Léo coeur de nylon (3)

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Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo.

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– Eh bien, si jamais tu vois dans tes rêves passer une tournée, profite pour l’attraper et nous la servir !

– Je vais m’occuper de cela de suite, même si je rêve vous ne crèverez pas de soif, pour moi ce sera la même chose, je reste dans l’anisette.

Le regard de Léo ne pouvait se détacher de Marly et de sa compagne. Ah, il y allait fort dans la main baladeuse discrète et la causette à voix feutrée. Que pouvaient-ils se raconter ? A voir les sourires, le petit nuage qui leur servait de coin de paradis n’annonçait par un orage par la voix d’Albert Simon. Ce qui étonnait le plus Léo, c’est la différence d’âge, un  père et sa fille. Elle pouvait avoir juste ses vingt ans et lui un double bien tassé. Il n’était pas en reste dans le domaine. Il avait connu ça jadis, le bal des minettes qui l’attendait à la sortie. Certes, il évitait de leur donner la préférence, les ennuis sont si vite arrivés. Mais c’était parfois bien difficile, les fines mouches avaient l’habitude de se vieillir et franchir la limite d’âge avec quelques années d’avance, sinon quelques mois. Ce n’étaient pas les dernières, celles du premier rang, quand elles étaient en pâmoison et qu’il tenait la salle de sa voix, à faire preuve de légèreté. Cela se manifestait par des jupes qui avaient une folle tendance à exposer les jambes qu’elles devaient en principe cacher. L’oeil de Léo n’en perdait pas une miette. Les lisières de bas s’affichaient, même un bout de jarretelle, de quoi faire monter son moral une octave plus haut. Déjà, il espérait une séance d’autographe à la fin du concert, quand il avait fait son choix. Selon les jours, il se décidait pour le blanc ou le noir, tel un de ces bons vieux films. Ou alors le rouge et le noir, comme dans un certain roman, mais cela n’avait rien à voir avec la roulette. Son graal, c’était le porte-jarretelles bleu clair, chose plutôt rare que les plus élégantes semblaient préférer. Avec une paire de bas fumés, il n’avait pas besoin de rechercher le paradis, il était déjà là, sous ses yeux. La belle Léa vint envahir ses rêves, résurgence d’un de ses plus fameux concerts.

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Ce soir-là, il y avait un ministre dans la salle, l’un des plus populaires de son époque. Madame était de la partie, Léa à sa suite. Le diable avait façonné sa beauté, comme seul il savait le faire, le piège parfait pour damner les âmes. On racontait, mais les gens sont si méchants, qu’elle était plus qu’une simple secrétaire. Sa présence était parfaitement justifiée, un homme important, c‘est tant de choses à se faire rappeler. Qui sait, des fois que les Soviétiques aient la mauvaise idée de déclarer la guerre à la Chine, qui appeler en priorité? La secrétaire savait tout cela, et même plus. Elle savait qu’elle couleur de bas préférait son patron. Pas ceux qu’elle portait, mais ceux qu’il enfilait pour lui faire l’amour, tandis qu’elle se transformait en maitresse sévère ayant attrapé un garnement qui avait fouillé dans les affaires de sa mère. La secrétaire devait savoir tout cela, sinon elle n’était pas digne d’occuper le poste. Dans sa panoplie d’employée modèle, il y avait toujours une paire de bas et un porte-jarretelles. Quoi de plus normal chez une dame prévoyante, sauf qu’elle ne les mettait jamais, ils étaient réservés.

Léo avait bien sûr signalé la présence du ministre au public, autant à son honneur qu’au sien. Pour un chanteur, le spectacle est dans la salle. Et le spectacle c’était Léa, rien que Léa, ses yeux lançaient des étincelles, des flèches de Cupidon. Pour une fois, il ne maîtrisait plus tout à fait son art vocal, il faillit oublier les paroles de ses chansons, même les mélodies semblaient s’effacer de sa mémoire. Il planait, bien avant que la coutume des concerts se conjugue avec la prise de substances qui transformaient le moi en surmoi.  Elle avait les jambes croisées, laissent deviner la lisière de ses bas qui semblaient une invitation à aller voir les doux secrets qui se cachaient encore à sa vue.

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Après le concert, alors qu’il récupérait dans sa loge, le ministre se fit annoncer. En d’autres temps, on aurait éconduit les visiteurs, mais un ministre, cela avait certaines prérogatives qui ressemblaient à des ordres sans en avoir l’air. Il entra dans la loge se dirigea droit sur Léo en lui serrant chaleureusement la main et en le remerciant pour le merveilleux moment qu’il avait passé. Un ministre, c’est aussi quelqu’un de bien éduqué, qui sait se comporter dans le monde. Il lui présenta sa femme, en soulignant qu’elle était une de ses fans les plus fidèles. Même s’il pouvait douter de la sincérité de cette affirmation, Léo la remercia comme si ce genre de mondanités devaient obligatoirement enrober d’un papier doré la vérité absolue. Il se fit charmeur pour ne pas être en reste, à part sa voix et ses chansons, il ne pouvait rien offrir de plus. Elle était d’un physique plutôt quelconque, sans confiner à la laideur. C’était assurément un bon parti, son père avait acquis une renommée qui étalait son nom en grandes lettres sur les affiches publicitaires.    Et comme elle était la seule héritière, la certitude de lendemains rieurs n’échappait au ministre, pas plus que la beauté de Léa pour en faire la complice de ses loisirs secrets. Sa femme n’ignorait sans doute rien ses petites fantaisies de son mari, elle aussi conjuguait les intérêts de son père et son rôle d’épouse ministérielle.On ouvrit la bouteille de champagne.

La seule chose qui intéressait vraiment Léo et dont il ne privait pas, c’était les bosses de jarretelles qui devenaient visibles quand madame avait la jupe tendue au bon endroit. Eh oui, pensa Léo, c’est de la jarretelle ministérielle. Seraient-elles plus charmantes, si soudain elles se révélaient à sa vue. Rien n’était moins sûr, en fin gastronome il soupçonnait qu’elles appartenaient à une de ces gaines qu’il n’avait pas particulièrement en affection. Il préférait de loin ces coquins porte-jarretelles, toujours prêts à laisser plus de champ libre quand ses mains partaient en exploration dans ces endroits laissés à l’imagination de ses désirs.

– Et qui est cette charmante dame?

Léo avait posé la question au ministre en la fixant droit dans les yeux, lui en voulant de ne pas lui avoir présenté Léa.

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2 réflexions sur “Léo coeur de nylon (3)

  1. Léo est un vieux roublard. En tout cas c’est un fondu de la jarretelle et rien que pour ça j’ai hâte de lire la suite…
    Au boulot Mr Le Boss..!

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