Léo coeur de nylon (62)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Après bien des rebondissements, ils semble que les choses se précisent.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Léo tourna sa tête en direction de la rue comme s’il voulait une confirmation des paroles de Marly, pas qu’il doutait de sa parole, mais juste pour deviner quelle pouvait être l’humeur du nouvel arrivant. Il gardait de Laverne un souvenir inégal. Un flic pour Léo, c’était un flic. S’il gardait un souvenir plutôt reconnaissant de ceux qui avaient croisé son chemin de vedette à la grande époque, il avait depuis un peu reconsidéré sa position. C’était maintenant plus des faiseurs d’embrouilles quand il ne fermait pas son bistrot assez tôt ou que sa voiture était mal garée. Il ne savait pas encore où situer Laverne, plutôt un ami puisqu’il pouvait aider sa cause, mais il n’était pas tout à fait sûr de sa sincérité. Il trouvait que les flics ont toujours des idées derrière la tête. C’est à voir.

Laverne poussa la porte et balaya le bistrot de son regard. Quand il aperçut Léo et Marly, il leur fit un signe de main et se dirigea vers eux.

– Bonjour messieurs, comment allez-vous !

– Très bien et vous, répondirent-ils presque en chœur.

– Un blanc sec ? demanda Léo.

– Avec plaisir, vous reprenez la même chose ?

Ils répondirent d’un signe de tête affirmatif.

Léo fit monter Laverne d’un cran dans son estime. Un flic qui offrait un verre alors que beaucoup estimaient qu’ils devaient boire gratuitement, c’était suffisant pour apaiser quelques doutes chez Léo.

– Je crois que vous avez du neuf d’après ce que m’a dit monsieur Marly ?

– En effet, mes amis espagnols sont à peu près sûrs que Singer va venir donner un concert en France, du moins faire une animation musicale.

– D’après ce que vous m’avez dit, c’est à Pau ?

– Le lieu est sûr, mais on ne connaît pas encore l’endroit exact, aucune affiche n’annonce un concert quelconque, du moment que c’est privé.

– Vous savez comment vos amis ont pu être au courant qu’il venait ?

– Oh vous savez ce sont des marioles, vous n’ignorez sans doute pas que ce sont des communistes qui luttent contre le pouvoir de Franco ?

– En effet, j’avais cru comprendre cela !

– Ils ont un service de renseignements digne de la meilleures des polices. Certains sont mêmes allés en Allemagne de l’Est pour se perfectionner, c’est vous dire. Donc, ils ont repéré Singer alias Garcin dans un petit bled près de Saragosse. A partir de là, ce fut assez facile de suivre ses déplacements. Il est avéré qu’il vit plus ou moins de sa musique en faisant des bals un peu partout. Il tourne principalement avec deux autres musiciens, un bassiste et un batteur. Un jour le trio s’est rendu à Saragosse, on a pensé à un concert, mais cela n’était pas le cas. Ils se sont séparés arrivés à la gare.

– Et qu’ont-ils fait, chacun a été suivi ?

Léo sourit, le flic dans toute sa splendeur, pensa-t-il. L’angoisse du pisteur qui suit trois suspects qui se séparent. Lequel suivre ?

Pour lui, le problème se poserait autrement. Deux filles portent des collants et une des bas, mais il ne sait pas laquelle. Alors qui draguer ?

Marly attrapa le sourire de Léo au vol. Il n’en connaissait pas la raison, mais soupçonna qu’il avait reconnu comme lui un trait de caractère propre à un détective, la peur de perdre la piste.

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Marly avait bien vu, mais il ignorait que Léo avait replacé l’enquête sur une piste en bas nylon. Il poursuivit à l’intention de Laverne :

– Je crois qu’ils ont fait du boulot en ordre. Celui qui a pisté le trio dans le bled les a suivis jusqu’à la gare.  Le chef de gare, qui est un pote à eux, a signifié qu’ils avaient pris un billet pour Saragosse. A l’arrivée, trois autres potes les attendaient, ainsi chacun a pu s’occuper de l’un ou l’autre.

Et ensuite quand ils se sont séparés ?

– Singer s’est rendu chez un médecin, peut-être souffrait-il. Le bassiste s’en rendu dans un bistrot un peu louche et a joué aux cartes avec des copains. Le batteur, lui, est resté dans la gare et s’est rendu vers un guichet en se mettant à la queue, collé par notre pisteur. Le moment venu, il a clairement entendu qu’il réservait trois places dans le train de vendredi pour Pau, en fait avec un changement de train à Canfranc. Selon toutes déductions, cela devrait être avec le train qui arrive à 14h30 à Pau, qu’ils devraient arriver.

– C’est du beau boulot, reconnut Laverne. Si jamais ils cherchent du travail en France, la police leur ouvre les bras.

Marly rigola, devinant qu’il lançait une boutade, la chose étant certainement impossible.

– Mais dites-moi mon cher Laverne, depuis notre dernière rencontre, avez-vous du neuf de votre côté.

Laverne attendait la question, il avait plus ou moins préparé la réponse.

– Bien sûr, nous avons contacté la police espagnole. Comme vous vous en doutez, la chose est plus empreinte de courtoisie du côté espagnol que d’efficacité. Ils ont un peu l’air de se foutre de ce que peut faire Singer chez eux, du moment que ce n’est pas un activiste politique et que d’autre part nous n’avons pour l’instant rien de sérieux à lui mettre sur le paletot. Nous n’avons que des soupçons. Pour les Espagnols, c’est une personne que nous souhaiterions entendre pour une affaire qui ne le concerne peut-être pas vraiment.

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Léo et Marly se regardèrent, c’est bien ce qu’ils avaient pensé.

– De toute manière, le problème n’est plus là, ajouta Laverne. On sait qu’il va venir, du moins c’est plus que probable.

– Oui. mais on ne sait pas pour l’instant le lieu du concert, tenta Léo.

– Aucune importance, on n’a pas besoin qu’il donne son concert. Aussitôt sur notre territoire, on peut l’arrêter sans déclarer la guerre à l’Espagne. Il faut juste qu’on puisse l’identifier.

Oui, il avait raison. Léo se traita de con intérieurement, c’était bien un réflexe d’artiste. Autrefois, il n’existait vraiment que sur une scène et en regardant une femme porter des bas nylons. Dans son subconscient, on aurait pu lui passer les menottes seulement quand il était sur scène ou juste après. Jamais avant, c’eut été un crime !

Au moment où il allait s’excuser de tant de sottise, Léo vit la porte du bistrot s’ouvrir avec une certaine satisfaction. Il s’empressa de commenter le fait.

– Ah voici une personne qui peut nous aider à l’identifier!

A suivre

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