Léo coeur de nylon (60)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Il affirme qu’il croit savoir où se cache un personnage clé que la police recherche. Ses informations lancent une piste en Espagne. Ils attendent des informations, tout en écoutant Léo partir dans une nouvelle histoire, arrivée lors d’une tournée. Une histoire, où pour une fois, il a des doutes. Il remplace sa conquête par une autre et la suite de sa tournée en est complètement chamboulée. On lui parle d’une surprise pour le soir après le spectacle qui amène de nouvelles questions. Après les avoir résumées on revient aux souvenirs racontés par Léo, il entame ses souvenirs d’enfance où une certaine madame Lecoultre joue un grand rôle.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Léo aurait bien voulu mentir à ce moment-là. Il se devait à la vérité, il savait comment avait fini madame Lecoultre.

– Il ne l’a jamais revue, elle est morte en déportation à Ravensbrück. Il ne l’a appris qu’après la libération des camps. Un jour il a reçu une lettre de la Croix Rouge, l’informant de venir se présenter  dans les bureaux installés à l’hôtel Lutetia. Il s’y rendit un peu étonné, il ignorait le rôle qu’elle jouait dans le rapatriement des déportés. On le mit en rapport avec une personne qui officiait dans le centre avec un titre d’aide administrative. Elle s’occupait justement de celles qui avaient séjourné à Ravensbrück. Ayant elle-même vécu quelques mois dans le camp, elle n’était pas trop mal en point ayant eu la chance d’obtenir un poste d’infirmière au Revier, car elle parlait parfaitement l’allemand. Le Revier était ce qui tenait lieu d’hôpital dans les camps, un endroit sinistre sans réels soins, soit on guérissait, soit on crevait, les miracles tenaient lieu de médicaments.

– C’est tout à fait ce que tu dis, confirma Marly. Celui de Dachau était tout aussi sinistre, mieux ne valait ne pas y entrer si on avait une chance de s’en sortir autrement. Il y avait encore des illusionnés qui croyaient qu’on allait les envoyer dans un vrai hôpital. Combien se sont fait piéger par la propagande. Avec les communistes on savait à quoi s’en tenir, on se démerdait  avec les moyens du bord, on aurait plutôt cassé la gueule à celui qui avait l’intention d’y aller.

– L’infirmière en question a assisté aux derniers instants de la femme à Lecoultre. Elle a promis qu’elle avertirait son mari si jamais elle en réchappait, elle avait noté mentalement son adresse qui était toujours valable quand elle est revenue.

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– Et ton pote comment il s’en est sorti ?

– Eh bien, il a pu reprendre du service dans l’enseignement après la guerre, je crois que la France lui devait bien cela. C’est ainsi que quelques années plus tard, m’ayant reconnu sur une affiche, après s’être renseigné, il est venu me trouver à un de mes concerts. Encore un que je n’ai jamais revu après cette soirée, j’ai perdu sa trace. Quoi qu’il en soit, je garde de lui un souvenir attendri et parfois je repense à sa femme, peut-être a-t-elle eu une pensée pour moi au moment d’aller de l’autre côté ?

– Désolé de terminer sur une notre triste, mais je crois que l’on ferait mieux d’aller se coucher, il n’y a plus de clients et ta serveuse bâille à se décrocher la mâchoire. Elle a déjà dix fois compté la caisse !

– Tu as raison Marly, je suis crevé et je vois notre ami Seiler qui en a aussi assez. Bonne nuit et on attend les nouvelles !

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Les nouvelles, voilà ce que Léo guettait avec une certaine impatience. L’équipe se retrouvait quand même tous les soirs derrière une table, Seiler avait gagné ses galons d’ami dévoué à la même cause. Il n’était pas le dernier à rigoler des blagues des autres et à offrir une tournée. Même si ces retrouvailles tournaient autour d’une sordide histoire de meurtre, la tristesse n’était pas la règle. Il y avait les histoires à Léo, les anecdotes à Seiler sur son passage dans le milieu en tant qu’observateur, les commentaires de Marly, et ceux toujours pertinents d’Isabelle. Que pouvait-on faire de plus en attendant, des prières ?

Il se passa une semaine sans rien de particulier. La police ne se manifestait pas, on ne savait pas si elle étudiait sérieusement la piste espagnole, Léo doutait qu’ils aient tenté quelque chose. Seiler était sûr que non, Marly très sceptique. La plus déterminée restait Isabelle, elle avait même envisagé de relancer son père. Il avait encore quelques relations dans les ministères, un général de carrière, ça ne rentrait pas dans l’anonymat d’un claquement de doigts.

Sur le coup de midi, dix jours après la longue soirée, Marly entra en trombe dans le bistrot, commanda un blanc en passant devant le comptoir, un blanc volant comme il disait, et vint s’assoir à la table de Léo qui était en train de casser la croûte, une assiette de tripaille devant lui. A la mine de Marly, il devina qu’il y avait du nouveau.

– Tu as lu dans le journal que Singer donnait un concert à l’Olympia ?

– C’est presque ça !

– Dis-moi tout !

– Mes potes communistes ont fait du bon boulot, il ont localisé Singer dans un bled près de Saragosse appelé Quinto.

– Connais pas, mais c’est déjà ça !

– Le plus merveilleux, c’est qu’ils croient savoir qu’il vient donner un concert la semaine prochaine en France, à Pau !

A suivre

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