Léo coeur de nylon (6)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit, Léo le sent, tandis qu’il descend à la cave chercher une bouteille de champagne offerte par un client. Entre deux coupes de champagne, il repart dans ses rêves

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– Il paraît que l’on rêve en noir et blanc, je sais pas j’ai entendu ça, mais moi avec du champagne je rêve en gris. C’est une couleur plus légère que le noir, c’est le rêve d’un soir où le gris est venu bercer un moment de ma vie.

– Tu es bien mystérieux avec tes noirs et tes gris, on dirait que tu ne connais pas l’arc-en-ciel…

Léa pouvait certainement briller comme un arc-en-ciel dans la vie de Léo, un arc-en-ciel qui avait illuminé la nuit, la nuit où il savait rencontrée. Il avait patienté une journée avant de l’avoir en face de lui, seul à seul.

Léa jouait de ses charmes, elle n’avait aucun besoin de forcer son interprétation comme le font parfois les artistes de théâtre. Son coin de robe relevée, l’amorce de la lisière de son bas, le soupçon d’une jarretelle, mettait Léo en spectateur devant la plus grande scène, de la plus grande pièce de théâtre, mise en scène spécialement pour lui par un artiste de génie.   

D’un  geste accompagné d’un sourire moqueur, elle laissa tomber sa robe qui masqua le spectacle comme le rideau qui s’abat à la fin de la pièce.

Léo aurait bien bissé la scène, mais il savait bien que Léa jouait aussi le  rôle qui lui était dévolu, celui de l’allumeuse qui doit faire jaillir le feu du spectateur. Et il se doutait bien que l’acte final ne se jouerait pas encore maintenant, ce n’était même pas l’entracte.

– Tu vieux bien ouvrir la bouteille de champagne ?

C’était, il l’imagina, le moyen que la diablesse avait trouvé pour le faire languir encore plus. Toutefois, il estima que la trouvaille n’était pas si désagréable, il n’aurait su citer une boisson qui s’accordait mieux avec ce qu’il vivait.

– Je vois que tu as pensé à tout !

– Mais bien sûr, tu n’imaginais pas que je buvais de l’eau minérale ?

– En étant la secrétaire d’un ministre, j’imagine que tu ne dois pas en boire beaucoup?

– Tu as raison, même qu’il lui arrive de le servir d’une étrange manière.

– Ah bon ?

– Tu sais on raconte beaucoup de choses sur mon ministre, que je suis sa maîtresse par exemple.

– J’en ai entendu parler, mais c’est bien récent. Quand le directeur de la salle de concert m’a parlé de sa venue, il m’en a touché un mot.

– Et que t’a-t-il dit ?

– Que lui et sa femme, c’était pour la galerie et surtout un mariage de raison, financièrement parlant. Toi, tu t’occupais de la partie récréative, si je puis dire.

– Je vais te confier un secret d’état, je sais que tu sauras le garder, bien que ce soit un peu celui de polichinelle pour ses collaborateurs. Tout le monde est certain que je suis sa maîtresse en plus d’être sa secrétaire. Je dois t’avouer qu’il ne m’a jamais baisée, mais je suis sa partenaire pour ses petits jeux.

– Ses petits jeux ?

– Figure-toi que ce cher ministre aime bien se travestir, oui il s’habille en femme, avec bas et des porte-jarretelles et mignonnes petites culottes.

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Léo était soufflé. Ainsi un grand monsieur qui donnait des ordres à gauche et à droite jouait au travesti. Léo était lancé, il voulait connaître la suite.

– Il ne fait pas ça dans son bureau quand même ?

– Non, non, il possède une jolie maison dans la banlieue où il n’y a jamais personne. C’est là que nous allons, il y a toujours du travail à faire le soir. Il a bien évidemment besoin sa secrétaire, il ne sait pas taper à la machine.

– Et à quels jeux jouez-vous ?

– Il a ses petites manies. Il commence toujours par s’habiller, j’ai toujours une panoplie dans mon sac qui lui est spécialement destinée. Tu sais, il adore la lingerie de fabrication familiale, c’est à dire celle que ma famille fabrique en Italie. J’en reçois des tonnes, ainsi je suis en quelque sorte sa secrétaire et aussi son habilleuse. Ma place de travail est assez bien rétribuée, mais je me fais un bel argent de poche entre les séances où il joue à elle et la fourniture des accessoires, il est très généreux.

Léo buvait du petit lait, entrecoupé de champagne. Mais il avait surtout soif de connaître la suite.

– Le jeu commence invariablement de la même manière. Je dois faire semblant de le surprendre en travesti. Tu verrais l’homme qui donne des ordres et des remarques parfois cinglantes à ses adversaires, se transformer en petit garçon pris sur le fait en train de voler des bonbons. Je joue alors la dame offusquée de le voir porter des sous-vêtements qui me sont destinés. Je décide qu’il mérite une punition que je lui administre sur le champ. Selon ses envies du jour, je saisis l’objet qu’il a posé sur son bureau, il y a de quoi administrer des fessées pour tous les goûts. Et en avant la musique!

– Il aime les fessées, c’est toujours ainsi ?

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– Le début, oui. Il y a aussi un truc qu’il aime en guise de suite, je dois mouiller mes bas avec du champagne et lui son fin plaisir, c’est de les lécher. Il n’en loupe pas une goutte. Arrivé à ce stade, monsieur le ministre a joui, sans que je lui fournisse une aide quelconque. Le seul problème pour moi, c’est que j’ai les bas qui puent le champagne, je dois en changer. Il en profite pour les mettre dans sa collection.

– Alors Léo, encore perdu dans tes rêveries, mon champagne fait toujours son effet ?

– Ah ça, une bouteille de champagne en amène une autre, mais la seconde était dans mon esprit et elle se buvait d’une étrange manière.

– Tu vas nous dire qu’après un ministre, tu as rencontré une fée au coin du bois?

– C’est possible, oui. Ah tiens, Marly qui s’en va avec sa conquête.

– Salut Marly, à la prochaine et merci !

Léo regarda Marly et sa compagne filer vers la sortie. Il ne put s’empêcher de regarder encore une fois les talons de la fille d’un œil connaisseur mais dubitatif. Ce petit cœur en or le ramenait vers d’autres souvenirs. Il les chassa.

– Bon dis donc, il va bientôt être l’heure de fermer, je voudrais pas vous foutre à la porte, mais je suis vanné et aussi un peu pompette. Allez, on finit la bouteille, d’ailleurs elle est bientôt morte. Un de ces soirs, on boira la suite sur mon compte, c’est promis.

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A suivre

Calendrier août 2013

août2013

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4 ans au service du nylon et de la musique

22 072313-1pgIl y a 4 ans, je connaissais un con qui ne savait pas quoi faire pendant des vacances. Oh je sais toujours quoi faire pendant mes vacances, même tirer une grande flemme est une activité très prenante. En fait, je cherchais quelque chose pour meubler entre deux siestes. C’est alors que, aussi soudain que la foudre qui tombe sur l’arbre sous lequel vous êtes mis à l’abri de la pluie, j’ai décidé de mettre en ligne quelques idées sur le bas nylon. Le terrain, a vrai dire, était déjà pas mal exploré. D’un autre côté, la musique, ma chère et bonne vieille musique, me faisait la gueule, elle aussi voulait vivre son aventure. Elle m’avait déjà permis de vivre une belle aventure comme un genre de journaliste musical à loisirs perdus. C’est toujours assez gratifiant de voir sa signature dans un magazine professionnel. Tout en étant conscient que la Toile prenait de plus en plus d’importance, j’ai eu envie de mettre les deux en parallèle sur un blog, du nylon et de la musique rétro. Ma passion pour les eux remonte à mon enfance, époque bénie où les dames portaient des bas et où la musique faisait hurler de joie les adolescents, les parents hurlaient aussi mais pour des raisons diamétralement opposées. 

Me voici donc parti à l’aventure, timidement. Si des blogueurs  se grattent la tête pour savoir ce qu’ils vont mettre dans leur blog, ce n’était pas trop mon cas. La matière première était là, des tas de souvenirs liés au nylon et plein de biographies d’artistes que j’ai adorés. Je soulignais à mes débuts que j’étais curieux et que cette curiosité n’était pas toujours un vilain défaut. Pour moi, cette curiosité s’arrête au domaine de ce qui est visible à tout un chacun et sans indiscrétion. Fort de cela, il me fallait trouver un style pour mettre en forme le résumé de tout ce fatras. Je voulais avant tout le faire avec une certaine élégance, je n’aime pas trop la vulgarité. On peut même dire m… avec élégance. A l’évidence, il s’agit d’un regard masculin qui s’attarde sur la femme, sans déduire que si elle nous fait le plaisir de porter des bas, ce n’est pas forcément une invitation à quoi que ce soit. Cela peut être simplement sa façon à elle d’exprimer son élégance ou un désir de plaire à une personne en particulier, sans que nous nous sentions concernés. En ce qui concerne mon blog, je crois que le message a bien été reçu, je n’ai pas eu à sévir auprès de mes visiteurs en mettant des commentaires à la poubelle. Cela a du m’arriver deux ou trois fois en quatre ans. Beaucoup plus plaisant, il m’est arrivé de faire des rencontres réelles avec les visiteuses du blog et même leurs maris. Si nous avons partagé une certaine complicité, elles pourront toutes témoigner que le Boss est un gentleman et aucun mari ne m’a cassé la gueule, ni même manifesté une quelconque acrimonie.

Je fête avec vous ce parcours qui me réjouit, ces 300 articles étiquetés nylon sous toutes ses formes, y compris ceux plus marginaux qui peuvent aussi entrer dans cette catégorie. Je peux me demander où j’ai été chercher tout cela, dans mon imagination certainement, dans mon vécu aussi, mais avouez que le sujet n’est pas si vaste que cela. C’est quand même un peu plus limité que de parler de tous les artistes qui ont enregistré un disque. Mais dans le nylon ou la musique, je n’ai pas l’impression de n’avoir plus rien à dire. Alors on continue

En route pour les cinq ans et merci à tous

Léo coeur de nylon (5)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit, Léo le sent, tandis qu’il descend à la cave chercher une bouteille de champagne offerte par un client.

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La bouteille fut ouverte sous le regard attentif du client qui l’offrait et versé dans des flûtes selon la meilleure tradition. Elles faisaient en quelque sorte partie de la collection de Léo, un reste ayant survécu au passage des heures de gloire à celui d’un certain anonymat. Il en avait un souvenir précis, elles lui avaient été offertes par le directeur d’une salle de concert, alors qu’il fêtait son anniversaire. Il avait peu conservé de témoignages matériels de sa carrière. Dans le tourbillon du succès, il avait presque méprisé tous les biens qu’il s’était procurés, pensant que le lendemain lui en apporterait de nouveaux encore plus merveilleux. Il n’avait même plus un des quelques disques où sa photo s’étalait sur la pochette. De temps en temps, il en apercevait un dans les marchés aux puces pour quelques sous. Une fois, il en avait même trouvé un qui portait une dédicace et sa signature. Cela l’avait interloqué un instant sur la futilité de la vie. Il imagina le moment de joie que cela avait pu donner à l’admiratrice qui l’avait fait signer. Elle avait sans doute patienté un bon moment avant d’être en face de lui, pour un bref instant ponctué de quelques sourires de part et d’autre. Elle s’en était débarrassé pour une raison inconnue de lui, comme le public s’était débarrassé de lui. Son nom n’évoquait plus grand-chose aujourd’hui. Sa musique et son style étaient ringards, même sa maison de disques n’avait pas jugé bon de maintenir son nom dans son catalogue actuel. Son talent était estimé à quelques sous, prix que la clientèle ne semblait même plus avoir envie de débourser.

– A la tienne Léo !

– A la tienne et merci de te rappeler que j’aimais le champagne, beaucoup de gens semblent l’avoir oublié, beaucoup de gens ont oublié beaucoup de choses sur moi. Ce soir je fête mes souvenirs !

Le belle Léa revint hanter ses pensées. Il était retourné le fameux soir où il l’a rencontra, elle et son employeur de ministre. Il se souvint du subterfuge qu’elle avait employé pour le revoir. Le ministre ayant manifesté son intention de partir, elle devait bien entendu repartir comme elle était venue, en sa compagnie. Tout ministre qu’il fut, il n’en était pas moins homme et il tenait à Léa autant qu’à son poste ministériel. Elle était sa chose, bien que l’inverse fut plus exact. Mais ce soir-là, elle avait envie d’autres choses, d’un homme qui se comporterait comme tel, un vrai mâle qu’elle savait tout acquis à sa cause.

Au moment du départ, elle s’absenta un moment. Quand elle revint, elle se dirigea vers Léo pour le saluer. Elle lui glissa discrètement un papier dans la main. Léo ne manifesta aucune surprise et le mit discrètement dans sa poche. S’il n’avait été un peu comédien sur les bords, il aurait manifesté un gros soupir de soulagement. Il attendait un signal et ce signal était venu. Maintenant, il n’avait qu’une envie, celle de voir le ministre tourner les talons pour lire ce qui était écrit sur le papier.

Le ministre s’en alla en remerciant Léo pour son accueil et bien sûr il lui glissa que s’il avait besoin de quoi que ce soit, il était à son service. Un ministre cela peut toujours servir, c’est bien ce que se dit Léo et il ajouta pour lui, surtout quand on a une secrétaire pareille.

A peine les invités partis, Léo sortit le billet de Léa. Il y avait un numéro de téléphone et une heure pour appeler le lendemain. Il le fit et la belle lui donnait rendez-vous chez elle, le même soir à son adresse personnelle. Léo était aux anges, tout semblait lui être favorable. Son prochain concert aurait lieu trois jours plus tard, il n’avait pas d’autres engagements d’ici là.

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Le quartier était cossu, il en avait d’ailleurs la réputation. La maison où il devait retrouver Léa n’était pas la plus misérable. Elle devait bien avoir son siècle d’existence au vu de son style, ses trois étages semblables, mais elle semblait avoir été construite l’année passée. Léo entra et n’eut même pas besoin de chercher, Léa l’attendait devant une porte ouverte qui devait être celle de son appartement.

– Je te guettais, furent ses paroles de bienvenue.

Un fois la porte close, elle se précipita dans ses bras et l’embrassa goulûment. Léo la sera contre lui, mais il ne put s’empêcher d’avoir la main baladeuse, comme lors de ses poses photographiques avec ses admiratrices. Il n’eut pas à chercher longtemps, ses doigts rencontrèrent le relief des jarretelles, ce qui le rassura. Maintenant il pouvait attendre la suite avec sérénité. D’habitude, il ne s’intéressait pas trop au passé de ses conquêtes. Mais cette fois, les rôles étaient un peu inversés, il n’invitait pas, il était l’invité. Il avait un brin de curiosité, qui valait bien un moment de sagesse avant la tempête de sentiments qui allait bientôt parachever la  rencontre.

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– C’est joli chez toi.

– C’est un héritage de mes parents. Quand je dis un héritage, j’anticipe un peu, car ils sont toujours en vie, mais ils ont préféré le soleil de sud à la grisaille de Paris.

Mais, dis-moi, ils ne sont pas employés chez Renault, ou je me trompe ?

– Non, non, mon père possède avec son frère une fabrique de lingerie en Italie. Ils habillent la moitié des femmes de la péninsule. C’est son frère qui gère l’usine, mais c’est mon père qui a mis au point une technique révolutionnaire pour la fabrication des bas. En quelque sorte, il touche des royalties sur chaque paire produite. Bien que nous soyons issus d’une famille bien française, les opportunités furent meilleures en Italie. C’est là que furent trouvés les capitaux pour construire l’usine, juste après la guerre. Mon père préfère surveiller de loin et rester en France. L’usine est d’ailleurs à un jet de pierre de la frontière italienne. C’est aussi pour cela qu’il est retourné dans le sud.

– Je suppose que les bas que tu portes, tu les as pas achetés chez Dior ?

Léa leva un coin de sa robe et se retourna. Léo put admirer la couture fine qui barrait la jambe d’un trait sombre sur un ton gris-fumé.

– Ils sont jolies n’est-ce pas ? Eh bien, c’est de fabrication italienne, je les reçois directement de là-bas…

– Léo tu verses la suite ? Encore à rêver ?

– Tu sais, je faisais un rêve en gris fumé !

– Drôle de couleur pour un rêve, non ?

– Tu sais ton champagne me fait rêver, faut pas m’en vouloir.

– Oh s’il te fait rêver, je ne regrette pas de te l’avoir offert. D’habitude, le rêve artificiel se paye bien plus cher.

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Le Boss dans les eighties, un aperçu

Même si je semble m’arrêter souvent dans les années 50 ou 60, pour moi c’est ce qui symbolise le mieux mon rétro, je n’ai jamais cessé de chercher et fouiller dans les nouveautés discographiques. Les années 80 furent pour moi une intense période de découvertes intéressantes. Il y a bien sûr eu Joy Division, Cure, Smiths, Talking Heads, Simple Minds, mais ça c’est plutôt connu, je n’y reviens pas. Je suis allé plutôt chez les disquaires branchés en donnant la préférence aux labels indépendants, souvent le source de ce qu’on écoutera plus tard, quand les flemmardes grandes majors auront signés les artistes pour les détruire artistiquement le plus souvent. Voici quelques unes de ces trouvailles, n’hésitez-pas à les découvrir, vous ne risquez rien. Quand on écoute de la musique top 50 on est peut être dans le coup, mais en écoutant d’autres choses, on risque de devenir un peu plus cultivé. Pas besoin de trucs qui font le buzz pour être heureux.

Les Chameleons sont par excellence le groupe qui a bien marché dans les circuits indépendants. Certaines radios périphériques les diffusaient avec un certain plaisir, assez pour que l’on s’en rappelle encore.

Je dois l’avouer le meilleur concert de ma vie fut celui des Wipers dans les années 90. Le guitariste, Greg Sage, m’a absolument envoûté, ce fut un moment de pure magie. Mais je connaissais le groupe depuis une dizaines d’années et j’appréciais la démarche post punk du groupe. Tout en restant assez marginal, le groupe devient une influence avouée de plusieurs artistes dont Nirvana, qui reprend plusieurs titres.  Je vous mets un clip qui n’est pas d’une qualité exceptionnelle, mais qui permet de voir le groupe en action. Cela vous donnera une petite idée du bonhomme et je me suis toujours demandé si c’était pas un Alien!

Et pour les mordus la version studio, d’une qualité sonore bien meilleure

http://www.youtube.com/watch?v=6gasM7rvBsE

La Boîte De Grenouilles est un groupe de studio formé par trois anciens Yardbirds, Jim Mc Carty, Chris Dreja, Paul Samwell-Smith, agrémenté de quelques guitaristes et chanteurs de passage comme Jeff Beck, Rory Gallagher, Jimmy Page, John Fiddler, Ian Dury, Graham Parker, Roger Chapman, du beau monde quoi. Il enregistrèrent deux albums, essentiellement des titres originaux, au milieu des années 80. On pourrait qualifier cela de rock FM.  Un clip promotionnel fut tourné avec le titre qui connut une assez bonne réussite aux USA. Le voici…

Jad Wio est un groupe bien français qui a exploité pas mal de styles avec un certain bonheur musical. De nombreuses références sexuelles comme le sado-maochisme parsèment leur discographie. Ce qui avait attiré mon attention à leur débuts, fut leur reprise du mythique « You’re Gonna Miss Me » des 13th Floor Elevators, dans une excellente version.

La cold wave ça vous dit quelque chose? Si oui ou non en voici un de plus beaux exemples par le groupe français,  les Bonaparte’s. Je suis absolument conquis par ces ambiances musicalement glauques.

Cassell Webb est une chanteuse à la longue carrière plutôt souterraine. Je l’avais découverte en 1987 grâce à un album « Llano » avec cette chanson plutôt planante, mais que j’ai écoutée bien des fois.

Les années 80 furent aussi un revival pour la musique psychédélique, Dukes Of Stratosphear fut un excellent groupe dans ce style. Tous les ingrédients y sont.

Le disque type que des musiciens de renom font juste pour s’amuser. Il doit bien s’en être vendu une douzaine d’exemplaires dont je suis l’heureux possesseur d’une copie. C’est du blues revisité de manière originale.

Un groupe essentiel pour le tournant de la musique dans les années 80 furent les Cramps. Puisant pour une bonne partie leur inspiration et leur discographie dans les obscurités du rockabilly des années 50, du garage punk des années 60, tout en y injectant une dose de punk des années 70. Je les ai découverts à une époque où je flashais sur toutes ces obscurités via les fabuleuses compilations Pebbles et autres. De là, écouter et aimer  les Cramps, il n’y avait qu’un pas vite franchi.

Léo coeur de nylon (4)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit, Léo le sent.

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Le ministre ne fut pas autrement interloqué par la question, au pire il l’admettait venant de sa part. La règle voulait qu’une secrétaire ne soit présentée seulement si elle avait  un rôle actif à jouer avec la présence du ministre. Ce n’était pas le cas présentement, elle était dans son rôle passif, celui d’une potiche joliment décorative. Mais la réputation de séducteur qui entourait Léo justifiait amplement le droit à une réponse.

– C’est ma secrétaire personnelle, Léa. Elle m’accompagne dans tous mes déplacements à titre officiel et quelquefois dans ceux à titre privé. Comme elle m’a avoué qu’elle était une de vos admiratrices, je n’ai pas hésité à lui offrir ce plaisir. Je ne pouvais lui cacher ma venue, elle sait en avance et bien mieux que moi, ce que je vais faire au cours des jours.

Léo la remercia et lui affirma qu’il était très heureux de la compter parmi ses admiratrices. Il ne put dissimuler un sourire que l’on pouvait  faire passer comme un signe de satisfaction. Mais dans sa petite cuisine cérébrale, la raison en était tout autre. Il remarqua que son prénom et le sien étaient très proches, Léo et Léa, qu’elle belle affiche cela pourrait faire. Il ne savait pas si elle était dotée d’une belle voix, et si cela pourrait faire un beau duo de scène, mais au lit il en avait imaginairement la certitude et physiquement le désir.

On servit le champagne, il y en avait toujours dans la loge de Léo. C’était une de ses rares exigences. Moins pour lui que pour les autres, il voulait tenir son rang et offrir aux éventuels visiteurs agrées, une boisson qui témoignait de l’honneur qu’il avait de les recevoir. Le ministre, accaparé par l’impresario de Léo, engagea quelques conversations aussi aimables que superficielles, il fut notamment question de l’excellence du champagne servi.

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Les yeux de la belle Léa lançaient des éclairs qui électrisaient les entrailles de Léo. Elle semblait être parfaitement consciente de ses effets, même qu’elle prenait plaisir à se faire encore plus désirer. En fine observatrice, elle avait remarqué que les yeux de Léo s’arrêtaient volontiers sur la bosse des jarretelles visibles de la femme du ministre. Bien qu’il le fasse avec une certaine discrétion, elle n’avait aucun doute sur la finalité de ses observations, il ne cherchait pas des taches sur la robe. Il n’y en avait d’ailleurs pas, il n’y en avait jamais. Jouant un petit jeu qu’elle improvisa, elle se mit à entamer la première partie. D’un geste innocent, elle saisit sa jarretelle arrière et la fit discrètement claquer, comme si elle lui avait causé un quelconque petit désagrément passager. Le léger bruit qui en résulta, n’échappa pas à l’oreille de Léo. Pour se donner une contenance, il but un peu de champagne sans quitter Léa des yeux, rassuré que le champagne ne soit pas entré en ébullition au contact de ses lèvres.  Amusée par le résultat, elle lui sourit d’un air entendu. Elle tenait sa coupe à la main et de l’autre semblait s’attarder sur l’endroit, où à travers sa robe ample, on pouvait supposer que la jarretelle avant tenait son bas. Ne pouvant détacher son regard de Léa, Léo nota du coin de l’œil la position de la main. Agitée de petits mouvements, comme un aveugle qui lit en braille, elle semblait vouloir inviter une autre main à venir se poser là. Le manège continua, mais Léa introduit une autre variante à son jeu. Son talon droit, posé sur la pointe, pivota à angle doit. Il laissait entrevoir la couture de son bas, qui traçait une ligne droite sombre en jaillissant de l’empiècement en dessin cubain. Sans s’attribuer le titre d’expert, Léo connaissait la différence des talons du bas, qui se faisaient une petite guerre entre le cubain et le français. Il s’en foutait un peu, n’étant pas général d’une armée qui s’affrontait dans une guerre en dentelles. Tout au plus, il regrettait que le bas sans coutures prenne le dessus sur son rival. Pour son éternité personnelle, le bas à coutures resterait l’étendard sous lequel l’élégance partirait au combat. Son lot de consolation, la couture restait de mise dans les soirées ou le spectacle était certainement dans la salle, mais aussi sur les jambes féminines en particulier.

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– Eh Léo, tu sembles bizarre ce soir, encore perdu dans tes rêveries ?

– Faut pas chercher à comprendre, j’étais avec un ministre !

– Ah tu fréquentes les ministres maintenant ?

– Pas maintenant, mais jadis j’en ai rencontré un.

– Et il buvait quoi, ton ministre?

– Du champagne, mais ce n’est pas pour les buveurs de gros rouge comme toi !

– Oh tu sais, si tu en as, j’ai les moyens pour en boire avec toi.

– Je te prends au mot, mais fais voir l’argent d’abord !

– Avec ça, ça ira ?

-Oui, ça ira, ça ira, et on va pas foutre les bourgeois à la lanterne !

Le champagne était à la cave, il y en avait quelques bouteilles réservées pour les grands soirs. C’était peut-être un grand soir, qui sait. Il avait retrouvé Léa et son ombre l’accompagna en descendant les escaliers. Ce n’était qu’une ombre, mais elle lui faisait un bien énorme. Il ne savait pas ce qu’elle était devenue, elle s’était envolée avec les derniers applaudissements de sa carrière. Il avait certes un peu bu, mais pas assez pour ne plus y voir clair. Sa lucidité ressemblait à un réverbère et ce réverbère commençait à éclairer d’étranges choses.

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Léo coeur de nylon (3)

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Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo.

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– Eh bien, si jamais tu vois dans tes rêves passer une tournée, profite pour l’attraper et nous la servir !

– Je vais m’occuper de cela de suite, même si je rêve vous ne crèverez pas de soif, pour moi ce sera la même chose, je reste dans l’anisette.

Le regard de Léo ne pouvait se détacher de Marly et de sa compagne. Ah, il y allait fort dans la main baladeuse discrète et la causette à voix feutrée. Que pouvaient-ils se raconter ? A voir les sourires, le petit nuage qui leur servait de coin de paradis n’annonçait par un orage par la voix d’Albert Simon. Ce qui étonnait le plus Léo, c’est la différence d’âge, un  père et sa fille. Elle pouvait avoir juste ses vingt ans et lui un double bien tassé. Il n’était pas en reste dans le domaine. Il avait connu ça jadis, le bal des minettes qui l’attendait à la sortie. Certes, il évitait de leur donner la préférence, les ennuis sont si vite arrivés. Mais c’était parfois bien difficile, les fines mouches avaient l’habitude de se vieillir et franchir la limite d’âge avec quelques années d’avance, sinon quelques mois. Ce n’étaient pas les dernières, celles du premier rang, quand elles étaient en pâmoison et qu’il tenait la salle de sa voix, à faire preuve de légèreté. Cela se manifestait par des jupes qui avaient une folle tendance à exposer les jambes qu’elles devaient en principe cacher. L’oeil de Léo n’en perdait pas une miette. Les lisières de bas s’affichaient, même un bout de jarretelle, de quoi faire monter son moral une octave plus haut. Déjà, il espérait une séance d’autographe à la fin du concert, quand il avait fait son choix. Selon les jours, il se décidait pour le blanc ou le noir, tel un de ces bons vieux films. Ou alors le rouge et le noir, comme dans un certain roman, mais cela n’avait rien à voir avec la roulette. Son graal, c’était le porte-jarretelles bleu clair, chose plutôt rare que les plus élégantes semblaient préférer. Avec une paire de bas fumés, il n’avait pas besoin de rechercher le paradis, il était déjà là, sous ses yeux. La belle Léa vint envahir ses rêves, résurgence d’un de ses plus fameux concerts.

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Ce soir-là, il y avait un ministre dans la salle, l’un des plus populaires de son époque. Madame était de la partie, Léa à sa suite. Le diable avait façonné sa beauté, comme seul il savait le faire, le piège parfait pour damner les âmes. On racontait, mais les gens sont si méchants, qu’elle était plus qu’une simple secrétaire. Sa présence était parfaitement justifiée, un homme important, c‘est tant de choses à se faire rappeler. Qui sait, des fois que les Soviétiques aient la mauvaise idée de déclarer la guerre à la Chine, qui appeler en priorité? La secrétaire savait tout cela, et même plus. Elle savait qu’elle couleur de bas préférait son patron. Pas ceux qu’elle portait, mais ceux qu’il enfilait pour lui faire l’amour, tandis qu’elle se transformait en maitresse sévère ayant attrapé un garnement qui avait fouillé dans les affaires de sa mère. La secrétaire devait savoir tout cela, sinon elle n’était pas digne d’occuper le poste. Dans sa panoplie d’employée modèle, il y avait toujours une paire de bas et un porte-jarretelles. Quoi de plus normal chez une dame prévoyante, sauf qu’elle ne les mettait jamais, ils étaient réservés.

Léo avait bien sûr signalé la présence du ministre au public, autant à son honneur qu’au sien. Pour un chanteur, le spectacle est dans la salle. Et le spectacle c’était Léa, rien que Léa, ses yeux lançaient des étincelles, des flèches de Cupidon. Pour une fois, il ne maîtrisait plus tout à fait son art vocal, il faillit oublier les paroles de ses chansons, même les mélodies semblaient s’effacer de sa mémoire. Il planait, bien avant que la coutume des concerts se conjugue avec la prise de substances qui transformaient le moi en surmoi.  Elle avait les jambes croisées, laissent deviner la lisière de ses bas qui semblaient une invitation à aller voir les doux secrets qui se cachaient encore à sa vue.

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Après le concert, alors qu’il récupérait dans sa loge, le ministre se fit annoncer. En d’autres temps, on aurait éconduit les visiteurs, mais un ministre, cela avait certaines prérogatives qui ressemblaient à des ordres sans en avoir l’air. Il entra dans la loge se dirigea droit sur Léo en lui serrant chaleureusement la main et en le remerciant pour le merveilleux moment qu’il avait passé. Un ministre, c’est aussi quelqu’un de bien éduqué, qui sait se comporter dans le monde. Il lui présenta sa femme, en soulignant qu’elle était une de ses fans les plus fidèles. Même s’il pouvait douter de la sincérité de cette affirmation, Léo la remercia comme si ce genre de mondanités devaient obligatoirement enrober d’un papier doré la vérité absolue. Il se fit charmeur pour ne pas être en reste, à part sa voix et ses chansons, il ne pouvait rien offrir de plus. Elle était d’un physique plutôt quelconque, sans confiner à la laideur. C’était assurément un bon parti, son père avait acquis une renommée qui étalait son nom en grandes lettres sur les affiches publicitaires.    Et comme elle était la seule héritière, la certitude de lendemains rieurs n’échappait au ministre, pas plus que la beauté de Léa pour en faire la complice de ses loisirs secrets. Sa femme n’ignorait sans doute rien ses petites fantaisies de son mari, elle aussi conjuguait les intérêts de son père et son rôle d’épouse ministérielle.On ouvrit la bouteille de champagne.

La seule chose qui intéressait vraiment Léo et dont il ne privait pas, c’était les bosses de jarretelles qui devenaient visibles quand madame avait la jupe tendue au bon endroit. Eh oui, pensa Léo, c’est de la jarretelle ministérielle. Seraient-elles plus charmantes, si soudain elles se révélaient à sa vue. Rien n’était moins sûr, en fin gastronome il soupçonnait qu’elles appartenaient à une de ces gaines qu’il n’avait pas particulièrement en affection. Il préférait de loin ces coquins porte-jarretelles, toujours prêts à laisser plus de champ libre quand ses mains partaient en exploration dans ces endroits laissés à l’imagination de ses désirs.

– Et qui est cette charmante dame?

Léo avait posé la question au ministre en la fixant droit dans les yeux, lui en voulant de ne pas lui avoir présenté Léa.

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