Léo, coeur de nylon (2)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion. Un soir une dame en bas coutures pénètre dans son établissement.

Lire la première partie de ce récit

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Les yeux de Léo ne lâchaient pas les jambes de la dame, plus qu’un regard reflétant l’avidité d’un rapace devant sa proie, il se faisait songeur. Certes, il y avait de quoi satisfaire ses désirs, ce n’était pas si souvent qu’une cliente de cette classe franchissait la porte du bistrot.  Non, c’était les talons aiguilles qui l’intriguaient. Il en avait bien tenu des dizaines dans ses mains, c’était la suite logique d’une caresse qui s’attardait sur les bas pour s’arrêter sur la chaussure en une sorte de cérémonial. Mais ceux qu’il avait sous les yeux avaient une particularité qu’il n’avait pas vue depuis des années. Sur le dessus vers la pointe, il y avait un cœur doré. Et cela lui faisait remonter des souvenirs cachés dans les méandres de sa mémoire. N’avait-il pas fait faire par un cordonnier orfèvre, une semblable paire pour une de ses conquêtes qui s’appelait Lucienne. C’était il y a bien vingt ans, le calendrier ne s’arrêtait pas sur une année bien précise, tout au plus il pouvait lier ses souvenirs à une certaine époque. Il se demanda d’abord quel hasard avait donné l’idée à un fabricant de plagier involontairement son idée. Mais il le savait, du moins il le soupçonnait, ce genre de chaussures n’avait plus tellement  d’adeptes, surtout avec une hauteur pareille. Les quelques paires qui se fabriquaient encore étaient confectionnées de manière que l’on aurait pu qualifier de plus traditionnelle. Il y avait là quelque chose qui l’intriguait et qu’il voulait éclaircir.

Pendant son petit voyage cérébral, il avait à peine remarqué que la dame s’était assise à côté de Marly et l’avait embrassé d’une manière qui ne laissait aucun doute sur l’intimité de leurs relations. Il en avait presque oublié son métier, qui était avant tout de servir à boire.

– Et pour madame, ce sera ?

– Un café !

Pendant qu’il était devant elle, il avait scruté discrètement les chaussures, chose d’autant plus facile que sa jambe gauche était croisée par-dessus la jambe droite et pointait vers l’allée. Il avait aussi remarqué une lisière de bas, mais en connaisseur, il n’avait aucun doute sur les dessous de la belle. Un certain trouble l’avait envahi, tant pour la présence des bas que celle du petit cœur.

Une fois le café servi, il revint derrière son comptoir et reprit son observation. C’était d’autant plus facile, que le couple n’avait d’yeux que pour l’autre. Ils parlaient à voix basse et aucun mot n’était perceptible pour lui. Le bruit de fond du bistrot se chargeait de les rendre inaudibles. Il observait la main de Marly qui se promenait sur la jupe. Cela amena un sourire sur la binette de Léo qui prenait à son compte les sensations que pouvait éprouver Marly. Diable, sentir les bosses des jarretelles sous une jupe, y avait-il un toucher qui pouvait  rendre un homme encore plus dingue? Pour lui, la réponse était évidemment non, il plaignait la jeunesse d’aujourd’hui qui devait se contenter d’un collant envahissant, ne laissant aucune bande de peau libre à la main baladeuse. Comment sentir en contact direct la peau frémissant sous les caresses empressées ? Pour un peu, il en aurait versé une larme.

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Un souvenir surgit de son passé. C’était après un concert et bien sûr on lui avait demandé de poser pour une photo. Comme à son habitude, il avait discrètement tâté la jupe de l’élue, mais ses investigations s’étaient soldées par un résultat négatif. Pourtant, elle portait bien des bas, il en était certain, c’était visible. Piqué au jeu, il voulut en savoir plus, il invita la belle, en fait la très belle, à prendre un verre avec lui un peu plus tard. Elle accepta sans une hésitation et attendit patiemment que la séance des photos et autographe fut terminée. Un petit sentiment de supériorité l’avait envahie, c’était elle qu’il avait choisie, pas une autre. Il l’avait emmenée au bar de son hôtel, à deux pas de la salle de concert. Il commençait ses séances de drague toujours ainsi. Il y avait plusieurs raisons à cela. Un concert amenait toujours sa charge des responsabilités, tant les siennes que celles des autres. Il était en quelque sorte le responsable de ce petit monde, ses musiciens, la sonorisation, un incident dans le public, une salle froide, il prenait tout à son compte.  Il savait bien que si quelque chose allait de travers, c’est lui la vedette qui serait en première ligne. Boire un ou deux verres lui procurait une détente certaine. Accompagné par sa rencontre d’un soir qui ne refusait jamais un verre de champagne, il adoptait la devise « in vino veritas », qu’il avait testée tant de fois. Le caractère d’une personne s’exprimait si bien après un ou deux verres d’alcool. Il devinait qui il avait en face de lui, une romantique, une rêveuse, une empressée, une furie, la femme dans toutes ses facettes possibles. Et puis, il voulait aussi savoir si elle était disposée d’aller un peu plus loin, certaines se trouvaient des désirs de sainte nitouche à retardement, mais il faut bien l’admettre, cela restait des cas rarissimes. Il y avait aussi un aspect qu’il ne fallait pas négliger et qui valait son pesant d’incertitudes. Une fois, il avait presque fini accusé d’un viol. Cela peut aller chercher loin et nuire à une carrière. Elle était pourtant bien consentante, avait accepté de le suivre dans sa chambre, ce n’était absolument pas pour lui signer des autographes en privé. L’histoire s’était arrangée à l’amiable. Elle comprit qu’elle pouvait difficilement l’accuser de viol, alors qu’avant au bar, elle s’était laissé embrasser et peloter plusieurs fois. Une dizaine de personnes pouvaient en témoigner, à commencer par ses musiciens et l’organisateur du spectacle qui étaient aussi présents.

Ce soir-là, la coutume fut une fois de plus respectée, tout commença par une bouteille de champagne avec ce petit plus, il avait un petit mystère à éclaircir, où étaient les jarretelles de la dame ? Aucun doute sur ses désirs, elle n’imaginait pas qu’il allait lui serrer la main un peu plus tard en lui souhaitant une bonne fin de soirée. D’habitude, il était peu pressé, mais ce soir il manifesta un brin d’impatience, comme le joueur qui est pressé de voir le tirage de sa loterie commencer une fois son billet son billet acheté.

Arrivé dans la chambre, il demanda à sa conquête de ses déshabiller, ce qu’elle fit sans se faire prier. Ce fut sans doute la fois où il fut le plus attentif au strip-tease, tendu tel un golfeur qui regarde sa balle tourner autour du trou sans savoir si elle va ressortir ou tomber dedans. Il s’était imaginé qu’elle portait encore des jarretières, chose rarissime, même à cette époque. Mais non, il n’y avait rien de tout cela, les bas tenaient sans aucune aide. Il dissimula sa déception, mais ne put s’empêcher de poser la question :

– Tu ne mets pas de porte-jarretelles ?

– Ah non, c’est une nouveauté qui nous vient d’Amérique,  ils ont inventé un bas qui tient tout seul, plus besoin de jarretelles.

Décidément pensa-t-il,  ces Ricains vont nous amener l’enfer sur terre. Déjà qu’ils nous empoisonnent avec leur cola et leur singe entre deux éponges, voilà qu’ils inventent le bas qui tient tout seul. Jamais je foutrai les pieds là-bas !

Eh Léo, tu rêves ?

– Non, je cauchemardais!

A suivre…

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4 réflexions sur “Léo, coeur de nylon (2)

  1. Ah , je suis content de retrouver ce mystérieux et attachant patron de bouibouis.
    Ce Léo va me plaire j’en suis sûr.
    Quant à sa découverte des bas qui tiennent seuls…je comprends bien son désarroi.
    Vivement la suite…!

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