Léo coeur de nylon (20)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa. Après une nuit d’insomnie, il parle avec Marly qui devrait l’aider à élucider la mort mystérieuse d’une de ses anciennes conquêtes, Lucienne. Léo attend le soir où il va pouvoir parler avec Marly et son amie, en espérant que la lumière jaillira de sa conversation. Lors de la conversation, l’amie cite un nom qui fait réagir Léo, un ancien musicien de Léo qui semble tremper dans une histoire louche. La conversation se poursuit, il veut montrer une photo de son ancienne conquête, ils concluent qu’ils doivent informer la police de leurs découvertes. Un policier demande à voir Léo. Il lui pose des questions destinées à faire rebondir l’enquête sur le meurtre de son ancienne copine. Après le départ du policier, Léo invite Marly à discuter et manger un morceau..
Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Léo donna des instructions à sa femme pour qu’elle prépare les entrecôtes dont il avait promis la dégustation prochaine. Il se chargerait de les préparer le moment venu, c’est-à-dire dans pas longtemps. Ils se mirent dans un coin tranquille du bistrot et entamèrent un apéritif qui se voulait généreux. En ce début de soirée, la clientèle était parsemée et Léo avait un peu bousculé ses horaires. Normalement, il aurait dû être derrière le comptoir, mais en raison des derniers événements, c’était la petite Marie-Thérèse qui assumait le service. Elle venait de temps en temps donner un coup de main à la demande de Léo. Il l’adorait, un vrai petit bout de demoiselle, haute comme trois pommes, débordant d’énergie, un sourire presque éternel figé sur son visage. Elle était plutôt bien roulée, couplé avec sa vitalité, Léo l’avait surnommée sa centrale anatomique. Avec elle, rien ne manquait sur les tables ou le comptoir, le client était le roi, le vrai roi. Ses yeux pétillants derrière ses lunettes, ne manquaient jamais de remarquer le verre presque vide, ou le geste fatidique du client qui allait partir sans payer. Une vraie perle qui amusait Léo à plus d’un titre, elle portait toujours des talons presque aussi hauts qu’elle. Il se demandait toujours comment elle arrivait à se déplacer aussi vite, sans jamais se tordre un pied ou carrément se casser la gueule. Elle n’était sans doute pas insensible au charme de Léo vieillissant, mais il n’avait jamais eu la moindre vue sur elle. Il se foutait éperdument de savoir si elle portait des bas ou des collants, il connaissait d’ailleurs la réponse, des collants. C’est peut être la première fois qu’il considérait une femme attirante uniquement dans une relation de grande affection.

Léo se leva pour aller préparer les entrecôtes, il avait décidé de les accompagner d’une sauce bordelaise, son cœur balançait souvent entre bordelaise et béarnaise, pour ce soir ce serait la première option. Il ne passa pas plus de temps qu’il n’en faut dans la cuisine, il avait hâte de manger et de retrouver la compagnie de Marly. Lui qui n’était qu’un client presque comme les autres, semblait soudain prendre une part plus importante de sa vie. Il lui avait permis de tirer cette épine, qui n’était sans doute pas bien grande, mais qui lui faisait parfois si mal, la mort de Lucienne. Ce n’était pas encore une certitude, mais tout semblait indiquer un éclaircissement proche, même plus, il l’espérait. C’est drôle comme les choses qui nous pèsent par ignorance, deviennent si légères quand on les connaît. Plus drôle encore, comment le destin peut jouer avec tout un chacun. Deux personnes qui se connaissent jouent avec l’invisible. L’une a un problème que l’autre ignore, et l’autre ne sait pas qu’il peut résoudre ce problème. Il faut un troisième comparse, un rien qui n’appartient ni à l’un, ni à l’autre, pour que la lumière perce les ténébres.

– Bon appétit Marly, ne mange pas trop, il y encore un petit fromage que je trouve chez l’épicier du coin, qui fera merveille après tout ça. Il est fait avec du lait  cru, pas avec ces espèces de liquides blanchâtres  qui osent se donner le nom de jus de vache.

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– T’en fais pas, j’ai les dents d’un loup ce soir ! C’est un super repas, tes frites sont de première, je vois que l’huile, c’est pas celle de ta bagnole après avoir fait la vidange !

– Eh oui, les frites à l’huile de vidange je laisse cela à mes collègues mauvais bistrotiers.

– Si tu es sage, Isabelle nous rejoindra plus tard pour prendre un verre.

– Ah tu aurais dû me dire qu’elle venait, on aurait fait table à trois.

– Oh ce sera pas avant une bonne heure, même plus. Tu sais qu’elle t’a à la bonne, elle adore tes histoires !

– C’est tant mieux, je lui servirai une bonne histoire avec des bas ou des jarretelles, je ne sais bien raconter que ces histoires-là.

– Je sais, je sais, je les aime aussi figure toi.

– Ah ben, en attendant, pour agrémenter la bouffe, je vais t’en servir une, vraie en plus. Tu sais comment je me suis trouvé un peu con à cause d’un bas ?

– Je ne sais pas, mais raconte, raconte !

– A l’époque, j’avais passé une soirée d’après concert avec une certaine Valentine. Ses parents lui avaient donné ce prénom, car ils s’étaient rencontrés à un concert de Maurice Chevalier. Elle était mignonne et avait des jambes de déesse. Je l’avais repérée quand j’étais sur scène, elle était au premier rang, toute seule. Quand on est sur scène, en général on ne regarde personne en particulier, le public, que la salle soit petite ou grande, est une sorte de brouillard dans un décor vague. C’est un peu comme ces dessins chinois, où tout semble être suspendu dans les nuages. Quand on a fini une chanson on peut se permettre une petite relâche, on fixe dans le regard quelques personne au hasard ou presque. Il se peut aussi que l’on connaisse quelqu’un en particulier, une personne importante, on fait un effort et on la fixe plus longtemps, pour voir si elle apprécie ou non. Cette Valentine, dès mon entrée en scène, je l’avais remarquée. Il me semblait l’avoir déjà vue, même de la connaître, mais je n’arrivais pas à la remettre à la bonne place. Ca m’agaçait gentiment, alors je lui glissais de nombreux regards et elle dut les prendre pour un intérêt particulier de ma part. A la fin du concert, je faisais au moins un rappel. J’ai demandé à un éclairagiste d’aller inviter, en la lui désignant, la dame qui accaparait mon attention.

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Marly imaginait Léo demandant ce service, comme s’il s’agissait de changer une ampoule dans sa loge.

– Elle est venue sans se faire prier. Je lui ai demandé si on s’était déjà rencontrés, mais elle fut affirmative, ce n’était pas le cas. Elle a sans doute pris cela pour un truc de ma part afin de l’avoir près de moi. Mais j’ai bien remarqué que cela ne lui déplaisait pas d’être là, bien au contraire. Alors, je l’ai invitée pour prendre un verre à mon hôtel. Elle accepta, mais elle désirait changer un de ses bas qui avait filé. Tu sais mon cher Marly, que c’était fréquent que les dames achètent leurs bas à la douzaine. Quand il y avait un problème, on le changeait et c’était réglé. Pas comme ces foutus collants d’aujourd’hui où il faut jeter le tout en cas d’accident, quel gaspillage !

Marly se fendit d’un large sourire, oui il savait et approuvait entièrement

– Elle leva sa jupe sans faire de manières, devant moi. Je pus me régaler quand elle détacha son bas, retenu par de mignonnes jarretelles blanches et un porte-jarretelles très coquin. J’étais déjà dans tous mes états, je pensais à la suite, du moins je l’espérais. Je crois bien qu’elle fit durer le plaisir exprès, elle tissait sa toile en nylon. Elle me tendit son bas filé :

– C’est en guise de souvenir me dit-elle. Vous donnez des autographes, moi je donne mes bas filés.

– Je mis le bas dans ma poche avec un sourire complice et nous partîmes pour mon hôtel. La suite se passa comme prévu, une charmante soirée avec prolongements. Je n’en dirai pas plus.

Marly approuva d’un signe de tête, mais il se doutait bien que l’histoire n’était pas tout à fait finie. Sans qu’il le demande Léo poursuivit :

– Le soir suivant, j’avais un concert de prévu dans une autre ville. Il eut bien lieu comme prévu, mais ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’en plein concert pour m’éponger le front entre deux morceaux, je me suis épongé avec le bas de Valentine, ce qui ne manqua pas de provoquer quelques sourires chez ceux qui s’en sont aperçus.

– Heureusement qu’elle t’avait pas fait cadeau de son porte-jarretelles !

– Ah là, j’aurais fait la une de « Ici Paris » !

– Le chanteur de charme a des charmes cachés !

– Léo, il y a un monsieur qui veut te parler au téléphone…

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A suivre

2 réflexions sur “Léo coeur de nylon (20)

  1. Sacré Léo. Cette histoire de bas gardé dans sa poche me rappelle à moi aussi de bien bons souvenirs.
    Bravo Boss.
    Lire un épisode de cette histoire le matin avant d’aller au chagrin, me rend la chose moins pénible.
    Souvent les mains dans les poches,à cause du froid et avec un nylon à couture de qui vous savez…Et oui moi aussi,Boss, comme Léo.

    • Merci Daniel,
      Je ne doute pas un instant des bonnes histoires qu’il a pu vous arriver avec des bas, je vous connais assz pour le dire.
      Ah ben si ce bon vieux Léo peut aider à supportes une journée de travail, eh bien c’est gagné pour moi. Remarquez que je soupçonne certains de les lire au boulot, j’en suis tout autant flatté. C’est ma manière de lutter contre le grand capital…
      Amitiés

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