Léo coeur de nylon (53)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Il affirme qu’il croit savoir où se cache un personnage clé que la police recherche. Ses informations lancent une piste en Espagne. Ils attendent des informations, tout en écoutant Léo partir dans une nouvelle histoire, arrivée lors d’une tournée. Une histoire, où pour une fois, il a des doutes. Il remplace sa conquête par une autre et la suite de sa tournée en est complètement chamboulée. On lui parle d’une surprise pour le soir après le spectacle qui amène de nouvelles questions. Après les avoir résumées on revient aux souvenirs racontés par Léo, il entame ses souvenirs d’enfance

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Madame Lecoultre, une femme qui avait passé dans la vie de Léo comme passent les trains dans les gares. Certains n’y font que passer, d’autres s’y arrêtent le temps de laisser monter et descendre les passagers avant de repartir pour aller encore plus loin. Pour Léo, madame Lecoultre était la conjugaison des deux, un peu express, un peu omnibus. Il savait qu’il lui devait une partie de ce qu’il était devenu, un grand consommateur de nylon sous toutes ses formes. Le souvenir de son visage s’était un peu estompé dans sa mémoire, mais il avait encore cette attirance qui dirige les enfants en âge de comprendre certaines choses vers un premier pas dans l’interdit. Pour lui, son jugement d’enfant se résumait à deux catégories de dames, celles pour qui il avait de l’attirance, celles pour qui une sorte de répulsion semblait la seule appréciation valable. Madame Lecoultre faisait incontestablement partie des élues capables de faire battre son cœur un peu plus vite. Oui elle était jolie, ça il s’en souvenait très bien. Plus encore, chaque mot qu’elle prononçait, remplissait ses oreilles d’une douce musique, comme si sa voix était un instrument céleste. Ce n’est pas sans une certaine émotion dans la voix qu’il poursuivit son récit.

– Madame Lecoultre était une cliente fidèle de la boutique de mes parents. Elle venait acheter les mille choses nécessaires à son petit commerce. Elle gérait un atelier de couture à domicile. Quelques bourgeoises assuraient l’essentiel des revenus complémentaires du ménage. Elle était mariée, son mari enseignait dans un lycée, donc ils n’étaient pas dans la misère, mais cela  l’occupait au cours de ses longues journées.  Un jour elle est venue dans la boutique, sur le chemin du retour après avoir fait ses autres emplettes. Je ne sais plus ce dont elle avait besoin, une ou deux bricoles sans doute. Mais elle est tombée en admiration devant quelques rouleaux de tissus que ma mère venait de recevoir. Elle voulait les acheter, mais pria ma mère de les mettre de côté, étant déjà assez chargée comme cela. Comme je traînais dans la boutique, ma mère me demanda d’aller avec elle et de les porter. Elle accepta, j’en fus ravi, j’avais enfin l’occasion d’aller chez elle, ce que je souhaitais secrètement depuis longtemps. Le chemin n’était pas bien long, elle habitait au deuxième étage d’une petite maison, deux rues derrière la nôtre. Arrivés à destination, elle monta les marches devant moi, j’avais les yeux fixés sur ses jambes.

– Je vois ça d’ici, ironisa Marly, tu as essayé de te rincer l’œil sous sa jupe.

– Mais non même pas, j’étais  fasciné par la couture de ses bas. J’avais déjà remarqué que ça existait, mais les voir là si près, à la hauteur de mes yeux, j’éprouvais un drôle de sentiment.

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– Tu avais quel âge à ce moment-là ?

– Je devais avoir treize ans. Ce n’était pas encore des bas nylons, mais des bas de soie. 

– Oui, tu as raison, le nylon arrivé chez nous quelques années plus tard, je me souviens d’avoir vu les premiers juste avant la guerre.

– Tu sais, je m’en foutais pas mal, nylon ou pas nylon, tout ce qui m’intéressait c’était ses jambes enrobées de bas. J’imaginais des choses, j’avais la pompe qui tapait fort, comme jamais elle n’avait tapé avant. A la fin de la montée, j’avais même les jambes en coton. Cela devait être visible, car elle me demanda si j’allais bien. Je crois bien qu’elle devait se douter de quelque chose, deviner la nature de mon mal.

– Ah Léo et ses émois de jeune premier en devenir !

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– Nous sommes entrés dans l’appartement et elle m’a débarrassé de mes rouleaux de toile, surtout m’a demandé si j’avais soif. J’ai bien sûr dit oui. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle m’offre du whisky, mais un simple verre de flotte. Chez elle l’idée d’étancher la soif, c’était boire du thé, alors elle m’a installé au salon et est partie faire chauffer l’eau. Pendant qu’elle officiait à la cuisine, j’ai promené mon regard un peu partout. Dans un coin, il y avait un petit séchoir à linge avec quelques paires de bas et quelque chose qui ressemblait à un porte-jarretelles de l’époque, dans le genre rose saumon et quelques culottes en soie noire.  Moi qui m’étais un peu calmé, voilà que mes émois repartent de plus belle. J’ai compris une chose, ce genre de trucs il y en avait plein la boutique, j’y jetais un regard intéressé mais sans plus. Il me parut évident que c’était parce qu’ils appartenaient à madame Lecoultre que ça me tiraillait pareillement dans les entrailles. Employons le mot, je bandais pour elle et à cause d’elle. Il me fallait plus, alors je me suis discrètement approché du séchoir, je devais toucher, j’avançai ma main tremblotante…

A suivre

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