Léo coeur de nylon (13)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa. Après une nuit d’insomnie, il reprend sa vie de tous les jours

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Il descendit dans le bistrot, sa femme plaisantait avec les habitués de cette heure encore matinale. Il y avait les alcoolos qui allumaient le premier soupçon d’ivresse, ils tiraient à coups de canons dans la bataille engagée entre eux et cette sacrée bouteille. Pour d’autres, le petit noir du matin prenait des allures de croisière avec dans le ciel un croissant doré. Quelques dames, entre deux achats de boustifaille, s’accordaient un instant de pause avant de mettre le feu sous la casserole.

Léo salua la clientèle d’un cordial bonjour. Il prit son panier et partit à la recherche d’un hypothétique menu de midi, une loi dictée par le hasard de l’offre des petits magasins des rues avoisinantes. Son bistrot offrait aussi de quoi se taper la cloche à quelques habitués qui considéraient la pause de midi comme sacrée. Il n’avait jamais pris le moindre cours de cuisine, mais il aurait pu tenir un grand restaurant. Il s’y entendait pour faire mijoter les petits plats traditionnels appréciés de tous. Il cuisinait un plat du jour pour une dizaine de clients, jamais plus, les premiers arrivés étaient les premiers servis. Il y avait toujours un steak et des pommes frites pour les excédentaires, accompagnés d’une petite sauce à base d’ail frais, un de ses secrets de cuisine, dont il n’avait jamais révélé a recette exacte. Le soir, pour les affamés, il était toujours possible de s’en régaler, mais c’était un à-côté.

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Il fit sa tournée habituelle, ses points de repère où tous les marchands le connaissaient. C’était souvent eux qui décidaient indirectement du menu de midi, en proposant ceci ou cela. Il optait pour une proposition ou une autre, aujourd’hui ce serait un pot-au-feu et demain peut- être une tête de veau vinaigrette ou encore des jarrets.  Il ne s’y attendait pas, mais il tomba par hasard sur Marly, l’occasion était trop belle, il l’accosta :

– Salut Marly, tu vas bien ?

– Salut Léo, tu as déjà composé le menu de midi ?

– Pas encore, mais j’aurais quelques chose à te demander, tu viens prendre un verre.

Marly accepta, un peu étonné. C’est bien la première fois  qu’ils auraient l’occasion de prendre un verre ensemble en dehors des lieux où lui était le patron et lui le client. Mais il n’aurait pas eu l’idée de refuser, du reste on pouvait parler d’amitié entre eux, une amitié sans flamme, ni glace. Ils s’installèrent dans un petit bistrot quasiment désert. Léo entra directement dans le vif de sa quête.

– Depuis hier soir, mon passé rejaillit un peu à cause de toi.

– Ah bon, tu m’étonnes ?

– Ce n’est pas tellement toi qui en es la cause, mais la jeune et jolie dame qui t’accompagnait hier soir.

– Ah, voilà Léo qui nous fait sa crise de jalousie, je sais qu’elle est un peu jeune pour moi, mais je peux t’assurer que c’est elle qui m’a dragué.

– Rassure-toi, je ne suis ni jaloux, pas plus que j’ai l’intention de lui conter fleurette, mais j’aimerais savoir une chose très précise sur elle.

– Si je peux te répondre, je le ferai.

– Cela va sans doute te paraître étrange, mais sais-tu d’où viennent les chaussures qu’elle portaient hier soir ? Un cadeau de toi ?

– Je pense que tu fais allusion aux talons avec le cœur sur le dessus?

– Oui ceux-là !

– Etrange ta question, mais je peux y répondre sans trop me tromper. Ce n’est pas un cadeau de moi, mais je crois savoir que c’était des chaussures qui appartenaient à sa mère. Elles les a trouvées dans son grenier, et comme elles lui plaisaient, elles les a mises.

– Tu connais sa mère ?

– Non je ne l’ai jamais vue, elle est décédée l’année passée.

– Tu sais son nom ?

– Elle s’appelait Irène, je crois. Mais pourquoi toutes ces questions ?

– Il faut que je t’éclaircisse sur une partie de mon passé. J’ai connu une fille, alors que j’étais une vedette, elle s’appelait Lucienne. Entre des dizaines de passades, elle a compté un peu plus que les autres. Pour son anniversaire, je lui ai offert une paire de talons avec un cœur dessus. Je les ai fait faire spécialement pour elle, sur mesure. C’est une exécution que je pense unique, alors tu vois pourquoi cela m’intrigue.

– Tu penses que c’est sa mère et que ce sont ses chaussures.

– Pas vraiment non, mais je vais te raconter la suite. Nous nous sommes perdus de vue, on avait chacun sa vie propre. Puis un jour, j’ai eu mon accident, ce fut un trait presque définitif sur mon passé. Je n’ai pas trop mal réussi pour la suite, surtout avec ma femme, qui fut la transition entre le passé et le présent. Il y a une dizaine d’années, les flics ont débarqué chez moi, on avait retrouvé Lucienne morte dans un bois près de Lagny. Selon toutes les apparences, elle avait été empoisonnée et déposée là. C’était une enquête de routine, mais comme j’avais été un de ses amants, j’aurais pu être le meurtrier. Il ne me fut pas trop difficile de prouver que je ne l’avais pas revue depuis longtemps. Mais les flics cherchaient surtout des infos qui auraient pu les aider. A ce jour et à ma connaissance, le mystère reste entier. Alors tu comprends pourquoi ces chaussures m’intéressent, surtout si ce sont les mêmes. Mais comment as-tu connu ta conquête et que sais-tu du passé de sa mère ?

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– Je comprends bien ce qui t’intrique. A mon tour de te raconter comment je l’ai rencontrée. Tu sais sans doute que je suis une ancienne figure de la résistance, Marly c’était mon nom de résistant, il m’a suivi fidèlement en devenant un surnom. Après la guerre, cela m’a valu de travailler dans un cabinet ministériel  comme délégué aux anciens combattants, j’y travaille encore. A l’origine, quand la guerre est survenue, je me destinais à une carrière de prof d’histoire. Il y a environ six mois, j’étais à une réunion d’anciens combattants comme représentant du gouvernement. C’est là que j’ai rencontré ma conquête, Isabelle, son père était un officier qui avait rallié de Gaulle à Londres. Il vit toujours, il a pris sa retraite dans un coin calme d’Auvergne. Quant à sa mère, je crois qu’elle a toujours vécu avec lui. Isabelle est une folle d’histoire, elle vit un peu dans le passé, fascinée par les années 30 ou 40. Avec elle j’avais mes chances, sortir avec un combattant de l’ombre, je faisais partie de son destin, plus que par mon passé que mon physique, nous avons trente ans de différence.  Mais cela ne me déplaît pas, j’en profite au maximum.

– Et les chaussures, tu n’as pas la moindre idée ?

– Ah ça non, pour autant qu’il s’agisse des mêmes, je m’explique pas comment elles seraient arrivées en possession de la mère d’Isabelle. Si c’est bien celles-là, je n’imagine pas les parents d’Isabelle mêlés à une quelconque histoire louche. Son père est très vieille France, sa mère adorable, d’après ce que j’en sais. Mais il faudrait que j’essaye d’en savoir plus.

-Tu veux bien faire cela pour moi ?

– Ecoute, si tu payes l’apéritif, je l’amène ce soir chez toi. Après la fermeture, on pourra  discuter tranquillement. Sauras-tu reconnaître les chaussures de plus près ? Je veillerai à ce qu’elle  les porte. le l’avertirai de ce qui t’intrigue. Et puis, je l’ai mise au parfum de ton passé de chanteur, je crois qu’elle aime bien ton style, c’est rétro!

– Tu lui demanderas de porter des bas aussi ?

– Alors ce sera une double tournée, là je fais dans la facilité, car elle sait que je lui interdis les collants !

– Sacré Marly, tu es encore pire que moi ! Peut-être on n’arrivera à rien, mais si je peux faire quelque chose pour la mémoire de Lucienne, ce sera une sorte de cadeau posthume que je lui ferai.

– Va préparer ton dîner, les clients attendent, sinon tu devras ouvrir des conserves. A ce soir !24 090613-3

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6 réflexions sur “Léo coeur de nylon (13)

    • Merci Miss,

      La suite va venir, elle se prépare, elle s’écrit, 14244 mots à ce jour et 26 pages.tout en nylon, mais avec un seule paire de chaussures.

      A bientôt, sans doute prochainement dès que j’aurai des nouvelles et une surprise très bientôt

      Biz

  1. En effet, c’est bien intrigant cette mystérieuse histoire de chaussure…Vivement la suite. Décidément le Boss a de l’imagination.
    C’est drôle, je visualise cette aventure dans la rue Lepic sur les flancs de la butte. C’est l’exact décors de votre histoire Boss…
    Ecrivez Boss Ecrivez…!

    • Merci Daniel,

      C’est vrai, cela pourrait ressembler à la rue Lepic, je connais pour y avoir passé quelquefois. La prochaine fois, je regarderai, s’il n’y a pas un certain bistrot tenu par un certain Léo.

      Amitiés

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