Léo coeur de nylon (11)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa. Après une nuit d’insomnie, il regarde sa femme qui s’habille.

Lire ce récit depuis le début

22 083013-2

Comme à son habitude, il ne bougea pas. Du coin de l’œil, il regarda sa femme s’habiller. Il n’avait jamais cessé de l’admirer quand elle enfilait ses bas. Il ne comptait plus les fois, des milliers, mais c’était un spectacle qui le ravissait comme si c’était la première fois. Il avait encore le cadeau facile pour ce genre d’accessoire. Ses pas le dirigeaient quelques fois vers une boutique de lingerie dans une rue voisine. Il y avait ses habitudes, à chaque fois qu’il y entrait, le rituel était le même. La gérante connaissait par cœur la taille de bas que portait sa femme. Tout au plus, elle lui signalait une nouveauté quand elle en avait une à proposer. Il n’y avait plus depuis longtemps de révolution dans l’art de tisser les bas. En catimini, la vendeuse faisait quand même des affaires, un peu sur le dos de Léo. Elle avait parfois l’occasion d’en acheter à vil prix dans certaines boutiques qui les soldaient, le collant avait passé par là. Elles les proposait à Léo, l’air de rien, comme si elle venait de les acheter au prix fort chez un fournisseur. La boutique était d’ailleurs un des derniers îlots du quartier où on pouvait s’en procurer. Même si on pouvait également acheter des collants ou de la lingerie fine, il y avait toujours une clientèle de vieilles dames qui portaient toujours des bas. Léo en connaissait certaines. Par habitude, il discutait toujours le coup quand il venait. Il avait droit à son petit café, se le faire servir lui donnait une saveur particulière lui qui en servait à longueur de soirée. C’était aussi un des derniers endroits où l’on ignorait rien de sa gloire passée, il était encore un peu le chanteur de charme qui avait flambé les planches. Certaines clientes pouvaient se compter parmi ses anciennes admiratrices, il y avait même rencontré une de ses conquêtes dont il avait tâté de sa main experte la bosse de ses jarretelles.

22 083013-4

Au début, il ne l’avait pas reconnue, les femmes avaient tellement passé comme des éclairs dans sa vie. Par contre, elle l’avait situé immédiatement, tout en doutant un instant d’être victime d’une ressemblance. Mais non, c’était bien lui, le vrai, le seul, le déchu. Il avait fini par se rappeler d’elle, à force de précisions sur l’époque et le lieu où ils étaient devenus amants le temps d’une nuit. Il n’avait pas de plaisir particulier, ni de dépit, à se remémorer une rencontre précise, mais il se comportait toujours aimablement, même chaleureusement. Il s’intéressait à connaître le chemin qu’elle avait parcouru depuis. Avec certaines, il aurait presque remis le couvert, c’était son expression coutumière, un rien par déformation professionnelle. Son ancienne conquête n’avait pas hésité à le taquiner.

-Alors Léo, toujours en admiration devant les bas et les jarretelles ?

– A ce point de vue, je n’ai pas changé d’un pouce, toi aussi à ce que je vois, tu portes encore des bas à coutures ?

– Mon mari adore cela !

– Il a bien raison, mais cela veut dire que tu t’es mariée ?

22 083013-5

– Ah oui, mon mari est dans la police, il est commissaire à la pj, tu vais c’est les initiales de porte-jarretelles, je suis sûr qu’il a choisi cette voie, rien que pour les initiales. Mais on m’a dit que tu tenais un bistrot ?

– Je vois que dans la police on est bien renseigné, mais du calme, j’ai des photos de quoi te faire chanteur. La femme du commissaire en petite tenue, cela doit aider à faire sauter quelques contraventions, tu ne crois pas?

Elle se mit à rire, car elle sentait bien qu’il disait cela pour la taquiner. Elle surenchérit.

– Je crois qu’il serait plutôt fier de moi, si je me souviens bien j’étais plutôt à mon avantage en temps-là, depuis le temps a passé. Je lui ferais regretter de ne pas m’avoir mariée plus tôt. Tu ne veux pas me les vendre?

– Ah ça non je les garde précieusement, c’est ma collection personnelle, une et indivisible ! Mais si tu veux venir un soir à la maison, je veux bien les lui montrer. Toutefois, je ne veux pas enfreindre un article de loi quelconque en les lui montrant.

– Si tu lis certains magazines d’aujourd’hui, tes photos, on peut presque les montrer à l’école !

– Je ne les lis pas, ça manque de bas et de jarretelles là-dedans ! Je préfère la pratique à la théorie et contempler mes bonnes vieilles photos, au moins ça c’est du vrai !

– Ah si on me demandait de poser pour eux, je pourrais sans doute inverser la tendance.

– J’en suis sûr, mais il y a urgence !

D’un geste théâtral, elle souleva un coin de sa jupe.

– Tu vois ce beau porte-jarretelles noir et ces magnifiques bas ? Pour l’instant, il n’y a que toi qui les as vus, même mon mari ne les a pas encore admirés, je viens de l’acheter. Avant de l’étaler sur le papier, je veux quand même le faire profiter de cet achat, le public attendra.

Plongé dans ses pensées en ce petit matin, Léo entendit à peine sa femme qui descendait les escaliers. Ce souvenir revenu du passé lui avait rappelé un point qui n’était peut-être pas inutile pour son futur proche, le mari était commissaire. Depuis ces fameuses retrouvailles dans la boutique, ils s’étaient revus plusieurs fois, elle et son mari, devenu une sorte de bon copain. Un changement d’affectation les avait un peu éloignés, les uns des autres, mais il savait où les trouver.

Lire la suite

22 083013-122 083013-3

2 réflexions sur “Léo coeur de nylon (11)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s