Léo coeur de nylon (10)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa.

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L’amour fou qu’il avait pour Léa, prit sa vitesse de croisière. Il l’a voyait autant que possible, sans toutefois renoncer à ses amours passagères, c’était inscrit dans un contrat imaginaire. Il savait qu’elle avait ses jeux avec son ministre, cela faisait partie de ses obligations professionnelles en quelque sorte, pas question pour elle de trouver mille excuses pour les contourner. Elle devinait bien que cela aurait signifié une faute professionnelle. D’un autre côté, elle le tenait quand même entre ses mains, nul ministre ne se serait vu à la une des journaux, suite aux confidences de sa secrétaire pour un journal à sensation. Un gros titre mentionnant un ministre qui aimait s’habiller en femme, avait de quoi faire monter le tirage d’un canard aguicheur vers les plus hauts sommets. Elle y avait songé parfois, mais elle se savait bien trop honnête pour en profiter. Elle en profitait quand même pleinement avec tous les avantages que cela lui procurait. Un beau jour le gouvernement pouvait changer et le ministre retourner à la vie de simple citoyen. Il n’en resterait pas moins un homme d’affaires important et il aurait toujours besoin d’une secrétaire, l’avenir était assuré.

Léo tourna la page de ses mémoires mentales, il passa à la suite, tout naturellement Lucienne prit la place. Il aurait pu la classer comme un amour en second. A cette époque Léa était toujours première, mais Lucienne occupait une splendide seconde place. La voir était chose relativement facile, elle était disponible, n’ayant à la connaissance de Léo aucun cœur d’attache. Il s’arrangeait pour les rencontrer à tour de rôle, quand le ministre était en goguette, Lucienne savait que la place était libre, Elle aurait presque pu lire ses prochains rendez-vous dans la presse, hop le ministre inaugurait une statue à l’autre bout du pays, la place était libre.

Entre Léo et Lucienne, les relations étaient complètement différentes sur le plan des amours. Lucienne était un peu exhibitionniste, bien moins secrète que Léa. Elle aimait bien s’amuser avec ses charmes et les laisser à la vue de tout le monde. Ce ne pouvait pas trop être le cas avec Léo, car il ne pouvait pas trop avoir l’air de fréquenter une fille du genre. Ils s’étaient quand même amusé ensemble une ou deux fois.

Léo en riait encore, il revoyait ce fameux soir où ils étaient allés prendre un verre dans un bar discret. Assis au comptoir sur des tabourets à pieds surélevés, Lucienne en profitait pour bien exposer ses jambes, au vu et au su de tout le monde. Elle laissait remonter volontairement sa jupe, dévoilant largement ses jarretelles qui faisaient un joli contraste avec ses bas sombres. Les regards se tournaient tous dans la même direction, la direction de ses jambes. Un martien fraichement débarqué de sa soucoupe, entrant dans le bar, serait passé complètement inaperçu. Là où le spectacle devint cocasse, ce fut au moment où le garçon de salle sortit de derrière le comptoir pour aller apporter les consommations à une tablée de clients. Un client, très absorbé par le spectacle offert par Lucienne, avait nonchalamment laissé trainer une jambe dans le couloir entre les tables. Le serveur qui n’en perdait pas une du spectacle, ne la vit pas et s’encoubla. Emporté par son élan, il essaya tant bien que mal de sauver le contenu de son plateau. Il n’y arriva pas, mais la jupe de Lucienne gagna le gros lot sous forme d’apéritifs divers et odorants. Elle descendit de son tabouret et dans le vain espoir de limiter les dégâts leva sa jupe complètement, offrant en spectacle total toute sa garde-robe intime. Un statisticien aurait pu noter ce soir-là, que la tendance du jour en matière de sous-vêtements consistaient en un porte-jarretelles à quatre attaches blanc, avec culotte assortie en nylon transparent, que la longueur des jarretelles étaient réglées à mi-course sur l’élastique  et que la lisière du bas laissait un espace libre de huit centimètres jusqu’à la culotte. La couleur des bas arborait une tendance gris sombre, avec une couture paraissant presque noire et que la jarretelle arrière se trouvait bien centrée dans le fameux trou de serrure.

– Quel con ! furent les premières paroles de Lucienne.

Dans la salle, on se retenait d’applaudir. Les visages goguenards exprimaient un air de satisfaction non dissimulée. Pour peu, ils auraient renouvelé les consommations, à condition que le garçon refasse exactement la même chose.

Le serveur s’aplatissait en excuses, son plus cher désir du moment aurait été de se transformer en souris et de disparaître dans le premier trou venu. Il s’attendait à un scandale qui lui coûterait peut-être sa place, il attendait l’averse qui tardait à venir.

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Léo ne savait pas trop qu’elle attitude adopter, mais il devina sur le visage de Lucienne, l’expression d’une sorte de satisfaction. Elle qui aimait s’exhiber avait pu le faire en toute innocence, devant un public plus que ravi. On aurait pu attendre le geste de pudeur automatique qui consistait à cacher tous ces trésors en redescendant  la jupe, mais non elle semblait avoir pris l’option de sécher ses sous-vêtements à l’air libre. Léo, maintenant, savait qu’elle frissonnait intérieurement de tout cet étalage de lingerie. A part quelques odeurs inhabituelles, la nuit promettait d’être fantastique.

Le parton en personne vint constater les dégâts. Plus que navré, il offrit à Lucienne la jouissance de sa salle de bain personnelle si elle le désirait, de même que des vêtements de remplacement qu’elle pourrait choisir à son gré dans l’armoire de sa femme.

Un réveil grelotta, il ne faisait pas partie de son histoire passée, il le ramenait juste dans le présent. C’était l’heure pour sa femme de se lever. Il avait passé une nuit sans fermer l’œil, une nuit un peu folle, tout ça pour une paire de talons avec un cœur entrevue le soir d’avant.

Une paire de talons  et un certain Marly qui lui prouverait qu’il avait trop d’imagination. Mais rien n’était moins sûr.

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