Léo coeur de nylon (17)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa. Après une nuit d’insomnie, il parle avec Marly qui devrait l’aider à élucider la mort mystérieuse d’une de ses anciennes conquêtes, Lucienne. Léo attend le soir où il va pouvoir parler avec Marly et son amie, en espérant que la lumière jaillira de sa conversation. Lors de la conversation, l’amie cite un nom qui fait réagir Léo, un ancien musicien de Léo qui semble tremper dans une histoire louche. La conversation se poursuit, il veut montrer une photo de son ancienne conquête, ils concluent qu’ils doivent informer la police de leurs découvertes.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Une fois le couple parti, Léo sentit une certaine satisfaction monter en lui. Lucienne faisait partie d’une des pages sombres de sa vie. Ils ne s’étaient fait aucun mal, s’étaient quittés sur un échange de sourires mutuels, après il y avait eu le drame de sa mort. Il ne se sentait aucunement coupable de quoi que ce soit. Face à un événement tragique, on peut toujours se poser la question de savoir si on avait agi suffisamment bien pour n’avoir aucun remords, si on n’aurait pas pu agir à distance. Ces questions avaient tourné dans sa tête maintes fois. La conclusion était toujours négative, il n’en pouvait rien, il en était persuadé. Sa satisfaction présente se résumait à une chose encore incertaine pour l’instant, il serait peut-être la main vengeresse qui tiendrait la lanterne pour mettre la lumière dans cette sombre histoire presque oubliée de tous. Il n’avait pu agir  autrefois, mais son rôle était de le faire maintenant. Le destin lui avait gardé un rôle pour plus tard, il n’intervenait qu’au moment du dénouement de l’intrigue, comme dans les pièces de théâtre bien ficelées. Le personnage qui révèle au spectateur que le prix de sa place était largement justifié pour l’avoir tenu en haleine et lui donner le fin mot de l’histoire.

Léo se demandait quand même s’il n’était pas en train de se prendre pour un redresseur de torts à bon marché. Que savait-il de la mort de Lucienne ? Peu de choses en réalité, y avait-il plus qu’un simple jeu funeste entre les bons d’un côté et les méchants de l’autre ? Tout cela, il le pensait, le soupesait, il réfléchit encore et encore. Finalement, il se décida, il raconterait à son copain de flic ce qu’il savait. Libre à lui d’agir, il lui passerait le témoin dans cette course à la vérité. Pour l’instant il n’avait plus qu’un désir, aller se coucher et laisser les rêves arriver comme ils voudraient, si toutefois ils avaient envie de venir.

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Trois jours passèrent, sans que rien de nouveau n’arrive. Il avait jeté sa bouteille à la rivière, celle qui coulait vers le Quai des Orfèvres, il attendait la suite. Marly était venu tous les jours, il demandait les dernières nouvelles. De son côté, il en avait une, le père d’Isabelle avait envoyé deux photos, susceptibles de les intéresser. Sur l’une on pouvait apercevoir la fameuse dame qui portait le talons, mais c’était un plan général de l’orchestre qui animait la fête, on voyait son visage de profil, mais d’assez loin. Sur l’autre, on la voyait de dos, mais de plus près.

Léo examina les photos. Pour autant que sa mémoire ne le trahisse pas, le peu de ce qu’il voyait n’évoquait rien dans ses souvenirs. Il reconnaissait son ancien partenaire Singer, mais la fille qui l’accompagnait à la fête lui était inconnue. Dans la brèche temporelle,  c’était quand même bien après son accident. Singer avait aussi ses petites amies, il en avait croisé une de temps en temps, mais aucune ne lui rappelait celle qu’il regardait sur la photo.

– Non, mon vieux Marly, je crois pouvoir affirmer que je ne la connais pas. Mais tu sais, il a dû en passer plus d’une depuis que nous avons cessé de nous voir.

– Cela ne m’étonne qu’à moitié, ce n’est qu’une parmi les autres. Par rapport à la fête chez le père d’Isabelle et le meurtre de ton ancienne amie,  quel est le décalage dans le temps.

– J’ai déjà réfléchi à la question, la fête a eu lieu environ un mois après. Donc on peut écarter le fait que Lucienne  se soit séparée des chaussures avant son meurtre, au pire le supposer.

– Et ton commissaire, commet a-t-il reçu ton témoignage ?

– Il a eu l’air très intéressé. Il a fait venir un de ses inspecteurs auquel j’ai répété toute l’histoire. Il lui a donné l’ordre de mener une enquête de suite. Il m’a téléphoné hier soir, il m’a dit que l’enquête se poursuivait et même qu’elle avançait. Pour l’instant, ils recherchent principalement Singer, pour l’instant introuvable. Ils épluchent le dossier du meurtre de Lucienne. A l’époque, ils avaient étudié la piste des habits qu’elle portait, à défaut d’indices plus parlants. Le manteau avait été acheté sur le boulevard de Clichy dans une petite boutique. Les bas avaient été un indice encore plus parlant. Ils étaient de marque américaine, il semble qu’ils ne se vendaient que dans une boutique qui importait des trucs américains, elle aussi située dans une rue de Pigalle. Lors de la première enquête, ils avaient supposé que le meurtre pouvait avoir une relation avec le milieu. Ils n’ont jamais vraiment changé d’avis,  mais tu connais la loi du silence qui le chapeaute. Un indicateur avait pourtant fourni un indice. Il avait vu plusieurs fois Lucienne venir avec un homme  à « Minuit Chanson », tu sais cette boîte où tu achetais des jetons pour écouter de la musique. Une sorte de jukebox de l’époque.*

– Oui je m’en souviens, j’y suis allé quelquefois, c’était assez fréquenté.

– Ils ont recherché ce type, sans résultat. D’après l’indicateur, il essayait de percer dans le milieu, mais il était considéré comme un demi-sel. Nul doute que s’ils avaient eu une occasion de le balancer, ils l’auraient fait. Ce qui semble plus ou moins certain, tout à l’air de tourner autour de Pigalle. Mon ami commissaire m’a reparlé de l’affaire Rapin, tu te souviens ?

– Oui ce jeune blouson doré, fils à papa, qui voulait devenir un caïd ?**

– Lui-même, eh bien il semble pour les flics que le fameux bonhomme était un cas un peu semblable.

– Mais s’ils ont si peu d’indices et s’il a disparu de la circulation, comment peuvent-ils l’affirmer ?

– Je ne t’ai pas précisé une chose, la boutique où les bas ont été achetés, c’était lui le propriétaire. Il l’a vendue quelques temps avant le meurtre. Il a dit qu’il la vendait par besoin d’argent.  L’indicateur a aussi dit qu’il fréquentait un certain Monti, un souteneur connu sur la place, qui s’est fait buter deux ou trois semaines après Lucienne. Il a ramassé six balles dans le buffet alors qu’il relevait ses compteurs. On sait aussi, d’après un autre indicateur, que Monti était en froid avec ses collègues pour une histoire de gagneuse qu’il avait soi-disant tabassée parce qu’elle refusait de travailler pour lui.

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– Dis donc, tu en  sais des choses.

– Nous avons parlé au moins une demi-heure au téléphone, il a éclairé ma lanterne, mais il voulait aussi savoir, si j’avais la moindre idée de que qu’était devenu Singer.

– Et tu sais quelque chose?

– Rien, je suis sorti de tout cela il y a longtemps. Mais il y a deux ou trois ans, on m’avait dit qu’il s’était taillé en Algérie et qu’il avait acheté une maison là-bas. Mais c’est des on dit. Les flics vont quand même faire des recherches de ce côté-là. Ils en sauront plus prochainement. Si jamais tiens les photos à disposition, ils en auront peut-être besoin.

Un bruit de pas se fit entendre dans l’escalier  qui montait du bistrot. La femme à Marly pénétra dans le salon :

– Il y a un monsieur de la police qui te demande.

– Fais-le monter, il y a sûrement du nouveau !

* Lieu ayant existé ** Histoire criminelle authentique

A suivre

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4 réflexions sur “Léo coeur de nylon (17)

  1. J’ai habité Pigalle, croisant des dames qui avaient leur M² de macadam. Quelques petites rues idéales pour ce type d’ambiance.

    Les bobos ont pris d’assaut le coin, maintenant c’est branchouille, faux populo.

    • Cher Gentleman,

      Je connais Pigalle depuis bientôt 40 ans, il est vrai que ce que j’en ai vu la dernière fois, c’était plutôt changé par rapport à ce que j’ai vu au début. Par contre, dans les années 70 et début 80, « Minuit Chanson » existait encore sous forme de salle de jeu. J’y ai passé quelques soirées.
      Amitiés

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