Léo coeur de nylon (8)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos.

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Léo se coucha, mais sur l’écran de son cinéma, les images continuèrent à défiler. Léa, encore Léa. Il était revenu au soir où elle lui avait fait ses premières confidences. Ses jeux d’adultes avec son ministre, son rôle de maîtresse sévère, le goût de son partenaire pour se déguiser en femme lors de ces parties fines. Léo savait bien que l’invitation de Léa, correspondait à son désir de rencontrer un homme qui jouait son rôle d’homme. Ce qu’il savait moins, mais il s’en doutait, elle était plutôt fascinée par les gens de pouvoir. Le ministre avait certes un pouvoir de ministre, mais Léo avait aussi le sien, peut-être encore plus significatif. Les gens venaient à lui par plaisir, pour entendre sa voix, pour être charmés, surtout les dames. Elle lui en avoua une partie, c’était bien elle qui avait exprimé le désir de venir à son concert, elle avait un peu poussé son ministre pour que l’idée semble venir de lui. Ce n’était pas innocent, elle lui avait presque ordonné de se débrouiller pour venir saluer Léo après le concert. Elle savait bien que la loge n’était pas accessible à tous, mais un ministre ça peut aller presque n’importe où, avec un simple sourire. Mais ce n’était pas tout.

Une de ses copines avait assisté à un concert de Léo, quelques temps avant. Elle était folle de lui, une vraie groupie. Elle avait posé avec lui pour une photo après le concert. Elle lui avait raconté l’épisode de la main baladeuse, à la recherche de ses jarretelles sous sa robe. Elle n’avait pas été dupe, mais ne s’en était pas offusquée spécialement. Elle avait ce qu’elle voulait, une photo avec son idole. Même s’il avait été plus loin, elle était partante.

Bien qu’à l’esprit de Léa, cela pouvait être un simple fantasme de son amie,  elle avait noté l’anecdote. Elle savait comme l’intéresser, c’est pourquoi elle avait  improvisé son petit jeu dans la loge en face de Léo. C’était bien de l’improvisation, car elle ne savait comment se déroulerait la rencontre, seul le hasard pouvait guider la chance.

Ainsi, Léa avait tout organisé à sa manière. Elle ne doutait pas de ses chances et de son pouvoir de séduction. Elle avait l’occasion de le tester tous les jours, mais nul ne répondait à ses attentes, de simples petits scribouillards à ses yeux, sans aucun intérêt.

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Léo souriait dans son lit, même que sa femme si elle avait été éveillée, s’en serait étonnée. Il souriait pour personne, juste pour lui. Il se souvenait pratiquement mot pour mot, de la suite de sa conversation avec Léa.

– Ainsi tu m’as tendu une sorte de piège, dit Léo l’air franchement amusé.

– Un piège dans lequel tu n’as rien fait pour ne pas tomber dedans !

Léo admettait sans détours que ce genre de piège, n’importe quel homme serait prêt à prendre sa place pour en subir les résultats plus qu’agréables.

– Tu vois, pour ce soir je n’ai rien négligé, es-tu prêt à voir ce que j’ai à te montrer ? lui susurra Léa à l’oreille.

– Bien sûr, ma belle Léa !

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Léa mit un air de jazz sur son tourne disque. Un tempo lent avec une pointe de saxophone. Cela correspondait plus à son style de musique préféré, que ce qu’il chantait sur scène ou sur ses disques. Mais sa voix était douée pour la chanson plus douce et de charme. On le comparaît parfois à Tino Rossi, il y avait certainement un air de famille musical entre les deux, mais il n’était pas corse, plus sûrement né à Paris avec un accent de titi bien du coin. Il l’avait rencontré une fois lors d’un gala. Le Tino de ces dames avait snobé Léo comme pas permis. Il s’en foutait éperdument, car son public à lui existait bel et bien et sa jeunesse parlait pour lui. Les dames de ses galas avaient quelques années de moins au compteur, ça c’était certain.

Léa s’installa au milieu du salon. A la manière d’une stripteaseuse professionnelle, en s’accordant à la langueur de la musique, elle enleva un à un ses vêtements. A chaque voile qui s’enlevait, Léo avait les yeux qui brillaient un peu plus. Une chaleur languissante montait en lui, comme si un concierge invisible avait monté le chauffage.

Elle ne garda qu’un soutien-gorge, un slip, un porte-jarretelles, qui tenait ses bas à coutures. L’ensemble assorti était d’un bleu paisible. Il adorait cette couleur qui le changeait du noir ou du blanc, assez habituels chez ses conquêtes. Léo était un gastronome en la matière, il avait ses petites désirs, préférait ceci à cela. Il adorait que les bas soient tenus par les jarretelles mordant bien dans le revers du bas, un peu comme un bas trop long qu’on voulait raccourcir de cette manière pour le tendre plus. Pour lui, c’était le comble de la sensualité dans l’art de porter les bas. Il n’exigeait rien en la matière, la loi du hasard faisait foi. Mais quand il découvrait ce détail involontaire, il en était ravi. Par ailleurs, il trouvait aussi que le spectacle était à chaque fois différent. C’était le même résultat que les dés lancés au hasard, à chaque nouveau lancer, ils tombaient différemment. Il en maudissait que plus les collants qui n’offraient jamais pareil spectacle. Léa avait mis dans le mille, tout était à son goût.

Elle sourit d’un air moqueur et en profita pour faire un petit numéro.

– Je vais faire un peu de publicité pour la famille. Il s’agit d’une nouvelle création qu’ils ont nommée « Azzuro », comme le ciel d’Italie. Ce n’est pas donné, mais là-bas on m’a affirmé que les bourgeoises en sont folles.

– C’est splendide ! J’espère que je vais bientôt aller faire une tournée en Italie, bien que ma renommée ne soit pas bien grande auprès des Italiens. Les disques que ma maison a publiés là-bas ne se sont pas très bien vendus.

– On devrait en offrir un à chaque acheteuse d’un ensemble !

Léo savait bien qu’il n’en était rien advenu, le temps et les éléments en avaient décidé autrement.

A suivre

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