Léo coeur de nylon (42)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Il affirme qu’il croit savoir où se cache un personnage clé que la police recherche. Ses informations lancent une piste en Espagne. Ils attendent des informations, tout en écoutant Léo partir dans une nouvelle histoire

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

14  053114-1Ils passèrent à table. Marie-Thérèse apporta une marmite dans laquelle fumait la fameuse gibelotte. L’odeur qui s’en dégageait ne donna envie à personne de fuir la table. Il est vrai que Léo était un fameux cuisinier. Sa cuisine n’était jamais très compliquée, mais il avait ce petit rien qui rendait un plat quelconque succulent. Il tirait le meilleur de chaque chose. Il est vrai que ses parents avaient tenu un restaurant renommé pendant des années. Sa curiosité l’avait poussé à regarder comment sa mère apprêtait n’importe quel plat. Tel un espion qui observe tout, il avait assimilé l’art de cuire, d’assaisonner, d’assortir les mets. Pour ce soir, il avait décidé que des pommes de terre feraient un excellent accompagnement, mouillées par la sauce du lapin. On versa le vin, un petit vin qui avait tout du grand cru, que Léo faisait venir directement d’un négociant des bords de la Loire.

Les invités se servirent à même la marmite, de quoi supprimer les chichis du service. Après tout, on était entre amis.

La première à donner son avis fut Isabelle.

– Ah c’est fameux, il y a longtemps que je n’avais mangé du lapin aussi merveilleux !

– Cela me fait très plaisir, répondit Léo. J’y ai mis toute ma science pour le préparer. Je trouve que le lapin mérite d’être cuit très longtemps, c’est une viande qui doit mijoter.

– Il est vrai que c’est une viande au goût particulier, ajouta Marly. Elle a une petite amertume qui en fait une viande à part, mais ton travail mérite des éloges. Dire que je me régale ne va pas m’envoyer au purgatoire, au pire pour la gourmandise, pas pour avoir menti.

– Je n’attache qu’une importance secondaire à la nourriture, confessa Seiler. Mais je risque de venir prendre pension dans ton bistrot, si c’est toujours comme ça que tu traites tes clients.

– Je crois qu’ils ne se plaignent pas, ils aiment bien la cuisine à Léo, je crois pouvoir le dire en leur nom.

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Pendant quelques minutes, le silence régna en maître autour de la table. Ventre affamé n’a pas d’oreilles, dit le dicton. A ce moment-là, on aurait aussi pu dire qu’il n’avait pas de bouche. Ce fut Léo qui rompit le silence.

– Je vais vous narrer la suite de mon fameux voyage vers Orléans, si le cœur vous en dit.

A voir les sourires de l’assistance, il savait qu’il ne casserait les pieds de personne en continuant son récit.

– Nous étions repartis en direction d’Orléans. Le temps, qui était plutôt beau jusque-là, se mit à se gâter franchement. Le ciel devenait noir vers l’ouest, aucun doute il y allait avoir de l’orage. Un orage, ça vient et ça part. Mais celui-là avait décidé de faire autrement. Le vent se mit à souffler très fort, de nombreux éclairs sillonnaient le ciel et la grêle se mit à tomber.

– Quel joli décor pour une histoire, plaisanta Seiler.

– Nous étions en pleine campagne, il faisait presque nuit tellement le ciel était noir. Nous ne pouvions quasiment plus avancer car la grêle faisait un bruit d’enfer en rebondissant sur la carrosserie. Je dis à Yolande qu’il valait mieux s’arrêter lorsque j’ai repéré un chemin forestier qui s’enfonçait dans un bosquet au bord de la route. Nous aurions un semblant d’abri en attendant que ça se calme.

– Je vois le coup de la panne en quelque sorte, ironisa Marly.

– Que tu dis, en vérité la môme avait un peu la trouille. C’est vrai que ça pétait tout autour de nous et que la grêle résonnait sur la bagnole comme si on avait tapé sur mille tambours. Moi-même, je n’étais pas très rassuré, j’avais spécialement peur que le pare-brise ne rende l’âme.

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Pour marquer un instant de suspense, Léo remplit les verres à nouveau. Décidément ce petit rouge faisait merveille, il mettait l’estomac tel des pieds dans la douceur des charentaises.

– Yolande me regarda d’un air à la fois effrayé et curieux. Je lui souris et en soupirant elle se blottit contre moi. A vrai dire, j’étais un peu emmerdé. Cela rompait un peu avec mes us et coutumes. J’avais l’habitude de ferrer le poisson après un concert et de les emmener à mon hôtel. Cela peut vous sembler bizarre, mais j’aime assez ce genre de folklore un peu désuet. Créer une ambiance romantique, boire un verre de champagne, ensuite conclure dans l’intimité d’une chambre avec parfois une douce musique en toile de fond. Là, dans cette voiture, avec le tintamarre de l’orage et de la grêle, je n’étais pas dans mon élément.

– Sacré Léo, tu en fais des manières. Avec Isabelle, nous avons fait une fois l’amour au milieu d’un champ de blé. Je reconnais qu’il faisait beau, mais quand même !

– Je sais, mais c’est comme ça. Tout séducteur que j’étais, je n’ai pour ainsi dire, jamais lutiné ailleurs qu’entre quatre murs. La vielle école, que veux-tu !

– Tu sais maintenant, dans les festivals de musique pop, c’est tout juste si la génération actuelle ne baise pas au vu et su de milliers de personnes. Je crois que j’aurais de la peine, moi aussi.

– Quand même, Yolande me poussa un peu au crime. Elle releva sa robe, comme on tend un verre à quelqu’un pour qu’il le boive. Elle me susurra à l’oreille :

– Tu vois, j’ai mis des bas et un porte-jarretelles malgré la chaleur, car je sais que tu aimes ça !

– Et comment l’as-tu su, nous n’en avons jamais parlé ?

– Une fois, j’ai reçu un appel téléphonique à la maison de disques. Une dame te cherchait. Je ne sais pas son nom, elle ne l’a pas dit. Il me semble qu’elle avait parlé d’un concert avec un ministre. Tu n’étais pas là, tu venais de partir mais je ne le savais pas. Cette dame m’a demandé de te dire que la dame aux bas nylons avait demandé après toi.

– Ah oui, je vois, il s’agit probablement de Léa, c’était la secrétaire d’un ministre justement.

– Comme elle avait insisté sur les bas nylons, j’ai imaginé que cela devait te plaire. Je me trompe ?

– Nullement, j’adore ça !

– Et que penses-tu des miens ?

– Tout à l’heure pendant le contrôle de flics, j’ai aperçu tes bas et tes jarretelles, cela m’a mis de bonne humeur.

Léo s’arrêta un instant. Il se demanda s’il devait raconter la suite de son histoire intégralement, ou introduire une petite censure.

A suivre

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Charles Way, une vue de chien

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Charles Way, est un cinéaste complètement à part dans le monde de la coquinerie. Je suis sûr que son nom, probablement inconnu de vous à l’instant, deviendra vite une sujet de référence pour un style où il est aussi un pionner dans son genre. A l’heure ou tout le monde peut filmer n’importe quoi via une caméra ou un téléphone, y compris ce qui se cache là ou notre regard n’a en principe pas accès, par exemple sous la jupe d’une dame.
Prenons cette bonne vieille machine à remonter le temps et mettons le régulateur temporel quelque part après la seconde guerre mondiale. Le voyage dure un instant et nous voici une bonne poignée d’années en arrière dans une rue quelconque d’une ville, par exemple Paris. Quel spectacle! Toutes ces dames qui passent à côté de vous, leur jambes offrant à votre regard ces merveilleux bas nylons qui les protègent du froid ou servant de simple support décoratif. Des bas, vous êtes sûrs? Ben oui, nous sommes aux temps bénis ou celui-ci règne en maître, le collant mille fois maudit est méprisé par les canons de la mode. Alors gageons que vous ayez envie d’en voir plus,  dans un but purement scientifique, c’est évident, de jouer « l’upskirteur » afin de ramener à notre époque quelques images qui témoignent des jolis secrets de la mode vue d’en dessous. Vous avez bien sûr emporté avec vous votre téléphone portable muni de sa caméra avec objectif à turbo molufaction prismatique intégré. Et hop en avant l’aventure.

Charles Way n’a pas cette chance, il n’a pas de machine spatio-temporelle pour sauter dans le sablier du temps et venir acheter le dernier cri en matière de caméra amateur et de retourner, vite fait, bien fait, dans son passé contemporain. Mais il a une caméra, c’est déjà ça. En ces temps qui peuvent se comparer au moyen-âge du film, il s’agit surtout de film 16 mm. Plutôt que de filmer le défilé du 14 juillet ou l’arrivée de 24 heures du Mans, il s’essaye dans le film porno amateur, genre qui à l’époque n’a aucun débouché commercial. Cela reste privé, entre amateurs, et légalement punissable. Sa réputation ne dépassera jamais ce cercle fermé, tant et si bien que l’on ne sait pratiquement rien de lui, sinon qu’il est mort à la fin des années 70. Un amateur de porno qui a fait quelques films, l’histoire pourrait s’arrêter là, mais…

Il s’est essayé à ses petits films coquin amateurs, auxquels il a quand même ajouté une dimension supplémentaire, celle d’interviewer les protagonistes féminines. Il a aussi fait sa révolution. Sans doute du genre bricoleur, il invente une sorte d’appareil qui consiste en une caméra cachée dans un étui à violon (ou de saxophone, on a aucune certitude), qui par un jeu de miroirs permettent de filmer discrètement à ras des pâquerettes. Et que va-t-il faire avec cela, je pense que vous le devinez, filmer sous les jupes des dames. Il va arpenter les rues, les trottoirs, les escaliers, tout ce qui peut favoriser un bon angle de prise de vue selon ses critères. Il accumule ainsi des mètres et des mètres de pellicule montrant petites culottes, bas, jarretelles, le tout garanti pur vintage. Peut-être cherche-t-il son Eldorado, une femme qui n’aurait pas de culotte, ce qui pourrait constituer pour l’époque le sommet du dévergondage. N’en déplaise aux amateurs de bas et de jarretelles d’aujourd’hui, aux temps où toute jupe qui se soulevait permettait de les apercevoir, le sans culotte devait constituer une sorte de plus. Que voulez-vous, les gens ne sont jamais contents. Une partie du travail de Way est toutefois post mini jupe

A sa mort, n’ayant probablement pas de descendance, ou une famille pas très curieuse, tout son matériel filmé à fini chez un brocanteur. On finit par remettre la main dessus et une sorte de festival fut même organisé à Avignon en 1986. Par contre, je me souviens d’avoir vu dans l’émission « Sexy Folies » qui date de cette période, deux ou trois extraits qui viennent sans doute de ce qu’il avait filmé par dessous la jupe. Je m’étais d’ailleurs demandé quel était le « fou » qui avait commis cela. Un poète, affirma un des intervenants de l’émission. Après cette mise en lumière, le matériel a de nouveau disparu. La partie porno semble a nouveau avoir été perdue, mais l’autre partie a été récupérée chez un autre brocanteur. Cette fois-ci, elle devrait survivre, car 80 minutes de ces explorations indiscrètes sous jupe a été mise en DVD sous le titre, Vu par mon chien (titre que Way semble avoir donné son oeuvre). Trente ans de culottes.

Personnellement, je ne l’ai pas vu, mais je me réserve le droit de m’en commander un exemplaire. C’est un art que je ne pratique pas, sans empêcher quiconque de le faire. Mais vu l’époque où cela a été filmé, je crois que c’est autrement plus excitant que de voir ces greluches monter les marches de Festival de Cannes.

C’est disponible aux Editions Astarté, spécialisées dans le vintage érotique. Un coup de pub que je fais avec plaisir.

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