Le Brésil sans foot

De par le football on parle beaucoup du Brésil, mais sans doute plus intéressant culturellement, on est facilement séduit la musique brésilienne d’une richesse absolue. C’est aussi le pays d’Amérique du Sud qui est capable d’exporter sa musique pour en faire des hits mondiaux. On a tous dans l’oreille l’un ou l’autre une chanson venue de là-bas dans les oreilles, même sans en connaître la source. De par ses origines diverses, elle est un équivalent latin du magma qui a donné naissance au folklore et à la musique américaine. La différence la plus visible est la langue, c’est du portugais, langue nationale. Pour le reste, les tendances viennent de plusieurs horizons, Europe, Afrique, sans oublier les habitants d’avant la colonisation, Indiens locaux. Le Brésil, c’est aussi le pays qui a mis à la mode deux mouvements typiques, la samba  et la bossa nova en 1957, la seconde étant une version plus légère de la première. C’est aussi surtout à partir de ce moment-là que la musique s’est exportée internationalement, via ces fameux microsillons qui franchissent allégrement les frontières. Voici quelques unes de ces chansons qui vous connaissez pratiquement à coup sûr, même si vous êtes bien incapables d’en donner le titre.

Antonio Carlos Jobim, l’un des plus célèbres compositeurs brésiliens et un de ses titre bien nommés « Brazil »

La chanson qui a vraiment mis sur orbite la bossa nova « Desafinado »

La musique du film « Orfeo Negro » de Marcel Camus est une des musiques brésiliennes les plus célèbres, sinon la plus célèbre. Elle ravagea le monde entier et n’est sans doute pas étrangère à la Palme d’Or que le film remporta au Festival de Cannes en 1959. Le thème principal « Manha De Carnival » est talonné par « Felicidade », autre chanson extraite de la bande sonore. Camus fit appel à Antonio Carlos Jobim et Luiz Bonfa comme compositeurs, leur assurant aussi une renommée internationale.

Fin 1961, un certain Jorge Veiga enregistre une chanson dédiée à Brigitte Bardot, pendant le carnaval de Rio de cette même année. Chanson facile à retenir, elle fut un hit tout spécialement en France, tout en engendrant de multiples versions.

Une autre chanson hyper connue venue du Brésil est « The Girl Fron Ipanema », un hit international anglicisé via Astrud Gilberto et Stan Getz en 1964. Mais la version originale, en portugais,  revient à Pery Ribeiro en 1963. C’est une autre composition de Carlos Jobim.

Une chanson que tout le monde a entendu au moins une fois, c’est le fameux « Mas Que Nada » de Sergio Mendes. Elle fit le tour du monde en 1966 et n’est jamais retombée dans l’oubli. C’est un bel exemple d’appel à la musique brésilienne, une chanson que l’on peut ne pas aimer, mais jamais détester.

Le Brésil peut s’endormir pendant un temps au niveau international et se réveiller de plus belle. En 1972, c’est le tour de Jorge Ben qui met tout le monde d’accord avec « Fio Maravilha », elle fera aussi une belle carrière. Déjé rien en annonçant le titre, elle trotte dans votre tête.

Une chanson moins connue, que l’on a malgré tout eu l’occasion d’entendre pas mal en France par le jeu des licences phonographiques, Baiano & Os Novos Caetanos et « Vo Bate Pa Tu ». C’est un trio, un peu les paysans du coin, qui exploite une musique déviationniste, une sorte de free samba, et des paroles parfois satiriques. Il n’en reste pas moins que même si l’on ne comprend pas les paroles, on se laisse entraîner par la musique. Tout à fait le genre de truc que l’on oublie jamais après l’avoir entendu une seule fois. A mon avis c’est un groupe qui aurait mérite d’être plus connu. Le titre principal et autre plus genre pop du terroir vous sont proposés.

Dans ce bref aperçu de la musique brésilienne, j’aurais pu encore y inclure Morris Albert et son « Feelings ». Il est natif du pays, mais sa musique l’est beaucoup moins, plagiat involontaire ou non d’une vieille chanson de Line Renaud. Pour terminer, même s’il n’a jamais connu de hit, il est l’un des virtuoses de la guitare à la mode de là-bas et très connu. Mélangeant samba, jazz et musique classique, Baden Powell est géant dans son genre. Le voici!

Léo coeur de nylon (45)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Il affirme qu’il croit savoir où se cache un personnage clé que la police recherche. Ses informations lancent une piste en Espagne. Ils attendent des informations, tout en écoutant Léo partir dans une nouvelle histoire. Une histoire, où pour une fois, il a des doutes

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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– Ah oui fit Léo, vous avez remarqué du spécial ?

– Je pense que oui. A mon avis, mais je peux me tromper, il semblerait qu’elle a tout fait pour se faire remarquer en votre compagnie. Je ne pense pas tellement aux gens du métier, qui tous savaient plus ou moins que vous partiez avec elle. Mais un peu plus tard les gendarmes lors du contrôle. Elle a inventé l’histoire de l’homme qu’elle a aperçu s’enfuyant à son approche quand elle cherchait un endroit pour faire un pipi qu’elle avait inventé, sans pour autant dire qu’il s’agissait du fuyard recherché par la police, une éventuelle possibilité. Si je me souviens bien, elle a fait sa petite exhibition ajustant ses jarretelles sous leurs yeux. On peut en déduire qu’elle a tout fait pour se faire remarquer, qu’elle voulait laisser un souvenir de son passage en votre compagnie. Un solide témoignage, appuyé officiellement en quelque sorte. On peut supposer que tout cela n’était pas nécessaire, non ?

– Bravo, je vois que vous avec mis le doigt sur les doutes qui m’ont assaillis lors de l’arrêt pendant l’orage. Au début du voyage, j’étais émerveillé par tout ce qu’elle faisait, tout ce qu’elle disait, je ne pensais plus du tout à ce que m’avait dit mon pote musicien. Si elle était resté dans son coin, j’aurais certainement pris des initiatives, la draguer pour parler plus simplement. Mais c’est elle qui a pris les devants, ouvrant la porte à mes doutes. Je ne connaissais rien de ses réelles intentions. Peut-être que je montais le bourrichon, mais je voulais écarter tous les risques.

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– Alors qu’avez-vous fait ?

– C’est la météo qui est venue à mon secours. Comme l’orage se calmait, j’ai insisté pour que l’on reprenne la route, sans aller plus loin dans nos effusions. Cela m’a demandé pas mal d’efforts de ma part, mais j’estimais que c’était mieux comme cela.

Léo observa un moment de silence. Sur son visage on pouvait lire ses sentiments, il affichait un air de déception.

– Nous sommes repartis vers Orléans. J’ai senti que la miss était déçue, je ne savais pas si c’était pure sentimentalité où le fait de n’avoir pu aller au bout de ses projets, éventuellement pas très avouables. Le reste du voyage s’est déroulé sans autres incidents. Mais le problème n’était pas résolu, il y aurait sûrement d’autres tentatives de sa part, comment les éviter ?

Ce fut Marly qui se mêla à la conversation, un peu vexé de n’avoir pas trouvé ce qu’Isabelle avait deviné mieux que lui. Il est vrai qu’il était plus habile en questions politiques qu’en relations sentimentales. De plus, il n’avait jamais fait tourner un carousel de femmes comme celui de Léo, se contentant d’une copine à la fois et encore pas de manière continue.

– Si j’avais été à ta place, je me serais enfermé à double tour dans ma chambre avec un garde armé devant ma porte, ironisa-t-il.

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– Finalement, j’ai trouvé mieux que ton garde armé. Après le concert, j’ai fait mon petit numéro durant la signature des autographes. J’en ai dragué une autre, elle s’appelait Paule. Champagne à l’hôtel et ensuite une petite séance de photos dans la chambre.

-Et l’autre ?

– Comme elle tirait la gueule, j’ai eu une petite explication avec elle. Comme j’avais l’excuse qu’elle était un peu en déplacement professionnel, en fait c’était un tantinet ça, je lui ai dit que je ne mélangeais jamais le travail et le plaisir, ouais, un rien exagéré de ma part. Elle a pu aller dormir seule dans ma chambre, du moins pas en ma compagnie. J’ai appris le lendemain qu’elle s’était quand consolée avec le directeur de la salle du concert.

– Il a eu des ennuis ensuite ?

– Pas à ma connaissance, ce qui veut peut-être dire que sa démarche était sans mauvaises intentions pour moi. Le problème c’est que la tournée n’était pas finie pour moi, elle allait encore conduire la bagnole. Alors, j’ai proposé à Paule avec acceptation de sa part, de continuer avec moi et de m’accompagner pour le reste de la tournée, et bien sûr il n’était pas question qu’elle voyage dans une autre voiture que la nôtre. J’avais mon soldat, un soldat en bas nylons, c’est encore mieux!

– Charmante cette Paule ?

– Plus que ça ! Une reine de la jarretelle, attendez la suite.

A suivre

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Chansons cultes à la loupe – She’s Not There

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Peut-être en voyant la pub récente de Chanel vous vous êtes demandés quelle était la musique qui lui servait de fond. Mis en ligne il y a un peu plus de deux mois, elle totalise bientôt 6 millions de vues. Eh bien parlons de cette chanson, une des dix que j’ai le plus écoutées dans ma collection. Elle a juste 50 ans et de beaux restes.
J’avais cet article « en réserve » depuis longtemps, voici le moment opportun de le partager. Et puis rêvons un peu, j’avais écrit un article sur le groupe dans les premiers que j’ai écrits sur ce blog, il est toujours en ligne  Les Zombies  peut-être un visiteur aura trouvé que cela ferait un bon fond pour la pub de Chanel. Si c’est le cas, j’aurai enfin rendu à cette chanson ce que je lui dois. Quelques millions de passages à quelques centimes, cela doit commencer à faire pas mal d’argent. A propos d’argent, c’est justement le nom du compositeur.

Mais partons à la découverte…

C’est un des plus grands classiques des sixties, une chanson qui a engendrée des dizaines de versions par autant d’artistes à travers le monde. Elle se démarque passablement de la production courante de l’époque par le son et le rythme et surtout la voix du chanteur. Au départ, personne n’y croyait, pas même le compositeur et claviers du groupe Rod Argent. Mais voyons un peu les débuts de l’histoire, celle des Zombies, le groupe qui l’a enfantée.

C’est la banale histoire de tant de groupes qui débutent. Nous sommes à St Albans, banlieue londonienne. Il y a bien sûr des écoles, fréquentées par cinq garçons qui font aussi un peu de musique pendant les loisirs. Nous trouvons parmi eux, Rod Argent, claviers; Colin Blunstone, chant; Paul Atkinson, guitare; Chris White, basse; Hugh Grundy, batterie. Tous ont entre 18 et 20 ans, Nous sommes en 1963 et le groupe qui choisit de se nommer Zombies se présente à un concours en interprétant une version du classique de Gershwin, « Summertime ». Ils remportent le premier prix dont la récompense est l’enregistrement d’un disque pour la firme Decca. Une fois dans les studios, il faut choisir le matériel qui composera les deux faces du 45 tours. C’est le sujet d’une grande discussion. Dans le groupe, il y a deux compositeurs, Rod Argent et Chris White, qui ont déjà écrit au moins une chanson. L’idée à Rod Argent est d’enregistrer la chanson qui leur a permis de gagner le concours, il est assez fan de musique classique. Le producteur est d’un avis contraire, et préfère de loin le titre que Argent a écrit « She’s Not There », justement. C’est celle-là qui est mise en face A, couplée avec un composition de Chris White « You Make Me Feel Good ». Decca a raison, le disque se classe dans les charts anglais, mais ne monte pas plus haut que la 12ème place. Le disque est publié aux USA sous licence par Parrot et les choses commencent à bouger, le disque commence de monter à l’assaut du hit parade. Dans une ville, on peut soutenir une équipe de foot, mais à St Albans, on suit la progression de la chanson dans les classements, l’honneur anglais est en jeu. Au final, il est 2ème au Billboard et 1er au Cashbox. Cela finit par mettre la chanson sur orbite, lui assurant un retentissement international. La légende peut commencer.

Il y a deux ou trois choses à savoir sur cette chanson. Il y a une nette différence entre la version mono et stéréo (utilisée pour la pub Chanel). Le version mono est plus « brute », les frappes de la batterie sont différentes. C’est toujours cette version là qui sert de référence pour l’histoire, c’est elle qui fut diffusée par les radios. Les influences du jazz sont évidentes dans la chanson. La voix du chanteur, que je qualifie de fantômatique est un des ingrédients essentiels de son succès. C’est un titre à l’ambiance étrange, assurément quelque chose d’assez inédit jusque là.

Depuis 1964, elle n’a jamais été oubliée par tous ceux qui furent sous son charme. Si d’aventure ils sont musiciens pratiquants, il y a de fortes chances pour qu’ils en fassent leur propre interprétation. En dehors des versions spontanées qui furent faites immédiatement après, instrumentalement par les Ventures notamment, il y a toutes les autres. Pour la France, Noel Deschamps en fait « Te Voilà », repris en 1969 par la chanteuse Pussy Cat. Deschamps en fait également un version en italien, basée sur celle du combo italien I Kings, elle même enregistrée plus tard par Colin Blunstone lui-même. Deux groupes canadiens firent aussi leur propre version, les Bel Canto, « Les Filles D’Eve » et les Del Hir  » On M’a Souvent Parlé D’elle ». Pour l’Allemagne, Michael & Firebirds « Lass Sie Gehen », Michael est le futur chanteur de Los Bravos. En 1967, Vanilla Fudge, groupe très prometteur, la met sur son premier album avec un goût psychédélique. Le groupe garage punk The  Litter, en fait la première longue version de plus de 9 minutes. En 1969, Neil Mac Arthur qui n’est autre que Colin Blunstone, en fait une version très pop, elle se classe dans les charts anglais. En 1977, c’est un hit pour Santana, le titre est dans son optique afro-cubaine. Il y a une version punk par UK Subs en 1979. Et ainsi de suite, l’aventure continue…

On peut toujours relire mon article sur le groupe pour une histoire plus détaillée

Les Zombies

Un aperçu de diverses interprétations

L’original en playback dans la version mono

La version stéréo, c’est différent avec un charme moindre

La version italienne de Noël Deschamps

La version française de Pussy Cat en 1969, assez bien réussie

La version de Vanilla Fudge

La version de The Litter

Neil Mac Arthur aka Colin Blunstone en 1969

La version de Santana en 1977

La version punk par UK Subs

En instrumental et en surf

Plus moderne mais excellent, Nick Cave et Neko Case

Peut-être la consécration suprême pour un compositeur, entendre sa musique par un orchestre symphonique.

Les Zombies actuels avec Rod Argent et Colin Blunstone

 

Léo coeur de nylon (44)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Il affirme qu’il croit savoir où se cache un personnage clé que la police recherche. Ses informations lancent une piste en Espagne. Ils attendent des informations, tout en écoutant Léo partir dans une nouvelle histoire. Une histoire, où pour une fois, il a des doutes

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Oui, il y avait un passé avec Yolande, un passé qui datait d’avant leur rencontre. Elle avait essayé de briller dans le cinéma. Deux petits rôles, rien que deux petits rôles, le nom de Yolande Berlin, apparaissait au générique de fin alors que le dernier spectateur a déjà quitté la salle. Elle se voyait l’étoffe d’une star, comptant plus sur son physique que sur son passage dans les lieux où l’on enseigne l’art de se comporter devant une caméra. Ce passage n’avait d’ailleurs jamais eu lieu. Elle s’était juste présentée à une audition où l’on ne demandait pas grand-chose, sinon de faire la pute qui attendait le client au bar d’une boîte un peu louche. La vedette du film, monstre sacré, lui demandait juste si elle connaissait une certaine personne qui devait se trouver pas très loin dans la salle. D’un geste de tête, elle désignait un serveur qui officiait dans la salle. Rien de plus, pas une parole, même pas un gros plan sur son visage. Tout au plus, assise sur son tabouret, le spectateur aura remarqué sa jarretelle apparente, la manière d’un montrer plus, une coquinerie permise par le censure qui veillait au nom de la bonne morale, comme s’il y avait des spectacles qui méritaient d’être vus par certains au nom de ceux qui n’avaient pas le droit de le voir.

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Pourtant, ce bref passage à l’écran avait suffi pour attirer la curiosité de la vedette. Ce n’est pas le nom d’un inconnu qu’il lui avait demandé après la scène, mais si elle acceptait de prendre un verre avec lui. Elle avait dit oui, un oui calculateur, un oui avec une idée derrière la tête. Le monstre sacré n’était pas tout à fait libre de ses gestes, une famille, une femme, un âge certain, atténuaient quelque peu un charme fou. Il n’était pas très compliqué, une petite aventure lui suffisait, il se prouvait à lui-même que son charme était intact. De quelques verres, ils avaient passé aux choses plus sérieuses. S’il avait du charme, Yolande en avait aussi, il semblait même opérer très fortement sur lui, au point d’en devenir un peu fou. D’abord, il avait exigé qu’elle tienne un rôle plus conséquent dans son film suivant. Elle l’avait obtenu, personne ne s’en offusqua, pas plus qu’ils lui trouvèrent un sens de l’interprétation qui ferait d’elle une vedette de demain. Ensuite, ce fut un séjour sous les cieux des tropiques, à défaut d’un autre rôle dans un film qui n’en avait aucun pour elle. Une histoire de pirates où la belle prisonnière n’était pas attachée au mat d’artimon. Le seul rôle féminin du film était tenu par un autre grand nom du septième art, enfin une comédienne confirmée, même une grande comédienne reconnue comme telle. Ces dames se détestaient moins que cordialement, une parvenue pensait l’une, une intrigante disait l’autre.
Que s’était-il passé ? Les rumeurs ont circulé, elles disent toutes un peu la même chose. Une grande vedette met enceinte sa maîtresse. Demande en reconnaissance de paternité, chantage, avortement, affaire étouffée moyennant quelques liasses de billets de banque. Elles disent aussi que la grossesse n’existait pas, ou que le père n’était pas celui que l’on croyait. La vérité, seules quelques personnes la connaissent, et encore il faut s’y mettre à plusieurs. D’un côté, c’est plutôt ceci. De l’autre, c’est plutôt cela. Le reste n’est que rumeurs que l’on ne peut empêcher de circuler.
Les feux de la rampe se sont éteints pour Yolande Berlin, juste un quinquet qui éclaire sa silhouette avant que l’ampoule n’éclate. Le monde du cinéma, une famille secrète avec ses règles, lui a fait comprendre de ne plus jamais s’approcher à moins de cent mètres d’un quelconque bâtiment lié à l’art cinématographique.

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La maison de disques, la place de secrétaire, c’est ce qu’elle avait trouvé pour vivre. En fait c’était son premier métier, moins glorieux que de monter les marches du Festival de Cannes, mais qu’elle que soit la vérité sur elle, on la laissait tranquille.

Léo, dans sa voiture sous l’orage, pensait à tout cela. Yolande n’était pour lui jusque-là, avant sa proposition de le conduire à ses concerts, qu’une presque inconnue. Elle le saluait et lui souriait chaque fois chaque fois qu’il entrait aux studios, cela faisait un peu partie de son travail. Léo, toujours poli et courtois, lui répondait de la même manière. L’ombre du doute ne venait pas de lui, un des musiciens de studio, mis au courant par Léo sur les changements de programme, l’avait pris à part. Il lui avait brièvement résumé l’histoire, lui recommandant de se méfier. Léo l’avait écouté, hésitant sur le bien-fondé de son récit. Un soupçon de jalousie pouvait émaner de lui, bien qu’il le considère comme un mec tout à fait réglo. Il décida qu’il était assez grand pour se faire sa propre opinion, tout en remerciant son copain. Il n’attacha sur le moment plus aucune importance à l’histoire.

Au fil de la journée, il repensa à la mise en garde. Décidément, la facilité à laquelle cette fille s’offrait à lui, le déroutait des quelques certitudes auxquelles il pouvait se raccrocher. Il l’a regardait presque offerte à lui dans cette voiture, isolée dans un petit coin de campagne sous un ciel déchaîné. Et si tout cela était un piège ?

Le détail de ses doutes, il l’avait raconté à son auditoire avec ses mots, sa verve. N’omettant aucune des pensées qui avaient traversé son esprit, il voulait aussi tester leurs effets sur les autres. Oh, il s’en rappelait comme si c’était hier, il avait volontairement omis un détail, juste pour voir si les autres remarqueraient. Un de ces détails qui font partie d’un tout, mais qui dans certaines circonstances font planer le doute pour certains et éclater la vérité pour d’autres.

Marly et Seiler ne semblaient pas l’avoir remarqué, ce fut Isabelle qui mit le doigt dessus.

– Léo, il y a quelque chose qui me fait penser qu’un fait pourrait révéler que c’était bien une aventurière.

A suivre

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Léo coeur de nylon (43)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Il affirme qu’il croit savoir où se cache un personnage clé que la police recherche. Ses informations lancent une piste en Espagne. Ils attendent des informations, tout en écoutant Léo partir dans une nouvelle histoire

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Il décida que son auditoire était assez grand pour qu’il connaisse la suite dans son intégralité. Il se doutait bien, depuis le temps qu’il écoutait ses histoires, que cela ne s’arrêtait pas au simple fait d’admirer des jambes parées de bas. Au pire, il n’y avait pas de quoi faire trembler la maison, mais autant il pouvait être prolixe pour tous ce qui concernait directement le bas nylon et ce qu’il pouvait en apercevoir selon les circonstances, autant ce qui touchait son intimité constituait son jardin secret.

La tablée était repue, les assiettes vides mais les ventres pleins. Inutile de proposer encore une ration, elle aurait été de trop, la gourmandise a ses limites. Seiler et Léo allumèrent des cigarettes, complément indispensable à tout bon repas chez les fumeurs. Léo pouvait repartir dans ses souvenirs.

– Après lui avoir dit que voir ses bas et ses jarretelles m’avaient mis de bonne humeur, Yolande enleva carrément sa robe. Ainsi, j’avais un panorama qu’un touriste amateur d’un joli point de vue n’aurait pas renié. Je ne pus m’empêcher de partir à la découverte tactile du nylon sur ses jambes. J’ai toujours été friand de cette sensation. Je sais, et vous aussi messieurs, que le toucher du nylon est différent d’un bas à l’autre. Je n’ai pas vraiment un mot qui convient pour dire quelle sensation je préfère, il y en a qui me plaisent plus que d’autres. C’est un peu comme toucher une étoffe, la douceur d’une soie ou celle d’un simple chiffon, la soie est incontestablement plus agréable. Eh bien, pour les bas, j’éprouve les mêmes différences.

Isabelle leva le doigt comme une écolière pour demander la parole. Léo lui sourit en pensant qu’elle avait quelque chose intéressant à dire et fit signe de parler.

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– Si vous voulez un avis féminin, et même si vous ne voulez pas, je le donne quand même. Je dirais que vu de l’intérieur, si je puis employer l’impression, je constate un peu les mêmes choses. Il y a des bas que je préfère à d’autres. J’en ai essayé bien des sortes, mais je préfère nettement ceux fabriqués dans les années 50 ou avant, contrairement aux bas fabriqués aujourd’hui, ceux que l’on nomme bas mousse. Ils sont plus extensibles, mais quand on croise les jambes, ils glissent peu, même s’accrochent. Les anciens glissent et souvent crissent, musique qui je crois plait bien aux hommes.

– Ca, interrompit Léo, pour moi c’est la plus belle des chansons, c’est du Mozart, ni plus, ni moins !

– Je n’ai jamais envisagé de porter des bas musicaux, mais Marly m’en a fait plusieurs fois la remarque, ça l’excite un peu, pour ne pas dire beaucoup.

– Je dois dire qu’elle ne me trahit pas en affirmant cela, c’est vrai je le lui ai dit plusieurs fois.

– Les bas de Yolande ne jouaient pas de musique particulière, avec le bruit de la grêle sur le capot il aurait été difficile d’en saisir la mélodie profonde. Si mes mains s’attardaient sur ses jambes, les siennes ne restaient pas inactives. Elle commença par déboutonner ma chemise et promener ses mains sur mon torse en appuyant le geste, puis mit sa tête contre ma poitrine. Je sentais son parfum qui m’arrivait en effluves diffuses. Je n’en connaissais pas le nom, jamais respiré auparavant, mais peu m’importait il était si enivrant.

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L’évocation des souvenirs semblait mettre Léo sur un nuage, mais quand même avec une petite ombre de doute. En promenant son regard de l’un à l’autre, il cherchait à savoir si cela plaisait ou pas. Bizarrement, il avait toujours besoin d’être rassuré. Même si on lui aurait offert une fortune pour les raconter, et qu’au bout de trois heures personne ne dormait parmi l’auditoire, il aurait encore cherché cette certitude. Il est vrai qu’au temps de sa splendeur, sa voix suffisait à conquérir les foules, nul autre besoin de mots sans musique pour séduire. Devenu un anonyme, il se sentait comme un peintre de génie qui aurait perdu ses bras, il devait manier le pinceau avec la bouche. Il lui restait l’imagination créative, mais un palliatif pour la mettre en œuvre. Sa petite inspection silencieuse terminée, rassuré, il repartit sur son nuage.

– Comme je l’ai dit tout à l’heure, la situation était plaisante, un peu trop pour moi qui aimait ne pas trop sauter les étapes. Je crevais d’envie d’aller plus loin, j’étais excité comme un pou. Je ne sais pas comment ni pourquoi, une petite lumière s’alluma dans mon esprit. Tout cela me semblait trop beau, trop facile. Je pouvais ramasser des femmes à la pelle, elles ne demandaient que cela. Au départ, j’avais sincèrement envie d’ajouter Yolande au palmarès de mes conquêtes, mais là au milieu de nulle part, sous un orage d’enfer, un doute s’installa. Ce doute ne venait pas comme ça d’un coup, il y avait une raison. Yolande avait fini comme secrétaire dans ma maison de disques. Quand je dis fini, je dois préciser ce qui arriva avant le fini. Et ce n’est pas triste…

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A suivre

Nos disques mythiques (12)

Toujours ce foutu plaisir que les collectionneurs ont de parler des pièces qu’ils possèdent dans leur collection, la timbale consistant à posséder un pièce dans un style que l’on adore.

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Creation est un groupe anglais qui est apparu en 1966. Aujourd’hui le groupe est unanimement adulé par tous les fans des années 60 tendance mods. Rappelons ce phénomène typiquement anglais qui se partageait les faveurs des teenagers anglais à partir du milieu des années 60. Les rockers, c’est exactement l’image qui a survécu jusqu’à nos jours, blousons noirs, motos pétaradantes, bagnoles filant à grande vitesse et musique rock style années 50. Les mods, c’est le contraire, genre fils de bonne famille, très élégant et soigné dans sa tenue vestimentaire, plutôt amateur des nouvelles tendances musicales créatives. Déclarés rivaux, il s’affrontaient en de sérieuses bagarres quelquefois, voilà pour les clichés.

La démarche musicale de Creation n’est pas très loin de celle des Who de l’époque, on peut parfois croire qu’il s’agit d’eux. La similitude de leur démarche musicale peut s’arrêter là. Si les Who connaissent un succès énorme, eux sont nettement en retrait. Ils sont connus d’une plus ou moins grande minorité, mais sans plus. Le point central du groupe est le guitariste Eddie Philips, un des grands musiciens de l’époque, ainsi que le chanteur Kenny Pickett. On peut aussi noter que le stonien Ronnie Wodd, fit partie du groupe sur la fin. On peut le voir sur certaines photos. Philips semble être le premier a avoir utilisé un archet de violon pour tirer des sons de sa guitare, Jimmy Page admet s’en être inspiré et par la suite les Who lui ont demandé de les rejoindre, les grands esprits se ressemblent. Si les succès est modéré en Angleterre, ils sont plus populaires en Allemagne, assez pour qu’un album soit publié là-bas. Il est sans doute un point où tout le monde peut être d’accord, c’est le nombre de pièces de collection que compte la discographie originale.

Il y a en a deux magnifiques publiées en France par Vogue, à des prix de cotations au marché actuel qui vont chercher dans les quelques centaines d’euros, parfois plus de 500. Je vais vous parler de la seconde, la plus rare, une copie s’est vendue plus de 1200 euros sur Ebay il n’y a pas si longtemps. Il se démarque par rapport au premier dans le sens où le style est plus personnel, plus démarqué de celui qui approche la production des Who. Nous sommes au tournant de la musique anglaise qui a flirté longtemps avec le son de Liverpool. Les musiciens commencent à s’intéresser à la musique psychédélique qui a conquis l’Amérique. Son équivalent national est plus calme, plus intimiste. Creation sera bien présent dans cette vague surtout constitué d’artistes qui resteront assez obscurs, mais  qui verra l’apparition de Pink Floyd dans la mouture Syd Barrett.  Nul doute que cette publication contient un tube potentiel, annoncé en gros titre, « Tom Tom ». Ce titre  mis en évidence en France et en Allemagne n’a jamais bénéficié d’un publication en 45 tours simple en Angleterre. Initialement, il a sans doute été enregistré spécialement pour le marché allemand, justement où le groupe connaissait son plus faste succès. Sa récupération sur une publication en France est un de ces nombreux mystères du showbiz,  mais prouve bien que son potentiel aguicheur était là. Quoiqu’il en soit, il ne fut jamais un vrai hit à nulle part.  Une des causes qui fait qu’il est très recherché des collectionneurs reste que c’est l’unique possibilité de le trouver sur un EP 4 titres avec une superbe pochette, et comme je le souligne plus haut, il est sensiblement plus difficile à dénicher que la première publication. Les trois autres titres ne manquent pas de charme, c’est à découvrir.

Notre musique est rouge avec des flashes pourpres, c’est ainsi que le groupe se désignait à l’époque. Cette affirmation a survécu auprès de nombreux fans de l’époque, ils sont toujours très adulés autant pour leur démarche musicale que pour le succès plus conséquent qu’ils auraient mérité.

Je ne résiste pas au plaisir de vous présenter un clip tout récent sur lequel vous verrez Eddie Philips (avec la guitare rouge) tel qu’il se présente aujourd’hui. Il interprète un des titres phares du groupe « Making Time », s’amusant toujours avec son archet. C’est justement un titre qui ressemble pas mal au style des Who du début.

Léo coeur de nylon (42)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Il affirme qu’il croit savoir où se cache un personnage clé que la police recherche. Ses informations lancent une piste en Espagne. Ils attendent des informations, tout en écoutant Léo partir dans une nouvelle histoire

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

14  053114-1Ils passèrent à table. Marie-Thérèse apporta une marmite dans laquelle fumait la fameuse gibelotte. L’odeur qui s’en dégageait ne donna envie à personne de fuir la table. Il est vrai que Léo était un fameux cuisinier. Sa cuisine n’était jamais très compliquée, mais il avait ce petit rien qui rendait un plat quelconque succulent. Il tirait le meilleur de chaque chose. Il est vrai que ses parents avaient tenu un restaurant renommé pendant des années. Sa curiosité l’avait poussé à regarder comment sa mère apprêtait n’importe quel plat. Tel un espion qui observe tout, il avait assimilé l’art de cuire, d’assaisonner, d’assortir les mets. Pour ce soir, il avait décidé que des pommes de terre feraient un excellent accompagnement, mouillées par la sauce du lapin. On versa le vin, un petit vin qui avait tout du grand cru, que Léo faisait venir directement d’un négociant des bords de la Loire.

Les invités se servirent à même la marmite, de quoi supprimer les chichis du service. Après tout, on était entre amis.

La première à donner son avis fut Isabelle.

– Ah c’est fameux, il y a longtemps que je n’avais mangé du lapin aussi merveilleux !

– Cela me fait très plaisir, répondit Léo. J’y ai mis toute ma science pour le préparer. Je trouve que le lapin mérite d’être cuit très longtemps, c’est une viande qui doit mijoter.

– Il est vrai que c’est une viande au goût particulier, ajouta Marly. Elle a une petite amertume qui en fait une viande à part, mais ton travail mérite des éloges. Dire que je me régale ne va pas m’envoyer au purgatoire, au pire pour la gourmandise, pas pour avoir menti.

– Je n’attache qu’une importance secondaire à la nourriture, confessa Seiler. Mais je risque de venir prendre pension dans ton bistrot, si c’est toujours comme ça que tu traites tes clients.

– Je crois qu’ils ne se plaignent pas, ils aiment bien la cuisine à Léo, je crois pouvoir le dire en leur nom.

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Pendant quelques minutes, le silence régna en maître autour de la table. Ventre affamé n’a pas d’oreilles, dit le dicton. A ce moment-là, on aurait aussi pu dire qu’il n’avait pas de bouche. Ce fut Léo qui rompit le silence.

– Je vais vous narrer la suite de mon fameux voyage vers Orléans, si le cœur vous en dit.

A voir les sourires de l’assistance, il savait qu’il ne casserait les pieds de personne en continuant son récit.

– Nous étions repartis en direction d’Orléans. Le temps, qui était plutôt beau jusque-là, se mit à se gâter franchement. Le ciel devenait noir vers l’ouest, aucun doute il y allait avoir de l’orage. Un orage, ça vient et ça part. Mais celui-là avait décidé de faire autrement. Le vent se mit à souffler très fort, de nombreux éclairs sillonnaient le ciel et la grêle se mit à tomber.

– Quel joli décor pour une histoire, plaisanta Seiler.

– Nous étions en pleine campagne, il faisait presque nuit tellement le ciel était noir. Nous ne pouvions quasiment plus avancer car la grêle faisait un bruit d’enfer en rebondissant sur la carrosserie. Je dis à Yolande qu’il valait mieux s’arrêter lorsque j’ai repéré un chemin forestier qui s’enfonçait dans un bosquet au bord de la route. Nous aurions un semblant d’abri en attendant que ça se calme.

– Je vois le coup de la panne en quelque sorte, ironisa Marly.

– Que tu dis, en vérité la môme avait un peu la trouille. C’est vrai que ça pétait tout autour de nous et que la grêle résonnait sur la bagnole comme si on avait tapé sur mille tambours. Moi-même, je n’étais pas très rassuré, j’avais spécialement peur que le pare-brise ne rende l’âme.

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Pour marquer un instant de suspense, Léo remplit les verres à nouveau. Décidément ce petit rouge faisait merveille, il mettait l’estomac tel des pieds dans la douceur des charentaises.

– Yolande me regarda d’un air à la fois effrayé et curieux. Je lui souris et en soupirant elle se blottit contre moi. A vrai dire, j’étais un peu emmerdé. Cela rompait un peu avec mes us et coutumes. J’avais l’habitude de ferrer le poisson après un concert et de les emmener à mon hôtel. Cela peut vous sembler bizarre, mais j’aime assez ce genre de folklore un peu désuet. Créer une ambiance romantique, boire un verre de champagne, ensuite conclure dans l’intimité d’une chambre avec parfois une douce musique en toile de fond. Là, dans cette voiture, avec le tintamarre de l’orage et de la grêle, je n’étais pas dans mon élément.

– Sacré Léo, tu en fais des manières. Avec Isabelle, nous avons fait une fois l’amour au milieu d’un champ de blé. Je reconnais qu’il faisait beau, mais quand même !

– Je sais, mais c’est comme ça. Tout séducteur que j’étais, je n’ai pour ainsi dire, jamais lutiné ailleurs qu’entre quatre murs. La vielle école, que veux-tu !

– Tu sais maintenant, dans les festivals de musique pop, c’est tout juste si la génération actuelle ne baise pas au vu et su de milliers de personnes. Je crois que j’aurais de la peine, moi aussi.

– Quand même, Yolande me poussa un peu au crime. Elle releva sa robe, comme on tend un verre à quelqu’un pour qu’il le boive. Elle me susurra à l’oreille :

– Tu vois, j’ai mis des bas et un porte-jarretelles malgré la chaleur, car je sais que tu aimes ça !

– Et comment l’as-tu su, nous n’en avons jamais parlé ?

– Une fois, j’ai reçu un appel téléphonique à la maison de disques. Une dame te cherchait. Je ne sais pas son nom, elle ne l’a pas dit. Il me semble qu’elle avait parlé d’un concert avec un ministre. Tu n’étais pas là, tu venais de partir mais je ne le savais pas. Cette dame m’a demandé de te dire que la dame aux bas nylons avait demandé après toi.

– Ah oui, je vois, il s’agit probablement de Léa, c’était la secrétaire d’un ministre justement.

– Comme elle avait insisté sur les bas nylons, j’ai imaginé que cela devait te plaire. Je me trompe ?

– Nullement, j’adore ça !

– Et que penses-tu des miens ?

– Tout à l’heure pendant le contrôle de flics, j’ai aperçu tes bas et tes jarretelles, cela m’a mis de bonne humeur.

Léo s’arrêta un instant. Il se demanda s’il devait raconter la suite de son histoire intégralement, ou introduire une petite censure.

A suivre

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