A la recherche du porte-jarretelles

29 090615 6Eh bien les affaires reprennent, les vacances sont pratiquement à l’état de souvenirs pour la plupart d’entre nous. Il est temps que je m’y mette aussi. Pour entamer la nouvelle saison, je vais vous raconter une de mes  histoires personnelles. J’en ai déjà évoquées beaucoup, mais il y en a toujours une que j’avais oubliée. Ne me demandez pas pourquoi elle est restée cachée dans un coin, pourquoi elle a attendu si longtemps pour refaire surface, c’est aussi mystérieux que la raison pour laquelle l’univers existe. Mais elle existe bel et bien, sous forme de souvenirs, mais je considère que c’est merveilleux d’avoir des souvenirs autant coquins. C’est même une bénédiction.

Cette histoire remonte à une bonne vingtaine d’années. Elle met en scène votre serviteur et ma copine d’alors qui a déjà passablement alimenté cette rubrique. Cette copine est un cas particulier dans ma vie sentimentale, car c’est sans doute celle avec qui j’avais le plus d’affinités. Comme parfois j’aime bien me lancer dans des discussions de bon niveau, philosophie, mystère de la vie, j’avais du répondant avec elle. Très cultivée, je n’ai pas de la peine à le reconnaître plus que moi, elle analysait tout avec un oeil scrutateur et terriblement lucide. Elle fait partie de ces femmes que l’on peut conquérir sans avoir une belle bagnole ou le physique d’un playboy, rien que par ce qu’elle croit que l’on peut lui offrir un bonheur plus sentimental que matériel, de la rêverie et de la poésie. Mais oui messieurs, révisez un peu votre catalogue de dragueur, votre charme ne se mesure pas qu’en victoires de votre équipe favorite de foot ou à l’épaisseur de vos muscles.  Ca c’est pour le côté pile. Le côté face, qui n’est pas le moindre à mes yeux, c’est aussi une des rares qui s’est mise à porter des bas sans que je la prie, elle trouvait presque naturel de satisfaire cette passion qu’elle savait en moi. Autant elle pouvait paraître une femme de caractère dans la société, autant elle devenait ma chose dans l’intimité. Les gens devaient se poser des questions en la connaissant et en me considérant, ils devaient s’imaginer le mec soumis, celui qui obéit au doigt et à l’oeil. Ah les pauvres, s’ils avaient su que c’était le contraire quand nous seuls en tête à tête. Mais c’était notre secret, de même que je crois que personne n’a jamais su qu’elle portait des bas.

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Je suis obligé de parler de son métier, car il est assez impliqué dans l’histoire qui va suivre. Il en est la cause indirecte. Elle exerçait la noble profession d’antiquaire, pas tellement de la manière profit, mais plutôt avec l’oeil artistique. Le beauté de l’art étant une chose, gagner sa vie une autre, elle allait à diverses expositions d’antiquités et bien évidemment je l’accompagnais. Il y en avait une qu’elle ne voulait pas manquer, c’était un peu l’Olympia des antiquaires, celle par laquelle il fallait passer pour se faire un nom. Les antiquités c’est bien, mais c’est très emmerdant à transporter surtout si l’on veut présenter un piano sur lequel a joué Jules César. Le but ultime de ce genre de rencontres c’est aussi de nouer des contacts, ce n’est pas toujours nécessaire d’avoir la grosse artillerie avec soi. Alors elle se limitait à quelques objets de dimensions plus modestes et qui tenaient à peu près dans un petit camion, en tassant bien. Mon rôle c’était surtout de le conduire, elle n’aurait jamais osé. Pour la commodité, elle suivait avec sa voiture.

La manifestation se déroulait sur trois jours, du vendredi matin au dimanche après-midi. Il fallait donc arriver le jeudi et être prêt pour l’ouverture de vendredi. Il nous fallait faire environ 200 kilomètres pour arriver sur place. Nous sommes bien arrivés à destination et nous avons installé le tout. Pour loger, nous avions réservé une chambre d’hôtel dans un endroit charmant et calme situé sur une montagne voisine. Bref, c’était très romantique.

Nous avons entamé l’exposition le vendredi sous les meilleurs auspices. A une exception près, le temps magnifique, un temps de fin d’été très chaud qui nous avait souri jusque là, a tourné à l’orage avec une forte chute de température. Bref on avait un peu les quenottes qui jouaient des castagnettes. Il manquait une petite laine, et surtout des bas pour madame plutôt du genre frileux.

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Moi qui ai toujours habité la montagne, je connais les caprices de la météo et j’avais de quoi faire face. Mais pour elle, à part quelques charmantes petites culottes et des robes légères, rien de bien consistant. Elle parla d’aller acheter des collants. Oh le gros mot, merde à la rigueur je veux bien un fois de temps en temps, mais collant ça non! Je lui en fit la remarque, mais sur un ton plus que plaisantin. Elle me mit au défi:

– Eh bien débrouille toi  pour me trouver des bas et un porte-jarretelles puisque tu es si malin.

Charmant défi qu’il me fallait relever. Evidemment, je n’allais pas sonner à la première porte venue pour demander si par hasard la maîtresse des lieux n’avait pas un porte-jarretelles à nous prêter, comme si j’avais été emprunter un ouvre-boîte.

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Me voila dans une ville presque inconnue, en quête d’un accessoire qu’on trouve rarement dans les distributeurs automatiques des halls de gare. Je ne savais pas si j’allais trouver un magasin de lingerie dans cette charmante cité, réputée assez conservatrice. Il y avait la solution style grande surface, Bifurcation, Lesombre, Diplodocus, pas évident de trouver quelque chose de bien là-dedans, même si je trouve. J’arpente quelques rues sans rien d’intéressant. J’ai alors l’idée d’aller dans un bistrot prendre un petit noir, un café pas un Black, on pourra toujours m’indiquer une bonne adresse. Effectivement, sans que j’indique trop clairement le style d’achat, on me donne quelques tuyaux. Allez, on the road again!

Je trouve finalement une boutique  qui pourrait convenir, du moins un semblant de lingerie est exposé dans une petite vitrine. J’entre et je me trouve en face d’une dame qui doit avoir été moins laide dans sa jeunesse et presque belle avant de naître, la vrai rombière. Je prends mon courage à deux mains et j’expose le but de ma visite. Elle me regarde comme si j’avais demandé du lait d’ânesse frais avant de me répondre d’un ton aussi chaud qu’un morceau de banquise:

– Je n’ai pas cet article, les dames n’en mettent plus!

– Au revoir, madame et encore merci.

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Mouché le Boss, tiens un de ces jours je vais lui filer l’adresse de mon blog si elle vit encore. Mais je me doute qu’en guise d’Internet, elle doit encore écouter la radio sur un poste à galène. Je continue mes pérégrinations et je tombe sur une petite boutique que l’on m’avait située exactement à l’endroit où elle se trouvait. C’est plus engageant, une sorte de petite mercerie avec un peu de tout. La gérante est d’un autre style, bien plus jeune, avec un sourire commercial qui me fait penser qu’elle va essayer de me vendre un douzaine de boutons de braguette, elle doit estimer que j’en fait une consommation effrénée. Je ne pense pas trouver la pièce rare, le modèle de collection avec jarretelles à vitesses automatiques et double érection. En effet c’est râpé, mais je vais marquer un point. En ouvrant la porte, j’ai remarqué que le nom de la gérante figurait sur la porte, je connais ce nom, assez rare et je lui pose la question de circonstance:

–  Vous ne seriez pas parente avec un certain Angelo?

– Mon mari s’appelle ainsi.

Par le plus grand des hasards, j’avais retrouvé la femme d’un mec qui avait fait l’armée dans le même unité que moi. Cela a un peu brisé la glace et j’ai pu demander un coup de main pour mes recherches. Malheureusement, en y mettant toute sa bonne volonté, elle ne pouvait que me donner quelques vagues indications et visiblement ne semblait jamais avoir envisagé l’achat d’un tel objet. Ce qui était sûr, c’est que dans le quartier, il n’y avait sans doute rien. Elle m’a toutefois indiqué une artère ou figurait pas mal de magasins, un peu le nerf commercial de la ville. Je suis parti en lui transmettant des salutations pour son mari.

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Me revoilà parti à la recherche de ce fameux Graal qui n’est pas celui que recherchaient les chevaliers de la Table ronde. J’avais au moins une chance d’espérer de mettre la main dessus contrairement à mes illustres prédécesseurs, encore fallait-il persévérer dans ma quête. Je vous ai déjà parlé de mon petit lutin, celui qui vient me donner un coup de main de temps en temps, quand il n’est pas en vacances. C’est idiot, mais je crois à l’existence de ce personnage, un peu comme on croit ou non aux vertus du vendredi 13. Bizarrement, il doit être un peu comme moi et aimer les bas nylons, c’est souvent dans ces moments qu’il se manifeste, du moins que je remarque sa présence.

Cette  fois il a pris la forme d’un jeune femme entre deux âges et plutôt jolie, qui déboule d’une maison et qui se met à marcher devant  moi. Que croyez-vous que je fis de mes yeux? Absolument pas les mettre dans ma poche. Ce qui me permit de remarquer qu’elle portait des bas à coutures dans un ton bien foncé, fumé dirons-nous. Je m’approchai d’elle pour me faire une opinion, il pouvait s’agir de collants, mais je fus vitre renseigné comme dirait un vitrier de mes connaissances et une faute de frappe qui me le rappela, c’était des vrais bas que l’on reconnaît grâce à ces petits détails connus des vrais spécialistes. Sherlock Holmes aurait déduit qu’en voyant passer un camion de pompiers toutes sirènes hurlantes, il y avait probablement le feu à quelque part. Mes déductions furent différentes, mais je tenais un indice, du moins une possible source de renseignements sûre.

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Opération délicate, aborder une dame dans la rue pour lui demander l’heure ou le chemin de la gare, c’est relativement facile, mais ici la démarche était plus périlleuse, vous voyez le genre. Si une fois il vous arrivait pareille situation je vais vous donner une manière de procéder, qui ma foi, se conclut de manière positive. Eviter de l’aborder dans une rue déserte le soir à minuit, éviter de lui courir après, plutôt l’aborder quand il y a quelques personnes aux alentours, ce qui donne un sentiment de sécurité. Ne pas lui laisser l’impression qu’on va la taper de cent balles, mais plutôt qu’on va lui proposer un rôle dans une super production hollywoodienne. Bref user de son charme, sans paraître faux-cul, et être très très poli.

Voici, à peu près ce que je lui ai dit pour autant que je m’en rappelle après l’avoir abordée et saluée comme il se doit:

– Madame, vous êtes pour moi une fontaine de laquelle coule le savoir (c’est joli non?), je recherche un magasin de lingerie dans lequel je pourrais trouver de vrais bas. Comme j’imagine que vous en portez pourriez-vous m’indiquer un magasin où je pourrais en trouver? Ma copine qui ne porte que cela, n’a pas pensé d’en prendre avec elle et aujourd’hui il fait un peu frisquet. Nous venons de XXX pour l’exposition d’antiquités.

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D’abord un peu intriguée, elle me laissa expliquer toute la délicatesse de ma démarche. Elle se mit à sourire d’un air un peu coquin, visiblement elle me prit pour un fin gastronome à la recherche de la meilleure recette pour l’escalope de veau à la milanaise dont elle détenait le secret. Elle n’en fit pas moins accès à ma demande, en m’indiquant le lieu où elle se fournissait quand elle ne les faisait pas venir par correspondance, ce qui lui arrivait quelquefois. Je me suis arrêté aux bas, car j’imaginais bien qu’un magasin qui vendait ce genre de bas, devait vendre aussi les quelques accessoires de lingerie qui vont avec. Je la quittai avec mon plus charmant sourire en posant une tonne de remerciements à ses pieds. Sait-on jamais, peut-être elle passera par ici, alors faites-moi un petit coucou en m’indiquant le nom de la ville et je saurai bien que c’est vous!

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Fort d’une adresse qui me paraissait en béton, je me suis rendu sur les lieux, assez loin de l’endroit où je me trouvais. La boutique était située dans une petite rue attenante à un centre commercial d’une assez grande importance. La vitrine laissait présager une petite caverne d’Ali Baba pour amateurs de belles choses. Le reste ne fut presque que formalités. Comme je sais que je chausse du 45, oui je sais j’ai des grands pieds et j’aime parfois les mettre dans le plat, je connaissais parfaitement les mensurations de ma copine. J’ai donc acheté un porte-jarretelles de marque Lejaby, si je me souviens bien, dans les tons fauve. J’ai bien évidemment complété l’achat avec deux paires de bas à coutures, je sais qu’elle en raffolait.

J’ai donc pu aller retrouver ma copine en brandissant mon achat comme un drapeau pris à l’ennemi par un général qui avait remporté une victoire sur son ennemi le plus redoutable, le collant.

Inutile de dire qu’elle s’empressa d’aller enfiler ses bas, cela réchauffa sans doute son corps et moi mon coeur. Je dois dire que je ne fut pas perdant dans l’histoire, elle m’offrit un somptueux repas le soir même, arrosé d’un de ces excellents vins comme la région dans laquelle nous nous trouvions sait en produire. L’ivresse du vin et celle du bas nylon n’a rien de comparable avec celle du collant-coca.

Ah oui encore une chose, mon copain de régiment, Angelo, est venu me dire bonjour le lendemain. On a bu un bon coup, mais il n’a sans doute jamais soupçonné qu’un porte-jarretelles était la cause de nos retrouvailles.

Même mon lutin n’avait pas prévu ce coup là!

 

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