Léo coeur de nylon (13)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa. Après une nuit d’insomnie, il parle avec Marly qui devrait l’aider à élucider la mort mystérieuse d’une de ses anciennes conquêtes, Lucienne.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous

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Léo rentra dans son bistrot et commença à préparer le dîner pour ses pensionnaires. Il était heureux d’avoir rencontré Marly, il saurait peut-être ce soir ce qu’il était advenu de Lucienne, sa mort l’avait laissé perplexe. Même si elle n’était plus qu’un souvenir lointain et quelques photos dans son album, il en avait ressenti quelques peines. Elle faisait partie de celles qui avaient compté un peu plus qu’une simple rencontre d’un soir. Il ne pouvait manquer de tirer un parallèle avec la fin de ses amours avec Léa. Un jour, elle n’était pas venue au rendez-vous, ni les jours suivants. Rien, pas la moindre explication, ni le moindre signe d’elle. Il apprit par la suite, qu’elle était partie avec un riche Américain, du côté du Texas. Même son ministre employeur avait dû se passer d’elle du jour au lendemain. Pour une fois que Léo accordait une sorte d’exclusivité à l’une de ses conquêtes, c’est elle qui n’en avait plus voulu. Comme par hasard, la belle marque de lingerie dont elle était la digne représentante, était devenue une marque qui habillait les jambes qui roulaient en mustang dans les grands espaces américains. C’était une consolation comme une autre, il l’imaginait heureuse, sans toutefois en être certain. Le bal des prétendantes à la soirée exclusive avait vite repris sa vitesse de croisière. Avec Lucienne, cela avait été à peine différent. Un soir, elle lui avoua avoir rencontré un homme qui comptait de plus en plus dans sa vie. D’après ce qu’il savait, ce qu’elle avait bien voulu lui dire, c’était un homme d’affaires qui travaillait dans l’import-export. Elle l’avait rencontré dans une soirée donnée lors d’élections municipales. Léo, un peu redevenu sentimentalement bohème, n’avait pas insisté. Ils se séparèrent  d’un commun accord, en termes amicaux. C’est peu de temps, après qu’il rencontra, mais il ne le savait pas encore, celle qui allait devenir sa femme, Clara. Tout commença, un peu comme toutes ses rencontres, un concert, une séance de photographie avec l’élue de la soirée. La seule chose que Léo avait ressenti, c’est une certaine différence par rapport à ses conquêtes habituelles. Elle semblait vraiment avoir plus d’intérêt pour sa personnalité propre que pour celle de son aura de vedette. Malgré tout, il ne pensait pas aller au-delà de la rencontre d’un soir. C’est le sort, le grand coup du sort, qui décida de changer sa vie. Trois jours après sa rencontre, ce fut l’accident, le terrible accident, qui lui brisa la voix sans laquelle sa carrière ne pouvait continuer.

Au début, les médecins ne savaient pas trop quoi dire, la seule chose dont ils semblaient affirmatifs, il survivrait. Pour le reste, le temps ferait office de guérisseur. Où s’arrêterait la guérison, seul la meilleure voyante aurait pu le prédire, sans que l’on soit sûr qu’elle ne se trompait pas. La chose qui angoissait le plus Léo, c’est qu’il savait que ses cordes vocales étaient abîmées. Son parler ressemblait à un souffle, il voulait crier, mais il avait bien de la peine à trouver l’énergie pour le faire. Il lui semblait avoir perdu la manière d’assembler les mots pour qu’ils sortent d’une manière audible  de sa bouche. Le cerveau les trouvait, mais la bouche ne répondait pas à ses ordres. Il avait mal partout, mais c’est cette douleur indolore qui lui faisait le plus de mal. Il était à peu près certain qu’il ne chanterait plus jamais dans une salle de concert.

Les journaux avaient annoncé la nouvelle sans en faire des gros titres, quelques mots mentionnant les faits. La seule chose différente fut que l’accident se vit relaté dans toute la presse nationale, pour un simple quidam le journal local aurait amplement suffi. Une sorte d’honneur qui lui était réservé. Il se doutait aussi que s’il avait tué une de ses maitresses, là c’est la une qui lui était réservée.  Ce fut le départ d’une longue suite dans laquelle il mesura toute l’ingratitude des gens du métier. De ses proches amis artistiques, ceux qui vivaient quand même un peu à ses dépens, seul son manager se déplaça. Malgré ses belles paroles, les comme quoi tout le monde l’attendait, Léo devina que si le temps lui donnait à nouveau sa voix, il pouvait à nouveau s’assurer de leur  présence au partage des bénéfices. Pour le reste, il ne vit pas grand monde, enfin pas tout à fait…

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Dans un vague rêve, il vit Clara à ses côtés. Au fil des jours, quand le brouillard se dissipa, il vit que ce n’était pas un rêve, elle était bien là. Elle lui prodigua des paroles d’encouragement, presque l’ordre de rester silencieux pour donner à ses cordes vocales le repos nécessaire afin qu’elles retrouvent leur usage. Mais plus que tout, c’est son sourire, sa présence quasi continuelle qui fit faire des bons à son moral. Il était presque fier de lui annoncer chaque progrès réalisé, chaque douleur qui semblait avoir disparue le matin quand il se réveillait. Au début, il écrivait sur un calepin la moindre de ses pensées, ses envies du moment, qu’elle s’empressait d’exécuter. Peu à peu, une fois sur deux, il trouvait le moyen d’exprimer en paroles le fil de sa pensée. Les progrès furent lents, incertains, mais la machine était lancée, le moral semblait suivre, un jour il parlerait presque comme avant.

Clara était fine mouche, si elle ne connaissait pas encore toutes les facettes de Léo, elle en avait bien deviné l’essentiel. Léo était un incorrigible admirateur et fétichiste du bas nylon. Plus que les dernières nouvelles de l’extérieur ou la visite  d’improbables faux amis, un défilé de lingerie impromptu était le meilleur moyen de lui donner l’envie de revenir définitivement dans le monde. Quand elle entrait dans la chambre, elle allait vers lui en levant sa jupe, pour qu’il admire la composition du jour, celle qu’elle avait choisie selon ses goûts du jour. Le spectacle éclairait le visage de Léo, son oeil admiratif donnait des notes qui allaient toujours vers la plus haute, cela se lisait dans ses yeux. Son boulot de comptable ne lui permettait pas des folies en la matière, mais elle savait faire beaucoup avec peu. Les porte-jarretelles, les guêpières, menaient une valse sur laquelle Léo se laissait entraîner avec délices au son de la couleur des bas. Entre deux passages d’infirmières, ils se permettaient d’aller un peu plus loin. Ils étaient un peu comme deux adolescents au coin du bois, craignant de se faire surprendre jouant un jeu interdit par les censeurs de tout poil. Lors d’une sortie dans le jardin de l’hôpital, ils avaient même fait l’amour dans la cabane à outils du jardinier. Ce n’était pas le luxe des chambres d’hôtel que Léo avait connues, mais ils auraient bien fait l’amour dans une écurie, tellement le désir dardait leurs sens de piques de feu.

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Ce fut le signal définitif pour Léo, il était capable d’assumer son rôle d’homme, sa voix manquait, encore brisée, mais il savait trouver les mots et surtout les dire de manière simple, sans modulations. Il parlait encore un peu comme un enfant qui bégaye, mais il le faisait avec tant de conviction, qu’il était sûr de s’exprimerait normalement dans un proche avenir. En rentrant dans la chambre après leur escapade coquine, il prit un air amusé:

– Veux-tu m’épouser ?

Un mot très court accompagné de larmes fut la réponse :

– Oui !

A suivre

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