Léo coeur de nylon (33)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit.  Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Il affirme qu’il croit savoir où se cache ln personnage clé que la police recherche.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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– Tu crois savoir où se trouve Singer ?

Léo avait lâché sa phrase, impatient, comme s’il n’obtiendrait jamais de réponse en ne posant pas cette question.

– Je crois que la piste algérienne est mauvaise ou fausse.  Ce qui me permet de l’affirmer, c’est encore un truc qui peut avoir un lien avec une histoire récente. Il n’y a rien de certain, mais c’est une possibilité.

– Ah bon, fit Léo presque déçu.

– L’été passé, j’étais à l’arrivée d’une étape du Tour de France du côté de Pau. Comme tu le sais, ces arrivées sont toujours une fête locale. Il y a l’arrivée et après toute la suite, fête, bals, et j’en passe. Avec mon amie, elle vient de là-bas, nous étions justement à un des bals qui faisait suite à l’arrivée. Bien sûr, qui dit bal dit orchestre. Cet orchestre était bon, mais pas connu, il y avait trois musiciens.  Nous avons dansé, puis nous sommes allés nous coucher, nous partions le matin pour l’Espagne. Nous devions prendre le train qui va sur Canfranc en passant par le col du Somport. Nous sommes partis le matin vers 8 heures.

– Je connais un peu cette région, j’ai donné un concert dans le coin à Oloron Sainte Marie, c’est sur la route.

– En effet, le train y passe. Dans le wagon, comme je m’emmerdais, j’ai lu un journal local qui traînait par là. C’était celui de la veille, on y parlait en détail de l’arrivée du Tour. J’ai trouvé une publicité qui annonçait le bal où nous sommes allés. Le nom de l’orchestre était mentionné. Sur le moment cela m’a fait rire, car il ressemblait au célèbre Gershwin qui a écrit cette fameuse chanson « Summertime ». De plus, ils l’avaient jouée au cours du bal. Je ne connais pas grand-chose en musique, mais celle-là, je la connais.

– Oui c’est une fameuse chanson, j’ai failli en enregistrer une version en français.

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– Quand nous sommes arrivés à Canfranc, le train s’est arrêté un bon moment. Je ne sais pas si vous savez, mais l’écartement des voies en Espagne est différent, alors ils doivent charger les wagons sur des essieux adaptés aux voiesespagnoles, ou changer de train. C’est ce que nous avons dû faire. Comme nous avions le temps, nous sommes entrés au buffet pour  boire un café. J’en ai aussi profité pour faire un tour de la gare, c’est un chef-d’œuvre d’architecture et de gigantisme, presque digne des surréalistes. Quand nous sommes entrés dans le buffet devinez qui nous avons vu ? *

– Ben je sais pas, tu vas nous le dire le dire.

– Les musiciens de l’orchestre qui avaient  aussi pris le train!

– Pour que tu nous en parle, ils devaient avoir quelque chose de spécial ?

– Physiquement non, mais attendez la suite. Tout à l’heure, quand j’ai regardé la photo du concert chez le père d’Isabelle, celle où l’on voit un plan de l’orchestre, un des musiciens y figurant faisait partie de l’orchestre qui animait le bal.

Les photos étaient toujours étalée sur la table,  Seiler prit celle dont il était question et désigna un des personnages de la photo.

– C’est celui-là, il a un peu changé, mais je suis presque sûr que c’est lui.

– C’est Singer, bon sang ! Mais s’il ne s’agissait que d’une ressemblance ?

– Il y a un deuxième indice, qui peut nous amener vers une presque certitude. Le nom de l’orchestre était celui de Bob Gersin, cela ne te dit rien ?

– Euh… cela devrait ?

– Gersin inversé, cela donne Singer !

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Beau joueur Léo sourit de ne pas avoir remarqué ce jeu de mot qui prenait un éclairage particulier. Il voulait en savoir plus.

– Ensuite que s’est-il passé à Canfranc ?

– On est remontés dans le train, les musiciens aussi. Mon amie et moi, nous sommes descendus à Saragosse, eux aussi. Après, je les ai perdus de vue. Bien sûr, je n’ai pas prêté une attention particulière à ces messieurs. Je n’avais aucune raison.

– C’est pour ça que tu penses qu’il n’est pas en Algérie ?

– J’imagine mal ton mec venir d’Algérie juste pour un concert. Et puis cette histoire est bien récente.

– Ainsi il se serait planqué en Espagne, je suppose qu’il se planque, si c’est bien lui. Il n’avait aucune raison de changer de nom, le sien était quand même une carte de visite. Comme je l’ai dit, je ne pense pas qu’il soit un assassin. Mais encore une fois, tout me porte à penser qu’il a trempé dans le meurtre de Lucienne, les fameux talons que portait sa copine du moment en sont une évidence. Ah cette histoire ne tient que par des bouts de fil dont tous les protagonistes, innocents ou coupables, se sont donné rendez-vous dans mon bistrot.

Léo se tut, alluma une nouvelle cigarette. Il réfléchit longuement et silencieusement, les yeux enfouis dans ses mains. La cigarette fumante coincée dans entre deux doigts, avait l’air d’une cheminée qui évacuait les pensées de Léo.

– Voici ce que nous allons faire, finit-il par dire.

A suivre

* Toutes les anecdotes sur la gare de Canfranc sont véridiques

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