Des dessous pour un siècle (14)

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20 062715 5Le mot sexy est une création des années 50, tant en paroles qu’en pensées. Avant toute allusion au sexe était bannie, sauf la précision de l’appartenance à un genre mâle ou femelle. C’est le genre de mot qui aurait pu rapporter une fortune s’il avait été déposé avec copyright. Pour l’instant il s’emploie encore modérément avec la bouche, mais certainement plus avec l’esprit. On est en plein passage entre nouveau et ancien monde. Cela peut s’appliquer à la mode bien entendu, mais encore plus à la société. Dans la plupart des pays occidentaux on vit une ère prospère sous forme de consommation, on travaille pour acheter ce que l’on a produit, une part de cette argent étant consacré au superflu. Pendant des siècles, la société se divisait plus ou moins entre une petite partie de riches et une grande partie de pauvres. Maintenant on voit l’émergence d’une nouvelle catégorie, la classe moyenne. Elle n’est ni riche, ni pauvre, la lutte des classes se poursuit également en son sein. C’est à celui ou celle qui aura une plus belle bagnole que son voisin ou une plus belle robe que sa voisine. La frime est de bon ton, surtout auprès des adolescents qu’on considère comme une nouvelle clientèle potentielle d’acheteurs. Le raisonnement est assez juste , dans la famille les enfants sont souvent les plus nombreux, les plus potentiellement acheteurs de futilités, à condition qu’on leur propose ce qui peut les intéresser. Le créneau se situe entre ce qu’ils aiment et ce que la bourse des parents peut leur offrir. 

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Reflet des moeurs d’une époque, le mec qui s’excuse d’avoir embrassé sa conquête à leur premier rendez-vous!

Ceux qui ont vécu cette époque se rappelleront très bien en quoi consistait cette petits trésors à bon marché. Une bande dessinée, un disque, une séance au cinéma, une voiture ou un train miniature font la joie des garçons. Pour les filles, c’est un peu différent, bien que les petites joies des garçons peuvent aussi être celles des filles. Elle sont plus proche de la coquetterie, la mode et ses accessoires arrivent souvent devant, on veut faire comme maman. Le plaisir de maman c’est souvent consulter les magazines féminins qui commencent a être très populaires, Marie-Claire, Elle, s’arrachent presque à la devanture des kiosques. Un nouveau média, encore très discret va mettre de l’ambiance dans les foyers et servir de tremplin au lancement d’une nouvelle manière de voir le monde, la télévision. En 1950, c’est encore très discret, environ 4000 foyers possèdent un téléviseur, principalement sur Paris et environs. 

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20 062715 6Comme je le laissais supposer dans un autre chapitre, les années 50 c’est vraiment l’âge d’or de la lingerie. Elle est exactement au milieu de la route. Tout en ayant adopté une simplification en nombre de pièces essentielles au modelage du corps, elle n’est pas encore apparente, on la cache secrètement sans ignorer tous les effets qu’elle peut produire sur l’imagination. De plus, elle n’est en version basique pour celles qui le veulent bien. Certaines marques de lingerie proposent des modèles qui avoisinent plus le chef-d’oeuvre que la pièce de lingerie, c’est de l’art dans la lingerie.

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La gaine reste sans doute la pièce maîtresse du tiroir de lingerie, on ne saurait s’en passer, elle figure dans les achats de toutes les femmes d’un certain âge, un peu boudée par les plus jeunes qui ont moins de problèmes avec la silhouette idéale, là le porte-jarretelles est roi. La gaine ne présente pas que des avantages, elle peut être inconfortable, compresser, avoir tendance à remonter. La publicité s’emploie a gommer tous ces défauts en promettant le modèle idéal pour chacune. La marque Chantelle sera un des musts de la gaine de marque et occupera une part prépondérante sur ce marché. Les origines de cette marque remontant au XIX siècle, mais le nom sous lequel il connu aujourd’hui est plus récent et prendra son envol après la guerre avec sa fameuse gaine. Evidemment d’autres marques sont présentes sur le marché, Barbara, Lejaby, Christian Dior plus axé sur le luxe et surtout ses bas griffés. Il sera aussi un des seuls dans les années 70 a fabriquer encore des porte-jarretelles.

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La jarretelle, justement, figure par défaut sur pratiquement toutes les gaines vendues à l’époque. Evidemment on porte des bas, et même s’il fait une chaleur à crever et que l’on enlève les bas, la gaine est quand même présente, question de maintien de ce fameux ventre qui a tendance à s’étaler en rondeurs envahissantes. Tant pis pour les jarretelles inutiles, elles servent de décor. C’est encore la jarretelle de qualité, métallique, assurant un maintien parfait du bas sous toutes les tensions possibles. C’est plutôt le bas qui se déchirera. Après des années d’ignorance, les fabricants sérieux de corseterie aujourd’hui l’ont remise à l’honneur dans une version à peine modernisée. 

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La chaussure à talon n’est pas spécialement une invention des années 50, mais c’est à cette époque qu’elle va se démocratiser et devenir un must sous sa forme de talon aiguille. Il déclencha une polémique digne de celle du corset concernant ses effets sur la santé. C’est en 1953 qu’apparaît le nom de stilleto dans un journal américain. Cet anglicisme désigne encore aujourd’hui le talon aiguille. Le port des bas coutures est immanquablement associé maintenant avec le haut talon, ce qui n’était pas le cas dans les années 50 où la chaussure genre ballerine était très courante.

Avant de passer à la seconde moitié des années 50, plus qu’avec des mots, magnifions en photos cette époque glorieuse pour la grâce féminine.

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A suivre

Léo coeur de nylon (71)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son statut de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Après bien des rebondissements, ils semble que les choses se précisent. Il est décidé d’entrer en action. En attendant le flic raconte une enquête dans laquelle il est questions de bas nylons. Une histoire bien compliquée.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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– Comme je vous l’ai dit au début de mon histoire, c’est l’histoire du mec qui connait quelqu’un qui en connait un autre. En fait, il est devenu un copain par la force des choses. C’est l’ami  d’un de mes copains d’enfance avec qui j’ai gardé quelques relations. On s’est rencontrés par son intermédiaire une fois ou deux et on a bu un verre ensemble. Voilà comment il est devenu mon copain. Il  en a bien profité pour venir me taper avec son histoire de vol. Enfin, vous savez maintenant comment cela a fini et quel était son but premier, faire passer le mari de sa maîtresse pour un personnage un peu libertin, il en avait tout intérêt.

– Ce qui m’étonne le plus quand vous racontez votre histoire, souligna Marly, c’est que vous n’avez jamais mentionné un nom. C’est votre copain, la maitresse de, le fils du voisin, etc…

– Ah ben pardieu, je ne suis pas un flic pour rien. S’il m’arrive d’agir un peu à ma manière, je ne mets pas les personnes en pâture à l’opinion publique. Imaginez que si mon copain s’appelait Emile Durand, mais par hasard l’un d’entre vous pourrait le connaître. Vous voyez la scène d’ici, l’inspecteur Laverne a déconné une belle histoire sur toi. Le seul nom que j’ai cité c’est mon aide Laurent, cela n’engage à rien, il y en a des milliers et c’est plutôt un mec régulier.

Il s’arrêta un instant et regarda Léo.

– Vous-même mon cher Léo, avec vos albums de photos et toutes les conquêtes qui y figurent, vous avez matière à faire du scandale. Si vous publiez vos photos, il y en aurait certainement une ou deux qui pourraient ne pas trouver ça drôle.

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Léo regarda Laverne avec un sourire et acquiesça.

– Vous avez raison. Mais je crois que si vous m’en parlez, c’est que vous pensez bien que je ne le ferai jamais. Ce sont des souvenirs, des souvenirs que j’aime à me rappeler. Ils me parlent d’une autre vie, celle que j’avais avant. Ils n’appartiennent qu’à moi. Personne d’autre ne peut les ressentir de la même manière. Pour les autres, ce sont juste des photos érotiques, des porte-jarretelles, des bas nylons, c’est ce qu’ils verront en premier, peut-être s’attarderont-ils sur un visage, mais jamais ils ne sauront ce qui peut se cacher derrière. La seule chose qui pourrait me faire plaisir, c’est qu’elles auront sans doute aidé à éclaircir le meurtre de mon ancienne conquête.

– En effet si j’en ai parlé, c’est sans douter un seul instant que cela restera dans votre jardin secret. C’était  à titre d’exemple, pour dire que rien n’est tout à fait innocent dans ce que l’on fait. Un moment de folie peut vous transformer en criminel, le jour où il vous fallait rester au lit et que justement vous êtes levé de bonne heure. Mais j’en reviens à mon histoire. J’ai eu une sérieuse explication avec mon copain. Je lui ai raconté que j’avais découvert qu’il entretenait une relation avec qui vous savez. Il m’a eu l’air surpris, mais cela a semblé mettre un pavé dans sa mare. Je lui ai signifié que s’il voulait prendre le mari en faute, il ne fallait pas compter sur moi, qu’il se débrouille avec sa belle. Vous vous doutez bien que je ne lui ai soufflé mot sur l’état du mari, cela l’aurait rendu trop heureux, il allait enfin pouvoir profiter de la belle vie à plein temps. La seule que je lui ai dit au sujet du vol, c’est que je n’avais rien découvert, que je manquais de moyens en agissant officieusement pour pousser plus loin les investigations. Si on voulait plus d’éclaircissements, il fallait que la personne lésée dépose officiellement une plainte. Et je crois que vous avez compris qu’elle n’y tenait pas tellement.

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– Et justement ce mari qu’est-il devenu ?

– Eh bien je ne terminerai pas l’histoire par une oraison funèbre, il vit toujours malgré son mal incurable. J’ai aussi eu quelques doutes sur la réalité de sa maladie. Souvenez-vous que son médecin, qui fricotait alors avec sa femme, lui avait glissé à l’oreille qu’il n’en avait plus pour longtemps, sans en glisser un mot au principal intéressé. Je me demande s’il n’avait pas prévu de lui filer un bouillon d’onze heures pour avoir le champ libre avec sa dulcinée. C’est très plausible, il décide cela, il lui fait croire qu’il n’en a plus pour longtemps, elle le croit et agit comme tel. Elle quitte son toubib persuadé qu’elle va toucher le pactole, elle se remet en selle avec mon copain, mais garde son petit secret pour elle. Vous connaissez la suite de l’histoire. Mais je vais vous avouer encore une chose, j’ai quand même mené une petite enquête du côté de ce toubib. Il semble que le mari s’est soudain trouvé mieux quand sa femme a cessé de la fréquenter. Il n’avait alors plus tellement de raisons de vouloir éliminer le mari. Je ne sais pas par quel moyen, s’il a tenté de le faire, comment il avait décidé de l’envoyer au cimetière. On peut imaginer bien des possibilités. Sûrement un moyen par lequel il aurait pu constater le décès sans qu’on mette en doute sa bonne foi. Quand vous êtes mourant, on appelle en général le médecin de famille, surtout s’il s’occupe de vous depuis des années, ce qui avait l’air d’être le cas. Je n’avais aucune preuve de ce que j’avançais, quelques divagations de flic et puis comment pouvais-je le mettre à table ?

– Cela aurait été un crime passionnel alors ?

– En jugement aux Assises, cela aurait certainement été le cas, encore faut-il que le crime soit découvert et surtout qu’il ait été commis !

Marly sonda Laverne, quelque chose l’intriguait dans ses dires et la manière de le faire. Il y décelait une sorte de jouissance.

– Je ne sais pas mon cher Laverne, mais j’ai l’impression que quelque chose vous fait énormément plaisir dans tout cela.

Ce fut au tour de Laverne de s’intéresser à Marly. Il le regarda avec un sourire presque extasié.

– Monsieur Marly, vous auriez fait sans doute un bon flic. Si je vous ai raconté toute cette histoire, c’est un peu pour faire plaisir à notre ami Léo qui les adore. Mais ce n’est pas la seule raison, il y en a une autre. Je ne peux rien dire pour le moment, mais cela viendra. Il faut d’abord qu’un certain monsieur Seiler, ici présent se rende à Pau. C’est pour bientôt. Allez, j’offre encore une tournée et je file. Nous boirons à la santé de la chance qui devrait nous sourire. Bientôt, bientôt !

A suivre

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Bye bye Mr Lee…

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Les petits cinémas de quartier que je fréquentais quand j’étais encore un adolescent offraient rarement les derniers tubes du cinéma. Ils repêchaient des films déjà un peu retournés ou exhumés des fonds de cinémathèques. Cela ne voulait pas dire que ces films étaient médiocres, bien au contraire. J’ai découvert quelques belles réussites comme « Quelle était verte ma vallée » de John Ford ou encore « Golgotha » de Julien Duvivier. Les années 60, c’est l’âge d’or des studios de la Hammer, cette compagnie qui renouvela le cinéma fantastique et d’épouvante. Cela tombait bien, je lisais pas mal de littérature fantastique, Jean Ray était mon préféré. Ce qui m’intéresse sans doute le plus au cinéma, c’est le jeu des acteurs et leurs aisance à changer de rôle d’un film à l’autre. Je notais des noms au passage, j’en ai noté des dizaines, pas forcément des premiers rôles, même et surtout les seconds. Dans les productions de la Hammer, j’avais spécialement été attiré par Peter Cushing dans le peloton des rôles vedettes, le délicieux Miles Malleson pour ses compositions savoureuses et bien sûr Christopher Lee.

Bien évidemment c’est en Dracula que je l’ai vu pour la première fois dans le premier de la série tourné par la Hammer. Un Dracula d’une nouvelle dimension, il n’a plus tout à fait cette odeur de cadavre vivant qu’ont ses prédécesseurs à l’écran comme Bela Lugosi. Il est plus sexy, plus magnétique, il séduit ses proies féminines à coup de charmes avant d’enfoncer ses terribles dents dans leur cou. Elle ont presque l’air de ne demander que cela. A la même époque et avec les mêmes acteurs, il est Sir Baskerville dans cette fameuse histoire de chien avec Sherlock Holmes en point de mire. Et ainsi de suite…

Depuis j’ai toujours admiré ce monsieur, quel plaisir de le rencontrer au détour d’un film, souvent de manière inattendue. Si ma mémoire est bonne, on l’aperçoit dans le fameux jeu « La Chasse au Trésor », il croise la route de Philippe de Dieuleveult, qui le reconnaît, en train de tourner un film dans un pays lointain. Acteur très versatile, il peut jouer a peu près tout et ne s’en prive pas, dommage qu’on veuille le cantonner dans les rôles de méchants, la chose qui était la plus étrangère à sa personne propre.

Homme très cultivé, parlant plusieurs langues à la perfection, dont le français, chanteur, il faut aussi officier dans l’armée et pour les musicologues fan de heavy metal avec preuve à l’appui, un album enregistré à plus de 90 ans. 

Le monde du cinéma ne sera plus tout à fait comme avant. RIP Mr Lee

Des dessous pour un siècle (13)

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Dès le début des années 50, le doute n’est plus permis. Une ère de prospérité s’annonce et a déjà commencée dès la fin de la guerre. Dans l’histoire elle sera connue comme les Trente Glorieuses. C’est certainement le seul côté positif que l’on peut trouver à l’aberration guerrière, mais le fait est qu’il faut tout reconstruire. La première guerre mondiale avait été plus localisée, moins étendue territorialement. La seconde a dévasté de nombreux endroits du globe, l’Europe presque entièrement. Il ne s’agit pas seulement de remplacer les bâtiments et lieux détruits par de nouveaux, mais il y a une nouveau phénomène qui se pointe, inconnu jusqu’alors, le progrès sous forme de nouveautés qui font rêver, la télévision, le microsillon, les ustensiles ménagers qui soulagent le travail de la femme (encore) au foyer. Tout ceci débarqué en même temps que la matériel militaire.  Le marketing crée les besoins, on accède au besoin de pacotille. Si l’on pouvait se passer aisément du Coca-Cola avant guerre, ce n’est plus le cas. Il est devenu un signe d’indépendance, on le boit quand on veut et n’importe où, c’est juste si on ne trouve pas un distributeur dans l’église à côté du bénitier. Il est même cité dans les chansons pour faire branché. Adieu le papier à rouler la clope de nos pères et la soupe de grand-mère, on consomme industriel, en paquet de 20 ou en sachet familial.

Mais résumons encore brièvement cette ambiance entre 1945 et le début des années 50 en s’arrêtant sur le bas nylon et le départ vers leur suprématie

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Quelques petites chroniques journalistiques de 1945, il n’est pas impossible qu’on y mentionne le bas nylon..

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Au niveau de la mode, l’immédiate après-guerre est encore bien sage. Elle deviendra rapidement une ère parmi les plus mythiques, l’intensité ne se mesure pas vraiment à ce que l’on voit, mais plus à ce que l’on suggère, ce que l’on voudrait voir. Le cinéma aide beaucoup à créer des stars qui ne se mettent pas encore à nu, que l’on ne verra jamais nues pour la plupart et qui deviennent pourtant des sex symbols. La fameuse Marilyn Monroe est un exemple encore dans toutes les mémoires et une référence. Elle vient pourtant d’un cinéma américain qui excelle autant par sa créativité que par sa pudibonderie. A malin, malin et demi, les réalisateurs font preuve de virtuosité pour ne pas subir les foudres de la censure. Dans le film de Charles Vidor, « Gilda » avec Rita Hayworth sorti en 1946, la scène où elle retire son gant est devenue un anthem à la sensualité. Ce n’est pourtant qu’un gant que l’on retire, mais il amène le conscient du spectateur vers des zones plus obscures de sa personne. Si ce genre de scène peut faire rire un adolescent aujourd’hui, croyez bien qu’il en fut tout autrement en 1946.

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La mode de cette époque peut se résumer à une silhouette, sur l’écran ou dans la rue peu importe, mais elle agit comme un aimant sur l’oeil du contemplateur. Enlevons le dessus et voyons ce qui se passe dessous.
La gaine connaît un triomphe presque absolu, du moins chez la femme de la classe moyenne. On retrouve l’idée du corset qui moule la taille, en version allégée bien sûr. Marilyn Monroe n’avait pas spécialement une minceur de manche à balai, bien au contraire elle avait ce qui plaisait alors, quelques morceaux de chair bien répartis. Juste assez pour un moulage, de quoi obtenir la silhouette que l’on veut sans rembourrage. La gaine sert évidemment à cela, mais elle sert aussi à tenir les bas, des bas nylons pour sûr. Il est encore à couture, mais d’ci un dizaine d’années, son concurrent sans cet indice de charme, mais à talon renforcé sera de mise. En plaisantant on pourrait dire que c’est une sorte de bas pasteurisé, mais encore un bas, un vrai.

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Ce n’est pas encore la fin de la guerre pour les bas nylons


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En 1945 et 1947, ces publicités font l’inventaire en matière de dessous. J’imagine pour les amatrices de vintage authentique, comment elles adoreraient le porte-jarretelles couleur ciel.

Le porte-jarretelles, qui existe de nom depuis fort longtemps, et plus modestement la guêpière sont les autres atouts de la féminité. Le premier atteindra un sorte mysticisme auprès de la plupart des hommes. Il faut bien avouer que jamais autant que dans les années 50, il ne fut assimilé à une pièce d’art. En version simple, il est juste un accessoire servant à tenir une paire de bas. Mais quand il frôle la sophistication, il est amplement garni de dentelles, il joue avec les couleurs, les matières. En apercevoir un bout ou encore mieux la totalité, constitue un spectacle de choix pour l’oeil coquin du mâle en recherche de spectacle aguicheur. Il n’est pas sensuel, c’est bien pire. C’est son âge d’or, on n’ose imaginer aujourd’hui son retour au sommet, pourtant il hante toujours les rêves masculins perdus dans les sabliers du temps.

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En abordant les époques plus récentes de l’histoire du sous-vêtement, on gagne de la place sur les pages qui servent à les décrire. Nous ne sommes plus obligés d’énumérer un longue liste d’accessoires et de faire lever les dames à 4 heures du matin pour qu’elles soient présentes au travail à 7 heures. Dans les trois pièces qui constituent les sous-vêtements d’une dame que l’on pourrait qualifier d’honnête selon l’adage de l’époque, il nous manque encore le soutien-gorge.

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Il s’intègre parfaitement dans cette idée de silhouette qui se veut tout sauf plate. Les seins sont comme les montagnes, il n’y en a pas deux qui ont exactement la même forme, ni la même taille. C’est un casse-tête qui peut se terminer pas un casse-seins. A l’instar du sexe masculin, ce sont des organes qui peuvent varier en taille selon les envies susurrées par la nature. En plus, ils sont une véritable carte de visite de l’anatomie visible de la femme. Mélangés au goûts personnels et les aléas de la mode, les modistes ont bien compris que les bonnes affaires se font en allant à l’opposé de la mode précédente, il faut jongler. Une création plutôt nouvelle sera mise au point dans le but d’offrir une alternative aux dames en mal de poitrine conquérante, le soutien-gorge obus.  Pas forcément le summum du confort, mais il permet la triche et les moins avantagées ne s’en priveront pas.

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Mais vu la richesse de cette première moitié des années 50, il faut que l’on s’arrête plus en détail sur ses tendances. Elles sont le reflet d’un bouillonnement créatif et innovateur sur tout ce qui peut faire la réussite de ceux qui proposent et ceux qui disposent.

Léo coeur de nylon (70)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son statut de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Après bien des rebondissements, ils semble que les choses se précisent. Il est décidé d’entrer en action. En attendant le flic raconte une enquête dans laquelle il est questions de bas nylons. Une histoire bien compliquée

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.29 060515 1

– Une fois son client parti, il est resté pour mettre en ordre ses dossiers. Laurent a alors entamé la conversation mine de rien. Il commença par des banalités, mais aiguilla la conversation sur son client. Le bonhomme était un bavard, c’est assez normal dans son métier. Mon indic joua les éventuels intéressés pour une assurance et lui suggéra comme exemple, du parler de celle de son client. Il lui fit une description de ce qu’il pouvait obtenir comme contrat, les sommes touchées selon les primes payées, le grand jeu quoi !

Marly regarda Léo, ils se comprenaient, Léo avait regretté de n’avoir pas souscrit une assurance personnelle avant d’avoir son accident. Il avait été soigné au minimum, autrement il aurait pu éventuellement continuer sa carrière. Mais cela c’était le passé.

– Le point intéressant qu’il apprit, c’est qu’en fait il avait deux assurances auprès de la compagnie, l’une sur un capital de risque, celle dont ils avaient parlé et l’autre sur l’incendie. Et cette assurance avait fonctionné lors d’un incendie dont les causes étaient suspectes. Une maison un peu isolée qu’il possédait à la campagne, occupée seulement le week-end, avait pris feu probablement après que la foudre soit tombée sur la maison quand il y séjournait. Comme l’assurance n’avait pas pu prouver qu’il y avait eu une négligence, elle avait dû casquer.

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– Tout ça appris en bavardant avec le représentant ?

– Mais oui, il voulait sans doute prouver que son assurance était bonne et quelle payait sans trop de difficultés, c’était de la publicité. Et puis le principal intéressé n’étant plus là, pourquoi se gêner, il n’imaginait pas qu’une enquête était menée. Je me suis intéressé à cet incendie de plus près. J’ai consulté le rapport établi par la police dans le bled où l’incendie s’était produit. C’est ainsi que j’ai découvert que le bonhomme était présent avec sa maîtresse quand il y a eu l’incendie. Le rapport de police était orienté de cette manière, la dame qui était avec lui n’était pas son épouse légitime. On pouvait envisager qu’ils ne s’étaient pas retrouvés pour une partie de pêche. Avoir son nom et son adresse était un jeu d’enfant.

– Pourtant, questionna Marly, cette histoire est quand même arrivée aux oreilles de sa femme non. Elle était au courant qu’il était avec une autre femme ?

– Oui, c’est là un point qu’il me fallait éclaircir. Dans la réalité, il n’était accusé de rien, éventuellement d’une négligence. L’enquête de la police allait bien dans le sens de la foudre. Il y avait probablement eu un impact de foudre dont il semble que l’on a retrouvé quelques traces. La conclusion allait dans le sens de l’accident, difficile de contredire un rapport de police pour l’assurance. Donc, il n’y avait pas de raison qu’elle aille à son domicile pour dévoiler qui était avec qui. Je pensais assez fortement pour l’idée qu’elle n’était au courant de rien concernant la présence de sa maîtresse sur les lieux. Je suis quand même retourné au domicile du couple, en prétextant que je venais donner quelques nouvelles de mon enquête. Je leur ai fait croire que c’était le pot de goudron, ce qui parut les soulager l’un et l’autre. Je n’avais pas à leur prouver quelque chose, c’était toujours officieux. J’en ai quand même profité pour amener la conversation sur l’incendie en prétextant que j’avais traité le dossier à l’époque lors d’un coup de main que j’avais donné dans le bled où ils avaient leur bicoque. Bien sûr, il ne se rappelait pas de moi et la femme a déclaré qu’elle était en voyage à l’étranger lorsque c’est arrivé. Je n’ai pas eu trop de la peine à la croire et surtout qu’elle ne savait rien sur la présence de la maîtresse. Elle a dit cela trop naturellement, comme une histoire ancienne qui avait été un banal incident. Par contre le mari a semblé un instant perturbé. Si j’avais été mêlé à l’enquête, je savais qu’il était avec sa maîtresse. Je l’ai rassuré que je n’avais fait qu’une enquête de voisinage concernant la probabilité que la foudre était tombée sur la maison et que j’étais immédiatement parti sur une autre enquête. Il a semblé rassuré. Mais en faisant cela, j’avais quand même mis une pression supplémentaire sur le bonhomme. C’est parfois utile.

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Eh bien l’enquête avance bravo, approuva Léo. Et pour la suite ?

– Pour la suite j’ai glané des renseignements à gauche et à droite. Le puzzle s’est peu à peu constitué. J’ai surtout appris que le vol de lingerie avait eu un autre témoin, un peu tombé du ciel. J’ai me suis quand même donné à un moment un vrai rôle de flic menant une enquête et présentant ma carte. Le but c’était d’interroger un peu les autres habitants de la maison  sur le vol. Je n’avais pas besoin de dire que j’agissais officieusement. Je suis tombé sur un ancien militaire à la retraire, un mec des colonies. Il avait entendu l’altercation dans la buanderie et vu mon copain qui entrait avec les bouquins pour repartir juste après. Il ne connaissait rien de ces vols, mais avait reconnu les voix  lors de l’engueulade. Il avait alors appris que le jeune locataire était un voleur de sous-vêtements. Ca l’avait étonné, mais il n’avait pas à se mêler de cela, on n’avait pas volé ses caleçons. Il pensait que l’histoire en était restée là. Il ignorait qu’une soi-disant plainte avait été déposée et qu’une enquête était menée. C’est pour cela qu’il m’a dit ce qu’il savait.

– Eh bien nous avons tous les éléments, conclut Marly. En partant d’une banale histoire de vol, vous avez soulevé un tapis sous lequel se cachaient des personnages pas toujours flamboyants. Mais comment tout cela s’est-il terminé ?

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Nos disques mythiques (16)

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Dans les années 50 et surtout 60, il y a deux duos qui surclassent les autres, l’un est les Everly Brothers et l’autre les Righteous Brothers. Les premiers sont vraiment des frères, les autres ne le sont que de nom, bien que l’on peut supposer que c’est en pensant aux premiers que le nom des seconds a été choisi. Avec des voix aux sonorités différentes, vocalement ils sont parfaits. On peut reprocher aux Righteous Brothers de n’être pas aussi complets que les frères Everly, arrangeurs et musiciens aux talents incontestés et même frisant le génie. Mais c’est sans doute à cause de cela, de ce manque relatif, que le disque dont nous allons parler aujourd’hui verra le jour. Le trait de génie viendra du fameux Phil Spector en 1964. Depuis 1960, il aligne comme producteur des succès dont beaucoup sont encore dans toutes les mémoires, « Da Doo Ron Ron », « Then I Kissed Me » par les Crystals, « Be My Baby » par les Ronettes. De plus, il a fondé son propre label Philles, dont quasiment toutes les publications entrent dans les charts. En 1964, il est déjà une légende propulsée par son fameux « wall of sound ». Cette technique facilement reconnaissable à l’écoute aligne des arrangements sophistiqués au charme indéniable. C’est un cas rare où le producteur est plus célèbre que les artistes qu’il a produits.

L’attirance de Spector pour les artistes et les voix noires est bien connue. Alors quand il rencontre un duo blanc dont les voix pourraient passer pour un duo noir, il est intéressé et il signe les Righteous Brothers, c’est à dire Phil Medley et Bobby Hatfield.

Ils ne sont pas tout à fait des inconnus. Depuis deux ans pour le compte du label Moonglow, ils ont enregistrés quelques disques à tendance soul, dont deux de leur composition « Little Latin Lupe Lu » et « My Babe » ont obtenu de petits succès. La rencontre avec Soector va les propulser dans l’immortalité. En les signant, il a bien sûr une idée derrière la tête. Il a composé en collaboration avec le duo renommé Barry Mann et Cynthia Weil le chanson qui va nous inéresser, « You’ve Lost That Lovin’ Feelin ». Il estime qu’elle est ce qu’il faut pour ce duo, bien qu’il aie quelques doutes sur le possible succès du disque, il fait l’enregistrement. On y retrouve toute la magie de Spector dans son contenu, il sait charmer l’auditeur. Par rapport à ses autres productions plutôt dans tempos rapides, ici c’est un slow très langoureux. La légende veut que quant il fit écouter le résultat à Barry Mann par téléphone, celui-ci dit à Spector qu’il s’était trompé de vitesse en croyant qu’il tournait trop lentement. C’est en effet l’impression que peut laisser la voix de Bill Medley qui attaque le morceau.

La chanson dure près de 4 minutes, un temps presque trop long pour l’époque. Pour tromper les radios, Spector fait imprimer un temps raccourci à 3’05 sur l’étiquette du disque. On ne sait pas si les programmateurs sont dupes de cela, mais le disque est amplement diffusé sur les ondes, le succès est au rendez-vous. C’est même un no 1 dans la plupart des pays anglophones. Il devient bien vite un standard repris par d’innombrables artistes. Selon les sources de BMI, la société des droits d’auteurs, c’est même la chanson la plus diffusée par les médias au vingtième siècle!

Chez Spector, la face B est toujours quelque chose de particulier. Il a dans l’idée qu’elle ne doit jamais concurrencer la face principale. Alors il opte pour un titre quelconque, parfois un instrumental joué par des musiciens de studio. Cette fois-ci, soit il s’est trompé, soit il a un peu changé sa politique. Car sans concurrencer l’autre elle ne manque pas de charme au point que certaines stations américaines la diffusèrent malgré tout. Elle a pour titre « There’s A Woman ». C’est une composition du duo en collaboration avec Spector. Une ambiance un peu étrange qui convient parfaitement aux possibilités vocales dues faux frères. Des claquements de mains sur des accords de piano lancinant racontent l’histoire de cette femme qui fait chanter et sauter les chats quand elle se met derrière son clavier. Je dois avouer que je l’ai presque autant écoutée que l’autre tant je trouve ce titre intéressant. Ce titre parvint chez moi par l’intermédiaire de la publication française chez Barclay. La diffusion de Philles records fut jusqu’en 1964 assurée par Decca/London puis passe chez Barclay. C’est la première publication en France pour les Righteous Brothers. Toutefois on connaît « Little Latin Lupe Lu », car il figure en titre principal, via leur version, sur le 3ème disque des Kingsmen publié la même année. Pour palier aux exigences du marché français qui publie au format 45 tours 4 titres (EP) et pour capitaliser immédiatement le succès, Barclay a été repêcher 2 titres des sessions Moonglow, « Bring Your Love To Me » et « Koko Joe », donc ce ne sont pas des productions Phil Spector. Je dois dire que la pochette du disque est assez quelconque pour un monument pareil qui connut quand même un bon succès national, aussi populaire par l’honnête adaptation faite par Eddy Mitchell « J’ai Perdu Mon Amour ».