Léo cour de nylon (9)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa.

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Cela n’enleva rien au plaisir des souvenirs qui étaient restés gravés, tout au plus ils avaient la forme d’un hier ou d’un avant-hier. Sur le moment, la boutade de Léa lui avait parue comme telle, mais en réfléchissant bien, il estima qu’il y avait une idée à creuser. D’autres vedettes faisaient une sorte de pacte du diable avec la publicité. Qu’importe de vanter une boisson ou le dernier progrès de la technique en matière de radios pour arrondir les fins de mois. Le terme le faisait sourire, il n’en avait guère besoin, mais tout l’apport financier et populaire que cela pouvait lui apporter n’était point négligeable. Il entendait sa voix accompagnant les pas d’une belle qui déambulait dans les rues en bas nylons, le regard des passants s’attardant  sur les jambes avec un air envieux. Il y avait matière à contenter tout le monde, voir et être vu. Il estima que la femme, à moins d’être complètement idiote, n’enfilait pas ses bas seulement dans l’idée d’avoir les jambes au chaud. Elle pesait tout le potentiel de séduction qu’elle pouvait en tirer. Faire jouer les reflets de la lumière sur ses jambes, inviter un partenaire potentiel et lui donner l’envie de découvrir ces mystérieuses attaches, cachées quelque part sous la robe, là où la couture du bas cessait son parcours aguicheur, pour laisser la place à d’autres rêveries.

Il avait raison, estima-t-il, il avait comparé deux époques. Celle où l’élégance avait droit de cité, celle d’aujourd’hui faite de facilité vestimentaire que bien des gens assimilaient à de la liberté. La liberté, cela le faisait bien rire, ce mot passe-partout qui servait d’étendard à tous les parleurs. Il aurait bien pris un fusil à chevrotine pour lui envoyer une décharge et le transformer en passoire pour laisser couler plus facilement son mépris. Il ne se voyait pas en chanteur de rock, posant avec ses fans, sa main tâtonnant les fesses à la recherche d’une hypothétique jarretelle remplacée par un collant. Il en aurait même cassé son appareil photographique. A quelque chose son malheur était bon, il n’avait pas eu à connaître cela. Il plaignait toute cette jeunesse. Dans un élan de générosité, il en en avait même pitié, voyant une jeune demoiselle descendre son jean à toute vitesse pour répondre plus vite à l’appel de ses sens. Et l’autre en face, ce gros balourd excité comme une puce lui demandant d’aller encore plus vite. Où étaient ces fabuleux spectacles quand la dame dosait ses effets, en relevant doucement sa jupe ou en laissant entrevoir la lisière d’un bas ?

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Ce moment de rage intérieure lui avait encore enlevé un peu plus ce sommeil qui tardait à venir. Il se calma et retourna vers les brumes de Léa.

– Ton idée d’offrir un disque à chaque achat de lingerie n’est pas si mauvaise, mais on pourrait même faire mieux.

– Oh oui comment ?

– Je pense qu’il leur arrive de faire de la publicité ?

– Dans les magazines, c’est certain, je crois même à la radio et au cinéma.

– Si la publicité s’accompagnait d’une chanson en fond sonore lors de la présentation, quelque chose qui fasse bien rêver, de romantique quoi !

– Je te vois venir, et la chanson serait interprétée par toi bien évidemment, je me trompe ?

– Non, tu es dans le juste. Il faudrait créer un bout de chanson spécialement pour illustrer je ne sais quel bout de film ou de publicité radiophonique. J’imagine très bien le spectateur charmé par la mélodie et prêtant l’oreille quand il l’entend. Il l’assimilera tout de suite avec le nom de la marque, chaque fois qu’il l’entendra.

– Tu aurais dû te lancer dans la publicité. Je crois en effet que les publicitaires veulent à tout prix nous faire entrer un nom en le matraquant avec des mots idiots. L’idée me plaît, mais il y en un risque. Si je soumets l’idée à mon oncle, pour autant qu’il soit intéressé, il prendra plutôt un chanteur italien, qui chante en italien.

– Oh je peux chanter en italien, même sans accent j’imagine. Et puis cela ne durera que quelques secondes, bien que l’on puisse en faire une chanson complète dont on sortirait un extrait.

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Léa approuva d’un sourire et vint se blottir dans ses bras. Il ne put résister à promener sa main sur ses bas, à soulever une jarretelle et à glisser ses doigts sous le bas. Les mains de Léa ne restaient pas inactives, caressant ses cheveux les yeux dans les yeux, pleins de désir. Tout en dénouant la cravate de Léo avec une main, elle promena l’autre sur le reste de son corps, une main fébrile qui avait envie de voir disparaître tous les vêtements, ultime rempart illusoire à ses fantasmes qu’elle allait enfin pouvoir assouvir, dans quelques instant qui sembleraient une éternité.

Accroché à ses images, Léo sentit que le désir avait traversé le temps sans perdre de son ardeur. Il faillit réveiller sa femme, mais il n’aurait pas su quoi répondre à la question qu’elle aurait immanquablement posée, d’où venait cette soudaine envie de faire l’amour ?

Un voile sombre vint troubler ses envies, Léa c’était du passé, un passé aux couleurs du bonheur. Et pourtant la suite…

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