Léo coeur de nylon (14)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa. Après une nuit d’insomnie, il parle avec Marly qui devrait l’aider à élucider la mort mystérieuse d’une de ses anciennes conquêtes, Lucienne. Léo attend le soir où il va pouvoir parler avec Marly et son amie, en espérant que la lumière jaillira de sa conversation.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

20 092813-2

La journée sembla longue à Léo. Il attendait patiemment le soir et la venue de Marly et de son amie. Il craignait surtout que celle-ci fasse changer d’avis Marly sur l’opportunité de sa rencontre avec lui. Aller fouiller dans le passé de certaines personnes, passer pour un acte quelque peu indiscret. Cela pouvait se résumer en un vilain défaut de curiosité malsaine. Mais il savait que Marly n’était pas n’importe qui. Il avait caché dans la conversation qu’il avait été un déporté emmené à Dachau dans le train du 2 juillet 1944, qui compta plus de 500 cadavres à l’arrivée (*). Pour lui, la vie, la mort, devaient avoir une saveur particulière, des scrupules, il ne devait pas en avoir des réserves infinies. Il fallait juste patienter et tirer en longueur cette satanée journée.

20 092813-4jpg

Pour finir, elle s’écoula entre deux conversations avec les clients, les banalités que l’on échange de part et d’autre du comptoir. Un peu avant minuit, il vit entrer Marly et son amie, il était rassuré, il y aurait peut-être une nouvelle nuit d’insomnie, mais sa conscience serait soulagée. Il ne put s’empêcher d’admirer les jambes de la dame, merveilleusement galbées de bas à coutures qui captaient les reflets de la lumière pour danser aux sons d’une symphonie muette que Léo mit en musique à sa manière. Il nota la présence des fameux talons aux pieds de la dame tout en laissant son esprit divaguer. Il était certain que si elle lui avait demandé de poser pour une photo après un concert, il aurait entamé son petit jeu habituel, à la recherche de la bosse d’une jarretelle, tout en ayant l’air très innocent sur le papier photographique. Il aurait aussi complété son album avec quelques clichés. Il savait qu’il rêvait, elle devait juste avoir l’âge d’aller à l’école quand il était au sommet de sa gloire. Mais il ne pouvait que féliciter Marly mentalement, la chance qu’il avait de se pavaner avec une pareille compagne, il en tirait un rien de jalousie. Toutes ses pensées n’étaient que futilités, le couple n’était pas là pour une partie à trois, mais pour des choses beaucoup plus sérieuses. Cela n’empêcha pas Léo de jouer son rôle de bistrotier, il proposa le champagne. Il n’y avait rien à fêter, mais on pouvait en boire simplement pour le plaisir. La proposition fut acceptée et il servit trois coupes, la sienne juste pour trinquer en attendant que le dernier client s’en aille. Heureusement, le dernier quitta le bistrot assez rapidement. Léo descendit le store, ainsi ils seraient tranquilles pour discuter. Il s’installa à la table.

20 092813-5

– Mademoiselle, je vous remercie d’être venue, dit Léo en guise de départ de conversation.

– Je vous en prie, Marly m’a glissé quelques mots sur vos préoccupations, j’espère pouvoir vous aider.

– Il vous aura dit que j’avais fait faire, il y a bien des années, une paire de chaussures semblables aux vôtres. Je les avais offertes à une de mes amies de l’époque pour son anniversaire. Je l’ai perdue de vue par la suite. Cela n’aurait pas d’importance, si on n’avait pas retrouvé le cadavre de cette amie, victime d’un meurtre.

– Oui, il m’a dit tout cela, c’est pourquoi j’ai voulu venir ce soir, pour éclaircir cette histoire.

– Maintenant, il se peut que ces chaussures soient d’une toute autre provenance, que cela soit juste une ressemblance. C’est pourquoi je vous prierai de m’en laisser examiner une.

Isabelle se tourna, croisa ses jambes, enleva une chaussure et la tendit à Léo. En d’autres temps, il n’aurait pas perdu une séquence du spectacle, mais il regardait droit devant lui, comme un condamné qui apercevait la guillotine qui allait lui couper la tête. Quoiqu’il arrive sa tête resterait bien sur ses épaules, mais il se pouvait aussi qu’une autre ne soit plus pour bien longtemps à sa place habituelle, une tête inconnue qui se trouvait à quelque part. Léo prit la chaussure, l’examina sous tous les angles, il se tourna vers Marly :

– Ce sont bien les mêmes, tu vois, elles sont signées par celui qui les a faites, la semelle porte  le nom de « Carles, artisan cordonnier », c’est bien lui qui les avait faites à ma demande, je doute fort qu’il en a fait  d’autres, c’est pas son genre. Il avait la réputation de faire des modèles uniques sur demande, et puis il aurait encore fallu qu’on lui demande la même chose.

– Don c’est plus que probable, questionna Marly.

– Ma foi, oui. Certainement Isabelle va pouvoir nous en dire plus sur le fait qu’elles soient en sa possession.

– Elles étaient bien dans les affaires de mère. Je les ai trouvées à son décès, en faisant l’inventaire des choses que nous ne voulions pas garder. Comme vous le savez sans doute, j’aime assez ce qui est ancien. Quand je les ai vues, elles m’ont tout de suite plu, je les ai mises de côté sans idée spéciale. Ce n’est qu’après ma rencontre avec Marly que j’ai décidé de les porter. Je les gardais un peu pour une grande occasion, ne voulant pas les user inutilement. J’en ai d’autres paires qui sont moins dommage.

-Savez-vous, comment elles sont arrivées dans la garde-robe de votre mère ? C’est là le point crucial.

– Je crois savoir, oui. Je devais avoir dix ans. Mon père qui était un officier, fêtait sa nomination au grade de général. Nous habitions alors à Boulogne-Billancourt. Pour fêter l’événement, mes parents avaient invité un tas de monde. Un incident est survenu lors de la réception. Une femme qui figurait parmi les invités, un peu saoule, est tombée dans la piscine qui nous avions dans le jardin. Elle n’était pas bien profonde, mais elle était surtout vide. La femme s’est cassé une jambe en tombant. Une ambulance est venue et l’a emmenée à l’hôpital. Dans la panique, les chaussures qu’elle portait sont restées sur place, personne ne les a jamais réclamées. Ce sont bien celles que je porte, celles qui vous intéressent.

-Savez-vous qui était cette femme ?

-Vous savez, pour moi, tous ces gens étaient des inconnus. Mais aujourd’hui, j’ai pensé que mon père devait se rappeler de cette histoire, alors je lui ai téléphoné.

-Et qu’a-t-il dit ?

-Il s’en rappelle très bien, même que sur le moment il était un peu en colère à cause de cette histoire. Il m’a d’ailleurs affirmé que cette femme était du genre assez vulgaire, sans doute une femme de rencontre, pour ne pas dire une prostituée.

-Sait-il pourquoi elle était parmi les invités ?

– Lors de la réception, il y avait un orchestre qui mettait un peu d’ambiance pour une partie dansante. D’après mon père, c’était la copine du chef d’orchestre. Mon père croit se rappeler qu’il s’appelait Eddy Singer, ou quelque chose comme ça.

Léo, qui jusque-là écoutait impassible mais intéressé, fit un bond sur son siège et s’exclama :

Ah, la vache !

20 092813-3

20 092813-1

A suivre

* fait historique authentique

2 réflexions sur “Léo coeur de nylon (14)

  1. Pourquoi les histoires à épisodes s’arrêtent elles toujours au meilleur moment ?
    C’est le charme et le supplice des histoires à épisode et notre Boss,es maitre en histoire (de bas) sait en jouer à merveille.
    Vivement la suite, Boss, vivement la suite;

    • Merci Daniel,

      C’est une vieille tradition héritée de la BD, on augmente le suspense à la dernière case de la page. Difficile de faire cela dans un bouquin, mais comme c’est une histoire épisode par épisode, je peux y aller.

      Alors à bientôt pour la suite…

      Amitiés

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s