Léo coeur de nylon (46)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Il affirme qu’il croit savoir où se cache un personnage clé que la police recherche. Ses informations lancent une piste en Espagne. Ils attendent des informations, tout en écoutant Léo partir dans une nouvelle histoire. Une histoire, où pour une fois, il a des doutes. Il remplace sa conquête par une autre.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Une fois de plus Léo sourit. Il savait qu’il captait son auditoire. Même si cela n’avait pas été le cas, il n’aurait pas cessé de raconter ses petites histoires. Il aurait envisagé la solution la plus simple, se les raconter à lui-même. Il le faisait parfois, il vivait passablement avec ses souvenirs. C’était son truc à lui, les vieux souvenirs, les bons souvenirs. Cela le remplissait d’une sorte de félicité à peine perceptible par les autres, très présente en lui. Les jambes en nylon défilaient dans une sorte de parade, il était le général qui inspectait les troupes de son œil scrutateur auquel n’échappait pas le moindre détail. Un bataillon dans lequel toutes ses conquêtes portaient le même uniforme, bas et porte-jarretelles. Il n’aurait su dire laquelle il choisirait comme officier pour mener la troupe au combat, son combat. Il aurait bien voulu ne jamais avoir à déclarer cette guerre, qu’il savait plus ou moins perdue d’avance contre son ennemi devenu éternel, le collant.

En ce moment, ces images passaient à la vitesse de la lumière dans son esprit, tout ceci dans une dimension connue de lui seul, une dimension dans laquelle le temps s’étalait en secondes pour les autres, mais en heures de plénitude pour lui. Nul ne le soupçonnait en le regardant éteindre sa cigarette pour en allumer une autre, qu’il passait des heures loin d’eux. Il devenait le voleur de temps, une seconde pour lui, une heure pour les autres, et toujours ces bas nylons pris dans le sablier du temps, qui menaient cette valse muette dans laquelle il dansait à n’en plus finir.

Son voyage terminé, il revint pour entamer la suite de son récit.

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– Je peux l’appeler reine de la jarretelle, car c’en était une. Dire que j’aurais pu me consacrer uniquement à Yolande et passer à côté de cette merveille, j’en ai des frissons qui me parcourent l’échine, rien que ça.

– Là, je te sens comme un ténor qui va entamer pour la beauté de l’art, le passage le plus difficile de l’œuvre qu’il est en train d’exécuter, lança Marly.

– Il y a un peu de vérité dans ce que tu viens de dire, sauf que je n’ai jamais eu la tessiture vocale d’un ténor, mais plus modestement celle d’un chanteur de charme. Donc, je l’avais draguée à l’issue du concert à Orléans, un peu pour me protéger de Yolande. Les débuts furent assez traditionnels, si je puis dire. Séance d’autographes, champagne, et ma petite idée d’une séance de photographie. Elle fut plutôt réticente à ce que je la prenne en photo, elle finit toutefois par accepter. A mon étonnement, plus que les autres, elle avait un excellent sens de la pose, presque pas besoin de forcer, elle trouvait exactement le truc qui correspondait en jonglant avec le décor. En plus, elle n’était pas statique. Elle savait à merveille mettre en évidence ses dessous noirs en mettant à profit une gestuelle de circonstance, soulever un pan de sa robe, ajuster ses bas, les enlever sensuellement, faire glisser son porte-jarretelles à ses pieds.

– Elle ne le dégrafait pas ?

– Ma chère Isabelle, il faut qu’un vieux renard vous apprenne quelque chose. Les porte-jarretelles de cette époque n’avaient pas systématiquement un fermoir au dos, ils étaient parfois conçus d’une seule pièce, un peu comme une gaine. Je ne sais pas ce qu’il en est vraiment aujourd’hui, mais alors ce n’était pas vraiment une rareté. C’est justement un de ce style qu’elle avait enfilé ce soir-là. Comme je revois très bien la scène dans son moindre détail, c’est pour cela que je mentionne le fait.

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– En effet, avoua Isabelle, je n’en ai jamais possédé un comme cela. Je n’en ai jamais vus.

– Cela ne m’étonne pas trop, les quelques-uns que l’on fabrique encore doivent se faire de manière standard. Je me demande d’ailleurs combien il s’en fabrique encore, mystère.

– Parmi les quelques amies féminines que je connais, une seule porte encore des bas, elle est plus âgée que moi et je suis sûr qu’elle abandonnera un jour. Je devrais vous l’amener dans le bistrot, à vous de la persuader de ne jamais porter de collants.

– Si vous l’amenez, j’offre la tournée, c’est promis.

Marly se marra.

– Tu ne risques pas de mettre la boutique en faillite, tu devrais changer le non de ton enseigne en « Au bas nylon impérial » cela amènerait sans doute de la clientèle. Tu peux aussi accorder une réduction à celles qui portent des bas, à condition de la prouver.

– Dis-donc tu te foutrais pas un peu de moi ?

– Mais non, imagine un peu toutes ces belles défiler pour avoir des prix réduits, si tu as toutefois le cœur assez solide!

– Mon cœur, il va bien, le nylon c’est bon pour la pompe !

– Si tu le dis…

– Et ma Paule, elle t’intéresse plus ?

– Je la sens revenir pour son show, tu as déjà la langue qui démange…  

A suivre

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