Léo coeur de nylon (21)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa. Après une nuit d’insomnie, il parle avec Marly qui devrait l’aider à élucider la mort mystérieuse d’une de ses anciennes conquêtes, Lucienne. Léo attend le soir où il va pouvoir parler avec Marly et son amie, en espérant que la lumière jaillira de sa conversation. Lors de la conversation, l’amie cite un nom qui fait réagir Léo, un ancien musicien de Léo qui semble tremper dans une histoire louche. La conversation se poursuit, il veut montrer une photo de son ancienne conquête, ils concluent qu’ils doivent informer la police de leurs découvertes. Un policier demande à voir Léo. Il lui pose des questions destinées à faire rebondir l’enquête sur le meurtre de son ancienne copine. Après le départ du policier, Léo invite Marly à discuter et manger un morceau. A la fin du repas, on le demande au téléphone…
Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Léo s’excusa, se leva de table et se dirigea vers le téléphone. Marly le suivit du regard, il le vit prendre la cornette et écouter pendant un moment en silence. Il connaissait toutes les mimiques de Léo et il devina que son invisible interlocuteur ne lui réservait pas une table pour la soirée. Léo, entre deux paroles prononcées, fit quelques signes d’intelligence avec Marly. Finalement, il raccrocha et revint s’assoir à la table :

– C’était ce que tu me permettras d’appeler ton beau-père, le père d’Isabelle. Il a mené sa petite enquête, suite à la visite du policier chez lui. Il a retrouvé un ou deux témoins qui étaient là lors de la fameuse soirée. Il m’a communiqué un renseignement qui me semble intéressant. Une des personnes qui servaient au bar, une ancienne ordonnance du général, a entendu une conversation où il était question de ces fameux souliers. Il se souvient très bien qu’ils avaient un coeur sur le devant, donc il ne peut s’agir que d’eux. Singer et son amie étaient au bar pendant une des pauses de l’orchestre. Un invité s’est intéressé à ses souliers et lui en a fait le compliment.  D’après ce qu’il dit, elle était déjà pas mal lancée, avait pas mal tapé dans les boissons. Quand elle a entendu le compliment, elle s’est mise à rire un peu bêtement en disant qu’ils valaient une place en enfer. Singer, lui a alors ordonné de fermer sa grande gueule, en termes choisis. Tu en penses quoi Marly ?

– Je savais que mon beau-père, comme tu dis, moi je l’appelle Justin, c’est son prénom, voulait un peu approfondir  les événements de la soirée. Il pensait retrouver des témoins directs. Je lui ai demandé de ne pas en parler aux flics avant d’en parler à Isabelle. Je pense qu’elle a jugé que c’était assez intéressant pour qu’elle donne ton numéro de téléphone à son père. C’est un peu toi qui dirige l’enquête. Ceci dit, cela m’a l’air très intéressant. Si on peut faire confiance à ce témoin, il semble bien que ce n’est pas au marché aux puces qu’elle a trouvé de quoi chausser ses pieds. Sa réflexion, une place en enfer, laisse supposer qu’elle savait  sûrement quelque chose sur leur provenance, disons un peu bizarre. Singer paraît être aussi bien informé, puisqu’il lui a demandé de fermer sa gueule. Ces deux coquins, il faut les retrouver si c’est possible. Enfin ce n’est pas notre boulot.

– Je sais, je sais, j’ai suggéré au général d’informer, de relancer son inspecteur, qu’il aille aussi interroger ce témoin. Il arrivera certainement à en tirer plus. A part ça, ce général m’a l’air d’un type très bien. Il avait l’air enchanté de me parler et m’a félicité pour mes démarches auprès de la police.

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– Je l’ai rencontré, c’est un  bon papa gâteau pour sa fille, devant-elle, c’est lui l’ordonnance. Il aime faire son bonheur. Je crois qu’il est assez fier que sa fille fréquente un ancien résistant. Il a aussi fait sa part, nous sommes en quelque sorte des anciens collègues. La seule différence, moi j’ai horreur de l’armée. Je me suis battu pour une cause qui n’aurait jamais existé, si l’armée avait fait son travail au lieu de parader. On se souvient tous de 40 et de ce qui l’a précédé.

– Oui, ils avaient l’habitude de faire la guerre à coups de canons, mais dans les bistros, et pas avec des obus de plus de deux décis. Tiens, mais voilà Isabelle !

En effet, elle venait d’entrer dans le bistrot cherchant son amoureux du regard. Elle était resplendissante, perchée sur ses talons, ses bas à coutures soulignant impeccablement le milieu de sa jambe. Une vraie pin-up, songea Léo. Décidément, songea-t-il encore, si l’armée française n’était pas toujours vaillante au combat, pour ce qui était des batailles  de plumard, là, elle avait remporté une belle victoire. Toujours prévenant, il se leva :

– Bonsoir Isabelle, cela me fait plaisir de vous voir, asseyez-vous, vous désirez manger quelque chose ?

– Bonsoir Léo, je me contenterai d’un café, j’ai déjà grignoté la moindre. Mon père vous a téléphoné ?

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– Oui, tout à l’heure. Vous le remercierez encore, c’était très intéressant. Nous sommes arrivés à la conclusion que ces deux crabes, il fallait les pincer. Ils doivent tremper d’une manière ou d’une autre dans le meurtre, loin ou près, cela nous paraît évident.

– Quand mon père, m’a raconté son histoire, j’ai pensé  qu’il fallait qu’il vous en parle.

– Dès demain, je vais informer Laverne de notre conversation.

– Laverne ?

– Oui c’est l’inspecteur qui est venu me questionner cet après-midi. Il a l’air de savoir pas mal de choses. Il va poursuivre l’enquête, j’ai l’impression que nous allons avoir tantôt de bonnes nouvelles.

Isabelle se blottit dans les bras de Marly, après lui avoir collé un gros bisou sur la joue, lui laissant une trace de rouge à lèvres en forme de cœur. En rigolant, Marly sortit un mouchoir et fit un brin de toilette spontanée.

– Le rouge à lèvres est une invention du diable, permettant aux dames de mettre un sceau sur ceux qu’elles aiment. C’est comme le cachet postal, il ne manque que la date et le lieu de dépôt.

– Tu as raison Léo! Heureusement que les bas ne font pas de même, sinon on aurait les mains toutes colorées.

– Si c’était le cas, j’en connais un qui devrait les avoir comme ça en sortant du métro ce soir, lança Isabelle.

– Ah oui, qui ? interrogea Marly avec un air soupçonneux…

– Un inconnu. J’étais dans le métro ce soir à six heures. Il y avait un monde pas possible, serrés les uns contre les autres, pire que des sardines. Un homme derrière moi, avait la main baladeuse. Je crois bien qu’il se doutait que j’avais mis des bas, il cherchait la confirmation en tâtonnant ma jupe, l’air de rien, pour trouver mes jarretelles.

– Merci de m’avoir appris que j’avais un fils, interrompit Léo en rigolant. Je m’en doutais un peu, mais ma femme n’a jamais voulu me le dire !

– Je crois plutôt que c’était votre père, du moins c’est la première fois que l’on verrait un fils plus âgé que son père.

– Mes espoirs de paternité s’envolent, mais dites-moi, vous l’avez laissé faire ?

– Je lui ai joué un tour à ma manière. J’ai imité le bruit d’un pet très fort, tout le monde a entendu. Je l’ai traité de gros dégueulasse en rajoutant que ça puait. Comme personne ne regardait, tout le monde a cru que c’était lui. Et en plus, je suis sûre que par suggestion, certains ont senti une drôle d’odeur. Le mec n’a plus bougé un œil, d’autant plus que deux ou trois voyageurs ont fait écho à mes protestations.

– Redoutable ta copine Marly, j’ai avantage à garder mes mains dans les poches, bien qu’à une époque ce n’était pas trop dans mes habitudes. Mais il faut que je vous en raconte une, c’était pas dans le métro, mais dans le train. Il y a aussi de femme avec des bas, mais pas l’ombre d’un bruit incongru.

A suivre

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