Léo coeur de nylon (57)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Il affirme qu’il croit savoir où se cache un personnage clé que la police recherche. Ses informations lancent une piste en Espagne. Ils attendent des informations, tout en écoutant Léo partir dans une nouvelle histoire, arrivée lors d’une tournée. Une histoire, où pour une fois, il a des doutes. Il remplace sa conquête par une autre et la suite de sa tournée en est complètement chamboulée. On lui parle d’une surprise pour le soir après le spectacle qui amène de nouvelles questions. Après les avoir résumées on revient aux souvenirs racontés par Léo, il entame ses souvenirs d’enfance où une certaine madame Lecoultre joue un grand rôle.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

26 101814-3

 

Cette fois-ci ce fut Isabelle qui se mêla à la conversation.  Jusqu’ici, elle avait plutôt écouté sans trop manifester une approbation ou son contraire. Son visage était figé dans une ébauche de sourire. Léo la regardait de temps en temps. C’était avec elle qu’il avait le plus de doute sur la pertinence de ses propos. Il la connaissait seulement depuis quelques jours. Il se foutait de ce que pouvait penser Marly, avec son passé de déporté, il lui en fallait sans doute plus. Avec Seiler, c’était encore mieux, son rôle de lieutenant dans le milieu devait l’avoir blindé au-delà de toutes considérations pudiques ou philosophiques. Non, c’était bien Isabelle qui pouvait lui poser lui poser un problème. Les histoires de femmes en bas nylon qui exposaient leurs jarretelles à la vue de tous, elle connaissait cela par cœur, on pouvait même la considérer comme pratiquante si cela avait été une religion. Léo pour une fois s’était laissé embarquer à raconter des souvenirs un peu plus précis, il le regretta presque. Sa grande expérience des femmes le confortait dans quelques certitudes qui lui étaient personnelles. Il avait constaté que les plus extrémistes, les furies du plumard, étaient souvent celles qui n’avaient pas l’air d’y toucher dans le vie de tous les jours. Quand elle manifesta l’intention de parler, Léo en eut presque un soupir de soulagement, il allait savoir dans quelle catégorie la classer.

– Monsieur Léo, commença-t-elle…

Léo saisit la balle au bond, il joua son atout.

– On pourrait se dire tu, non ?

– Si tu veux, mais à la manière que j’ai apprise en Suisse.

– Ah il y a une manière suisse de se dire tu, tu y as séjourné ?

– J’y ai séjourné car mon père a été un moment attaché militaire à Berne, il avait profité de m’emmener avec lui, il pouvait emmener femme et enfants. Là-bas, ils ont une manière particulière de passer au tu, ils appellent ça faire schmolitz.

– Faire quoi ?

– Faire s-c-h-m-o-l-i-t-z !

– Cela consiste en quoi ?

– Eh bien, un verre de vin à la main, très souvent du blanc, l’un à côté de l’autre en croisant les  coudes de la main tenant le verre, ils le vident cul sec. Cela s’accompagne en général d’une bise si les personnes sont de sexe opposé.

26 101814-5

– Du blanc, et cela marche aussi avec le champagne ?

– Tu sais, les Suisses ne sont pas spécialement des buveurs de flotte, toutes les occasions sont bonnes pour ouvrir une bouteille. Dans ce cas précis, tout ce qui ne ressemble pas à de l’alcool  est strictement interdit. Le champagne est donc autorisé.

– Alors dans ce cas, allons-y !

Léo remplit les flûtes, ils se levèrent et s’approchèrent l’un de l’autre. Isabelle guida la manœuvre sous l’œil amusé de Léo. A l’unisson, le champagne disparut dans les gosiers, suivi de la bise que Léo ne manqua pas de coller sur la joue d’Isabelle, respectant ainsi la tradition.

Seiler en profita pour demander à Isabelle de faire la même chose avec lui. Il se dit en rigolant intérieurement qu’il avait offert la bouteille et que c’était le moyen d’en profiter. Il trouvait cette coutume charmante, plus appropriée avec une dame, une sorte de demande en mariage grammaticale. Dans le milieu le tutoiement était de rigueur, s’il n’y voyait rien à redire avec les hommes, cela l’avait parfois gêné avec les dames. Et puis il se sentait proche d’Isabelle, elle avait et allait apporter de la lumière dans une des énigmes de sa vie, pourquoi et comment était morte sa demi-soeur.

Le bistrot était presque désert, diable l’heure avançait, la poignée des habitués encore présente regarda le manège d’un air intrigué. Décidément depuis quelques temps, tout semblait chamboulé en ces lieux. Léo n’était presque plus derrière son comptoir, il ne cessait de parler avec Marly, ce dernier ne se tenait plus dans son coin, son éternel livre ouvert posé sur la table. Et puis il y avait Isabelle, que chaque client ne manquait pas de scruter, l’œil admiratif ou lubrique selon les cas. C’était quand même sur les jambes qu’ils s’attardaient le plus, des femmes qui portent des bas à couture, il n’y en avait plus tellement. En fin connaisseurs, ils savaient bien que les jolis secrets qui se cachaient sous ses robes étaient de ceux qui ne pouvaient que leur rappeler de bons souvenirs.  La mode, cette foutue mode, capable de meilleur comme du pire était passée par là.

26 101814-2

– Dis donc Isabelle, tu voulais me dire quelques chose tout à l’heure, sourit Léo.

– Je voulais te dire que ta madame Lecoultre était une belle petite dévergondée, profiter ainsi d’un innocent jeune homme. Et sa langue, elle t’a montré tout ce que l’on pouvait faire avec ?

– C’est là que j’ai eu ma vengeance. Avec un truc presque impensable au vu de l’âge que j’avais.

A suivre

26 101814-1

26 101814-4

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s