Des dessous pour un siècle (16)

22 092515 7Le tournant des années 60 est presque un virage vers une libération de la société. Un vent de folie souffle plus ou moins fort dans toutes les couches de la société. Le plus significatif est l’avènement de nouvelles manières de vivre et c’est là qu’il souffle le plus fort. Par rapport à aujourd’hui, les salaires peuvent paraître modestes, mais la part que l’on peut consacrer aux loisirs est certainement plus large, le coût de la vie est raisonnable et surtout on n’est pas taxé par le moindre geste que l’on accomplit. La bête noire dans un budget familial est la voiture, mais elle n’est pas encore une nécessité aux yeux de tous, bien des familles s’en passent et ne s’en portent pas plus mal. La télévision, elle, devient l’instrument indispensable dans chaque foyer, alors on se la paye, souvent à crédit, mais elle entre pratiquement dans chaque foyer. On la consomme avec un certain plaisir car les programmes ne sont pas encore très nombreux et commencent en début de soirée seulement. 

22 092515 2

22 092515 4

Les jeunes abordent la vie d’un oeil serein. Pour les oreilles, il y a Salut les Copains qui va devenir le rendez-vous des amateurs de musique que les parents qualifieront de moderne quand ils sont gentils. Mine de rien, ce phénomène sera très rassembleur, on devient des copains malgré toutes les petites mesquineries de la vie de tous les jours. Les idoles sont des bannières sous lesquelles on se rassemble, on choisit chacun la sienne, celle qui nous fera le plus rêver. Les disques se vendent à la tonne, ils tournent sur le Teppaz ou sortent tout droit d’un jukebox moyennant une petite pièce.

22 092515 11

La mode suit le mouvement, on s’habille comme les idoles, c’est l’empreinte des jeunes qui décide du choix des couturiers qui nous offrent le prêt-à-porter dans le style de l’air du temps. Toutefois, les idoles ne vont pas encore imposer les dessous qui restent une affaire que l’on peut qualifier de privée.

22 092515 5

Marilyn Monroe n’est pas le bon exemple en matière de dessous, car le plus souvent elle n’en portait pas. C’était sa manière de prôner son idée de liberté. On rêve d’imiter sa silhouette ou sa coupe de cheveux, mais les filles sont beaucoup plus fières de montrer qu’elles portent leurs premiers bas ou encore leur premier soutien-gorge. Les bas, s’ils sont encore portés par chacune, n’ont que peu de temps à vivre. Le porte-jarretelles reste la règle pour les plus délurées, la gaine pour la plupart des autres. On abandonne peu à peu les choses plus sophistiquées, comme le serre-taille, la guêpière, le corset, une petite élite se les réserve. Ceux qui l’ont vécu ne me traiteront pas de menteur, on assiste à une certaine dégradation dans la manufacture de ces produits. Les jarretelles sont le plus souvent en plastique, on ne peut pas toujours régler la longueur des élastiques, la partie qui ceint la taille ressemble de plus en plus a un cinquième élastique. supportant le reste. Le choix des tissus est souvent médiocre. Cela se résume à une expression que j’ai entendue « juste ce qu’il faut pour tenir les bas ».

22 092515 12

Les bas suivent aussi l’évolution, ils sont dans l’immense majorité sans couture, mais on a conservé l’empiècement du talon. La teinte conventionnelle est le ton chair, on réserve le noir pour le deuil, on lui trouve soudain un côté un peu trop sexy, ce qui ne s’est jamais démenti depuis. La matière subira encore quelques évolutions après le Lycra, le Dorlastan est est une. Ce sont souvent des inventions et appellations opportunes, bien que le principe reste le même, le bas peut s’étirer dans toute sa longueur. On les résume souvent sous le nom de bas mousse. Comme pour les dessous plus nobles, le bas à couture est encore populaire dans les milieux aisés. C’est une manière d’affirmer que l’on a les moyens, car il est nettement plus cher que le sans couture et nettement plus délicat, mais quand on ne compte pas…

22 092515 6

Durant ce feu d’artifice final, on note quand même quelques tendances bien dans le ton de l’époque qui se veut plus libérale. La publicité y contribue largement. On commence à présenter les sous-vêtements d’une manière plus coquine. Le croquis souvent présent dans les journaux est remplacé de plus en plus par la photographie. On ne montre plus forcément le visage du mannequin, on cadre sur l’objet. Pour une marque de bas, un gros plan sur les jambes est estimé suffisant. La fameuse Barbie devient une légende et accapare tous les styles, il y a même un porte-jarretelles qui lui est attribué. 

22 092515 1

22 092515 3

Un ton au-dessus dans l’affirmation de la liberté, Scandale crée sa fameuse affiche en trou de serrure qui ravira tous les voyeurs qui font les cours théoriques avant de passer à la pratique, nous sommes en 1963. L’année suivante posera un dernier pont entre le bas et le collant, le panty. Destiné à satisfaire celles qui trouvent que l’air frais est gênant entre la lisière du bas et la culotte, il est dans un premier temps un gaine à manches pourvu de jarretelles et moulant. Ce succès, si succès il y a, sera éphémère, malgré un version sans jarretelles. Il est une sorte d’ancêtre de la culotte cycliste, l’abomination absolue en matière de féminité, pourtant adopté par nombre de femmes.

22 092515 10

 

22 092515 9

Mais voici la minijupe et le collant, cauchemar qui succède à la fin d’un rêve de millions d’hommes.

Quelques dates

1960 – La pilule est en vente, une révolution.

1962 – Les Beatles enregistrent « Love Me Do », le premier pas d’une autre révolution dont personne ne se doute. Elle est morte à 36 ans, Marilyn Monroe.

1963 – Un grande voix dans un petit corps et un deuil national, la mort d’ Edith Piaf. Intronisation d’un mannequin tout en minceur, Twiggy. 

1964 – On sacque une présentatrice pour avoir montré ses genoux, tandis que les bikinis envahissent définitivement les plages.

A suivre

 

Léo coeur de nylon (73)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son statut de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Après bien des rebondissements, ils semble que les choses se précisent. Il est décidé d’entrer en action. Le fameux jour où tout devrait s’éclaircir arrive enfin.

25 091915 1

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

Oui c’était bien Laverne qui traversait la rue en direction du bistrot. Il poussa la porte et chercha l’équipe à Léo du regard. Un sourire illumina son regard quand il vit qu’ils étaient là. En passant devant le comptoir, il commanda un blanc sec et vint s’assoir à la table. Il se doutait bien qu’il était attendu, mais il pensait bien que les paroles seraient plus importantes que la présence de sa personne. Il adressa un regard à chacun, attendit que le verre de blanc soit posé devant lui, en but une brève gorgée et se mit à parler :

– On peut dire que l’opération a réussi. Voici en gros ce que mon contact m’a raconté. Seiler a formellement reconnu  Singer. Mes collègues de Pau l’ont abordé en lui demandait de décliner son identité. Il s’est présenté sous un autre nom, ce que confirmaient les papiers qu’il a présentés à leur demande.  Les deux hommes qui l’accompagnaient, ses collègues musiciens, ont soutenu ses dires. Ils ont prié le trio de les suivre au poste comme on dit. Ils ont bien sûr protesté qu’ils avaient un engagement le soir même.

– C’était à prévoir, avança Léo.

25 091915 2

– Evidemment, c’est que j’aurais aussi dit. Mais l’argumentation des collègues fut de poser le problème comme une simple vérification d’identité, ce qui ne leur prendrait que quelques minutes, en charge de les conduire à l’endroit qu’ils désiraient après coup.

– J’aurais pas fait mieux, ironisa Marly.

– Une fois au poste, la première constatation de mes collègues fut que les papiers étaient authentiques, du moins au niveau administratif. Ce qui ne veut pas dire qu’ils certifient que le nom qui figure dessus est bien celui de la personne qui les détient. Là, c’est la routine policière qui doit entrer en jeu. On lui mit sous le nez une photo d’un concert prise quand notre ami Léo donnait un de ses concerts. Seiler était bien visible et il ne pouvait nier que cela la ressemblance était frappante. Deux personnes qui se ressemblent, qui exercent le même métier, et que son nom d’artiste actuel Gersin est proche parent de Singer, cela fait beaucoup de coïncidences.

– J’imagine que le personnage devait commencer à se sentir mal à l’aise, affirma Léo.

 

– Dans ces cas-là, on argumente en lui disant que nous pouvons gagner du temps s’il avoue tout, ou alors en perdre tout en lui affirmant avec certitude que nous finirons bien par savoir ce que nous voulons savoir. Il a bien sûr affirmé qu’il n’avait rien à cacher que la police se trompait, qu’il était un paisible citoyen qui vivait en Espagne et tutti quanti. Pour contrôler ses dires, on pouvait faire venir Léo, il saurait bien dire s’il est l’homme qu’il prétend ou son ancien chef d’orchestre, c’était dans le domaine du possible.

– Alors il a craqué ?

– Pour finir, il a reconnu qu’il était bien Singer et qu’il vivait en Espagne pour s’éloigner du milieu et des mauvaises fréquentations. Ce qu’il ne savait pas, à la limite qu’il pouvait deviner, c’est la cause de notre interpellation. Il pensait peut-être que c’était seulement à cause de l’usurpation d’identité, mais on n’envoie pas au bagne pour ça.

– Et ensuite, questionna Léo, qu’a-t-il dit ?

– Pour l’instant, je n’en sais pas plus, ils sont en train de le cuisiner, cela peut durer un moment, cela dépend de la coriacité du personnage. La seule chose de sûre, c’est que Singer est bien Singer et personne d’autre. Mais je crois que nous tenons le bon bout, il finira par cracher le morceau. Je suis venu vous informer des premiers balbutiements de l’interrogatoire, car il y aura une enquête approfondie c’est certain. Cette affaire était un peu tombée dans les oubliettes, mais suite à ce que vous savez, la police a une occasion faire la lumière et de redorer un peu son blason. En attendant je propose une tournée.

– Ah non c’est la mienne, balança Léo. Le vent souffle du bon côté avec vous mon cher Laverne.

– Léo du Hurlevent ! ironisa Marly

25 091915 3

Depuis l’arrivée de l’inspecteur, Isabelle n’avait pas prononcé un mot. Néanmoins, elle n’en avait pas perdu une miette. Elle pensait que tout cela était un peu sa faute, sans se sentir coupable pour un rond. Si elle n’avait eu cette coquetterie de porter ces talons après les avoir trouvés, rien de tout cela ne serait arrivé. Pire encore, que son homme soit le copain de celui qui les avait achetés. Et que ce dernier se soit attardé sur ses jambes rien parce qu’il avait remarqué qu’elle portait des bas à coutures et qu’il aimait ça. Elle pensait aux derniers dénouements de toute cette histoire, le fameux Singer salaud ou innocent, elle ne savait pas encore très bien, elle imaginait ce qui était en train de se passer à des centaines de kilomètres. Elle avait quand même une question qui lui brulait les lèvres, elle s’en ouvrit à Laverne :

– A la place de vos collègues comment l’interrogeriez-vous ?

– Je ne suis pas à la place de mes collègues, mais j’ai ma méthode et c’est dans doute celle que j’utiliserais. J’aime bien pratiquer le faux pour savoir le vrai, je vais vous donner un bref exemple avec la complicité de Léo. D’accord Léo ?

– Oui, oui, je veux bien si vous me promettez que je ne finirai pas en prison, on sait jamais avec vous.

– Aucun risque, c’est un interrogatoire fictif, comme si je vous soupçonnais de quelque chose, mais répondez par la stricte vérité. Mardi passé, vous avez fait une bonne recette malgré la pluie qui tombait à flots?

– Mais il ne pleuvait pas mardi !

– Avec ça je sais de manière assez sûre que vous étiez probablement mardi dans votre bistrot, au pire à Paris, car il faisait plutôt beau ici alors qu’il faisait un temps très médiocre presque partout ailleurs. Selon les situations et les cas on peut moduler, mais il faut avoir un minimum de présomptions, un fil rouge. Dans le cas évoqué avec Léo, supposons qu’une personne l’accuse d’avoir commis un braquage à Lille. Je suis à peu près sûr qu’il accuse Léo pour une raison que j’ignore, mais qu’il n’était pas là au moment du braquage le fameux mardi. Dans les cas où deux personnes sont suspectes, c’est assez facile, car pour que cela tienne la route il faut absolument qu’elles racontent exactement la même chose et on les interroge séparément bien évidemment.  Avec une histoire inventée, il y aura fatalement des divergences, mais…

Marie-Thérèse vint à la table.

–  Monsieur Laverne, on vous demande au téléphone…

– Ah c’est mon contact de Pau, je lui ai demandé de m’appeler ici s’il y avait du nouveau.

A suivre

25 091915 4

25 091915 5

1000 fois sur le métier à tisser le nylon tu remettras ton ouvrage

24 092015 5Ce post est un peu particulier car il est le millième sur ce blog. Mille articles, dont à peu près les 4/5 sont dédiés à ce fameux bas nylon sous toutes ses formes, le reste étant bien sûr consacré à la musique. Je me demande où j’ai été chercher tout ça, car c’est sans doute un des seuls blogs qui est plus basé sur le texte que sur la photo, bien qu’elles ne manquent pas. Je crois, et je le croirai toujours, que le défense du bas nylon passe avant tout par les mots, plus que par un million de photos que tout le monde admire, mais qui ne vont pas au-delà de la simple contemplation. Je ne sais pas combien de dames se sont mises à porter des bas suite à une visite sur mon blog, je sais pourtant qu’il y en a eu, deux, trois, dix, vingt, je ne sais pas. Chaque conversion est pour moi un sorte de victoire et même si je ne les croiserai jamais, d’autres en profiteront certainement. Un point que je tiens à préciser, pour moi le bas nylon est avant tout lié à un sens du glamour et de l’esthétique, plus que quelque chose de purement attirant sexuellement. Le nylon et ses dérivés ne m’intéressent que quand ils prennent la forme d’un bas.

La meilleure preuve à mon argumentation, c’est de lire tous les articles, oui je sais ça risque d’être long, que j’ai consacrés à ce sujet. Je n’y traite jamais les femmes en objet et je n’aime pas trop celles qui souscrivent à cet argument. Je préfère de loin celles qui portent des bas rien que pour leur plaisir, même si elles sont conscientes du pouvoir qu’ils peuvent exercer sur le mâle. C’est un libre choix qu’il faut respecter en étant bien conscient que dans la plupart des cas ce n’est pas pour nous, illustre passant, qu’elles le font. Si je peux être attiré par une femme qui porte des bas, s’il n’y a pas les chandelles, le clair de lune, une musique douce, le plaisir en sera certainement diminué. Il ne restera que le côté purement « artistique » de la chose, mais cela reste encore énorme, donc ne vous privez pas, Mesdames, de me faire admirer vos bas et jarretelles. Je vais bien sûr me balader sur les blogs des autres, et j’y laisse quelquefois un commentaire. J’essaye toujours de le faire d’une manière qui laisse entrevoir un effort de ma part pour remercier l’auteur, j’emploie alors volontiers l’humour. Je ne manque jamais de lire les commentaires posés par les visiteurs, dont certains me consternent par leurs lieux communs, c’est beau, c’est sexy, vous êtes charmante. Heureusement que je lis ces commentaires, car j’aurais risqué de mourir idiot, je n’avais pas remarqué. Ceci dit, cela fera certainement plaisir à l’auteur du blog, mais je crois savoir qu’il y en a qui se sentent un peu lésés par rapport à l’effort fourni.

Voilà, je me suis permis ce petit interlude pour vous dire que le bateau continue de voguer sur sa mer en nylon et que la fête continue.

A bientôt

24 092015 7 24 092015 624 092015 4 24 092015 3 24 092015 2 24 092015 1

Des dessous pour un siècle (15)

27 091215 6

Les années 50, c’est aussi la prise de conscience des mouvements sociaux, les premières forces de contestation prennent forme. Ils verront émerger un personnage qui deviendra une star, l’Abbé Pierre. Pourtant issu d’une famille bourgeoise, même s’il se consacre à la religion, il n’en garde pas moins un oeil critique sur la société et plus spécialement le pouvoir politique. Le terrible hiver de 1954 laisse sur le carreau de nombreux sans abris qui demandent de l’aide. Il fonde ce qui deviendra Emmaüs sur un simple principe, ce qui ne sert plus à un peut servir aux autres. Sur un plan plus abstrait, un genre de philosophie nouveau voit le jour, celle qui veut se démarquer de la société qui devient matérialiste par la force du progrès. Le roman « Sur La Route » de Jack Kerouac va devenir une bible du genre, qui aura ses apôtres dans les mouvements de contestations de la décennie suivante. Par dessus tout, c’est l’avèment des mythes. Qu’ils soient de cinéma, de rock and roll, la route est grande ouverte.

27 091215 5

Les Etats-Unis entrent pourtant dans une des pires époques de leur histoire avec un personnage qui peut incarner à merveille tout ce que ce pays peut avoir de détestable, le sénateur McCarthy. A ses yeux, tout ce qui n’est pas purement américain et gavé de bouffe industrielle est taxé de communisme. Hollywood est particulièrement visé, il est vrai que beaucoup de cinéastes sont plus ou moins des libres penseurs qui veulent pratiquer leur art comme ils l’entendent.

27 091215 3

C’est justement du côté de New York que le monde s’enflamme pour une culotte, celle de Marilyn Monroe. Première playmate du tout nouveau Playboy, elle est en train de devenir la femme qui hantera les rêves des hommes. On est en plein tournage de « Sept Ans De Réflexion », un film de Billy Wilder plutôt léger dans lequel la blonde allume un homme marié, Tom Evell. La fameuse scène où un courant d’air coquin soulève la robe de la star existe en deux versions, celle où l’on voit la culotte et celle où on ne la voit pas. Pour provoquer l’événement une campagne de presse a convié le public à assister au tournage de la scène. C’est donc devant des milliers de spectateurs que la fameuse robe se soulève laissant apparaître la culotte de Marilyn. On se régale, mais plus que les cinéphiles qui devront se contenter d’un courant d’air plus modeste qui soulève la robe en dessous de la culotte. On peut aussi imaginer une scène encore plus forte où l’on aurait entrevu des jarretelles et des bas. Mais la censure oblige à la prudence, on reste dans le domaine du raisonnable et tant pis pour les générations futures.

27 091215 10

En même temps lors de cette fameuse année 1955, celle de tous les tournants, on crée aussi des immortels ailleurs. Pour le cinéma, James Dean qui se tue avec sa bagnole deux semaines après le tournage de la fameuse scène. Rarement un acteur de deviendra une aussi grande légende en ayant tourné aussi peu de films, trois où il est crédité au générique. Pour le rock and roll, le fameux Billy Haley et ses Comets obtiennent avant Elvis Presley, le premier monstre succès du genre avec « Rock Around The Clock ».

Pour les amoureux du bas nylon, les sept ou huit années à venir peuvent aisément se glisser dans la conversation comme le souvenir des plus belles. Imaginez simplement que tout est bas, la moindre jambe en nylon implique que la dame qui en porte les a accrochés à ces jarretelles qui se cachent en principe à notre regard sous sa jupe ou sa robe. Avec un peu de chance, vous pourrez peut-être les apercevoir quand sa robe se soulèvera lorsqu’elle danse le rock and roll. En tournant au coin de la rue, vous la surprendrez éventuellement en train d’ajuster discrètement sa jarretelle dans l’encoignure d’une porte. Votre talent de séducteur a fait son effet, la dame cède à vos avances. Déjà votre main se fait aventureuse et se glisse subrepticement à la recherche de ce Graal absolu que vous savez présent. Avouez que c’est mieux que des collants non?

27 091215 11

Pourtant la mode vestimentaire reste plutôt calme dans l’ensemble. On peut quand même noter quelques faits que l’on peut considérer comme essentiels pour son histoire.

Rappelons d’abord que depuis le milieu des années 50, le bas sans couture remplace peu à peu son vieil ancêtre à couture, résultat d’une prouesse technique qui permet de se passer de cette fameuse couture. Il ne concurrencera jamais celui avec couture au niveau de l’élégance.

27 091215 9

Le marketing prend de plus en plus d’importance. Il ne suffit plus d’être exposé au fond d’une obscure boutique, il faut aller chercher le client via la presse et la publicité télévisée. Si les Américains sont passés maîtres dans cet art, la France est encore hésitante. Pour les hommes, on peut noter le slip Eminence qui déferle via la publicité. La tristesse du sous-vêtement masculin commence à se démarquer de ses ancêtres, on ose les couleurs et même quelques motifs un peu plus suggestifs.

27 091215 8

Pour satisfaire la curiosité du mâle en matière de sous-vêtements féminins, une certaine presse résolument coquine circulera souvent sous le manteau. Mais la plus célèbre, Paris-Hollywood, fondée en 1947, initialement dédiée aux stars de Hollywood, devient Les Folies De Paris-Hollywood et glissera résolument vers un érotisme de bon aloi. La revue devient interdite aux moins de 18 ans, c’est dire que son contenu s’est sensiblement dévergondé vis à vis des moeurs de l’époque. Play-boy n’existera pas en version française avant longtemps, Lui sera bien avant premier du genre, mais rien n’empêche de se procurer la version américaine, il n’est pas nécessaire de savoir l’anglais pour baver sur les clichés suggestifs, mais en fin de compte assez prudes, la révolution sexuelles n’a pas encore eu lieu. La pin-up traditionnelle vit ses beaux jours, elle est pratiquement entrée dans le folklore coquin, même que le soleil ne se couchera jamais dans son ciel. 

27 091215 2

Il y a malgré tout une vraie révolution qui se fait jour et marquera  tous les sous-vêtements féminins d’une manière indélébile et bien au-delà, le Lycra ou élasthanne. Le nylon qui a régné en maître pendant 20 ans présente malgré tout quelques inconvénients, il n’est pas extensible, d’un certaine fragilité, et ne supporte pas le contact avec certains produits chimiques. C’est encore la firme Dupont qui le met au point de manière définitive et dépose la marque Lycra. Ses avantages sont multiples, il est très extensible, cinq ou six fois sa longueur sans rompre, et reprend immédiatement sa forme première. Il n’est jamais employé seul, mais mélangé à d’autres fibres. Son emploi sera quasiment universel en matière de vêtements après avoir été essentiellement axé sur les sous-vêtements, le bas, les gaines, les slips, et plus tard les collants.

27 091215 1

Une autre petite révolution, Pierre Cardin démocratise la haute couture en prêt-à-porter.

27 091215 4

Quelques faits et dates à noter.

1956

La pilule contraceptive est mise au point, une date importante qui n’énervera que les ligues de vertu, mais on applaudit partout ailleurs.

Le mariage devient glamour et télévisé, Grave Kelly devient princesse de Monaco

1957

Le film d’Elia Kazan, Baby Doll, est un grand pas vers l’image de plus en plus suggestive. Il provoque un scandale.

Le premier être vivant dans l’espace est une chienne, Laïka, elle ne reviendra pas vivante. On peut imaginer le buzz que cela ferait aujourd’hui.

Mort de Christian Dior à 52 ans.

1958

Avec Damart on aura plus jamais froid, la célèbre marque lance sa ligne de sous-vêtements où le pratique efface le sexy.

Une invention qui tourne en rond, le hula hoop

1959

Les Américains peuvent tremblent, le communisme s’installe à Cuba via Fidel Castro, enfin ce n’est sans doute pas comme ça qu’ils avaient vu la chose, puisqu’ils lui apportent son soutien.

Brigitte Bardot épouse un certain Jacques Charrier, mais pas pour la vie.

A suivre

 

A la recherche du porte-jarretelles

29 090615 6Eh bien les affaires reprennent, les vacances sont pratiquement à l’état de souvenirs pour la plupart d’entre nous. Il est temps que je m’y mette aussi. Pour entamer la nouvelle saison, je vais vous raconter une de mes  histoires personnelles. J’en ai déjà évoquées beaucoup, mais il y en a toujours une que j’avais oubliée. Ne me demandez pas pourquoi elle est restée cachée dans un coin, pourquoi elle a attendu si longtemps pour refaire surface, c’est aussi mystérieux que la raison pour laquelle l’univers existe. Mais elle existe bel et bien, sous forme de souvenirs, mais je considère que c’est merveilleux d’avoir des souvenirs autant coquins. C’est même une bénédiction.

Cette histoire remonte à une bonne vingtaine d’années. Elle met en scène votre serviteur et ma copine d’alors qui a déjà passablement alimenté cette rubrique. Cette copine est un cas particulier dans ma vie sentimentale, car c’est sans doute celle avec qui j’avais le plus d’affinités. Comme parfois j’aime bien me lancer dans des discussions de bon niveau, philosophie, mystère de la vie, j’avais du répondant avec elle. Très cultivée, je n’ai pas de la peine à le reconnaître plus que moi, elle analysait tout avec un oeil scrutateur et terriblement lucide. Elle fait partie de ces femmes que l’on peut conquérir sans avoir une belle bagnole ou le physique d’un playboy, rien que par ce qu’elle croit que l’on peut lui offrir un bonheur plus sentimental que matériel, de la rêverie et de la poésie. Mais oui messieurs, révisez un peu votre catalogue de dragueur, votre charme ne se mesure pas qu’en victoires de votre équipe favorite de foot ou à l’épaisseur de vos muscles.  Ca c’est pour le côté pile. Le côté face, qui n’est pas le moindre à mes yeux, c’est aussi une des rares qui s’est mise à porter des bas sans que je la prie, elle trouvait presque naturel de satisfaire cette passion qu’elle savait en moi. Autant elle pouvait paraître une femme de caractère dans la société, autant elle devenait ma chose dans l’intimité. Les gens devaient se poser des questions en la connaissant et en me considérant, ils devaient s’imaginer le mec soumis, celui qui obéit au doigt et à l’oeil. Ah les pauvres, s’ils avaient su que c’était le contraire quand nous seuls en tête à tête. Mais c’était notre secret, de même que je crois que personne n’a jamais su qu’elle portait des bas.

29 090615 8

Je suis obligé de parler de son métier, car il est assez impliqué dans l’histoire qui va suivre. Il en est la cause indirecte. Elle exerçait la noble profession d’antiquaire, pas tellement de la manière profit, mais plutôt avec l’oeil artistique. Le beauté de l’art étant une chose, gagner sa vie une autre, elle allait à diverses expositions d’antiquités et bien évidemment je l’accompagnais. Il y en avait une qu’elle ne voulait pas manquer, c’était un peu l’Olympia des antiquaires, celle par laquelle il fallait passer pour se faire un nom. Les antiquités c’est bien, mais c’est très emmerdant à transporter surtout si l’on veut présenter un piano sur lequel a joué Jules César. Le but ultime de ce genre de rencontres c’est aussi de nouer des contacts, ce n’est pas toujours nécessaire d’avoir la grosse artillerie avec soi. Alors elle se limitait à quelques objets de dimensions plus modestes et qui tenaient à peu près dans un petit camion, en tassant bien. Mon rôle c’était surtout de le conduire, elle n’aurait jamais osé. Pour la commodité, elle suivait avec sa voiture.

La manifestation se déroulait sur trois jours, du vendredi matin au dimanche après-midi. Il fallait donc arriver le jeudi et être prêt pour l’ouverture de vendredi. Il nous fallait faire environ 200 kilomètres pour arriver sur place. Nous sommes bien arrivés à destination et nous avons installé le tout. Pour loger, nous avions réservé une chambre d’hôtel dans un endroit charmant et calme situé sur une montagne voisine. Bref, c’était très romantique.

Nous avons entamé l’exposition le vendredi sous les meilleurs auspices. A une exception près, le temps magnifique, un temps de fin d’été très chaud qui nous avait souri jusque là, a tourné à l’orage avec une forte chute de température. Bref on avait un peu les quenottes qui jouaient des castagnettes. Il manquait une petite laine, et surtout des bas pour madame plutôt du genre frileux.

29 090615 9

Moi qui ai toujours habité la montagne, je connais les caprices de la météo et j’avais de quoi faire face. Mais pour elle, à part quelques charmantes petites culottes et des robes légères, rien de bien consistant. Elle parla d’aller acheter des collants. Oh le gros mot, merde à la rigueur je veux bien un fois de temps en temps, mais collant ça non! Je lui en fit la remarque, mais sur un ton plus que plaisantin. Elle me mit au défi:

– Eh bien débrouille toi  pour me trouver des bas et un porte-jarretelles puisque tu es si malin.

Charmant défi qu’il me fallait relever. Evidemment, je n’allais pas sonner à la première porte venue pour demander si par hasard la maîtresse des lieux n’avait pas un porte-jarretelles à nous prêter, comme si j’avais été emprunter un ouvre-boîte.

29 090615 9

Me voila dans une ville presque inconnue, en quête d’un accessoire qu’on trouve rarement dans les distributeurs automatiques des halls de gare. Je ne savais pas si j’allais trouver un magasin de lingerie dans cette charmante cité, réputée assez conservatrice. Il y avait la solution style grande surface, Bifurcation, Lesombre, Diplodocus, pas évident de trouver quelque chose de bien là-dedans, même si je trouve. J’arpente quelques rues sans rien d’intéressant. J’ai alors l’idée d’aller dans un bistrot prendre un petit noir, un café pas un Black, on pourra toujours m’indiquer une bonne adresse. Effectivement, sans que j’indique trop clairement le style d’achat, on me donne quelques tuyaux. Allez, on the road again!

Je trouve finalement une boutique  qui pourrait convenir, du moins un semblant de lingerie est exposé dans une petite vitrine. J’entre et je me trouve en face d’une dame qui doit avoir été moins laide dans sa jeunesse et presque belle avant de naître, la vrai rombière. Je prends mon courage à deux mains et j’expose le but de ma visite. Elle me regarde comme si j’avais demandé du lait d’ânesse frais avant de me répondre d’un ton aussi chaud qu’un morceau de banquise:

– Je n’ai pas cet article, les dames n’en mettent plus!

– Au revoir, madame et encore merci.

29 090615 5

Mouché le Boss, tiens un de ces jours je vais lui filer l’adresse de mon blog si elle vit encore. Mais je me doute qu’en guise d’Internet, elle doit encore écouter la radio sur un poste à galène. Je continue mes pérégrinations et je tombe sur une petite boutique que l’on m’avait située exactement à l’endroit où elle se trouvait. C’est plus engageant, une sorte de petite mercerie avec un peu de tout. La gérante est d’un autre style, bien plus jeune, avec un sourire commercial qui me fait penser qu’elle va essayer de me vendre un douzaine de boutons de braguette, elle doit estimer que j’en fait une consommation effrénée. Je ne pense pas trouver la pièce rare, le modèle de collection avec jarretelles à vitesses automatiques et double érection. En effet c’est râpé, mais je vais marquer un point. En ouvrant la porte, j’ai remarqué que le nom de la gérante figurait sur la porte, je connais ce nom, assez rare et je lui pose la question de circonstance:

–  Vous ne seriez pas parente avec un certain Angelo?

– Mon mari s’appelle ainsi.

Par le plus grand des hasards, j’avais retrouvé la femme d’un mec qui avait fait l’armée dans le même unité que moi. Cela a un peu brisé la glace et j’ai pu demander un coup de main pour mes recherches. Malheureusement, en y mettant toute sa bonne volonté, elle ne pouvait que me donner quelques vagues indications et visiblement ne semblait jamais avoir envisagé l’achat d’un tel objet. Ce qui était sûr, c’est que dans le quartier, il n’y avait sans doute rien. Elle m’a toutefois indiqué une artère ou figurait pas mal de magasins, un peu le nerf commercial de la ville. Je suis parti en lui transmettant des salutations pour son mari.

29 090615 4

Me revoilà parti à la recherche de ce fameux Graal qui n’est pas celui que recherchaient les chevaliers de la Table ronde. J’avais au moins une chance d’espérer de mettre la main dessus contrairement à mes illustres prédécesseurs, encore fallait-il persévérer dans ma quête. Je vous ai déjà parlé de mon petit lutin, celui qui vient me donner un coup de main de temps en temps, quand il n’est pas en vacances. C’est idiot, mais je crois à l’existence de ce personnage, un peu comme on croit ou non aux vertus du vendredi 13. Bizarrement, il doit être un peu comme moi et aimer les bas nylons, c’est souvent dans ces moments qu’il se manifeste, du moins que je remarque sa présence.

Cette  fois il a pris la forme d’un jeune femme entre deux âges et plutôt jolie, qui déboule d’une maison et qui se met à marcher devant  moi. Que croyez-vous que je fis de mes yeux? Absolument pas les mettre dans ma poche. Ce qui me permit de remarquer qu’elle portait des bas à coutures dans un ton bien foncé, fumé dirons-nous. Je m’approchai d’elle pour me faire une opinion, il pouvait s’agir de collants, mais je fus vitre renseigné comme dirait un vitrier de mes connaissances et une faute de frappe qui me le rappela, c’était des vrais bas que l’on reconnaît grâce à ces petits détails connus des vrais spécialistes. Sherlock Holmes aurait déduit qu’en voyant passer un camion de pompiers toutes sirènes hurlantes, il y avait probablement le feu à quelque part. Mes déductions furent différentes, mais je tenais un indice, du moins une possible source de renseignements sûre.

29 090615 2

Opération délicate, aborder une dame dans la rue pour lui demander l’heure ou le chemin de la gare, c’est relativement facile, mais ici la démarche était plus périlleuse, vous voyez le genre. Si une fois il vous arrivait pareille situation je vais vous donner une manière de procéder, qui ma foi, se conclut de manière positive. Eviter de l’aborder dans une rue déserte le soir à minuit, éviter de lui courir après, plutôt l’aborder quand il y a quelques personnes aux alentours, ce qui donne un sentiment de sécurité. Ne pas lui laisser l’impression qu’on va la taper de cent balles, mais plutôt qu’on va lui proposer un rôle dans une super production hollywoodienne. Bref user de son charme, sans paraître faux-cul, et être très très poli.

Voici, à peu près ce que je lui ai dit pour autant que je m’en rappelle après l’avoir abordée et saluée comme il se doit:

– Madame, vous êtes pour moi une fontaine de laquelle coule le savoir (c’est joli non?), je recherche un magasin de lingerie dans lequel je pourrais trouver de vrais bas. Comme j’imagine que vous en portez pourriez-vous m’indiquer un magasin où je pourrais en trouver? Ma copine qui ne porte que cela, n’a pas pensé d’en prendre avec elle et aujourd’hui il fait un peu frisquet. Nous venons de XXX pour l’exposition d’antiquités.

29 090615 3

D’abord un peu intriguée, elle me laissa expliquer toute la délicatesse de ma démarche. Elle se mit à sourire d’un air un peu coquin, visiblement elle me prit pour un fin gastronome à la recherche de la meilleure recette pour l’escalope de veau à la milanaise dont elle détenait le secret. Elle n’en fit pas moins accès à ma demande, en m’indiquant le lieu où elle se fournissait quand elle ne les faisait pas venir par correspondance, ce qui lui arrivait quelquefois. Je me suis arrêté aux bas, car j’imaginais bien qu’un magasin qui vendait ce genre de bas, devait vendre aussi les quelques accessoires de lingerie qui vont avec. Je la quittai avec mon plus charmant sourire en posant une tonne de remerciements à ses pieds. Sait-on jamais, peut-être elle passera par ici, alors faites-moi un petit coucou en m’indiquant le nom de la ville et je saurai bien que c’est vous!

29 090615 1

Fort d’une adresse qui me paraissait en béton, je me suis rendu sur les lieux, assez loin de l’endroit où je me trouvais. La boutique était située dans une petite rue attenante à un centre commercial d’une assez grande importance. La vitrine laissait présager une petite caverne d’Ali Baba pour amateurs de belles choses. Le reste ne fut presque que formalités. Comme je sais que je chausse du 45, oui je sais j’ai des grands pieds et j’aime parfois les mettre dans le plat, je connaissais parfaitement les mensurations de ma copine. J’ai donc acheté un porte-jarretelles de marque Lejaby, si je me souviens bien, dans les tons fauve. J’ai bien évidemment complété l’achat avec deux paires de bas à coutures, je sais qu’elle en raffolait.

J’ai donc pu aller retrouver ma copine en brandissant mon achat comme un drapeau pris à l’ennemi par un général qui avait remporté une victoire sur son ennemi le plus redoutable, le collant.

Inutile de dire qu’elle s’empressa d’aller enfiler ses bas, cela réchauffa sans doute son corps et moi mon coeur. Je dois dire que je ne fut pas perdant dans l’histoire, elle m’offrit un somptueux repas le soir même, arrosé d’un de ces excellents vins comme la région dans laquelle nous nous trouvions sait en produire. L’ivresse du vin et celle du bas nylon n’a rien de comparable avec celle du collant-coca.

Ah oui encore une chose, mon copain de régiment, Angelo, est venu me dire bonjour le lendemain. On a bu un bon coup, mais il n’a sans doute jamais soupçonné qu’un porte-jarretelles était la cause de nos retrouvailles.

Même mon lutin n’avait pas prévu ce coup là!

 

Etudes en nylon

21 082815 6

J’ouvre une nouvelle fois mes colonnes aux récits de Jean. Pour mon plus grand plaisir et très certainement le vôtre, il nous fait part des souvenirs liés à sa fréquentation de l’école quand il était un élève studieux, mais pas que ça, c’est à dire dans les années 60. J’ai vécu à peu près les mêmes choses avec d’autres personnes, car nous sommes de la même génération. Pas besoin de soulever le pupitre pour se distraire avec des choses interdites pendant les leçons. Notre « crime » était le plus parfait, nous déshabillions du regard les profs, les copines de classe, en attardant notre regard sur leurs jambes en nylon, derniers remparts à l’invasion du collant. Quelques unes n’étaient sans doute pas tout à fait dupes, mais que pouvaient-elles faire pour nous l’interdire? Eh oui le bas nylon était encore un roi, un roi qui alimentait de sa toute puissance nos émois d’adolescents.

21 082815 10

Je laisse la parole à Jean qui a rassemblé d’autres souvenirs pour ce second récit, sans en changer une virgule. Je le remercie une nouvelle fois tout en rappelant que cette rubrique est ouverte à tous. Pourquoi garder ses souvenirs pour soi?

Alors parlons d’abord de l’entrée en sixième. A l’époque,  l’on vivait ce passage comme un vrai changement de statut, car l’on avait désormais à faire à plusieurs personnes, parées du titre encore prestigieux (plus pour très longtemps, hélas…) de « professeur », dont certains nous faisaient l’honneur de nous vouvoyer. Et la vie était bien sûr dominée par le professeur principal, celui –celle dans mon cas- de français. Madame C, je m’en souviens certes, car j’étais son « chouchou », mais elle m’inspirait bien plutôt le respect dû aux personnes cultivées et de bonnes manières qu’un quelconque désir, bien que de nouveau, sa petite taille ne laissât rien ignorer de son entrecuisse dès qu’elle oubliait de se surveiller. Et puis la trêve, la trêve du désir que j’ai déjà évoquée, durait encore…

21 082815 9

Cette trêve fut rompue par Mlle P, qui n’arriva qu’en seconde moitié d’année, comme professeur d’anglais remplaçante. Mlle P portait bien son initiale, car elle avait effectivement un peu le genre d’une p… : rousse, bien en chair, et toujours habillée de jupes courtes. Il faut dire que nos salles de classe étaient pour la plupart encore équipées de bureaux « ouverts », sans feuille de contreplaqué pour cacher les jambes : encore une invention géniale de cette époque, à l’égal de l’ouverture vers l’avant des portes des « deuches »…Mlle P croisait les jambes sans paraître se soucier exagérément de l’effet qu’elle produisait, persuadée sans doute que les gonades restaient encore inactives chez des gamins de onze ans. Bien sûr, nos réflexions à son sujet furent vite échangées en cour de récréation, et les « j’ai tout vu » et les clins d’œil salaces fusèrent…  Mais j’ai encore du mal à me souvenir l’effet exact qu’elle provoquait sur moi, le torrent à venir n’était encore qu’un mince filet d’eau.

21 082815 8

De fait, la véritable révélation n’eut lieu que l’année suivante, et plutôt progressivement, car dans mon souvenir, les troubles culpabilisants d’une sexualité angoissante se situent au printemps –comme il se doit d’ailleurs-, donc vers la fin de l’année scolaire. En ces temps délicieux, le printemps signifiait que les femmes prenaient encore plus le soin de se montrer désirables, en s’habillant de manière plus légère et de couleurs plus claires, et personne n’y voyait de mal. Dans le même temps, leurs jambes restaient couvertes faut d’un bronzage suffisant, bronzage qui devenait la norme dans une « société de consommation » déjà bien en marche ; couvertes, mais pas jusqu’en haut bien sûr…

21 082815 7

Madame G était notre professeur d’histoire et géographie ; je ne saurais en fait la décrire précisément, elle était de taille moyenne, de cheveux plutôt clairs mais pas vraiment blonds, et pas réellement fine de traits ; contrairement à d’autres professeurs d’histoire que j’ai eu par la suite, sa façon de s’exprimer ne trahissait pas un très haut niveau culturel, elle avait probablement intégré l’Education Nationale  par la petite porte. Mais elle avait l’âge – une petite quarantaine sans doute- où la féminité s’épanouit complètement, où elle paraît un joyau lointain et inaccessible ; ce genre de féminité qui suscite même chez l’homme adulte et socialement à l’aise timidité et maladresse, et qui n’est pas tempérée par un passé récent de vie étudiante et de la familiarité qui lui est inhérente, ou par l’avancée de l’âge vers le statut de maman, qui progressivement valorise chez la femme – ou du moins le valorisait à cette époque – une image plutôt protectrice et modérée que désirable, même chez celle dont le maintien physique restait impeccable.

21 082815 5

Et puis elle avait cette élégance naturelle des femmes de la petite bourgeoisie de cette époque, l’époque d’avant les bobos, les tuniques, les jeans et les collants noirs ; sa tenue, sans être recherchée, était toujours de bon goût, et ses jupes, sans être provocantes, car la mini-jupe – et le corollaire désastreux qui s’en est suivi, l’apparition du collant -, n’était pas encore passé par là, arrivaient systématiquement au dessus du genou : encore le génie de l’époque, que l’on n’apprécie à sa juste valeur, tout comme la santé, que lorsqu’on l’a perdu !

21 082815 4

De cette année là date certes mon goût pour l’histoire romaine, qu’elle nous enseigna pendant de longues semaines, mais surtout bien sûr ma fascination pour les croisements inopinés de jambe, la bande de chair d’une blancheur immaculée par contraste avec le bas de couleur fumée la plupart du temps, le crissement des bas l’un contre l’autre dont Maître François Truffaut a si bien rendu compte dans « l’homme qui aimait les femmes ». De nature un peu nerveuse (je me souviens que c’est l’un de mes camarades qui me l’avait fait remarquer, car cette fascination, il faut le dire était largement partagée par beaucoup d’autres), elle pratiquait ce croisement-décroisement à intervalles réguliers, ce qui entretenait chez nous l’espoir et nous plongeait dans le plaisir diffus de l’attente ; et puis, à l’instant sublime, cette décharge d’adrénaline, ces battements de cœur et cette légère suée qui étaient devenus – et sont longtemps restés – pour moi une véritable drogue…

21 082815 3

Savait –elle ou se doutait-elle de l’effet qu’elle provoquait sur nous ? A cette question, et c’est tant mieux, il  est impossible de répondre ; sans doute ne voulait-elle pas, comme toutes les femmes de l’époque, jouer la provocation ; bien sûr, il lui arrivait de tirer sur sa jupe ; mais pouvait-elle ignorer qu’elle laissait régulièrement admirer le haut de ses cuisses ? Il est permis d’en douter. Contrairement à Mlle P, elle n’avait nullement le personnage d’une aguicheuse, et son indifférence n’était pas non plus surjouée. Et c’est peut-être là que réside l’origine de la fascination qu’elle provoquait : quelles pensées couraient vraiment derrière ce visage imperturbable ?  A l’époque il est vrai, on ne parlait pas de ces choses là, pourtant, c’est à cette même époque qu’une présentatrice de la télé fut remerciée pour avoir un peu trop montré ses jambes…

Je la perdis l’année suivante ;  les troubles de la sexualité n’avaient pas encore commencé à affecter mes excellentes performances scolaires, j’espère que l’on me pardonnera de le dire modestement. Le déferlement de Mai 68 n’était pas encore passé par là, le collant restait encore minoritaire, et ma fascination plus forte que jamais. Je ne l’avais plus comme professeur, mais elle continuait à enseigner à d’autres classes. A cette époque, l’on devait s’aligner pour monter en salle de classe, et le professeur montait en dernier ; parfois, ma classe montait derrière la sienne, et je me plaçais dans le rang de façon à avoir une petite chance de voir sous sa jupe lorsqu’elle montait un demi-étage plus haut ; d’autres fois, je me plaçais au pied d’un escalier plus large après le déjeuner, car j’avais repéré qu’elle redescendait d’un autre cours à cette heure là;  je feignais de réviser mes cours et essayais de saisir l’instant où elle passerait juste au dessus de moi ; j’aurais pris tous les risques pour en voir plus, mais au bout de trois ou quatre fois, je vis son regard soupçonneux posé sur moi et compris qu’elle avait deviné mon manège ; bien entendu, j’en restai là, d’autant plus que je tenais à garder mon image sans tache de premier de la classe.

Ici encore, ce genre d’épisode a été parfaitement rendu dans un film avec Carole Bouquet, « les hauts murs », ou les gamins d’un pensionnat se cachent sous un escalier en colimaçon à claire-voie pour contempler la femme du directeur de l’établissement quand elle le descend ; en quelques secondes, ils se masturbent et atteignent l’orgasme. (Boss, aviez vous connaissance de cette scène, j’espère que vous apprécierez).

21 082815 2

Je la retrouvai deux ans plus tard, hélas pour une seule séance par semaine de géographie, car l’histoire  était prise en charge par un autre professeur. A cet âge, quatorze ans en moyenne, nous n’en étions plus à nous demander ce qui arrivait, mais comment diable nous pourrions nous soulager de la tyrannie de nos hormones. Ses croisements de jambes étaient toujours là, mais cette salle était un peu plus sombre et demandait de redoubler d’attention pour saisir ces instants de grâce, cet éclair de chair blanche. Je me souviens de certain camarade, dont je notai les yeux exorbités alors qu’il la regardait fixement, et ce n’était nullement par passion pour la géographie physique et industrielle du Brésil…

Et puis, j’ai changé non de lycée, mais de bâtiment et je l’ai un peu perdu de vue; contrairement à d’autres professeurs, elle s’est faite très discrète au moment du déferlement de 68 ; j’ai bien cherché d’autres proies à mes fantasmes, mais j’essayais désormais de conquérir les jeunes filles, si possibles plus âgées que moi de quelques années. Je ne réussis pas complètement ces conquêtes au cours de ces années là, et ne me souviens que de très peu d’occasions où j’aie pu au moins  toucher des jarretelles avant d’aller un peu plus haut ; ce fut notamment au cours d’un slow sur une piste assez sombre d’une discothèque parisienne, mais ma conquête rabaissa sa jupe précipitamment… Je retrouvai ensuite la belle quelques mois plus tard chez elle, en Belgique, mais entre temps hélas, le collant avait gagné une nouvelle bataille….

Pour clore ces années du lycée, qui se terminent avec la défaite presque totale du bas vis-à-vis du collant, je me souviens d’un dernier flash, un flash d’adieu en quelque sorte comme celui d’un acteur qui tire sa révérence : c’était en Juin 1970, et je peinais sur l’épreuve de mathématiques du bac, dans un lycée chic du triangle Auteuil – Neuilly –Passy. Parmi les surveillants se trouvait une belle femme, sans doute une administrative du lycée, la quarantaine ici encore, admirablement prise dans une robe bleue ; au moment de rendre les copies, et à la suite de je ne sais quel incident, elle sa robe remonta légèrement, révélant la lisière de ses bas fumés; mon cœur bondit dans la poitrine, et il est heureux que ceci ait eu lieu en fin d’épreuve, car sinon, mes capacités déjà limitées à maîtriser les équations en eussent été anéanties en cours d’épreuve…

21 082815 1

Cet épisode hélas ne changea rien à la montée inexorable de la prétendue « libération » de la femme qui a conduit à la triste situation d’aujourd’hui, malgré le combat exemplaire de quelques uns –et plus important encore, de quelques unes ! – pour sauvegarder l’art de vivre de ces belles années, où les fautes de goût n’étaient pas la règle mais l’exception, sauf peut-être dans un domaine, celui de l’architecture, fautes qui ont néanmoins entraîné pour des décennies l’enlaidissement de tant de quartiers de Paris.  Mon souhait le plus cher serait que ce modeste récit suscite quelques récits semblables, quelques réactions au moins de nos amies qui fréquentent ce site, que le retour de l’un des symboles majeurs de ce qui a été notre civilisation ne soit plus une utopie…

Note: Je ne connais pas le film avec Carole Bouquet, mais je vais chercher.
La fameuse montée des escaliers me rappelle que j’ai vécu une pareille situation. Nous montions dans les classes du premier étage par ordre d’ancienneté, les plus âgés devant, la suite derrière. A mi-hauteur l’escalier faisait demi-tour. C’est dire que nous avions une vue quasi imprenable (une vision de chien comme on la nomme) sur nos prédécesseurs un ou deux mètres plus haut. Il y avait une fille qui m’intéressait particulièrement, de trois ou quatre ans plus âgée que moi et qui portait régulièrement jupes et bas. Je m’arrangeais toujours pour être côté intérieur, afin d’avoir le meilleur angle de vue. Je n’ai jamais vu de jarretelles, mais des lisières de bas, une belle collection. Pour ma part, j’ai abondamment raconté ces souvenirs scolaires dans d’autres posts. prière de s’y référer.

Et maintenant à qui le tour?