Des dessous pour un siècle (8)

17 032815 8

Que peut avoir comme aspect une crise mondiale?

Celle de 1929 a au moins un, c’est la première fois dans l’histoire que tout le monde est touché. Oh, les riches continuent d’être riches pour la plupart et les pauvres encore plus pauvres. La révolution insdustrielle, le développement des transports, a changé la face du monde. L’économie, essentiellement locale jusque qu’alors, s’est teintée de mondialisme. Les bateaux, atteints de gigantisme, franchissent les océans en quelques jours, l’Europe est couverte d’un réseau ferré qui va de ville en ville, de capitale en capitale, en des temps qui rendent préhistoriques les voyages en diligence. Vous pouvez consommer des dattes de Turquie en abondance et juste quelques jours après la cueillette. Vous n’aviez jamais goûté des ananas? Eh bien maintenant c’est possible, l’industrie alimentaire les a mises en conserves sur le lieu de production avant d’être chargés sur des navires marchands pour garnir amplement un rayon dans le magasin du coin. Mais voilà, quand un engrenage de cette belle mécanique se grippe, c’est toute la machine qui a des ratés. Vous n’avez plus d’argent pour acheter vos ananas? Le marchand ne va plus en commander, il ne les vends plus. L’armateur a sa flotte au port, les employés des conserveries et les cueilleurs sont au chômage etc…

17 032815 9

Heureusement la mode dans tout cela s’en sort plutôt bien. On continue de s’habiller, les créateurs de créer, et qui sait, la pénurie de matières premières ou le manque de liquidités va peut-être influencer cette dernière. Il est certain qu’au tournant des années 30, la femme doit retourner dans son foyer, il n’y a plus guère de travail pour elle. On constate comme dans chaque période de l’histoire ou l’économie balbutie, un resserrement de l’ordre moral. Ce que l’on pouvait tolérer au nom de l’argent qui coule à flots, devient soudain une atteinte aux moeurs, c’est la revanche des censeurs. La garçonne passe de mode, mais dorénavant une catégorie de femmes continuera de porter des cheveux courts, c’est définitivement acquis. Les dessous se font plus sages, on ressort presque le corset des tiroirs, on rallonge les jupes, la femme redevient mystère à l’oeil de l’homme. Malgré tout…

17 032815 10

L’Allemagne, mise à sac par le traité de Versailles, connaît pourtant une intense vie culturelle, magnifiée par quelques courants comme le Bauhaus ou son cinéma expressionniste qui est peut-être à ce moment-là le meilleur du monde. Un film illustre à merveille l’état de la société allemande de cette époque, « M Le Maudit » de Fritz Lang. On y retrouve les ingrédients de l’Allemagne juste avant l’avènement du nazisme. En suivant les pas d’un détraqué sexuel, incarné de manière saisissante par Peter Lorre, on croise tout le gratin de la pègre, qui gênée par les recherches intensives de la police qui traque le criminel, décide de le trouver avant elle et le juger arbitrairement. L’histoire est inspirée de faits réels et pour faire plus vrai certains des acteurs sont réellement des malfrats. C’est le reflet de cette époque, où chacun malgré une situation sociale catastrophique survit comme il peut, trouve des plaisirs là où il peut en trouver, même en défiant la morale ou l’abject.

Peter Lorre (1904-1964) né en Hongrie, bâtit toute sa carrière sur son rôle de psychopathe dans « M Le Maudit ». Pour cela, il est constamment considéré parmi les 100 meilleures interprétations de l’histoire du cinéma. Fuyant l’Allemagne car il était juif, il réussit grâce à la renommée de son film à obtenir des contrats à Hollywood où il se débrouilla plutôt bien. Il apparaît en second rôle dans des films légendaires comme « Casablanca » ou « Le Faucon Maltais ».  Il réalisa et interpréta aussi un excellent film « L’homme Perdu », sélectionné au festival de Venise en 1951.

17 032815 5

Le côté léger est mis en évidence par un autre chef-d’oeuvre, « L’Ange Bleu » de Joseph Von Sterberg, avec Marlène Dietrich. C’est la première fois que l’on peut voir aussi longuement dans un film, des bas (de soie bien sûr), des jarretelles, un culotte style frou-frou, en résumé les dessous de l’époque, vestimentairement parlant. Il façonna le mythe de Marlène Dietrich, qui tournera désormais des rôles bien plus habillés, récupérée par Hollywood en tant que anti-nazie convaincue.

17 032815 6

Une interview de Marlène Dietrich parue en 1933. Pour avoir lu pas mal de trucs sur elle, cette interview correspond assez bien à sa personnalité réelle. Même si on lui attribua toutes les excentricités et caprices de star, il semble bien quand la réalité était autre. En privé quand elle recevait, elle faisait la cuisine elle-même ou n’hésitait pas à donner d’autorité un coup de balai à la fin d’une réception où elle était invitée et n’y venait pas forcément en robe du soir

17 032815 4

17 032815 13

Un pareil laisser aller est totalement impossible dans le cinéma américain victime du code Hays qui impose une censure drastique au cinéma. Le moindre baiser un peu long, la moindre suggestion de scène d’amour, la moindre vision de jarretelle est totalement proscrite. On n’ose imaginer la moindre culotte un peu coquine qui sécherait au vent dans le jardin de la voisine. On tolère tout juste le pagne de Tarzan et la tenue suggestive de Jane, bien sûr ce sont des presque sauvages qui vivent dans la jungle. Difficile de les imaginer en complet-cravate et en crinoline.

La France est bien plus permissive. Tout au long des années 30, on verra des dessous dans de nombreux films. En commençant par « La Chienne » de Jean Renoir en 1931, avec Jeanne Marèse qui aguiche Michel Simon en des tenues un rien suggestives. Avec Renoir, Duvivier, Carné, Vigo le cinéma français léguera quelques titres de noblesse au cinéma français.

Les partisans du corset ne désarment pas

17 032815 1

Mais bientôt, un invention va changer la face du monde, le nylon…

Quelques dates

1930

La méthode Ogino, du nom d’un médecin japonais, permet de calculer les période de fécondité. Les femmes lui disent merci.

On va à la plage dans un pyjama fait pour.

17 032815 2

Une création américaine, l’hôtesse de l’air.

1932

André Doré marquera ses chaussettes, bas et mi-bas, des célèbres initiales DD, que l’on trouvera dans une vaste campagne publicitaire, chose qui n’est pas encore très courante, on a des doutes sur son efficacité. Il imposera par ce moyen une maison qui a déjà plus de 100 ans d’existence.

17 032815 7

Le soutien-gorge soigne la présentation de ce qu’il est censé aider à tenir en place. On ajoute quelques petits trucages, armatures, bonnets, les plus démunies s’en trouveront consolées. Cela fera chanter quelques années plus tard sur l’air de « In The Mood »: – As-tu vu la Lulu les lolos qu’elle a là, on dirait des obus de la dca!!

17 032815 14

Le fameux foulard, dit carré Hermes, est lancé et avec lui toute une tradition de luxe made in France.

Nina Ricci se met à la couture.

1934

La paréo, tenue de plage tahitienne en forme de jupe, fait des adeptes en France.

17 032815 3

A suivre

Léo coeur de nylon (65)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Après bien des rebondissements, ils semble que les choses se précisent.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

22 032115 4

Laverne esquissa un sourire, il était plutôt content d’abandonner son rôle de flic et de se mêler à la conversation en étant persuadé que son auditoire ne maquerait pas d’être intéressé par son histoire. Il entama son récit :

– Vous savez quand on exerce un métier comme le mien tout le monde a un service à vous demander. On est un peu comme des prestidigitateurs ayant un peu de renommée, quand un ami veut organiser une soirée avec une petite attraction après le repas, il fait volontiers appel à vos services pour un coup de main. En étant de la police, c’est un peu la même chose, on ne veut pas enclencher toute la machinerie, alors on demande conseil ou un peu d’aide.

Léo regarda Laverne d’un air approbateur en se manifestant par un hochement de tête, il lui était arrivé de demander de petits services à quelques policiers en service, afin d’éviter quelques menues déconvenues, comme celle d’un mari jaloux.

– C’est l’ami d’un ami qui m’avait demandé si je pouvais faire quelque chose pour un cas qui le tourmentait. L’histoire était en fait très simple, la femme de cet ami se plaignait que sa lingerie disparaissait du séchoir dans la maison où ils habitaient. Il m’avoua que cela lui posait problème d’aller porter plainte au commissariat, il en avait presque honte, il voulait que cette histoire ne s’ébruite pas. En fin de compte son histoire posait plus de problèmes à moi qu’à lui. Il ne nous est pas interdit de donner quelques conseils, mais on ne peut pas être de la police officielle et tenir une agence privée à côté.

– Je suis entièrement d’accord avec cela, affirma Marly. Ce serait la porte ouverte à tous les abus, d’ici à ce qu’ils se fassent payer en retour. Déjà que la police n’a pas toujours bonne réputation, cela ne ferait qu’empirer la chose.

22 032115 5

– Laverne regarda Marly avec un sourire, il savait qu’il avait officieusement raison, c’était un vaste débat qui n’avait pas sa place ici, mais il savait que tous ses collègues n’étaient pas tous aussi scrupuleux.

– Je lui demandai des explications sur son cas, alors il éclaira ma lanterne. Sa femme avait plusieurs fois constaté que la lingerie qu’elle mettait à sécher dans la buanderie disparaissait. Une fois c’était des bas, une fois une culotte, on lui avait même volé un porte-jarretelles. Ce n’était pas régulier, seulement de temps en temps. Il ne se passait rien pendant un mois et cela recommençait pour se clamer à nouveau.

Léo se marra, il n’avait jamais rien volé de semblable, ni autre chose d’ailleurs, Dans son cas, il se rappelait que c’était plutôt le contraire, il avait couru après une dame pour lui rapporter la paire de bas qu’elle avait oubliés. Il garda sa réflexion pour lui, il se raccrocha au récit de Laverne.

22 032115 2

– Des histoires comme ça, j’en avais déjà entendues, il est arrivé quelquefois que l’on vienne se plaindre au commissariat pour un vol du même genre. Evidemment on ne va pas mobiliser l’armée pour autant. On envoie un inspecteur faire une petite enquête, histoire de montrer qu’on est là. Le plus souvent, il n’y a pas de suites, l’affaire est classée comme on dit. C’est un peu pour cela que j’ai décidé de lui venir en aide discrètement, du moins je le lui dit ainsi. Par contre, je ne lui ai pas dit que c’était aussi un peu parce qu’il m’intriguait. Une chose que vous ne savez certainement pas, nous autres les flics, on a vite l’habitude de classer les gens. C’est pas comme à la télé, certains suspects ou témoins croient être de bons acteurs, mais en vérité ils sont très mauvais, ils n’ont pas appris un rôle écrit sur un scénario.

Seiler suivait le récit avec intérêt, il tiqua néanmoins sur ce dernier passage. Il connaissait bien les rôles de composition, il en avait la nausée. Combien de fois il les avait interprétés dans le milieu, sourire à une crapule alors qu’on avait envie de lui cracher à la figure. Son rôle d’acteur avait fait partie de son contrat de lieutenant d’une grosse pointure de la pègre. Il l’avait joué avec le plus de conviction possible, il avait été un acteur au sens théâtral du terme, il avait joué un scénario sans se glisser avec facilité dans son personnage. Il était toutefois curieux  de savoir pourquoi Laverne avait donné cette précision. Il attendait la suite du récit en se demandant ce que des bas nylons avaient de commun avec les rôle de composition.

A suivre

22 032115 122 032115 3

Des dessous pour un siècle (7)

25 031415 1

Les souvenirs de la tragédie de la première guerre mondiale s’éloignent. La seconde moitié des années 2o marque une période d’insouciance nuancée. Le progrès va de plus en plus vite. Il n’y a pas si longtemps les voitures se traînaient à la vitesse de l’escargot, maintenant elles commencent à ressembler à des petits bolides. L’aviation, principalement du fait de la guerre, a fait de gros progrès, on n’est pas loin de traverser l’Atlantique, cela se fera en 1927 par Lindberg. L’industrialisation n’est pas en reste, on tente de fabriquer tout et n’importe quoi dans les usines, par exemple des voitures. La soupe en sachet fait déjà partie du décor, l’appareil de téléphone n’est plus seulement utilisé par une élite, il entre dans beaucoup de foyers, on se parle entre continents. Le cinéma permet de distraire ou de voyager, on voit s’agiter les habitants de terres lointaines sur l’écran comme si on les avait en face de soi.  Il ne lui manque que le son, il vient en 1927 avec le premier film du genre « The Jazz Singer » avec pour héros un acteur blanc grimé en noir, Al Jolson. L’avènement du parlant finira de le propulser au firmament des plaisirs que tout le monde peut s’accorder. Il se fera aussi un moyen de réflexion pouvant servir de tremplin pour exprimer ses idées. Justement, cette vie qui semble tourner trop vite pour certains va susciter une réaction que fera le tour du monde via le film de Chaplin « Les Temps Modernes ». C’est son premier film politique, sorti en 1936, juste le temps nécessaire pour prendre le recul nécessaire à leur analyse.

25 031415 9

Et la mode dans tout cela? Eh bien elle continue son bonhomme de chemin. Evidemment il n’y a pas tous le jours un nouveau courant qui se crée. Quelques fantaisies viennent bousculer l’ordre établi, comme la ceinture de bananes de Joséphine Baker qui fait se déplacer les foules à Paris. C’est une version exotique de la mode qui se cantonnera à la scène, on ne verra pas les bourgeoises se promener dans la rue en l’arborant comme l’ultime gadget pour se faire remarquer. Depuis la venue des garçonnes, la lingerie et le corps se montrent avec certain manque de pudeur relatif à ce que ces temps peuvent encore contenir de conservateurs. Ce qui est positif dans le succès de Baker, c’est l’avènement de la femme noire, star en France et presque déchet dans certaines régions de son pays d’origine, les USA. Mais ne nous trompons pas, son jeu de déhanchements suggestifs passent d’autant mieux chez une artiste noire, car on l’assimile volontiers à un comportement tribal, pratique théoriquement en cours dans une certaine sous-civilisation. Elle prouva par la suite que l’action sociale n’était pas seulement le fait des Blancs en s’engageant activement dans la résistance, en luttant contre le racisme, et en faisant vivre une communauté d’orphelins qu’elle a adoptés. La marque de lingerie Princesse Tam Tam est inspiré d’un film dans lequel elle a tourné. 

25 031415 14

 

Une chronique de presse de 1926 révèle l’influence qu’a pu avoir Joséphine Baker sur la mode, du moins sur le teint de la peau. La blancheur, alors de rigueur, cède le pas au bronzage. Depuis les choses n’ont pas tellement changé.

25 031415 13

25 031415 7

25 031415 3

La musique contribue indirectement à la mode vestimentaire. La chanson traditionnelle a encore sa place, bien franchouillarde, sortant du 78 tours qui tourne sur la gramophone qui trône au salon. Toutefois les échanges entre continents apportent un vent nouveau, le jazz. Dans un premier temps, cette musique s’adresse plutôt à des amateurs branchés dont la bourgeoise n’est pas exclue. Si on l’écoute encore d’une oreille distraite, par contre les pistes de danse se trémoussent sur les pas de charleston. Difficile de se mouvoir avec aisance sur cette danse plutôt remuante quand on est harnaché dans un corset. La bourgeoise qui a découvert et en partie adopté le prêt-à-porter, peut se lancer sur la piste et danser toute la nuit. On peut jouer jeu à peu près égal entre les classes sociales le temps d’un port de vêtement. Certains petits détails remettent les choses en place. La bourgeoise couvrira ses jambes avec des bas de soie, les autres se contenteront de bas en rayonne, moins élégant et plus fragile, mais aussi nettement moins cher. Ils se distinguent par l’aspect, mat pour la soie, brillant pour la rayonne. On triche un peu, on poudre ceux en rayonne pour en diminuer la brillance. Dans les endroits peu éclairés comme un pont de danse, cela peut faire illusion.

25 031415 2

Même les grands couturiers tiennent compte de cette tendance à la simplicité, Coco Chanel, qui brille déjà sur son empire y va de sa robe noire toute simple, en 1926. Par définition les dessous suivent le mouvement. Depuis des siècles d’histoire dans la bonne société, on n’a jamais été aussi peu légèrement vêtu en matière de lingerie, on assure le minimum. C’est encore une chose à mettre au crédit de la libération de la femme, le sous-vêtement devient fonctionnel.  C’est aussi dans les années 20, que les dessous inspirent ce qui se porte dessous après quelques timides tentatives antérieures. Le chemise de nuit devient peu à peu une robe qui se veut légère. Il s’en faudra encore de beaucoup pour se trouver dans la situation actuelle où certaines femmes abandonnent toute forme de coquetterie en matière de lingerie, mais l’idée est là.

De son côté, René Lacoste se présente au tennis avec un polo de coton sur lequel il arbore son fameux crocodile. L’homme qui porte encore volontiers des combinaisons d’une pièce, qui font camisole et slip en même temps, l’abandonne peu à peu. La mise au point du latex permet un petit miracle, des ceintures élastiques remplacent tout ce qui pouvait aider à la tenue des sous-vêtements. Les Américains popularisent le short comme pièce vestimentaire portée dessous. Pour faire bonne mesure, la camisole et le tee shirt complètent la panoplie.25 031415 4

Les plaisirs de la vie, l’amusement, auraient pu continuer leur ronde incessante. Un grand coup de frein à l’économie en plein essor survient en 1929. Le 24 octobre, commence le krach de Wall Street. La raison principale en est la spéculation, à l’instar d’aujourd’hui on croit déjà que l’on peut gagner toujours plus d’argent sur du vent. On a raconté beaucoup de choses sur cet événement. Pour une fois, je possède un témoin direct, mon père. En effet, il est parti cette année-là faire la conquête de ce qui apparaissait alors comme l’Eldorado. Il a embarqué au Havre sur le paquebot Rochambeau, on va encore en Amérique en bateau ou à la nage. Le jour du krach, il est à 2 jours d’accoster à New York. Comme il me l’a affirmé, et contrairement à ce que l’on a souvent dit, il n’y avait pas des émeutes dans les rues et des gens qui se jetaient par les fenêtres. Tout au plus quelques gros attroupements, le plus souvent dans dans un calme parfait. Ce qui me fait le plus sourire dans cette histoire, c’est que je suis probablement venu au monde à cause de ce krach. Retourné au pays, il se remariera bien plus tard et aura un fils, votre serviteur. Je n’ose imaginer ce qu’il aurait pu advenir de moi s’il avait fortune là-bas en industrialisant son plat favori, la piccata milanaise!

25 031415 6

25 031415 8

Une crise mondiale suivra et sera un des moteurs du déclenchement de la seconde mondiale. Mais comme nous le verrons, le mode et ses dessous se moquent  bien de l’histoire. 

Quelques événements 

1927 – Premier succès de librairie pour Agartha Christie « Le Meurtre de Roger Ackroyd ».

1928 – C’est l’année de naissance de Mickey. Un roman à scandale « Puits de solitude » de l’Anglaise Radclyffe Hall, traite ouvertement de l’homosexualité féminine.

Une des rares revues consacrée aux dessous  change de nom en 1928 et devient « Le Corset de France Et La Lingerie ». Etrange que l’on prenne pour nom principal une pièce de lingerie très décriée et en net déclin.

25 031415 10

25 031415 11

1929 – Naissance de Tintin 

 A suivre

 

 

 

Léo coeur de nylon (64)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son status de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Après bien des rebondissements, ils semble que les choses se précisent.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

27 030715 1

Laverne ne cacha pas sa satisfaction, il ne rentrerait pas bredouille à son bureau. Il avait tout minutieusement préparé, il ne manquait que le oui, et ce oui venait de tomber. Quoiqu’il arrive, si l’enquête aboutissait, il pourrait prétendre à un peu de sa réussite. Pour peu de choses il est vrai, sinon son sens de la persuasion, atout indispensable dans une carrière de flic. Il savait bien qu’il était moyennement noté par ses supérieurs. Il le devait non pas à son manque de métier, mais parfois à sa trop grande honnêteté. Il se trouvait souvent en contradiction avec la loi, qui lui paraissait quelquefois complètement dépassée. Alors il laissait couler, tant pis si la justice n’était pas toujours rendue selon le cadre qu’on voulait bien lui fixer. Il savait trop bien qu’un service rendu en l’oubliant un peu, pouvait rapporter plus qu’il n’en coûtait. Jamais il n’aurait laissé passer un cas grave, mais il disait qu’une petite entorse ne la rendrait pas forcément boiteuse.

Il y a un personnage autour de la table qui ne de doutait pas que Laverne en savait plus sur lui qu’il ne voulait bien le dire. Seiler, puisqu’il s’agissait de lui, l’avait intéressé à un plus d’un point. A sa manière, il avait mené son enquête sur le meurtre de sa demi-sœur. Il était indispensable de tirer un parallèle entre le meurtre et son ancienne appartenance au milieu. Il n’avait pas trouvé de lien commun entre lui et le meurtre, mais il avait bien compris que son passage comme lieutenant d’un ténor du milieu n’avait pu se faire sans quelques entorses à la loi, le cas le plus certain étant le silence gardé sur tout ce qu’il avait pu observer dans l’exercice de ce que l’on pouvait appeler son ancienne profession.

27 030715 5

En fouillant dans le passé, il n’avait pas manqué de mettre en lumière quelques faits qui prouvaient bien que tout n’avait pas été dit sur les agissements du milieu à une certaine époque. Le rôle joué par Seiler apparaissait en arrière-plan, un peu comme ces ombres qui se faufilent dans la rue au crépuscule, on voit les silhouettes mais pas les visages. Il avait notamment réfléchi sur une vieille affaire classée dans les oubliettes, dans laquelle un personnage en vue semblait avoir bien connu Seiler et trempé dans quelques affaires louches. Le fait qu’il soit devenu un élu devait avoir arrangé bien des choses, surtout celles de quelques personnages à la réputation pour le moins douteuse. Il était certain que si on l’avait laissé tranquille pendant toutes ces années, c’est qu’il avait des secrets bien gardés. Il en avait bien percé quelque uns, peut-être de quoi lui faire quelques ennuis, mais après tout cela avait-il une quelconque importance ?

Ce n’était pas le moment de tout foutre en l’air, il voulait, il avait la collaboration de Seiler, il l’avait obtenue sans trop de difficultés, sans rien laisser paraître de ce qu’il savait sur lui. Il avait agi loyalement. Et si cela tournait bien, il garderait pour lui ce qu’il savait, il ne jouerait pas les justiciers du bout de la nuit. Si cela devait foirer, il ferait de même, Seiler rentrerait dans l’ombre sans fracas, sans flic qui lui colle aux talons. Il se leva, pensant qu’il fallait aller  mettre les derniers détails au point. C’était sans compter sur l’intervention de Marly :

– Je crois qu’il s’agit maintenant de boire un verre à notre réussite. Je paye une tournée, vous en êtes inspecteur ?

27 030715 2

– Eh bien, c’est d’accord, après je file !

Marly attrapa Marie-Thérèse du regard et fit un rond dans l’espace, l’index pointé sur la table, le geste rituel des payeurs de tournée. Il se tourna vers Léo.

– Dis-moi Léo, tu ne crois pas qu’il serait temps de nous raconter une de tes histoires de conquêtes en bas nylon ? Cela fait bien longtemps que tu ne nous a rien raconté, aurais-tu épuisé ton répertoire ?

– Oh non, mais je ne sais plus très bien lesquelles j’ai déjà racontées.

-Ah si vous voulez j’en ai une, lança Laverne. Au moins celle-là vous serez sûrs de ne pas l’avoir déjà entendue. Elle fait d’ailleurs partie d’une de mes enquêtes.

Léo rigola, il s’imaginait un flic sur la piste d’une mystérieuse paire de bas nylons. Cela pouvait être cocasse. Sans demander l’avis des autres et par esprit de courtoisie il pria Laverne de lancer dans son histoire.

A suivre

27 030715 4 27 030715 3