Léo coeur de nylon (22)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. A la fermeture du bistro, Léo consulte son album de photos, se couche et pense à son ancienne conquête, Léa. Après une nuit d’insomnie, il parle avec Marly qui devrait l’aider à élucider la mort mystérieuse d’une de ses anciennes conquêtes, Lucienne. Léo attend le soir où il va pouvoir parler avec Marly et son amie, en espérant que la lumière jaillira de sa conversation. Lors de la conversation, l’amie cite un nom qui fait réagir Léo, un ancien musicien de Léo qui semble tremper dans une histoire louche. La conversation se poursuit, il veut montrer une photo de son ancienne conquête, ils concluent qu’ils doivent informer la police de leurs découvertes. Un policier demande à voir Léo. Il lui pose des questions destinées à faire rebondir l’enquête sur le meurtre de son ancienne copine. Après le départ du policier, Léo invite Marly à discuter et manger un morceau. Une information éclaire l’histoire sous un jour nouveau. En attendant la suite, Léo va raconter une de ses histoires vécues dont il a le secret.
Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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– Vas-y avec tes histoires de train, sourit d’avance Marly. Je suppose que le train n’a pas déraillé, sinon tu ne serais pas là pour nous la raconter.

– En effet, je suis arrivé à bon port, sans aucun problème. Je devais aller donner un concert à Marseille. Il faut que je vous explique comment se déroulaient mes tournées. A cette époque, nous n’avions pas trente-six solutions. C’était soit le train, soit la voiture. L’avion c’était hors de question, cher et peu pratique pour des liaisons nationales. Je partais de Paris, mais en voiture. Un secrétaire de mon imprésario, Louis, me servait aussi de chauffeur, c’était un vieux complice qui s’occupait de tout. Il m’était spécialement attitré pour les déplacements lointains ou les tournées qui comptaient plusieurs dates. Mon orchestre suivait son propre chemin, avec le matériel. Il arrivait aussi qu’il ne vienne pas du tout. Un orchestre local, connaissant mon répertoire, pouvait aussi faire l’affaire. La voiture, une DS, nous permettait de descendre vers Marseille tranquillement, avec un arrêt dans la soirée pour dormir dans un endroit ou un autre. Nous avions le temps, il fallait être à destination en fin d’après-midi, le lendemain. Bien sûr, nous empruntions la fameuse nationale 7, si chère à Trenet, mais il ne l’avait pas encore enregistrée au moment de mon histoire.

– Oui, je crois qu’il l’a enregistré en 1959, ajouta Marly. J’adorais cette chanson.

– On a stoppé le soir vers Roanne, dans un charmant petit hôtel en bordure de route. La soirée s’est déroulée tranquillement, rien de spécial, sinon un bon repas. Nous avons bu un verre et filé nous coucher. Le temps, qui était plutôt beau et doux pour ce mois de février, a subitement changé. Pendant la nuit, une véritable tempête de neige s’est abattue sur tout le sud de la France. Au matin, quand nous avons voulu partir, c’était impossible, routes enneigées, glissantes, malheureusement nous n’avions aucun équipement d’hiver. Ce n’était pas dramatique sur le moment, mais nous avons compris qu’il serait impossible de compter sur la voiture pour nous déplacer. La seule solution envisageable restait le train. Il y avait une gare pas très loin d’où nous étions. Le patron de l’hôtel nous a indiqué l’horaire d’un train partant pour Roanne, qui assurait la correspondance avec un train qui filait vers Marseille, où je pourrais arriver dans l’après-midi. Il fut décidé que je partirais seul, mon chauffeur se débrouillerait avec la voiture pour rejoindre Marseille dès que possible. Heureusement, le prochain concert était prévu à Paris, seulement une semaine après. Quoiqu’il arrive, nous avions le temps de nous retourner.

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Isabelle sourit à Léo :

– Et votre orchestre ?

– Pour cela, pas de problèmes non plus, c’était l’orchestre de la salle de concert qui assurait l’accompagnement. Nous n’avions accepté cette date uniquement parce qu’ils pouvaient fournir des musiciens. Trop de dérangements pour un seul concert. Le seul petit problème restait la mise au point du récital, ils avaient la liste et l’ordre des chansons que j’interprèterais, mais une petite mise au point est nécessaire, quelques petits trucs du métier, quoi !

– Alors, vous avez pris le train ?

– Oui, mais ce je ne savais pas encore, c’est que j’allais faire le voyage en belle compagnie. Une très jolie dame, qui séjournait à l’hôtel devait aussi se rendre à Marseille. Nous nous sommes rencontrés à la réception, quand nous discutions avec le patron. Elle était venue voir sa mère qui séjournait dans une maison de santé du coin. Si notre voiture n’était pas équipée pour l’hiver, elle l’était encore moins. Mon chauffeur a compris ses misères et a proposé de nous accompagner à la gare en voiture, du moins il allait essayer.

– Vous avez réussi ?

– Nous n’avons pas eu trop de problèmes. Nous tenions un peu les quatre coins de la route, heureusement c’était à plat. On a fini par arriver à la gare. En cours de route, elle s’est présentée, elle s’appelait Huguette, elle tenait un magasin de lingerie à Marseille. Vous pensez bien, c’est le genre de nouvelle qui ne pouvait qu’attirer mon attention. Mine de rien, je jetais discrètement des regards sur ses jambes. Elle avait une superbe paire de flûtes, parmi les plus belles que j’aie vues de ma vie. Des bas couleur chair avec une couture rendaient le spectacle encore plus charmant.

– Je vois la scène d’ici, se moqua Marly. Tu étais prêt à annuler ton concert et à retourner à ton hôtel.

– Presque n’est pas tout à fait. Le boulot avant tout. Ce qui m’a fait le plus rigoler sur le moment,  c’est qu’elle semblait ignorer totalement qui j’étais. Pour elle, j’allais aussi bien à Marseille pour vendre des cornemuses que pour aller me baigner dans la Méditerranée. Ce n’est qu’arrivé sur le quai de gare, quand nous sommes montés dans le train, qu’elle est devenue plus curieuse. Avant de nous séparer, nous avons échangé quelques mots avec Louis, disons professionnels, qui l’ont mise sur la voie, sans jeu de mots. Nous sommes montés dans le train.

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– Vous êtes musicien ? m’a-t-elle demandé, une fois installés.

– Musicien, si on veut, je suis chanteur.

– Vous connaissez une chanson qui s’appelle « tes jambes si douces » ?

– Oui je l’ai déjà entendue, je l’aime bien !

– Eh bien c’est moi qui la chante !

– Je retiens plus les chansons que le nom de ceux qui les chantent. Je l’ai entendue plusieurs fois. Quand je suis dans ma boutique, j’écoute la radio.

– Vos affaires marchent bien, vous ne vendez que de la lingerie ?

– Oui, des bas et tout ce qui va avec, des articles de charme et de séduction.

– Vous considérez  que la lingerie est quelque chose qui sert à séduire ?

– Quand vous voyez les dessous d’une dame, vous faites des signes de croix?

– Je dirais que je me mettrais volontiers à prier pour qu’elle ne les cache pas !

– Que pensez-vous de mes bas ?

– Ils vous font des jambes merveilleuses, c’est le moins que je puisse dire.

Léo avait les yeux qui pétillaient en racontant ses souvenirs. Il en avait même oublié sa cigarette qui se consumait en pure perte dans le cendrier. Il reprit :

– Je ne sais pas si elle était sensible à ma célébrité, mais comme je le sentais, nous n’allions pas partir dans une discussion politique. Elle était plutôt du genre à vouloir m’allumer. Je ne savais pas si elle imaginait un moyen de m’éteindre, cela je le saurais quand nous changerions de train à Roanne, je patientais en attendant la suite. Et la suite allait venir, avec ses surprises…

A suivre

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