Léo coeur de nylon (15)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa. Après une nuit d’insomnie, il parle avec Marly qui devrait l’aider à élucider la mort mystérieuse d’une de ses anciennes conquêtes, Lucienne. Léo attend le soir où il va pouvoir parler avec Marly et son amie, en espérant que la lumière jaillira de sa conversation. Lors de la conversation, l’amie cite un nom qui fait réagir Léo, il est question d’une vieille connaissance de Léo.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Isabelle et Marly se regardèrent, ils semblaient  avoir soulevé un lièvre dans cette partie de chasse où le passé s’emmêlait avec le présent. Après un instant de réflexion, Léo prit la parole :

– Eddy Singer était mon chef d’orchestre et arrangeur, je crois qu’il avait un peu profité pour la draguer dans mon dos. Je n’en tenais pas ombrage, j’ai fait trop de cocus pour réclamer vengeance.  D’après ce que je sais, elle ne s’intéressait pas trop à lui. Quand elle m’a annoncé qu’elle voulait me quitter pour un homme qu’elle aimait, je suis sûr que ce n’était pas lui. Par contre, Singer était assez introduit dans un milieu pas toujours recommandable. Je ne me suis jamais trop occupé de ses affaires, professionnellement il était d’une grande qualité, ce qu’il faisait entre, je m’en foutais. Après ma chute, il a fait partie des personnes qui ne se sont jamais préoccupé de ce que je devenais. A la limite, je n’avais plus besoin de lui, son métier était la musique, du moins c’est principalement pour cela qu’il était connu. Qu’il soit présent à la fameuse soirée, c’est dans la logique des choses, mais cela n’explique pas pourquoi sa copine portait les chaussures de Lucienne. Je n’imagine pas qu’elle s’en soit séparé d’une manière comme d’une autre. Je ne sais pas ce que tu en penses Marly, toi qui est un peu neutre dans cette histoire?

– Tu sais, pour moi, c’est plutôt obscur. Il y a certainement quelque chose d’un peu mystérieux entre tous les liens qui tissent cette histoire. Mais, Isabelle, sais-tu si quelqu’un a réclamé les chaussures après l’accident ?

– Je me souviens vaguement que mes parents en ont parlé, une ou deux semaines après l’accident. Ma mère avait demandé à mon père, ce qu’il fallait en faire. Papa avait dit de les mettre dans un coin au cas où on les réclamerait. Apparemment cela n’a jamais été le cas.

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Léo réfléchit un instant, alluma une nouvelle cigarette, et exprima ses pensées :

–  Il est certain que Singer et sa copine ignoraient que les chaussures avaient un signe particulier, les cœurs, décoration faite sur commande. Que ce signe créait un lien indiscutable avec Lucienne, ils l’ignoraient aussi. Soit ils sont absolument en dehors du coup, soit ils pensaient que cela n’avait aucune importance, le point critique est de savoir comment elles sont entrés en leur possession. Je suis presque certain que Singer n’a jamais vu Lucienne avec mon cadeau aux pieds. Nous nous retrouvions en dehors du métier, elle n’est jamais venue assister à un de mes concerts où Singer aurait pu l’apercevoir les portant. Je ne crois pas plus qu’elle les mettait pour ses escapades avec sa nouvelle conquête. Il s’est passé quelque chose, à un moment où les trois étaient ensemble.

– Je crois que tu as raison, dit Marly, reste à savoir quoi et comment.

– La chose principale pour moi, c’est de me rappeler que Lucienne est morte par la volonté de quelqu’un de malfaisant. Ce n’était sans doute pas une sainte, mais une personne que je classerais comme respectable, sans haine  pour quiconque. Avec votre permission, je vais aller un peu plus loin. Une de mes anciennes conquêtes a marié un flic que je peux considérer comme un ami. Je vais lui soumettre le cas, il me dira où me diriger. Il se peut, Lucienne, que l’on vienne vous demander quelques renseignements, à vous et à votre père, j’espère que vous y consentirez ?

– Pour moi, il n’y a aucun problème. Papa sera certainement heureux d’y contribuer, cela ne fait aucun doute, mais je ne sais pas si nous serons efficaces.

– N’en croyez rien, vous êtes le point le départ de tout ce qui m’arrive depuis quelques temps. Vous êtes juste des témoins d’une chose qui a ressurgi d’un passé, que certains croyaient mort. Les enquêtes policières, c’est trop compliqué pour moi, mais il y a des professionnels qui verront sans doute plus clair dans cette histoire. Mais en attendant finissons plutôt le champagne, venger peut être quelqu’un, cela peut se fêter. S’il le faut on peut aussi ouvrir une autre bouteille.

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– Léo, tu sais je crois que tu es un personnage qui mérite le détour, ton acharnement à tirer au clair les circonstances de la mort d’une de tes anciennes maîtresses est digne de quelqu’un qui a gardé un brin de férocité envers le côté laid des choses.

– Mon pauvre Marly, toi qui étais dans l’enfer de Dachau, tu dois te souvenir que la sinistre inscription qui ornait l’entrée du camp ?*

– Arbeit macht frei ?

– Oui, eh bien la justice rend encore plus libre, cela je ne le dis pas à contre-emploi !

– C’est ce que j’essaye de faire depuis que je suis revenu des camps de la mort. Mais dis-moi, tu as une photo de Lucienne ? Je crois que j’aimerais bien lui mettre un visage. J’aimerais faire sa connaissance en quelque sorte.

– Un photo ?  Mais j’en ai des tas. J’y avais pensé avant que vous veniez, j’ai mis mes albums au frais. Vous verrez, c’est plein de dames en tenue légère, plein de bas nylons, de jarretelles, plein de Luciennes. J’espère que cela ne vous choque pas Isabelle ?

– Vous voulez sans doute me faire rougir ? Je vous informe tout de suite que c’est raté. Des bas et des jarretelles, j’en porte ce soir. Au cas où, vous auriez un doute, je n’ai pas trouvé mon porte-jarretelles dans les armoires de ma mère, je refuse totalement de le mettre à disposition de la police comme pièce à conviction! D’ailleurs regardez…

Isabelle leva un coin de sa jupe, elle fit voir à Léo la lisière de ses bas et un bout de ses jarretelles. Léo, qui n’en espérait pas tant pour ce soir, se rinça l’œil et éclata de rire :

– C’est promis, je n’en parlerai pas à la police !

A suivre

* fait historique authentique

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2 réflexions sur “Léo coeur de nylon (15)

  1. Je me lèche les « bas bines » en dévorant ce roman. La quête de Léo devient de plus en plus prenante.Vivement la suite de cette enquête.
    Bravo Boss, bravo! mais …ne faiblissez pas…signé: Un lecteur impatient…!

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