Oldies but goldies… Paris-Hollywood surtout et autres coquineries

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Je vous parle d’un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître ou si peu…

Il en va à peu près ainsi des paroles de cette chanson très connue. En ce temps-là, la littérature coquine n’existait que cachée sous les comptoirs des kiosques et se vendait sous le regard parfois réprobateur du client qui était juste à côté de vous. Depuis que l’écriture existe, il s’est toujours trouvé quelques narrateurs pour parler des beautés de la nature, plus spécialement quand elles se déplacent sur deux jambes. Dans l’Antiquité, on célébrait l’érotisme avec une certaine ferveur, parfois même avec une certaine liberté qui peut faire grincer les puritains d’aujourd’hui. L’apparition de l’imprimerie a permis d’immortaliser sur la durée quelques récits et de les rendre disponibles pour tous les intéressés. L’avènement de la photographie a ajouté un plus à la dimension visuelle, on peut illustrer le corps ou toute autre situation à caractère sexuel de manière précise sans avoir recours aux moyens artistiques en vigueur jusque-là, dessin, peinture, sculpture. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’homme ne s’est pas privé d’en faire un bon ou mauvais usage. Je serais curieux de savoir au bout de combien de prises de vues, la première photo érotique est née. Sûrement très peu de temps après la propagation de l’appareil photographique.

Pendant des décennies, la photographie érotique a circulé dans les marchés parallèles. Dans certains pays, proposer ce genre de marchandise pouvait entraîner un séjour en prison, il fallait donc faire gaffe, mais cela n’a jamais arrêté l’offre et la demande. Dans les années 50, l’apparition de revues régulières a provoqué une sorte de révolution dans les moeurs. On pouvait, selon certaines règles à respecter, publier des magazines avec une certaine liberté de suggestion qui n’allaientt pas au-delà  d’une femme nue ou en tenue légère. Le plus célèbre restera Playboy, qui n’était de loin pas le plus dévergondé. Le lecteur avait droit a quelques photos suggestives, mais l’essentiel tournait en des articles plus ciblés sur la vie quotidienne de l’homme moderne, icône et argument commercial de la revue. Il pouvait cligner de l’oeil sur des corps dévêtus, mais il devait aussi tout savoir sur le dernière bagnole à la mode ou l’art de passer ses vacances sous le ciel bleu. Parallèlement, une foison de revues nettement plus osées fleurira un peu partout.

Encore fallait-il une fois les revues existantes, se les procurer. C’était là tout l’art du jeu entre le timide et celui qui osait. Il y avait ce qui était exposé et ce qui ne l’était pas, nécessitant un dialogue avec le vendeur. Selon les pays et lois en vigueur et ceci jusqu’à la fin des années 60 principalement, elles étaient interdites d’exposition dans les kiosques et librairies. Il y avait toujours une certaine guerre de retard, quand ce qui était légalement toléré et parfois admis à l’affichage, la plupart des revues un rien friponnes, la demande allait vers des choses plus épicées, on se dirigeait vers la pornographie. Le jeu continuera  jusqu’à l’apparition des sex shops qui deviendront une banalité en France depuis le milieu des années 70, légalisant livres, accessoires, cinéma.

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Un film de 1960 illustre bien la situation de l’amateur de revues coquines. Dans le puissant thriller de Michael Powell, « Peeping Town (Le Voyeur) », une scène fait allusion à la quête d’un amateur de photos érotiques. Un vieux monsieur lubrique, interprété par le toujours excellent Miles Malleson, pénètre dans un shop:

 – Le Times s’il vous plait!

– Voilà, autre chose?

Le client hésite et poursuit:

– Un ami m’a dit que cous aviez des photos…

– Quel genre de photos?

Euh…

Le vendeur sort alors un classeur avec des photos osées de dessous le comptoir et le tend au client en lui montrant celle de dessus:

– Cette sorte de photos?

Le client acquiesce, s’empare fébrilement du classeur et le feuillette exprimant sa satisfaction avec de l’étonnement et des mimiques de satisfaction. Il le parcourt en entier et demande:

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 – C’est combien la photo?

– Cinq shillings!

 – Et combien pour le tout?

– Cinq livres, monsieur

Le client a l’air de trouver le prix un peu excessif.

– Pour vous, je vous fais quatre livres-dix avec le Times et le Telegraph… 

Le client est d’accord et le vendeur emballe le classeur dans une enveloppe où il est écrit: « livres éducatifs ». 

– Si vous me donnez votre adresse, je peux vous mettre dans ma liste de clients?

– Non, non, je reviendrai, embarrassés du client qui part avec son emballage sous le bras. Le vendeur l’appelle:

– Hep monsieur!

– Oui?

 – Vous oubliez vos journaux!

 – Mes journaux?

 – Oui, le Times et le Telegraph

Une fois le client sorti commentaire du vendeur:

 – Aujourd’hui il ne va pas faire des mots croisés!

Dans le domaine des revues coquines, la France s’y mettra assez tard, bien que celle qui deviendra la plus légendaire commencera d’une toute autre manière. En 1947, Cinéma Paris-Hollywood débutera sa carrière comme un magazine qui se voulait un concurrent du déjà établi, Ciné Revue. On y parlait de cinéma et de stars sans toutefois les montrer de manière délurée. Ostensiblement, il bascula dans un érotisme plus aguicheur, il devint le royaume du bas et du porte-jarretelles, du presque nu, du nu. Au fil des ans, il passera du sépia à la couleur, du sage au moins sage. Pendant 25 ans, sous différent noms, mais dans lequel Paris-Hollywood figure toujours comme générique, elle tirera jusqu’à 80000 exemplaires en publication bimensuelle. Comparativement aux photos actuelles que l’on peut voir un peu partout, elles offrent une tension érotique bien différente, sans doute inégalable. Il y a des choses qui se situent dans l’air du temps, un moment qui fut et qu’il ne sera jamais plus possible de recréer exactement. Seule l’expérience et le vécu permettent de saisir cette subtilité. Heureusement, comme je le disais au début de l’article, les témoins d’un temps peuvent traverser les époques pour étaler la magnificence de celle d’ou ils viennent. Je crois que Paris-Hollywood se situe parfaitement dans cette lignée.

Serge Koolenn, ancien guitariste du groupe Il Etait Une fois, décédé récemment, avait consacré une pochette d’album et un titre à la revue en 1981

Le logo de l’album était assez coquin. Le disque fut censuré sur les antennes nationales, le radios libres n’existaient juste pas. 

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Un de mes éternels complices et fin connaisseur en bas nylon, merci à lui, a réactivé un site qui témoigne de cette époque. Peut-être un jour il prendra une forme plus définitive, mais ce qui s’y trouve déjà a de quoi nous faire baver des ronds de chapeau, ou plutôt des ronds de bouton de jarretelle!

Pour y aller il suffit de clique sur la photo ci-dessous

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2 réflexions sur “Oldies but goldies… Paris-Hollywood surtout et autres coquineries

    • Merci Christian et bienvenue

      Je vois que vous êtes de la bonne génération,comme moi, si je puis dire. Que de beaux souvenirs nous avons en commun. J’essaye de me les rappeler et d’en ajouter d’autres.

      Bien à vous

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