse de l’époque.

29  050413-6

1965 – Les enquêtes consommateurs existent déjà, mais plutôt que de comparer les méfaits de l’huile de palme avec les bienfaits de l’huile d’olive, on passe les bas à la loupe. Dommage qu’ils n’aillent pas jusqu’à mentionner le nom des marques. Cela doit être un secret militaire en Suisse, pays d’origine de l’enquête.

29  050413-7

29  050413-10

Abandonnons les journaux pour ouvrir les pages d’un livre et en extraire une citation:

« La ligne du slip et celle du porte-jarretelles ressortaient nettement. Quant à sa poitrine. à sa magnifique poitrine, rien en la tenait »

Elle pourrait être issue d’un San-Antonio. Mais non il s’agit d’un de nos meilleurs écrivains, dépositaire du mot « rififi, tantôt gouailleur, tantôt profond, il est aussi l’un des grands « fournisseurs » pour le cinéma où le parler populaire est à l’honneur. Il s’agit bien sur de Auguste le Breton, et de son excellent roman « Les Tricards », paru en 1958. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est un tricard, eh bien il s’agit d’un condamné qui a une interdiction de séjour dans certains départements, la Seine notamment. Ils étaient obligés de survivre dans des endroits où les combines sont moins faciles. L’histoire se passe dans une entreprise qui occupe justement ces rejetés, en les payant au lance-pierre, avec toutes les aléas qu’une cohabitation de ce genre peut amener. Mais je me mets dans la peau de l’auteur, car il a bien dû imaginer la scène. C’est juste glissé comme ça dans l’histoire, qui n’a que de brèves allusions à la sexualité.

29  050413-11

29  050413-9

A bientôt pour de nouvelles exploration d’archives

8 réflexions sur “Nylon paparazzi (19)

  1. Alors vous, vous auriez dû faire gangster comme métier, on n’aurait pas pleuré !

    Plus sérieusement, s’il est vrai qu’aujourd’hui les femmes dirigent quasi-exclusivement les magazines pour femmes, il me semble qu’une certaine mixité dans ces directions serait propice à la santé publique : ces messieurs seraient certainement moins enclins que les dames prisonnières de carcans standardisés à nous montrer de vraies nanas, celles que la plupart d’entre eux aiment, avec leurs petits volumes auxquels ils adorent s’accrocher et leur fins capitons qu’ils ne remarquent même pas. J’veux dire, à la place de ces pauvres petites faméliques… J’ai d’ailleurs bien rigolé hier en lisant dans un roman très mauvais mais non dénué de bon sens : « Elle ressemblait à un mannequin, mais en plus joli et en bonne santé » 😀

    « La voie était libre pour les collants du futur » : la formulation laisse bien concevoir le collant comme un malfrat attendant son heure au coin d’un bois, non ?

    Et je constate qu’en 1965, l’un des critères de celles qui testaient les bas était « la souplesse de l’encolure » ; critère qui semble aujourd’hui avoir été oublié de la majorité des fabricants, leurs revers étant souvent bien trop raides pour une cuisse honorable et provoquant étranglements ou passages par-dessus bord de morceaux de barbaque disgracieux… Enfin, tout espoir n’est pas perdu, mon petit doigt me dit qu’un fabricant (le meilleur) travaille en ce moment-même à corriger cette aberration ; grâce (graisse ?) lui soit rendue et vivement l’hiver prochain ! (du moins, quand celui-ci sera enfin fini).

    Allez, bisous Boss, belle semaine tronquée à vous

    • Merci Cassiopée,

      Je pense que votre analyse rejoint mon point de vue. Faire l’amour avec un squelette, les cliquetis me dérangent. Je sais pour l’avoir vécu que nous attachions moins d’importance aux tailles minces. Depuis que l’on bouffe mal et que la cellulite en découle, la femme mince est devenue une jauge étalon. Une femme ronde peut être bien proportionnée. Je connais une personne, très petite, qui pèse dans les 42 ou 43 kilos et qui pourtant ne donne pas l’impression d’être maigre, sa silhouette est parfaite.
      Le problème de l’encolure était résolu autrefois par la diminution du bas. Maintenant, ils souffrent du syndrome « tuyau de fourneau », comme si la jambe était parfaitement proportionnée. C’est compensé partiellement par l’élasticité du bas, chose qui aurait été impossible avec l’ancien nylon.
      Mais bon comme vous dites, certains y travaillent.
      Bisous Cassiopée et bon vent pour la semaine.

  2. Ces excursions dans le temps , pour lesquelles vous vous faites guide, Monsieur Le Boss, sont toujours un ravissement. C’est un plaisir de lire vos articles car on apprend plein de choses ( ma science du bas nylon n’est pas très étendue, à la différence de certains 😉 ) et le plus souvent avec le sourire, d’autant plus que vos commentaires sont savoureux.
    Merci à vous!
    Je rejoins la remarque et le commentaire de notre chère Cassiopée sur la souplesse du revers. Je n’ai encore jamais porté de bas vintage, et je me dis que si cela arrive un jour, je pourrai aussi avoir cet élément de comparaison.
    Bonne semaine à vous, Monsieur Le Boss!

    • Merci Pamina,

      Quand j’écris, j’aime bien dialoguer avec mes lecteurs quand c’est possible. Je crois que dans la conversation, je suis un peu pareil. Les longs monologues ne m’intéressent pas, et puis quand on parle toujours on apprend rien, c’est à l’écoute que l’on s’instruit. J’aime bien les bavards, car tout ce qu’ils me disent peut me servir plus tard contre eux.
      Ne vous en faites pas, tout ce que je sais sur les bas, je l’ai appris, vous pouvez en faire de même et bientôt vous me donnerez de leçons. Vous avez même un sacré avantage sur moi, celui de savoir comment ils se comportent quand vous en mettez, moi je ne fais pas le test consommateur. Mais je dirais quand même qu’en observant on peut apprendre pas mal de choses, j’en suis un exemple.
      Bien à vous et bonne semaine.

  3. Ah…ah…!
    Notre Boss a dû passer son WE dans sa cave et son grenier pour feuilleter ses collections de vieilles revues de mode et nous dénicher toutes ces infos sur les bas de madame dans les années magiques.
    Ah oui alors!
    iIls en prenaient de la place les bas de ces années là.
    Pas beaucoup dans les tiroirs car ils pendaient au fil à linge plus souvent qu’ils n’étaient soigneusement rangés dans une commode.
    Ils prenaient beaucoup de place dans la discution de nos mères et des dames qui l’entouraient.
    « – Tu as vu mes nouveaux bas? »
    -Oui, ils sont très beaux!
    -Et en plus ils sont sans couture…etc…etc…
    Ces bas prenaient beaucoup de place aussi chez les jeunes ados.
    Les chanteuses comme Sheila, les actrices comme Michèle Morgan n’hésitaient pas à montrer le bout de leur nez et parfois l’arrondi d’un genou sur une pochette de bas, pour promouvoir auprès des jeunes le dernier né, à la mode.
    Moi, ces bas, je les conserve maintenant dans notre collection car en deux grosses décennies et un enlèvement de producteur de bas plus tard, le collant dévastateur est passé par là tel un Attila des temps moderne.
    Alors le bas prend une nouvelle place en jouant des coudes, dans quelques scènes de films culte…
    quelques écrivaines osent en parler librement car ,elles, elles n’ont jamais oublié les bas ( je pense particulièrement à Régine Desforges),
    Puis le bas, le vrai, Le FF comme disent les spécialistes, prend également sa place dans le « porno » chic » de Burde Trambarre et son film  » les bas de soie noire… »
    Enfin Chantal Thomas et quelques autres osent re mettre en vitrine du coté de la rue Madame (ça ne s’invente pas…) malgré quelques insultes de 68 tardes attardées des porte jarretelles de soie et autres guêpières pour de nouveau nous faire rêver…nous les hommes qui venons d’effectuer la longue traversée du désert…du bas.
    Alors ce bas que nous aimons tant prend définitivement une autre place encore.
    Une place perpétuelle dans nos coeur d’ancien ados perturbé à l’époque par la vue accidentelle d’une jarretelle et anéantis quelques temps plus tard par la vague des mini-jupe qui entrainent les bas dans les basses oubliettes du musée de la mode.
    Grâce aujourd’hui à une poignées de spécialistes, une autre de passionnés et surtout à toute les femmes libres de porter ces délicates créations que des machines d’un autre temps continuent de tisser,…grâce donc à cette nouvelle vague enthousiaste le bas prend une place normale et méritée dans nos vies.
    Monsieur le bas, bienvenu dans le XXI ème siècle!
    Élevons une statue à Joseph Marie Jacquard (inventeur du métier à tisser semi auto..) Une autre à tous ces mécano/ingénieurs, pour avoir moderniser toutes ces fabuleuses mécaniques ( Cotton, Reading etc…) qui tissent sans relâche notre bonheur.
    N’oublions pas une dernière statue à Féréol Dedieu ( petit créateur parisien) qui est le vrai inventeur du porte jarretelles. ( sans qui, le bas continuerait de tirebouchonner…sur les jambes de nos Belles…)
    Gloire à lui pour n’avoir jamais renoncé à son invention qu’il a eu beaucoup de mal à imposer à l’époque.
    Finalement, le bas,… le bas de nos amours, si doux, si fluide entre nos doigts, si fragile contre la ronce, si brillant au soleil, si beau sur les jambes des femmes…Il en prend de la place, non?
    Daniel

    • Merci Daniel,

      Passer son we à farfouiller dans les archives journalistique me convient très bien et je ne m’arrête pas au nylon.
      A propos de Sheila, j’avais une magnifique photo d’elle où l’on voyait la bosse de ses jarretelles sous son pantalon. Je l’ai malheureusement égarée, mais j’aimerais bien remettre la main dessus. Qui sait peut être un visiteur la possède, je lance un appel.
      Pour le reste je suis entièrement d’accord avec vous.

      Amitiés

  4. Un bel article, qui fidèle à vos habitudes, allie humour et humeurs, souvenirs et petites rééfrences à ces époques passées.

    Vous êtes un conteur qui nous laisse toujours un fil conducteur dans vos voyages, … probablement un fil de nylon.

    FELICITATIONS

    • Merci Gentleman,
      J’espère encore vous satisfaire dans le futur, en fin connaisseur que vous êtes. Rassurez-vous, j’ai encore beaucoup d’archives à explorer
      seul le hasard rendra ma récolte abondante ou misérable.

      Amitiés

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s