Léo coeur de nylon (72)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son statut de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Après bien des rebondissements, ils semble que les choses se précisent. Il est décidé d’entrer en action. En attendant le flic raconte une enquête dans laquelle il est questions de bas nylons. Une histoire bien compliquée. Le fameux jour où tout devrait s’éclaircir arrive enfin.

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Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

Le vendredi, fameux jour entre tous pour l’équipe, une sorte de conseil de guerre se tint au bistrot. Tout commença sur le coup de midi, Marly et sa compagne retrouvèrent Léo pour un repas de midi concocté par ce dernier. Bien sûr la discussion roula sur les événements possibles de la journée. Comme convenu, Seiler était parti la veille pour Pau rejoindre les collègues de Laverne pour l’identification de Singer dès qu’il débarquerait du train en provenance de l’Espagne.

Il n’y avait pas des tas de possibilités, seulement deux en apparence, où c’était lui ou ce n’était pas lui. Il n’y avait pas de raison que Singer se dérobe à ses engagements. Une discrète enquête confirmait que son concert aurait effectivement lieu et que selon les renseignements communiqués par les amis de Marly en Espagne, ce ne pouvait être que par le train qui arrivait depuis Canfranc à 14h30. A ce moment-là, les dés seraient jetés, un double un ou un double six.

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Au fond, Léo regrettait de ne pas jouer un rôle plus actif, mais comme il en avait été décidé, sa présence n’aurait fait que rendre les choses plus compliquées. Singer ne s’imaginait certainement pas qu’il était attendu pour autre chose que de jouer quelques morceaux. Soit il avait la conscience parfaitement sereine, chose peu probable selon l’avis de tous, soit il détenait au moins une partie de la solution du meurtre. Quant à dire qu’il allait se mettre facilement à table, si c’était le cas était une autre paire de manches. Mais la police avait sans doute quelques moyens persuasifs pour lui tirer les vers du nez. Il connaissait très bien Singer, malgré le fait qu’il ne l’avait pas vu depuis des années, mais l’inverse était tout aussi valable, que penserait-il s’il apercevait son ancien complice juste au moment où la police l’interpellerait ? Fort de toutes ses petites déductions, Léo estimait quand même que sa présence n’était pas indispensable. Quoi qu’il arriverait, en apparence il n’était pas mêlé à la suite des événements, en apparence seulement.

Laverne avait promis de passer les voir dès qu’il aurait des nouvelles. Un collègue de Pau l’informerait dès que possible. L’info qui arriverait en premier serait bien évidemment la rencontre de Singer et de la police. On saurait définitivement si l’histoire s’arrêtait là ou s’il fallait attendre la suite. Il n’y avait plus qu’à patienter.

 

– Je pense que nous aurons des nouvelles dès 16 heures, pronostiqua Marly.

– Sans doute, renchérit Léo. Mais je crois que nous devrions prendre un petit dessert, cela nous fera patienter. Je suis allé acheter des babas au rhum tout à l’heure, j’adore ça et vous ?

– Je suis d’accord pour un baba, et toi Isabelle ?

– Bien volontiers, mais si j’avais su je vous aurais fait un soufflé à l’absinthe.

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– Un soufflé à l’absinthe ?

– C’est encore un truc que j’ai ramené de Suisse.

– Elle n’est pas interdite là-bas ?

– Oh que si, mais dans certaines régions suisses, notamment près de Pontarlier, on peut dire qu’elle coule à flots. Il y a un tas de gens qui la fabriquent discrètement. On peut même en boire dans certains bistrots en donnant un nom de code, un sirop de berger par exemple. Evidemment si le bistrot n’est pas dans le coup, vous risquez de passer pour un fou ou on va vous demander ce que c’est.

Léo rigola. Il n’avait jamais goûté ce breuvage et on ne lui en avait d’ailleurs jamais demandé, même pour plaisanter. Mais il connaissait vaguement son histoire, il savait aussi que Verlaine en était un grand consommateur et que bien de ses poèmes  sentaient un peu l’absinthe. Mais il voulait en savoir plus.

– Et toi tu comment as-tu connu ça, je suppose que tu en as à la maison puisque que tu voulais nous en faire un soufflé ?

– Je vous avais dit que papa avait été attaché militaire à Berne et que nous étions avec lui, maman et moi. Un de ces colonels suisses, ami de papa, nous avait invité un dimanche chez lui. A l’apéritif il a proposé une absinthe, ce qui a pour le moins étonné papa. Au début, il s’est demandé s’il ne se foutait pas un peu de lui, mais non c’était bien vrai. Le colonel lui a un peu expliqué les relations que les Suisses avaient avec l’absinthe. En gros c’est interdit de la fabriquer, mais c’était moins interdit de la boire. Dans certains endroits, elle se fabrique clandestinement, mais c’est le secret de Polichinelle. Tout le monde sait, flics y compris, où on peut s’en procurer. S’ils se font attraper, ils ne risquent pas d’aller finir leurs jours au bagne, mais c’est plus au plan fiscal que cela risque de faire mal, car ils ne payent pas la taxe sur les alcools. S’ils arrivent à prouver que vous en avez fabriqué des milliers de bouteilles, ils vont rattraper les arriérés, plus les intérêts.

– Et ton père a aimé ?

– Ah plutôt ! Encore aujourd’hui son ami s’arrange pour qu’une bouteille arrive de temps en temps discrètement chez lui. Moi j’aime moins, mais cette recette du soufflé que j’avais repérée en Suisse me plaisait énormément, c’est délicieux. C’est pour cela que j’en ai à la maison. Heureusement que Laverne n’est pas là,  on risquerait des ennuis !

Cette affirmation provoqua un éclat de rire.

– Lui, il serait le premier à demander comment s’en procurer une bouteille !

Il y avait certainement quelque chose de vrai dans cette remarque. Pour l’instant, il n’était pas là, mais il finirait bien par arriver. Après le dessert et une nouvelle tournée de cafés, on entama une partie de tarot, un jeu qui ravissait Léo. Il était même un adversaire assez redoutable, il adorait la chasse au petit quand la partie s’y prêtait.

De temps en temps l’un ou l’autre regardait la pendule en dessus du comptoir. Les minutes défilaient lentement. On passa quinze heures, puis seize heures. Un peu avant 17 heures, Léo qui regardait dehors annonça avec un sourire :

– Voilà Laverne !
A suivre

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