Léo coeur de nylon (18)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa. Après une nuit d’insomnie, il parle avec Marly qui devrait l’aider à élucider la mort mystérieuse d’une de ses anciennes conquêtes, Lucienne. Léo attend le soir où il va pouvoir parler avec Marly et son amie, en espérant que la lumière jaillira de sa conversation. Lors de la conversation, l’amie cite un nom qui fait réagir Léo, un ancien musicien de Léo qui semble tremper dans une histoire louche. La conversation se poursuit, il veut montrer une photo de son ancienne conquête, ils concluent qu’ils doivent informer la police de leurs découvertes. Un policier demande à voir Léo.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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L’homme qui entra dans la pièce sentait le flic à plein nez. A l’heure où la jeunesse s’habillait en jeans et portait des badges annonciateurs de la révolution, il avait le costume classique qu’aurait pu porter le commissaire Maigret dans n’importe laquelle de ses enquêtes. Singeant son illustre collègue, il tenait une pipe qui lançait des relents de tabac parfumé à la cerise, tout autant que des volutes de fumée.

– Inspecteur Laverne, j’aurais quelques questions à vous poser, dit-il en tendant sa main vers Léo.

Léo acquiesça d’un air entendu.

– Je vous présente Marly, c’est un peu lui qui est à l’origine de toute cette histoire.

Laverne se fendit d’un sourire en lui tendant également la main.

– Je ne m’attendais pas à vous trouver ici, mais le chef m’a parlé de vous, il se peut que vous me soyez utile.

– Vous prendrez bien quelque chose, demanda Léo.

– Je prendrai volontiers un blanc sec, si c’est possible.

Léo lança la commande à travers l’escalier et les trois s’assirent dans le salon. Laverne prit la parole :

– Ce rebondissement dans l’affaire du meurtre de Lucienne Aubier, n’est pas sans nous intéresser. Il se peut que nous arrivions à quelque chose. Nous recherchons activement Singer, nous explorons la filière algérienne, pour l’instant sans résultat. Nous ne savons pas exactement ce qu’il se passait entre la femme accidentée et lui. D’un autre côté, nous avons retrouvé le fabricant des fameuses chaussures. Sa boutique n’existe plus, il a pris sa retraite et vit toujours à Paris. Il se rappelle très bien les avoir faites. Il est affirmatif, c’est la seule paire qu’il a faite. Il se souvient aussi que c’était une commande de la part d’un chanteur pour une de ses amies. Donc, il s’agit bien des vôtres, la marque de l’artisan gravée sur le cuir en fait une paire unique, celle que vous avez vue et qui ont atterri dans les affaires de la femme du général.

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– Vous avez pu avoir un contact avec lui ?

– Oui, nous avons envoyé un collègue de là-bas pour lui poser quelques questions. Il se souvient très bien de l’incident, il a même marqué son mécontentement sur le moment. Ce qui l’a surtout énervé, c’est que la femme avait bu plus qu’assez, d’où l’accident. Nous avons retrouvé des traces de son séjour à l’hôpital, ce que nous avons surtout appris, c’est son nom. Elle s’appelle Geneviève Lacour. Elle était connue dans les milieux de la prostitution sous le nom de Maude. Elle était sous la houlette d’un souteneur du nom Pierre Monti.

– Le souteneur qui s’est fait buter ?

– En effet, c’est bien lui. Nous avons fait le rapprochement, parce que lors de l’enquête sur son meurtre, elle avait été interrogée. En apparence, elle ne savait rien sur le ou les assassins, en apparence seulement. Elle semble avoir quitté définitivement la prostitution après cette histoire, du moins sur Paris. Mais il y a mieux, une ancienne pouliche à Monti, qui exerce encore, disons en période de soldes, est formelle, elle connaissait Lucienne Aubier. Elle n’a pas hésité une seconde quand on lui a montré une photo. D’après elle, Monti avait des vues sur elle, il voulait la mettre au travail pour son compte.

– Quand nous nous sommes quittés avec Lucienne, elle m’avait parlé d’un homme qui commençait à compter pour elle. Elle ne m’a jamais dit son nom. Pourrait-il s’agir de ce Monti ?

– Je ne peux pas vous en dire plus. Mais d’après ce que vous avez dit et le moment où le témoin situe l’intérêt de Monti pour Lucienne, c’est dans doute plus tard. Je ne pense pas que la personne dont elle vous parlait pourrait correspondre à Monti. J’ai réfléchi à la question un peu plus longuement, j’ai une petite idée. D’après les indices recueillis lors du meurtre de votre ancienne copine, les vêtements qu’elle portait, surtout les bas, nous ramènent à cette boutique qui vendait des trucs américains. Le propriétaire de cette boutique avait des liens avec Monti, il semblerait qu’il comptait un peu sur lui pour l’introduire dans le milieu. Cet homme nous savons qui c’est maintenant, il se nommait Emile Kastler. Je le dis sous réserve, il pourrait s’agir de l’homme pour lequel elle vous a quitté.

– C’est possible, elle m’avait dit qu’il était dans les affaires, mais ne m’a jamais précisé lesquelles. Mais sait-on ce qu’il est devenu ?

– Il s’est volatilisé. Il semble que son désir d’entrer dans le milieu tenait un peu d’un envie de jouer au gangster, comme s’il tournait dans un film. Il avait une certaine fascination. A l’époque du meurtre, un témoin avait raconté que les gens du milieu s’amusaient avec lui. Ils profitaient pour le faire marcher et lui, il courait. Ils lui mettaient des gages pour prouver sa bonne foi et se montrer digne de leur confiance. Un vrai gogo ! On a jamais exclu qu’ils l’aient fait disparaître, mais on n’a jamais retrouvé sa trace. Mais j’en viens aux questions que j’avais à vous poser.

– C’est avec plaisir, affirma Léo, l’air très dubitatif.

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– Après votre séparation avec votre amie, elle ne vous a jamais donné signe de vie ?

– Quand nous nous sommes quittés, elle m’avait dit qu’elle me le présenterait à l’occasion, mais cela ne s’est jamais fait.

– Auriez-vous un détail dont elle aurait pu vous parler concernant son nouveau copain ?

– Quand elle m’a annoncé la nouvelle, j’étais un peu surpris, mais sans aucune amertume. Vous savez, les femmes passaient dans ma vie comme les avions dans le ciel.  Je n’ai pas manifesté de curiosité spéciale, du genre il est plus riche que moi ou il baise mieux que moi. La seule chose que j’ai sue de lui, un détail que Lucienne m’avait en rigolant, c’était un héros. il avait reçu une balle dans le lobe de l’oreille. Il lui en manquait un bout. Pendant la guerre, il avait participé aux sabotages de voies ferrées.

– Elle vous a dit ça ? Eh bien, nous avons fait un pas de plus !

A suivre

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