Léo coeur de nylon (19)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa. Après une nuit d’insomnie, il parle avec Marly qui devrait l’aider à élucider la mort mystérieuse d’une de ses anciennes conquêtes, Lucienne. Léo attend le soir où il va pouvoir parler avec Marly et son amie, en espérant que la lumière jaillira de sa conversation. Lors de la conversation, l’amie cite un nom qui fait réagir Léo, un ancien musicien de Léo qui semble tremper dans une histoire louche. La conversation se poursuit, il veut montrer une photo de son ancienne conquête, ils concluent qu’ils doivent informer la police de leurs découvertes. Un policier demande à voir Léo. Il lui pose des questions destinées à faire rebondir l’enquête sur le meurtre de son ancienne copine.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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-Ah oui, s’étonna Léo.

– La description correspond à Kastler, on m’a signalé ce détail qu’il avait à l’oreille. Les gens du milieu le surnommaient ironiquement Van Gogue, allusion au peintre, à son oreille coupée et à l’endroit au fond à gauche.

Léo ne put retenir un sourire crispé, tout en commentant :

– Si Lucienne a su cela, elle ne m’en aurait pas parlé en termes aussi charmants. Mais savez-vous quand elle l’a raconté s’il fricotait déjà avec le milieu ?

– D’après ce que je sais, il n’en était jamais très éloigné et depuis assez longtemps, très probablement avant qu’il la rencontre. A mon avis, s’il avait été introduit dans le milieu de manière plus certaine, il n’est pas à exclure que dans ses vues il destine Lucienne à devenir une de ses gagneuses, c’est une pratique assez courante, il faut bien que ces messieurs aient des rentrées d’argent. Mais de votre côté, vous n’avez pas encore un souvenir, un fait qui pourrait nous éclairer, vous avez peut-être oublié quelque chose.

– J’ai bien peur que non, la seule fois où j’ai entendu reparler de Lucienne, c’était après son meurtre quand on en a parlé dans les journaux.

– Je vais vous poser une question très précise, quand avez-vous pour la première fois, entendu parler du meurtre de Lucienne, seulement par les journaux, j’en doute un peu ?

– Vous avez raison, j’ai en effet vu un ou deux articles dans les journaux, mais cela m’aurait très probablement passé sous le nez, s’il n’y avait eu que cela. C’est le patron d’une petite boîte, le Lugano, rue Massé, qui m’en  a touché le premier mot. Il savait qu’on se connaissait Lucienne et moi, j’étais connu à l’époque. Nous sommes allés quelques fois prendre un verre dans sa boîte après les concerts.  En fin de compte, cela ne m’étonne pas, nous retournons dans Pigalle, il devait connaître les cancans du quartier.

– Savez-vous s’il est toujours en activité et son nom ?

– Je ne sais pas, c’est possible. Je ne connais pas son nom précis, mais ses clients l’appelaient Hervé, moi aussi.

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– Bien, je vous remercie, il doit se rappeler comment il a su que Lucienne était morte, surtout avant que les journaux n’en parlent. Lors de l’enquête sur son meurtre, il n’a sûrement jamais été interrogé, ni ne s’est manifesté. Encore une question, pouvez-vous situer exactement  la chronologie dans le temps. Quand vous avez lu l’histoire dans les journaux, vous souvenez-vous d’un autre événement dont aurait-pu parler un journal ou l’autre. Etait-ce le même jour ou le lendemain où vous avez été au courant de l’histoire ? Je veux être sûr que votre bistrotier n’avait pas lu lui-même l’histoire dans les journaux. Si ce n’est pas le cas, il doit tenir le renseignement d’une source  bien informée. N’oublions pas que le corps a été retrouvé bien loin de Pigalle. En général, la police publie un article de presse plus tard, à moins qu’il s’agisse d’un événement considérable ou impliquant quelqu’un de connu.

– Je peux être précis. Le jour même, après l’avoir appris, j’ai acheté le Figaro. Il n’y avait aucune allusion au meurtre, par contre ils en parlaient le lendemain. Je ne me souviens pas d’un autre fait qui aurait attiré mon attention dans l’actualité. Malgré tout, je me souviens d’un fait de météorologie. Quand j’étais dans la boîte. vers 20 heures, j’ai retardé ma sortie il y avait un violent orage sur Paris, il a grêlé des balles de ping-pong pendant plusieurs minutes.

– Très bien, je vais pouvoir cibler très précisément la chronologie des faits. Vous savez, je n’imagine pas que le tenancier du Lugano soit juste un simple tenancier. Ces petites boîtes de Pigalle sont toutes plus ou moins accoquinées avec le milieu. C’est une source de renseignements de première main pour nous. Souvent, on les laisse tranquilles moyennant quelques petits renseignements, c’est le jeu. Je vous remercie encore et je vous tiens au courant, je reviendrai vous dire bonjour, soyez-en sûr. Maintenant pause, c’est ma tournée, faites-nous monter une tournée sur mes fesses.

L’inspecteur Laverne semblait remonté comme une pendule avec un ressort et une balancier neufs quand il quitta les lieux. Marly, qui avait observé un silence de mort pendant toute la conversation, put enfin ouvrir la bouche :

– C’est un méticuleux ce mec. A mon avis, il ne l’a pas dit, mais il semble en savoir bien plus qu’il a voulu nous en dire. Peut-être voulait-il vérifier certaines choses. Ce n’est qu’une impression, mais je crois qu’il connaît le patron du Lugano.

– C’est aussi mon impression, dès que j’ai lâché son prénom, il est tout de suite parti dans son histoire de dates. Et tout ça parce que j’ai fait faire une paire de godasse à une copine et que la tienne a eu la bonne idée de les porter pour venir ici. Entre les deux quelques années et un meurtre pour sceller le tout

– Tu vois Léo, on se connaissait sans se connaître. Nous sommes chacun une des extrémités du maillon d’une histoire pas très reluisante. Nous ne le sommes pas nous même, mais il y a pire que nous.

– Oh toi, tu as fait bien plus que moi, tu as risqué ta vie pour une cause, tandis que moi je cherchais la facilité des choses futiles. Pendant que tu étais déporté, mais j’essayais de plaire à l’occupant avec mes petites mélodies toutes faites. La seule excuse que je peux mettre sur le tapis, je ne savais rien faire d’autre.

– J’ai aussi mes faiblesses, je bande en regardant les photographies de ton livre de souvenirs un peu particulier.

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– C’est pas une faiblesse, c’est la chose pour laquelle nous sommes des hommes, assurer la continuation d’une bande de cons. Bien que toi et moi, on a pas trop contribué à la chose, malgré toutes les paires de bas que nous avons parcourues de nos mains avides et curieuses. Et je ne parle pas de toutes les jarretelles qui se cachaient sous les jupes. J’ai vécu, je vis, je vivrai pour cela !

– Léo cœur de nylon !

– Oh ça va, j’abandonne un instant mon fétichisme pour aller préparer les deux entrecôtes et la montagne de frites que nous allons bouffer !

– Descendons, il y a peut-être plein de femmes avec des bas à coutures qui prennent l’apéritif en bas.

– En bas, des femmes en bas ?

– Oui tu verras, on va devenir basbas cool, c’est la nouvelle expression, j’ajoute deux s pour faire plus vrai.

– Je me demande si la femme à Laverne porte des bas ?

– T’as qu’à lui demander, tu lui diras que tu fais une enquête, ça le changera un peu ! 

A suivre

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A suivre

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